2001
Revue de Métaphysique et de Morale
La théorie phénoménologique de la négation, entre acte et sens
Jocelyn Benoist
Université Paris-I
L’auteur met en évidence l’ambiguïté de la théorie phénoménologique
de la négation telle qu’elle est soutenue par Husserl. Husserl hésite entre une conception
de la négation comme acte et l’incorporation de la négation au sens lui-même : entre
une conception illocutionnaire et une conception propositionnelle de la négation. En
définitive, il choisit la seconde conception, mais en l’étendant au niveau infrapropositionnel (à la perception). L’auteur traite ce problème comme révélateur de l’ambiguïté
de la philosophie phénoménologique, suspendue entre acte et sens, langage et perception.
The author shows the ambiguity of the phenomenological theory of
negation, such as it is held by Husserl. Husserl hesitates between a conception of negation
as an act and of negation belonging to the meaning itself : that is, between an illocutionary and a propositional view of negation. Eventually, he chooses the later, but by
extending it to the subpropositional level (i.e. to perception). The author takes this
problem to be revealing of the ambiguity of phenomenological philosophy, standing
between act and meaning, and between language and perception.
La situation husserlienne du problème de la négation est assurément intéressante, car elle témoigne de l’ambiguïté constitutive de la phénoménologie, à
mi-chemin entre tradition sémantique et une tradition qu’on pourrait qualifier
improprement de plus « psychologique » (orientée vers « l’acte »).
Pour simplifier à l’extrême, on dira qu’il y a deux façons d’aborder la négation. Soit on l’intègre au contenu du jugement, en en faisant un élément de
détermination conceptuelle, au risque de perdre la spécificité des énoncés négatifs, ravalés au statut d’affirmations de cette teneur « négative ». Soit on en
maintient la radicalité comme acte extérieur au contenu du jugement, définissant
par rapport à lui deux types d’attitude, de même rang, que seraient l’affirmation
et la négation.
La première solution est grosso modo celle adoptée par Frege. Déjà au paragraphe 7 de la Begriffsschrift, Frege, introduisant ce petit trait vertical qu’il
nommait trait de négation, l’avait placé entre le signe représentant le contenu
nié et le trait de jugement, montrant ainsi que le jugement négatif est un jugement comme un autre, qui simplement intègre dans sa portée en tant que
jugement la négation de son contenu. Au niveau du trait de jugement, rien pour
lui ne marquait la différence entre jugement négatif et positif. Cette position
devait se retrouver dans l’élaboration beaucoup plus tardive de la seconde
Recherche logique (La négation), où Frege devait reverser la substance sémantique du jugement (ce qu’il nommait alors « pensée », et non plus « contenu
jugeable ») à une même et uniforme puissance d’assertion, qu’elle soit, dans sa
teneur, affirmative ou négative. Le début du texte était parfaitement clair dans
cette décision, partant significativement (nous y reviendrons) d’une réflexion
sur l’interrogation :
« La réponse à une question est une affirmation (Behauptung), fondée sur un jugement,
que la question reçoive une réponse positive ou négative (wenn die Frage bejaht, als
auch wenn sie verneint wird) » [1].
Même ce que je nie, en tant que substance sémantique (négative), je l’affirme
encore, et le discours, en tant tout au moins qu’il peut être vrai ou faux (satisfait
donc aux exigences logiques de ce qu’est une
proposition), est placé sous le
régime universel et univoque de l’affirmation, avancée et exposée à la réfutation.
Il faut le souligner, c’est ici une contrainte de la logique, inscrite dans la constitution apophantique du discours depuis Aristote. L’originalité de Frege en la
matière est de penser les conditions d’intégration sémantique de la négation au
corps de la proposition
[2]. Elle tient aussi à sa façon, dans le même mouvement,
de relativiser l’opposition entre affirmation et négation : à partir du moment où
le moment négatif, au lieu d’être entendu comme un acte, une attitude de la
conscience ou discursive, est intégré au contenu même de la proposition, il est
difficile de mesurer ce qui qualifie ce contenu (« la pensée ») globalement comme
affirmatif ou négatif. Peut-être vaudrait-il mieux renoncer à ces distinctions
[3].
La conception à laquelle s’oppose de toute façon la conception frégéenne est
celle selon laquelle « jugement et négation forment un couple de pôles opposés
qui, précisément parce qu’ils font couple, sont de rang égal, comparables à
l’oxydation et à la réduction en chimie »
[4].
