2001
Revue de Métaphysique et de Morale
La Première Méditation de Descartes et le De beata vita d’Augustin
Laurence Devillairs
Académie de Besançon
Le Dieu de la Première Méditation de Descartes reste une figure énigmatique de la Divinité ; le développement de la métaphysique cartésienne opposera à
cette vetus opinio d’un Dieu tout-puissant et bon l’idée innée du « vrai Dieu ». Les
commentateurs ont cherché à préciser l’origine d’une telle opinion : nous tenterons à
notre tour de lever l’anonymat de ce Dieu en montrant que la Première Méditation
s’élabore à partir d’une lecture des premières confessions d’Augustin, à savoir le De
beata vita. Cette source augustinienne est d’ailleurs confirmée par Régis qui rattache
spontanément les attributs du Dieu de la vetus opinio à la théologie d’Augustin.
Descartes’ First Meditation and Augustine’s De beata vita – In Descartes’ First Meditation, God still is an enigmatic figure of Godness; the development
of the Cartesian metaphysics will put forward this vetus opinio of an omnipotent and
good God, the innate idea of the « true God ». Commentators used to try to clarify the
origin of such an opinion : that will be our goal too in looking for rubing out the
anonymous characteristics of this God. For that, we show that the First Meditation is
written from a reading of Augustine’s first confessions, that is to say the De beata vita.
This augustinian source is certified by Régis who immediately connects the divine attributes of this vetus opinio to Augustine’s theology.
La Première Méditation de la métaphysique de Descartes s’ouvre sur la figure
d’un Dieu tout-puissant et souverainement bon, opinion ancienne (vetus opinio)
à laquelle la philosophie première cartésienne opposera l’idée du « vrai Dieu ».
Cette figure de la Divinité s’insère dans un développement plus général sur
l’origine de l’être : l’Auteur de ma nature m’a-t-il créé capable de science ou
aveugle à la vérité ? S’ajoute à cette interrogation une fonction épistémique :
le Dieu tout-puissant et bon fait douter des vérités simples, au nombre desquelles
se trouvent les vérités mathématiques. Ces développements marquent non seulement l’entrée de Dieu en métaphysique cartésienne mais décrivent les questions que se pose celui qui commence à philosopher.
Introduction métaphysique, commencement philosophique, la Première
Méditation reste énigmatique ; le commentaire cartésien s’est pourtant attaché
à déterminer l’origine de cette
vetus opinio et à identifier les « personnes (
nonnulli qui) qui aimeront mieux nier l’existence d’un Dieu si puissant »
[1]. Nous
souhaiterions pour notre part montrer que le texte de la Première Méditation
auquel nous nous intéressons plus particulièrement, à savoir en AT VII, 21, l.
17-26, se structure selon un ordre de réflexion augustinien.
L’AUGUSTINISME DE LA PREMIÈRE MÉDITATION
Concernant le devenir athée
[2] du narrateur de la Première Méditation, plusieurs hypothèses ont été proposées par les commentateurs. Récemment, dans
le
Bulletin cartésien de 1992, J.-M. Beyssade présente un état de la question et
propose à son tour une interprétation, sans s’attacher toutefois au problème de
l’origine de ce passage : « [...] il nous semble que la position décrite comme
celle des objecteurs (“il y aura peut-être ici des personnes qui...”) ne saurait
être simplement la description objective d’interlocuteurs extérieurs (les mathématiciens athées, les rationalistes humanistes, etc.) : elle est aussi une étape du
lecteur qui médite avec Descartes ; c’est lui qui est
tenté, pour éviter l’hyperbole
du doute métaphysique et la déstabilisation des certitudes mathématiques qu’elle
implique, de
préférer comme un refuge la négation du Dieu tout-puissant,
autrement dit l’athéisme scientiste »
[3].
Dans ce même
Bulletin, G. Moyal répond aux objections que lui avait adressées V. Carraud, à propos de son interprétation de ce passage
[4]. Plus récemment,
Z. Janowski reposait la question de la source éventuelle à assigner à ces développements. À la suite de H. Gouhier
[5], il proposait de voir, dans le passage
cartésien concernant la bonté et la puissance de Dieu, un argument d’Épicure :
étant donné la présence du mal dans le monde, soit Dieu veut le mal, soit il est
impuissant. Les causes que les objecteurs opposent à celle d’un Dieu tout-puissant renverraient ainsi aux thèses des Épicuriens et des Stoïciens
[6]. Soulignons que cet argument qui (de la présence du mal conclut à l’impuissance
et / ou à la méchanceté de Dieu) se trouve répertorié dans les
Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus : « Celui qui dit qu’il existe un Dieu prétend
soit qu’il exerce une providence sur les choses qui sont dans le monde, soit
qu’il n’en exerce pas [...]. Mais s’il a exercé sa providence sur toutes, il n’y
aura rien de mauvais ni aucun mal dans le monde; mais ils disent que tout est
rempli de mal. Donc le Dieu ne sera pas dit exercer une providence sur toutes
choses [...]. Mais s’il peut exercer sa providence sur toutes choses mais ne le
veut pas, on estimera qu’il est méchant. Mais s’il ne le veut ni ne le peut, c’est
qu’il est méchant et faible [...]. Donc Dieu n’exerce aucune providence sur les
choses dans le monde. Mais s’il n’exerce aucune providence et n’a ni fonction
ni effet, nul ne pourra dire d’où nous vient la possibilité de saisir qu’il existe
un Dieu »
[7].