Or, un tel descriptif rappellera nécessairement quelque chose à un connaisseur
de la tradition phénoménologique. Bien sûr, à y regarder de plus près, la polémique frégéenne vise une conception pour laquelle jugement veut dire synthèse,
symplokè, et son équivalent (c’est le point disputé) la négation, séparation,
destruction. C’est précisément cette représentation – qui constitue
une interprétation possible de la théorie aristotélicienne du jugement – qui fait l’objet de la
critique virulente de Brentano dans sa propre théorie du jugement
[5]. Seulement,
où la théorie de l’opposition-complémentarité radicale du « jugement » et de la
« négation » comme deux pôles est-elle plus présente, et assumée jusqu’au bout,
que précisément dans cette même théorie brentanienne du jugement ? Laissant
de côté l’approche traditionnelle en termes de composition et de dissociation,
Brentano a radicalisé et poussé jusqu’au bout la polarité chimique du jugement
et de sa négation, les représentant comme des mouvements symétriques, contraires et de même droit, également originaires : l’un d’assentiment ou adhésion
(
Zustimmung), l’autre de rejet (
Verwerfung), y compris avec la connotation
affective qui peut y être associée. Brentano y insiste : cette polarité traverse en
effet toutes les sphères de la vie psychique, et a une forme affective, émotionnelle aussi bien qu’intellectuelle.
On reconnaîtra, dans cette radicalité du couple affirmation-négation, un aspect
probable de l’influence du philosophe autrichien sur l’un de ses élèves les plus
connus, Freud.
En ce qui concerne sa théorie du jugement, qui resterait largement à lire dans
l’histoire des théories philosophiques du jugement, Freud s’écarte profondément
de son maître Brentano (comme la plupart de ses autres élèves). Il ne croit pas
à la priorité du jugement d’existence et de la forme existentielle du jugement,
et demeure fidèle à la représentation classique, prédicative du jugement. Mais
cette fidélité a, dès l’
Esquisse de 1895, des raisons propres à la théorie psychanalytique. Si la forme prédicative est première, c’est qu’il faut interpréter la
fonction intellectuelle du jugement comme primairement de l’ordre de la
reconnaissance, de la retrouvaille, identification dans la différence même
[6] – ce qui
suppose la distance qui est celle du sujet au prédicat. Freud construit ainsi
génétiquement, dans l’écart entre l’information reçue du stimulus extérieur et
celle stockée dans le corps propre du sujet, la différence de l’objet et de l’attribut
comme une donnée psychologique fondamentale
[7]. C’est ce qui se retrouvera
dans la fameuse
Verneinung de 1925
[8]. Freud commence par y examiner l’usage
prédicatif du jugement, et repose la question en termes de recouvrement ou de
non-recouvrement, suivant des modalités que nous allons tout de suite examiner.
Puis il se tourne vers la fonction existentielle, mais pour
l’interpréter aussi en
termes de retrouvaille et de recouvrement ou non. Quelque chose de présent
dans le moi comme représentation peut-il aussi être retrouvé dans la perception
(réalité)
[9] ? Comme on voit, on ne sort pas de la dualité, et de la forme prédicative
qui lui est associée.
Tout cela est fort peu brentanien, et on pourrait dire que Freud adopte, plutôt
que les opinions de son maître, celles de ses adversaires (Helmholtz ou Sigwart).
Mais reste le sens extrêmement fort de la polarisation du jugement qui est
maintenu, et traverse ses deux usages. La tâche de la fonction intellectuelle du
jugement est « d’affirmer ou de nier des contenus de pensée », à égalité. Cela,
c’est du Brentano, et Freud a bien retenu quelque chose de la
Zustimmung et
de la
Verwerfung de son maître, dans la délimitation de deux types d’attitude
de l’appareil psychique aux figures d’abord très concrètes (avaler / cracher) qui
vont, chez lui, prendre une ampleur métapsychologique : Éros et Thanatos. Le
caractère basal de la négation interprétée comme
rejet rattache assurément Freud
à l’école de Brentano, même si sa réflexion sur la fonction fondamentale de
différ
ance du jugement le conduit plus loin que Brentano : dans le sens de la
mise en évidence du caractère intrinsèquement symbolique (donc fondée sur
l’absence et la différance) de la pensée, et d’un privilège de la négation
[10]. Mais
cela supposait que la radicalité de la négation en tant qu’
acte ait été au départ
saisie, et c’était ce que permettait la théorie brentanienne de la bimodalité du
jugement.
C’est en effet ce que Brentano a à apporter : une théorie qui appréhende la
négation dans sa radicalité et son originarité, comme modalité à part entière du
jugement, parce qu’elle aborde le jugement au niveau de l’acte qu’il est toujours
aussi – ce que précisément avait toujours déjà relégué l’analyse frégéenne :
« La négation, en tant qu’elle est un élément de la pensée, et tout comme la pensée,
n’a besoin d’aucun porteur, elle ne doit pas être prise pour un contenu de
conscience » [11].
Mais aussi, pourquoi la dimension d’acte renverrait-elle nécessairement la négation (comme nier,
Verneinen) à l’ordre du psychique ? Pourquoi ne pas développer plutôt, comme cela s’est vu depuis avec Searle
[12], une théorie de la
négation comme
acte de langage ? Il faut souligner tout ce que cette stratégie
– comme les pensées qui viennent d’Austin en général – doit à Frege. N’est-ce
pas Frege qui, le premier, a suggéré une théorie des différentes « forces » du
discours, en repérant au moins l’une d’entre elles : « la force affirmative » (
die
eigentlich behauptende Kraft)
[13], précisément ? Reste qu’au catalogue frégéen,
si au moins une autre « force » du même type est suggérée (la force interrogative), la « force négative » brille par son absence. La négation ne paraît pas être
comptée au nombre des « forces » fondamentales du discours.
Nous serions donc pris, à l’époque de Frege, dans l’alternative de pensées
qui donnent un statut sémantique (mais alors intra propositionnel, et neutralisant)
à la négation et de pensées qui la traitent comme un acte originaire et autonome,
égal en portée à celui du jugement (ou représentant à lui seul une modalité
entière du jugement), mais la psychologisent.
C’est en effet entre les deux termes de cette alternative qu’oscille la pensée
de Husserl. Or, sur ce plan, la surprise – mais en est-ce vraiment une ? – c’est
que Husserl tendrait d’abord à donner raison à Frege
[14].
Il faut ici tenir compte du choix husserlien d’une théorie du jugement d’inspiration bolzanienne, qui privilégie la teneur sémantique du jugement comme
proposition, réitérable dans l’enchaînement d’un discours
[15]. Cette option
conduit Husserl, déjà dans la V
e Recherche logique, à une vigoureuse critique
de la théorie brentanienne.
Du point de vue de la négation, l’effet en est double. D’un côté, la position
de Husserl en ce qui concerne le jugement le conduit, comme faisait Frege, à
intégrer la négation au contenu propositionnel. Dans ses termes à lui, Husserl
dit : « Les différences entre
est et n’
est pas sont des différences de la matière
intentionnelle »
[16].
D’autre part, contrairement à ce qui se passait chez Brentano, on assiste,
logiquement, à une relativisation de l’originarité de la négation. Au paragraphe 29 de la
Recherche V, directement consacré à une critique de la théorie
brentanienne du jugement, Husserl mène une première analyse phénoménologique (donc descriptive) de la négation. Dans le cas où, par exemple, quelqu’un
soumet un jugement à notre assentiment, il est possible que nous soyons conduit
à prendre une position négative par rapport à ce qui a été dit. Le « il n’en est
pas ainsi » de la négation est alors présenté par Husserl comme une forme de
remplissement. Ce remplissement a un caractère spécifique : c’est un « remplissement négatif », une « déception » (
Enttäuschung)
[17]. Cette notion de « déception », employée souvent par Husserl en contexte perceptif, a ici une importance
capitale. Elle signifie que la négation (tout comme l’assentiment) intervient sur
fond d’attente, de question, ou tout au moins de quelque chose comme une
attente ou une question. Il n’y a pas, contrairement à ce que croyait Brentano,
de position ou de rejet « purs », mais uniquement propositionnellement formés,
par rapport à un contenu qui est « proposé » à l’examen, et en quelque sorte
candidat à la confirmation, donné à la conscience dans ce que Husserl appelle
un « vécu de transition ». Une telle position, si elle maintient bien à un certain
niveau, superficiel, la symétrie de l’affirmation et de la négation, ou tout au
moins de l’assentiment et du rejet, subordonne en fait la négation à un préalable :
celui de ce qui est « proposé » comme vérité, et qui constitue ne serait-ce que
le sens de la
question correspondante (selon une idée proche de celle de Frege
dans
La pensée). La négation est alors toujours perçue comme un échec, le
non-remplissement d’une attente, ou plus exactement son remplissement négatif,
mais dont il faut souligner qu’en tant que négatif, il n’a rien d’autonome. Il n’y
a pas à proprement parler d’évidence négative opposée à la forme positive de
l’évidence (qui se présente sur le mode du « c’est ainsi »). Comme le note
Dieter Lohmar, « le “remplissement négatif” n’est remplissement que pour
l’intention questionnante »
[18]. Suivant une analyse développée dans la
Recherche VI, la « déception » résulte du conflit entre une intention et son remplissement, et tout conflit présuppose une synthèse d’identification
[19]. Cela veut dire
que d’une certaine façon, la négation est toujours
seconde.