La Première Méditation présente deux réponses possibles à la question de
l’origine de mon être : l’une surnaturelle, l’autre naturelle ou athée. Je suis
soit l’effet d’un Dieu tout-puissant et bon qui m’a « créé et produit tel que je
suis »; soit, si l’on refuse l’existence d’un tel Dieu, le produit du hasard, de
la nécessité ou de la fatalité. Cette opposition nette entre une hypothèse
surnaturelle et une position athée semble, dans le conflit qu’elle instaure
[8],
mettre en place les éléments d’une théodicée : ou bien Dieu existe et cette
existence interdit la présence du mal ou de l’erreur; ou bien le mal existe et
alors Dieu n’est pas tout-puissant. Il faudra attendre la Quatrième Méditation
pour que ce matériau initial, profondément transformé, s’organise en une
théodicée cohérente (AT IX 43-50). Dans la désignation de « ceux qui aimeront mieux nier l’existence d’un Dieu si puissant [
Essent vero fortasse nonnulli
qui tam potentem aliquem deum mallent negare] », Descartes fait-il référence
à des philosophies spécifiques ? Est-il possible de tirer les
nonnulli qui de leur
anonymat ? La réponse à cette question ne peut se faire sans prendre en
compte le cadre dans lequel s’insère ce passage. De nombreux éléments nous
autorisent à lire, dans les premières pages des
Méditations, un récit de conversion. C’est dans cette rhétorique de la conversion que prend place l’affrontement entre les positions athées et l’hypothèse d’un Dieu tout-puissant et
bon.
Sur le chemin qui doit mener à la science, la question de l’origine du sujet
connaissant se pose de façon polémique et indéterminée à la fois.
Polémique,
parce que deux positions radicales sont mises en jeu
[9];
indéterminée
[10], parce
qu’à ce stade des
Méditations, il n’est pas encore possible de trancher et de
définir avec certitude quelle est l’origine de l’
ego
[11]. Trois éléments permettent
ainsi l’identification de la source de ce passage : le fait qu’il s’agit d’un récit
de conversion, la volonté de résoudre une question – celle de l’origine du sujet
connaissant – qui se pose à quiconque décide de philosopher
[12] et, enfin, l’opposition entre deux thèses – athée et théologique – sans que leur opposition soit
surmontée.
Or ces trois éléments se trouvent énoncés, selon le même ordre et dans le
même contexte, dans le Prologue du
De beata vita d’Augustin : « En effet, s’il
est vrai que nous sommes lancés dans ce monde comme sur une mer orageuse,
et pour ainsi dire au hasard et à l’aventure, soit par
Dieu, soit par
la nature ou
la nécessité, soit par notre volonté, soit par plusieurs à la fois de ces conjonctures
ou par toutes ensemble (la question est fort obscure, mais tu as déjà entrepris
de l’éclaircir) »
[13]. Augustin montre que la question, qui inaugure le cheminement philosophique, est celle de la nature de l’âme humaine : « Tu vois ainsi
dans quelle philosophie j’ai abordé comme dans un port. Mais ce port est très
vaste, et sa grandeur ne laisse pas d’être une cause d’erreur [...]. Car j’ignore
encore vers quelle partie du rivage, la seule vraiment heureuse, je dois avancer
et aborder. Est-ce que je tiens quelque chose de solide, moi qui en suis encore
aux doutes et aux hésitations sur la question de l’âme ? »
[14].
LE DE BEATA VITA ET L’ORDO MEDITANDI DES MÉDITATIONS
Le
De beata vita d’Augustin fournit également aux
Méditations leur
ordo
rationum : ce n’est qu’après avoir connu ce que je suis, que je pourrai résoudre
la question de l’origine de mon être et ainsi accéder à la connaissance du
Créateur. La voie qui, chez Descartes, conduit de la résolution de philosopher
à la connaissance du vrai Dieu – en passant par l’épreuve du doute – est la
reprise de l’itinéraire augustinien. Cet itinéraire part du désir de philosopher
pour s’achever dans la plénitude de la contemplation de Dieu : « [...] ce soleil
se révèle à nous comme n’étant autre que Dieu, Être parfait que nulle imperfection ne diminue. Car en lui tout est absolument parfait, et il est en même
temps le Dieu tout-puissant »
[15]. Le Dieu d’Augustin possède ainsi les attributs
qui seront ceux du Dieu des
Méditations : « [...] ce même Dieu [...] qui possède
toutes les perfections [...], qui n’est sujet à aucun défaut, et qui n’a rien de
toutes les choses qui marquent quelque imperfection ». C’est la définition augustinienne de Dieu comme Être parfait et tout-puissant qui est ainsi l’horizon de
la conception cartésienne d’un Dieu non trompeur : « D’où il est assez évident
qu’il ne peut être trompeur, puisque la lumière naturelle nous enseigne que la
tromperie dépend nécessairement de quelque défaut »
[16].
La connaissance de cet Être parfait procure une joie extrême et fonde la
possibilité de notre accès à la vérité. Aussi, la conclusion de la Troisième
Méditation apparaît-elle comme la reprise fidèle de la conclusion du
De beata
vita : « Ainsi donc, la parfaite satiété des âmes, la vie heureuse, consiste à
connaître, avec une parfaite piété, par qui nous sommes introduits à la vérité,
de quelle vérité nous jouissons et par quoi nous sommes reliés à la mesure
suprême. Pour ceux qui ont l’intelligence et qui excluent les illusions variées
de la superstition, ces trois choses désignent un seul Dieu et une seule Substance »
[17]. Descartes pose de la même façon la nécessité de s’arrêter « quelque
temps à la contemplation de ce Dieu tout parfait, de peser tout à loisir ses
merveilleux attributs, de considérer, d’admirer et d’adorer l’incomparable beauté
de cette immense lumière, au moins autant que la force de mon esprit, qui en
demeure en quelque sorte ébloui, me le pourra permettre »
[18]. Ainsi parvenons-nous à la vie heureuse, « expérimentons-nous dès maintenant qu’une semblable
méditation [...], nous fait jouir du plus grand contentement que nous soyons
capables de ressentir en cette vie »
[19].
Les
Méditations auraient donc pour horizon les premières confessions
d’Augustin
[20] qui envisage, comme le fera Descartes, plusieurs hypothèses pour
résoudre la difficile question de l’origine de l’être.
Une autre preuve de la provenance augustinienne de ce passage de la Première
Méditation est fournie par le commentaire qu’en donne Régis dans son ouvrage
de 1704, L’usage de la raison et de la foi. Relisant les développements sur le
Dieu tout-puissant et bon à la lumière des rapports entre foi et raison, théologie
et philosophie, Régis met en relation les déterminations du Dieu de la Première
Méditation et les systèmes théologiques de la grâce. C’est à partir de ce texte
de Régis, que nous risquons à présent une interprétation de l’opposition entre
les attributs de la toute-puissance et de la bonté dans la Première Méditation.
RÉGIS, LECTEUR DE DESCARTES
Le développement du chapitre XIV du Livre Troisième de
L’usage de la raison
et de la foi fait explicitement mention de l’opposition entre ces deux attributs
– même s’il tait la référence à la méditation cartésienne qui les met en scène.
Toute-puissance et bonté renverraient ainsi à deux doctrines théologiques antagonistes. Cette analyse de l’antagonisme entre les deux attributs de Dieu prend
place, dans la métaphysique de Régis, au sein de la thématisation générale des
rapports entre objets de la foi et objets de la raison : si aucun philosophe ne
prétend expliquer le mystère de la Trinité
[21], il reste que certains ont cherché à
éclairer par la raison le problème de la prédestination et de l’action de la Grâce
sur le libre arbitre humain
[22].
Dans le chapitre XIV, qui nous intéresse plus particulièrement, Régis opère
une partition des attributs divins en fonction des différentes théologies de la
grâce et nous permet ainsi d’élucider l’identité des acteurs de la Première
Méditation et de référer l’opposition de la toute-puissance et de la bonté à son
horizon théologique. La puissance absolue serait liée au système thomiste alors
que la bonté serait référée à la théologie augustinienne : « Les Systèmes de
saint Augustin et de saint Thomas touchant la Prédestination et la Grâce sont
si différents qu’ils inspirent naturellement des sentiments tout contraires de la
conduite de Dieu à l’égard des hommes touchant leur salut ». Notons dès à
présent que chez Descartes, la conception de la relation de Dieu aux hommes
ne concerne pas la question du salut mais la seule question de la nature de
l’homme : un Dieu puissant a pu me créer aveugle à la vérité; un Dieu bon
pourrait ne pas permettre que je sois incapable de science.
Toutefois, Régis poursuit en affirmant : « Si nous raisonnons avec le premier
[saint Augustin], nous verrons que Dieu, en créant nos premiers Pères, [n’avait
agi] sans aucun autre dessein que de faire paraître sa bonté [...], il est évident
que cette doctrine est fort propre à donner des sentiments de
reconnaissance à
l’égard de la bonté de Dieu [...]. Au contraire le système de saint Thomas ne
nous fait paraître qu’une puissance absolue,
sans aucun ménagement pour ses
autres attributs [...], il est évident que cette doctrine est fort propre à donner
des sentiments de crainte pour la justice de Dieu; mais aussi elle n’inspire
aucun mouvement d’amour pour sa bonté »
[23]. La parenté entre ces développements de Régis et ceux de Descartes dans la Première Méditation nous autorise
à voir dans l’exposé du conflit entre la toute-puissance et la bonté de Dieu,
un
conflit d’opinions théologiques, l’une
thomiste, l’autre
augustinienne – l’idée
d’une « reconnaissance » envers Dieu anime d’ailleurs la Quatrième Méditation
dans son entier
[24].
Ainsi que le montre le commentaire de Régis, il ne s’agirait pas, dans la
Première Méditation, du Dieu des Écritures mais de la mise en scène d’opinions
théologiques. Descartes lui-même oppose d’ailleurs le langage de la Bible,
« accommodé au vulgaire » au langage de la philosophie, qui ne considère que
la simple « exposition de la vérité »
[25] : « Car tout le monde connaît assez la
distinction qui est entre ces façons de parler de Dieu dont l’Écriture se sert
ordinairement, qui sont accommodées à la capacité du vulgaire, et qui contiennent bien quelques vérités, mais seulement en tant qu’elle est rapportée aux
hommes ; et celles qui expriment une vérité plus simple et plus pure, et qui ne
change point de nature, encore qu’elle ne leur soit point rapportée, desquelles
chacun doit user en philosophant »
[26]. Or, le Dieu de la Première Méditation
renvoie à une connaissance transmise, suffisamment élaborée pour s’énoncer en
attributs. Mais c’est précisément sa déclinaison en attributs qui invalide les
prétentions de ce savoir ancien.