Évidemment, on relèvera le tour phénoménologique pris par l’analyse, la
négation se voyant réinscrite dans le scénario où elle s’impose à la conscience.
Mais au-delà de cet aspect phénoménologique – qui tranche bien sûr avec la
position frégéenne du problème, purement logique –, on sera aussi sensible au
refus, ou tout au moins à la réserve qui est implicite à la démarche husserlienne.
On remarquera que « le remplissement négatif » n’est pas un remplissement
autonome, et ne s’entend que relativement (en termes d’échec) par rapport à
l’éventualité du remplissement positif. Ce sera une constante de l’analyse husserlienne, qui va s’approfondir dans ce sens.
Cela le conduit, en un premier temps, à rejeter ou en tout cas à ne pas adopter
ce qui serait un possible de la pensée phénoménologique, dans son élargissement
du modèle de la référence, à savoir l’idée d’« état de choses négatif ». Cette
idée est au contraire introduite et défendue avec vigueur par un élève de Husserl,
Adolf Reinach, dans son essai de 1911
Théorie du jugement négatif
[20].
Reinach distingue bien deux niveaux – et deux sens – de la négation. En
premier lieu, la négativité peut affecter le niveau de l’acte, c’est-à-dire de la
prise de position, qui peut être positive ou négative, de l’ordre de l’adhésion
comme de la résistance à l’objet. Cela ne change rien à l’état de choses considéré : « Conviction positive et conviction négative peuvent se référer au même
état de choses »
[21]. En second lieu, la négativité peut être une propriété intrinsèque de ce sur quoi porte le jugement (ou tout autre acte) en question, et
constituer un
état de choses négatif. C’est ainsi qu’à l’être-
b de A (état de
choses positif) s’oppose le non-être-
b de A (état de choses négatif)
[22]. On remarquera que tout état de choses positif, de son seul fait, délimite toute une série
d’états de choses négatifs. Si, par exemple, la rose est rouge, elle n’est pas
blanche, elle n’est pas jaune, etc.
[23]
Le point important est qu’un état de choses négatif – par exemple l’être non
jaune de la rose – peut faire l’objet d’une conviction positive (qui ne se déploie
pas nécessairement dans le registre de la déception, ou du retranchement, de la
Verneinung pourrait-on dire, en sollicitant les échos freudiens du mot).
« Les états de choses négatifs ont autant de consistance, en un sens exactement
identique et avec la même objectivité, que les états de choses positifs. Une conversion
de la négativité dans le registre subjectif n’est ici ni nécessaire ni possible. Nous
avons donc, à côté de la conviction négative à l’égard d’états de choses positifs,
jouissant de la même légitimité, la conviction positive à l’égard d’états de choses
négatifs, et toutes deux peuvent être appelées des jugements négatifs » [24].
Comment situer la position de Husserl par rapport à cette très belle analyse de
Reinach ?
On pourrait dire qu’à un certain niveau, elle y acquiesce, dans la mesure où
– et en cela Reinach s’inspire de Husserl –, en catégorialisant la négation (qui,
dans la VI
e Recherche, devient fonction catégoriale), elle l’a intégrée au corps
de la proposition, comme une détermination du contenu qui y est présenté. À
ce niveau, restant fixé sur l’essence propositionnelle du jugement, on pourrait
dire que « le jugement positif comme le négatif se présentent comme une
affirmation, et le jugement négatif ne se distingue du jugement positif que par
le fait que l’affirmation, au sein de ce jugement, porte sur un état de choses
négatif qui s’est constitué par le biais de la fonction de négation »
[25].