En effet, nous avons montré, à l’appui de l’exégèse de Régis, que plusieurs
opinions et non une seule s’affrontent dans cette Méditation : celle définissant
la toute-puissance de Dieu, celle lui opposant sa bonté et enfin celle qui, justifiant Dieu de l’erreur, fait intervenir la bonté et la toute-puissance. Tout se
passe comme si la Première Méditation mettait ainsi en
œuvre, dans cette
opposition entre les perfections divines, le mode scolastique de la
disputatio :
« La philosophie que je cherche, ainsi que tous ceux qui ont conçu pour elle
une noble passion, est la connaissance des vérités qu’il nous est permis d’acquérir par les lumières naturelles, et qui peuvent être utiles au genre humain [...].
La philosophie dominante, au contraire, celle que l’on enseigne dans les écoles
et les universités, n’est qu’un amas confus d’opinions, pour la plupart douteuses,
comme le prouvent les discussions auxquelles elles donnent lieu chaque jour,
et entièrement inutiles »
[27].
La Première Méditation ne présenterait donc pas seulement le Dieu de la
théologie mais apporterait la preuve de la faillite de ce savoir (théologique) ancien
(
vetus) à démontrer l’existence de Dieu
[28]. Cette Méditation apparaît en quelque
sorte comme une preuve qui échoue, puisque l’énumération des attributs divins
ne conduit qu’à renforcer l’hypothèse athée
[29]. Par conséquent, si le Dieu de la
vetus opinio est le Dieu de la théologie, alors la Première Méditation apparaît
comme la démonstration indirecte de la légitimité de la métaphysique à combattre
les athées – c’est-à-dire à prouver l’existence de Dieu. Les plus anciennes affirmations de Descartes sur
la supériorité des preuves métaphysiques trouvent ainsi,
dans l’hypothèse du Dieu tout-puissant et bon de la Première Méditation et dans
son échec face aux objections des athées, un principe de légitimation : la métaphysique n’affirme pas seulement sa supériorité sur les démonstrations de géométrie
[30], elle l’exprime aussi par rapport aux développements théologiques :
« J’ai toujours estimé que ces deux questions, de Dieu et de l’âme, étaient les
principales de celles qui doivent être plutôt démontrées par les raisons de la
philosophie que de la théologie »
[31]. « [...]
existentia Dei et animæ humanæ probatur, quæ sunt Metaphysicæ fundamenta »
[32]; « [...] la vraie philosophie, dont
la première partie est la métaphysique [...] contient les principes de la connaissance, entre lesquels est l’explication des principaux attributs de Dieu »
[33].
Si, dans la correspondance à Mersenne du printemps 1630, le seul moyen de
dénoncer l’athéisme rationaliste (celui des mathématiciens qui comprennent
parfaitement les vérités et non celle de l’existence de Dieu) est la définition
métaphysique de Dieu comme créateur des essences, c’est que la théologie de
l’École
[34], dans sa définition de Dieu, ne peut fournir les armes pour combattre
cet athéisme. La solution apportée par la métaphysique tant aux positions théologiques dénoncées en 1630 qu’à celles qui sont critiquées dans la Première
Méditation ne requiert pas d’attribuer à Dieu d’autres attributs que les attributs
traditionnellement admis par la théologie et la métaphysique
[35] mais d’établir
entre eux d’autres rapports : puisque, par exemple, le rapport entre bonté et
puissance s’est révélé impropre à m’assurer de la valeur de mon entendement,
il faudra lui substituer le rapport entre puissance et perfection ou véracité
[36];
puisque la distinction entre volonté, entendement et opérer en Dieu contrevient
au principe de son incompréhensibilité, il faudra poser que Dieu fait tout par
un acte unique qui est à la fois un voir, un vouloir et un opérer
[37].
C’est parce que la théologie ne peut prouver la légitimité de ce qu’elle défend
(un Dieu providentiel est l’auteur de mon être), que les athées ne sont pas
convaincus par ses arguments de la théologie. De fait, ce n’est pas en faisant
jouer la foi contre la raison que l’on peut ruiner les hypothèses athées, mais
c’est en jouant la raison contre elle-même (il faut renverser la pseudo-rationalité
des raisonnements des athées, en leur montrant que la raison nous dicte de poser
une origine toute-puissante afin d’éviter que ma nature soit infirme). Si le refus
de l’existence de Dieu se fait chez les athées au nom de la raison, c’est au nom
de la raison qu’il leur faut montrer que les conséquences de leur refus sont pires
que l’acceptation d’un Dieu tout-puissant.
À la demande de preuve exigée par les athées, seule la métaphysique peut
satisfaire car elle fait intervenir des arguments non pas d’autorité (il est dit dans
le
Credo que Dieu est tout-puissant) mais des raisonnements tirés de la lumière
naturelle, comme l’est le principe d’équivalence causale
[38] – argument clef de
la lutte contre l’athéisme dans cette première Méditation
[39]. Le Dieu de la
Première Méditation représente ainsi l’échec de la tentative théologique à rendre
compte du mal ou de l’erreur, tout en posant à l’origine de l’être un Dieu
tout-puissant et providentiel. Aucun des attributs d’un Dieu connu par simple
ouï-dire
[40] ne résiste aux objections des adversaires et si la puissance semble
sortir victorieuse de leurs critiques, ce n’est pas en tant qu’elle reçoit un correctif
de la bonté, mais parce qu’elle implique un principe de proportionnalité que
même les athées ne peuvent refuser. À l’inverse, la bonté ne peut que nourrir
les critiques athées (un Dieu bon ne saurait permettre l’erreur). Si la puissance
appartient au même registre gnoséologique que la bonté, à savoir la connaissance
par ouï-dire obscure et confuse, pourquoi résiste-t-elle au doute contrairement
à la bonté ?
Elle n’y résiste qu’en tant qu’elle permet de comprendre le rapport entre ma
nature et son origine; elle ne fait rien d’autre d’ailleurs qu’exprimer le fait que
j’ai une origine. Ce point est accepté par les athées eux-mêmes, qui préfèrent
cependant à l’origine divine de l’être une cause naturelle. Mais la bonté, pour
sa part, affirme plus : elle fait de cette origine une personne. Et ce point peut
précisément être révoqué par les athées car si je tiens mon origine d’un être
bon, je ne devrais pas faire l’expérience du doute – un être bon ne pouvant
condamner sa créature au mal ou à l’erreur. Or, dans la Première Méditation,
je fais l’expérience d’une telle déréliction. Par conséquent, contre les athées, je
ne peux que poser la puissance ; je peux également, en ne me servant que des
armes rationalistes des athées, poser un rapport de proportionnalité entre la
puissance de mon origine et la valeur de ma nature. Par l’introduction de la
bonté, je ne fais que combattre les athées par ce qu’ils me demandent de prouver,
à savoir l’existence d’une Providence à l’origine de mon être.
L’on peut ajouter, à la lumière de la Quatrième Méditation, que si l’argument
de la bonté pouvait m’assurer que ma nature n’est pas vouée à l’erreur, cela
conduirait à affirmer que Dieu m’a créé infaillible; or ce n’est pas le cas et la
théodicée de la Quatrième Méditation montrera, non pas que Dieu m’a créé de
telle sorte que jamais je ne connaisse l’erreur, mais qu’il m’a donné le moyen
de l’éviter. Si la théodicée cartésienne se fondait sur le seul attribut de la bonté
pour s’opposer aux arguments athées et résoudre la question de ma nature, elle
échouerait : car si Dieu est infiniment bon, il aurait dû me créer infaillible.
C’est donc la faillite de la
vetus opinio, dans son combat contre les athées,
qu’entérine la Première Méditation. Descartes semble ainsi reporter sur le Dieu
de la Première Méditation les incertitudes qu’Augustin encore décelait dans la
théologie civile de Varron : « En effet, il sait bien que le monde existe, qu’il y
a un ciel peuplé d’astres étincelants, une terre riche de semences. Il croit de
pleine assurance que ce merveilleux ensemble de l’univers, que toute la nature
est conduite et réglée par une force invisible et toute-puissante : mais peut-il
affirmer également que Janus produit le monde ; peut-il découvrir comment
Saturne, père de Jupiter, en devient le sujet, et autres mystères semblables ? »
[41].
Descartes, pour sa part, entend montrer que sans la connaissance du vrai Dieu,
nous ne pouvons être assurés ni de l’existence du monde, du ciel, de la terre,
ni du rapport entre la toute-puissance et la nature de ce monde ou de l’homme.
En effet, il manque également au discours théologique de la Première Méditation la détermination de ma dépendance de créature à l’égard du Créateur : la
connaissance de Dieu comme Créateur implique en effet celle de la différence
entre une
substance infinie et indépendante et un être fini, dépendant du concours
de Dieu pour exister. Or, une telle connaissance fait défaut au narrateur de la
Première Méditation et l’empêche également de définir Dieu comme
parfait.
C’est en effet parce qu’il a la
puissance non seulement de me conserver mais
d’exister par soi, que Dieu est dit posséder toutes les perfections
[42]. À partir de
là, il sera possible de refuser que l’expression de la causalité divine puisse être
la tromperie, laquelle est toujours signe d’une imperfection. Toutefois, l’argument par la puissance
[43] semble s’accorder avec le principe de l’équivalence
causale énoncée dans la Première Méditation : l’omnipotence doit ainsi nous
conduire, non pas à trouver refuge dans l’athéisme en niant l’existence d’un
Dieu tout-puissant, mais à conclure à la nécessité de son existence
[44].
Cependant, alors que la Première Méditation pose simplement que la toute-puissance ne doit pas être une raison de nier l’existence d’un Dieu providentiel,
la Troisième Méditation et la réponse à Caterus font de l’immensité de cette
puissance la raison ou le
pourquoi de l’existence de Dieu. D’une Méditation à
l’autre, le discours sur la puissance s’est modifié et enrichi : dans la Première
Méditation, il est seulement question de
degré de puissance; par la suite,
Descartes définira cette puissance comme
infinie. Ainsi les preuves de l’existence de Dieu et leur éclaircissement dans les Réponses aux Objections
[45] don-nent-elles une application du principe de l’équivalence causale énoncé dans la
Première Méditation.