Pourtant, dans les Recherches, Husserl recule devant le concept d’« état de
choses négatif ». C’est qu’au fond, tout comme Frege, il lui semble difficile,
une fois abandonnée la référence à l’acte psychique, positif ou négatif, de
conserver un sens précis à la négation. La négation de tel ou tel moment de
l’état de choses, qui constitue cet état de choses dans sa spécificité (ou en tout
cas en délimite l’ouverture), suffit-elle à faire de cet état de choses un « état de
choses négatif » ? Husserl semble plutôt privilégier l’état de choses positif, dans
la plénitude de sa donnée, dans laquelle la négation ne fait que tailler (elle le
reconfigure) et éventuellement retrancher. L’état de choses négatif paraît indissociable d’un processus de (dé)-négation. Il n’y a pas de négatif en soi dans les
choses : c’est la leçon très claire du paragraphe 39 de la Recherche V.
On est donc très loin du « réalisme logique » intégral qui est celui de Reinach,
ou tout au moins celui de Husserl, dans la première édition des
Recherches
logiques. Lorsque Reinach déclare : « il n’y a pas la moindre justification, pas
une seule, à déclarer les états de choses
négatifs tributaires de la conscience »
[26],
Husserl ne le suivrait certainement pas jusqu’au bout (trahissant ainsi l’ambiguïté de la position logique qui est la sienne, en quelque sorte entre Frege et
Brentano). Sa réponse serait premièrement qu’une analyse catégoriale de la
négation, comme moment constitutif de la teneur du jugement, est certes parfaitement objective (se situe au niveau purement logique), mais ne donne pas
lieu à l’institution d’
états de choses négatifs : juste à la reconnaissance de
moments négatifs dans certains états de choses. Deuxièmement, que cela ne
nous dédouane nullement d’une analyse phénoménologique, nécessairement
conscientielle, de l’origine de cette « négativité » comme telle. D’où le fait que
l’analyse positive qu’il consacre à la négation (dans la
Recherche V et dans la
première moitié de la
Recherche VI, sur le conflit perceptif) se situe très largement sur le terrain, bien désigné par Reinach, mais pour être distingué de
celui de la négation au sens logique du terme, de la « conviction cognitive ».
Sur ce plan, « la non-croyance est une conviction négative »
[27].
De ce point de vue, Husserl demeure assurément plus brentanien qu’il le
voudrait (et plus que Reinach), et cela au moment même où il critique le maître.
Il faut cependant souligner la portée du déplacement qu’il fait subir à la problématique brentanienne de la conviction et de l’absence de conviction.
S’il est bien vrai, pour lui, qu’il n’y a pas de négation sans une dimension
« subjective » – la négation s’entend d’abord comme déception, ne pas-être
comme on attendrait, et, là aussi, on peut retrouver Freud –, il faut prendre en
compte la réinscription qu’il accomplit de cette dimension subjective dans l’élément sémantique, dans l’ambiguïté d’une pensée qui s’ingénie à tenir d’une
seule main l’acte et le sens, et à concevoir comment l’acte peut tout à la fois
modifier le sens et se déposer, s’objectiver en lui.
Husserl conteste chez Brentano l’idée que la négation (comme l’affirmation)
puisse s’exercer sur une représentation inerte, indifférente aux actes auxquels
elle est soumise. Il s’agit, dans un cas et dans l’autre, de modalités intentionnelles qui ressaisissent en profondeur la matière intentionnelle (représentative)
qui leur est offerte, contribuent à sa formation catégoriale et, pour ainsi dire,
s’y incorporent – finissent par « faire partie » de la matière intentionnelle. Cette
matière intentionnelle qu’elles saisissent n’est de toute façon pas informe, mais
déjà catégorialement formée – c’est intrinsèquement la matière d’un jugement,
et c’est ce qui oppose Husserl à Brentano. D’autre part, dans ce registre, la
négation paraît secondaire, si ce n’est par rapport à l’affirmation, en tout cas
par rapport à cette dimension basale de la décision qui caractérise le jugement.
Elle n’intervient que par rapport à l’éventualité d’une affirmation, qui y est
repoussée – celle que comportait en puissance la question à laquelle répond
toujours implicitement la négation : tel est le point de vue de Husserl –, et sur
fond d’une décision dont on pourrait dire qu’elle est intrinsèquement affirmative (on retrouve ici, mais « psychologisée », la « force assertive » frégéenne),
et qui, simplement, dans ce cas-là, est décision (ou constat) d’échec. Telle est
la construction ambiguë que propose Husserl, quelque part entre Brentano et
Frege, essayant de faire droit à l’intuition brentanienne de l’importance des
phénomènes fondamentaux de l’adhésion et du rejet dans notre vie psychique
et plus particulièrement cognitive, tout en réinstallant la négation elle-même
sur le terrain toujours déjà sémantiquement formé, et qui en un sens la précède,
du jugement, qui ne peut plus donc simplement être un acte. Mais, alors, la
thèse logique de la priorité du sémantique, seul sol possible de l’affirmation et
de la négation mais par là même antérieur à elles, conjuguée avec les exigences
propres d’une phénoménologie de la conscience connaissante, présentée essentiellement comme une phénoménologie de la question et de sa réponse, va
dans un seul et même sens : celui du caractère dérivé, et subordonné, du
négatif.