L’examen des sources de la Première Méditation nous a permis d’en définir
plus amplement les fonctions : en effet, cette Méditation ne se limite pas à une
interrogation métaphysique sur l’origine de l’être ni à la mise en place du doute
des sceptiques. Elle montre aussi que la détermination des attributs divins ne
peut se faire sur le mode scolastique de la
disputatio. De fait, la métaphysique
cartésienne empruntera une tout autre modalité gnoséologique : les attributs
seront
déduits de l’idée de Dieu comme parfait et infini : « Nous recevons encore
cet avantage, en prouvant de cette sorte l’existence de Dieu,
per ejus scilicet
ideam, que nous connaissons par même moyen ce qu’il est, autant que le permet
la faiblesse de notre nature. Car, faisant réflexion,
respicientes, sur l’idée que
nous avons naturellement de lui, nous voyons qu’il est éternel, tout-connaissant,
tout-puissant, source de toute bonté et vérité, créateur de toutes choses, et
qu’enfin il a en soi tout ce en quoi nous pouvons reconnaître quelque perfection
infinie, ou bien qui n’est bornée d’aucune imperfection »
[46]. Dans la Troisième
Méditation, les liaisons nécessaires entre les attributs sont aussi, quoique de
façon moins évidente peut-être, déduites de l’idée de Dieu comme infini
[47] et
parfait
[48].
Parce qu’elle ne part pas d’une réflexion sur
l’idée de Dieu, la Première
Méditation échoue à en déterminer les attributs, qui semblent alors incompatibles. Mais nous avons vu qu’elle est un jalon dans la connaissance des attributs,
en tant qu’elle montre que si l’entendement humain est d’autant plus imparfait
que son origine est de moindre puissance, alors l’origine la plus parfaite peut
le prémunir contre une imperfection structurelle. Dieu devra donc être connu
comme l’origine parfaite en tant que toute-puissante pour que soient définitivement levées les objections athées. De fait, la théodicée de la Quatrième
Méditation définit Dieu comme l’excellent artisan
[49]. Cette définition est une
reprise du principe de l’équivalence causale posé dans la Première Méditation :
cette dernière apparaît ainsi comme la première étape de la théodicée cartésienne.
Ce qui fait encore défaut à cette science de Dieu est la connaissance de la
compatibilité entre puissance et perfection (ou véracité), puisque c’est sur cette
compatibilité que s’enracine la possibilité de la science humaine
[50]. La fausseté
de l’idée d’un Dieu tout-puissant m’ayant créé de telle nature que je me trompe
toujours, réside dans le fait d’isoler un attribut de Dieu sans voir comment il
s’unit aux autres, ainsi la toute-puissance lorsqu’elle est dissociée de la véracité
(ou de la perfection).
Aussi l’opinion de la Première Méditation ne nous paraît-elle pas réaliser « le
conseil cartésien de considérer attentivement à part chacune des perfections de
Dieu »
[51]. Elle ne peut le faire car elle ne fonde pas la connaissance des attributs
divins sur l’idée de Dieu : la considération disjonctive des perfections de Dieu
ne peut qu’engendrer confusion et obscurité lorsqu’elle a pour point de départ,
comme c’est le cas dans la Première Méditation, une opinion et non l’idée claire
et distincte de Dieu. Il faut au contraire voir dans la confusion de l’opinion
d’un Dieu tout-puissant et bon l’affirmation de la nécessité de donner à la
connaissance de Dieu d’autres fondements et de trouver une autre voie d’accès
à la connaissance de sa nature et de ses attributs. Ce n’est qu’en prenant appui
sur l’
idée de Dieu, que nous pourrons ensuite opérer un lien déductif, des liaisons
nécessaires entre les attributs qui composent cette idée et ainsi prouver que Dieu
existe et qu’il n’est pas trompeur.
[1]
AT IX, 16. Nous donnerons les citations de Descartes selon l’édition des
Œuvres, publiée par
C. Adam et P. Tannery, nouvelle présentation par B. Rochot et P. Costabel, 11 vol., Paris, Vrin-CNRS, 1964-1974, rééd. Vrin, 1996, notée [AT] avec indication du volume en chiffres romains
suivie de la page.
[2]
«
Essent vero fortasse nonnulli qui tam potentem aliquem Deum mallent negare, quam res
alias omnes credere esse incertas. Sed iis non repugnemus, totumque hoc de Deo demus esse
fictitium ; at seu fato, seu casu, seu continuata rerum serie, seu quovis alio modo me ad id quod
sum pervenisse supponant... », AT VII, 21. « Mais il y aura peut-être ici des personnes qui aimeront
mieux nier l’existence d’un Dieu si puissant, que de croire que toutes les autres choses sont
incertaines. Mais ne leur résistons pas pour le présent, et supposons, en leur faveur, que tout ce qui
est dit ici d’un Dieu soit une fable. Toutefois, de quelque façon qu’ils supposent que je sois parvenu
à l’état et à l’être que je possède, soit qu’ils l’attribuent à quelque destin ou fatalité, soit qu’ils le
réfèrent au hasard, soit qu’ils veuillent que ce soit par une continuelle suite et liaison des choses... »,
AT IX, 16.
[3]
Bulletin cartésien XX,
Archives de philosophie 55, janvier-mars 1992, p. 5.
[4]
La recension de l’article de G. MOYAL, « La preuve ontologique dans l’ordre des raisons »,
Revue de Métaphysique et de Morale (1988,93,2, p. 246-258), par V. Carraud, se trouve dans le
Bulletin cartésien XIX, p. 71-72. Concernant d’autres interprétations, voir notamment M. GUEROULT,
Descartes selon l’ordre des raisons, vol. 1, Paris, Aubier, 1953, rééd. 1975, p. 42
sq.; la discussion
entre Caton et Kennington,
Journal of the History of Ideas, 1973 / 1974, p. 638-644.
[5]
La pensée métaphysique de Descartes, Paris, Vrin, 1962,3
e éd. 1978, p. 120.
[6]
« How to read Descartes’ First Meditation »,
The Southern Journal of Philosophy, 1997,
vol. XXXV, p. 321-338. Voir CICÉRON,
De Fato, in
Les Stoïciens,
op. cit., p. 481-488.
[7]
Esquisses pyrrhoniennes, trad. P. Pellegrin, Paris, Seuil, 1997, Livre III, 3, p. 363-365.
[8]
Le conflit s’exprime au travers de la structure adversative : « Mais ne leur résistons pas pour
le présent ».
[9]
Ces positions sont celles de la
vetus opinio d’un Dieu tout-puissant et bon et des athées (destin,
hasard, nécessité).
[10]
Sur l’indétermination de la
vetus opinio de la Première Méditation, voir J.-L. MARION,
Sur
le prisme métaphysique de Descartes, Paris, PUF, 1986, p. 224
sq. Cette indétermination est toutefois
à opposer à la parfaite clarté et distinction de l’idée de Dieu dans la Troisième Méditation.
[11]
« Mais ne leur résistons pas pour le présent, et supposons, en leur faveur, que tout ce qui est
dit ici d’un Dieu est une fable », AT IX, 16.
[12]
« [...] de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire
de toutes les opinions que j’avais reçues [...] et commencer tout de nouveau dès les fondements »,
AT IX, 13, VII, 17.
[13]
De beata vita,
Œuvres de saint Augustin, Bibliothèque augustinienne, I, 1, p. 223, souligné
par nous. «
Cum enim in hunc mundum, sive Deus, sive natura, sive necessitas, sive voluntas nostra,
sive conjuncta horum aliqua, sive simul omnia (res enim multum obscura est, sed tamen a te
illustranda suscepta) »,
ibid., p. 222.
[14]
Voir Descartes : « Et je continuerai toujours dans ce chemin, jusqu’à ce que j’aie rencontré
quelque chose de certain, ou du moins, si je ne puis autre chose, jusqu’à ce que j’aie appris
certainement, qu’il n’y a rien au monde de certain », AT IX, 18; « mais je ne connais pas encore
assez clairement ce que je suis, moi qui suis certain que je suis », AT IX, 19.
[15]
Ibid., V, 35, p. 283-285.
[16]
AT IX, 41. «
Ex quibus satis patet illum fallacem esse non posse; omnem enim fraudem &
deceptionem a defectu aliquo pendere, lumine naturali manifestum est », AT VII, 52.
[17]
Ibid., V, 35, p. 285. «
Illa est igitur plena satietas animorum, haec est beata vita, pie
perfecteque cognoscere a quo inducaris in veritatem, qua veritate perfruaris, per quid connectaris
summo modo. Quae tria unum Deum intelligentibus unamque substantiam, exclusis vanitatibus
variae superstitionis, ostendunt »,
ibid., p. 284.
[18]
AT IX, 41. «
Placet hic aliquandiu in ipsius Dei contemplatione immorari, ejus attributa
apud me expendere, & immensi hujus luminis pulchritudinem, quantum caligantis ingenii mei acies
ferre poterit, intueri, admirari, adorare », AT VII, 52.
[19]
AT IX, 41-42. «
Ita etiam jam ex eadem [...]
, maximam, cujus in hac vita capaces simus,
voluptatem percipi posse experimur », AT VII, 52.
[20]
G. RODIS-LEWIS soutient au contraire que les méditations sont « la technique apprise par
Descartes chez les jésuites »,
L’Å“uvre de Descartes, Paris, Vrin, 1971, t. 2, note 31, p. 534.
[21]
Comparer avec cette affirmation de DESCARTES : « [...] s’il [Dieu] nous fait la grâce de nous
révéler, ou bien à quelques autres, des choses qui surpassent la portée ordinaire de notre esprit,
telles que sont les mystères de l’Incarnation et de la Trinité »,
Principes, Première Partie, article 25.
Souligné par nous.
[22]
Comparer avec cette affirmation de DESCARTES : « Pour ôter la difficulté et concilier l’immutabilité de Dieu avec les prières des hommes, il faut dire que Dieu est certes immuable, et qu’il a
décrété de toute éternité de me donner, ou non, ce que je lui demande, mais que pourtant son décret
enveloppe en même temps de me le donner par la médiation des prières, en même temps que je
prierai et que je mènerai une vie bonne, si bien qu’il faut que je le prie et que je mène une vie
bonne si je veux obtenir quelque chose de Dieu »,
Entretien avec Burman, AT V, 166, éd. J.-M. Beyssade, Paris, PUF, 1981, p. 96-97. Voir également l’article 41 de la Première Partie des
Principes.
[23]
L’usage de la raison et de la foi ou l’accord de la foi et de la raison, Paris, J. Cusson, 1704,
rééd.
in Corpus des
Å“uvres de philosophie de langue française, Paris, Fayard, 1996 [éd. citée],
Livre III, chap. XIV, p. 683-684. Souligné par nous.
[24]
« [...] j’ai tout sujet de lui rendre grâces, de ce que, ne m’ayant jamais rien dû, il m’a
néanmoins donné tout le peu de perfections qui est en moi », AT IX, 48, « [...]
estque quod agam
gratias illi, qui mihi nunquam quicquam debuit, pro eo quod largitus est », VII, 60.
[25]
À Vatier, 22 février 1638, AT I, 563.
[27]
Épître à Voetius, 1643, trad. de AT VIII-B, 167.
[28]
Nous ne cherchons pas à nier par là la fonction épistémique (faire douter des vérités simples,
au nombre desquelles se trouvent les vérités mathématiques) du Dieu tout-puissant et bon mais
nous tentons d’insister sur sa fonction proprement métaphysique.
[29]
Voir l’Épître aux
Méditations, AT IX, 4.
[30]
Voir
Discours de la méthode, AT VI, 36.
[31]
Épître aux
Méditations, AT IX, 4.
[33]
Principes, Lettre-Préface, AT IX-B, 14.
[34]
T. Gregory montre, à la suite de H. Gouhier, que les développements de la Première Méditation présentent un « raffinement théologique » et pas seulement une récitation du « catéchisme »;
de plus, T. GREGORY insiste sur le fait que «
alcuni temi cartesiani potevano assumere in ceti
ambienti della cultura contemporanea, richiamando alla mente degli interlocutori di Descartes
problemi che avevano una lunga storia nella cultura teologica », in « Dio ingannatore et genio
maligno »,
Giornale critico della filosofia italiana IV, 1974, p. 483-484.
[35]
Réponses aux Secondes Objections, AT IX, 108.
[36]
« [...] ce même Dieu, dis-je, duquel l’idée est en moi, c’est-à-dire qui possède toutes ces
hautes perfections dont notre esprit peut bien avoir quelque idée sans pourtant les comprendre
(
comprehendere) toutes, qui n’est sujet à aucun défaut, et qui n’a rien de toutes les choses qui
marquent quelque imperfection. D’où il est assez évident qu’il ne peut être trompeur (
fallacem esse
non posse), puisque la lumière naturelle nous enseigne que la tromperie dépend nécessairement de
quelque défaut », AT IX, 41, VII, 52.
[37]
À Mersenne, 6 mai 1630, AT I, 149. À Mesland, 2 mai 1644, AT IV, 119.
Principes, Première
Partie, article 23.
Entretien, AT V, 154.
[38]
« [...] d’autant moins puissant sera l’auteur qu’ils attribueront à mon origine, d’autant plus
sera-t-il probable que je suis tellement imparfait que je me trompe toujours », AT IX, 17.
[39]
Ce principe se retrouvera appliqué aux idées dans la Troisième Méditation et servira de pivot
à la preuve
a posteriori : « Or, afin qu’une idée contienne telle réalité objective plutôt qu’une autre,
elle doit sans doute avoir cela de quelque cause, dans laquelle il se rencontre pour le moins autant
de réalité formelle, que cette idée contient de réalité objective », AT IX, 32-33. « Et enfin, je
comprends fort bien que l’être objectif d’une idée ne peut être produit par un être qui existe
seulement en puissance, lequel à proprement parler n’est rien, mais seulement par un être formel
et actuel », AT IX, 37-38.
[40]
« [...] mais principalement parce que nous avons ouï-dire que Dieu, qui nous a créés peut
faire tout ce qui lui plaît, et que nous ne savons pas encore s’il a voulu nous faire tels que nous
soyons toujours trompés même aux choses que nous pensons mieux connaître »,
Principes I,
article 5.
[41]
De Civitate Dei,
Œuvres de saint Augustin,
op. cit., vol. 34, VII, XVII, p. 304.
[43]
Cet argument se trouve en AT IX, 39.
[44]
De la même façon, dans la théodicée de la Quatrième Méditation, l’infinité et l’incompréhensibilité de Dieu ne doivent pas nous conduire à nier son existence, puisqu’elles sont en quelque
sorte les signes de la Divinité : « [...] je ne me dois point étonner, si mon intelligence n’est pas
capable de comprendre pourquoi Dieu fait ce qu’il fait, et qu’ainsi je n’ai aucune raison de douter
de son existence, de ce que peut-être je vois par expérience beaucoup d’autres choses, sans pouvoir
comprendre pour quelle raison ni comment Dieu les a produites. Car, sachant déjà que ma nature
est extrêmement faible et limitée, et au contraire que celle de Dieu est immense,
immensam,
incompréhensible,
incomprehensibilem, et infinie,
infinitam, je n’ai plus de peine à reconnaître qu’il
y a une infinité de choses en sa puissance, desquelles les causes surpassent la portée de mon esprit »,
AT IX, 44, VII, 55.
[45]
« Peut-être il est demeuré [dans la preuve de la Troisième Méditation] beaucoup d’obscurités,
lesquelles, comme je l’espère, seront entièrement éclaircies dans les réponses que j’ai faites aux
objections qui m’ont été proposées », Abrégé des
Méditations, AT IX, 11.
[46]
Principes I, article 22.
[47]
AT IX, 32, VII, 40.
[48]
AT IX, 36, VII, 45. Notons que la preuve par les effets se distribue selon les deux attributs
de l’infinité et de la perfection, chacun donnant lieu à une formulation différenciée de la preuve.
[50]
« [...] je dois examiner s’il y a un Dieu, sitôt que l’occasion s’en présentera; et si je trouve
qu’il y en ait un, je dois aussi examiner s’il peut être trompeur : car sans la connaissance de ces
deux vérités, je ne vois pas que je puisse jamais être certain d’aucune chose », AT IX, 28-29, «
Ut
autem etiam illa tollatur, quamprimum occurret occasio, examinare debeo an sit Deus, &, si sit,
an possit esse deceptor; hac enim re ignorata, non video de ulla alia certus esse unquam posse »,
VII, 36.
[51]
C’est ce que soutient J.-M. BEYSSADE,
La philosophie première de Descartes, Paris, Flammarion, 1979, p. 260. Référence aux
Réponses aux Premières Objections, AT IX, 90.