De cette position, au fond, Husserl ne démordra pas. Dans les tentatives de
réécriture de la
Recherche VI de 1913
[28], il adoptera certes le lexique des « états
de choses négatifs », mais, de façon très significative, les décrira comme dérivés
et secondaires. Pour lui, une opération de dé-négation (
Verneinen) vient alors
se greffer sur une opération positive qui constitue la base de la prédication –
cela non pas au sens d’une concaténation réelle, ou génétique, mais d’une
présupposition de sens, logico-phénoménologique : le
sens de l’état de choses
négatif (parce que son éventuelle « donation » dans l’intuition) est suspendu à
sa contrepartie positive.
Est-ce à dire que la constitution du négatif soit suspendue à une affirmation
première ? Que toute détermination, y compris négative, en tant qu’elle fait
partie de la proposition, puisse être affirmée, et le soit même en un sens nécessairement, est une chose, et sur laquelle Husserl est finalement plutôt hésitant.
Que toute négation présuppose l’affirmation qu’elle vient biffer, dans une
conception que Reinach qualifierait de « polémique »
[29] de la négation, en est
une autre, et à laquelle Husserl ne souscrit nullement, quel que soit le contexte
« polémique » précisément du descriptif qu’il donne de la négation dans la
Recherche V.
Husserl clarifie sa position dans les
Ideen I. L’analyse s’installe sur le terrain
de la croyance (
belief), ce qui met tout de même clairement Husserl en dette à
l’égard de Brentano (et, à travers lui, Descartes et Hume). Husserl distingue
une « forme-mère », « non modalisée » de la croyance, la « certitude de
croyance » (
Glaubensgewißheit)
[30]. Celle-ci, dans la phénoménologie noéticonoématique qui est celle de Husserl à partir des
Ideen, a pour corrélat l’être pur
et simple. Cette croyance-mère (
Urglaube), en référence à laquelle toutes les
autres modalités (ou plus simplement : toutes les modalités) de croyance sont
constituées, est aussi appelée par Husserl, dans une formule vouée à un certain
succès, « protodoxa » (
Urdoxa)
[31]. Cette modalité protodoxique est en quelque
sorte antédoxique : elle précède toute modalité du jugement et constitue le fond
qui la permet dans sa particularité et reste à son arrière-plan, loin de pouvoir
être déclinable en intensités qui se situeraient sur le même plan, comme avait
pu l’envisager Brentano
[32], et comme le critiquait à juste titre Reinach
[33].
Ainsi l’analyse husserlienne ressaisit l’assentiment et le refus brentanien au
niveau de ces modalités doxiques constituées sur fond de protodoxa, leur
déniant (il est vrai en vertu d’une radicalisation de l’idée brentanienne de doxa
en direction d’une
Urdoxa) toute originarité. C’est dans ces termes que se
réinterprète le caractère dérivé de la négation : « du point de vue noétique la
négation est la “modification” de quelque “position” (
Position) »
[34] – elle intervient à proprement parler sur fond de position, et en référence à elle. Cela ne
veut toutefois pas dire que la négation soit secondaire par rapport à l’affirmation,
mais par rapport à cette dimension positionnelle qui est inhérente à la croyance,
et caractérise déjà l’
Urdoxa, comme couche basale de cette même croyance,
sous-jacente à toute croyance – même négative.
Négation et affirmation se voient
ici communément relativisées par rapport à une dimension doxique de la
conscience (et sans doute aussi du langage) plus fondamentale que l’une et
l’autre.
Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette modalité doxique d’ordre supérieur
qu’est la négation ? « Sa fonction noématique nouvelle est de “biffer d’un trait”
le caractère positionnel correspondant ». Cette image de la rature ne cessera
plus désormais de caractériser la négation pour Husserl, dans son caractère de
modalité seconde, de modification : la négation est ce qui intervient par rapport
à une modalité antérieure (qui elle-même peut être d’ordre supérieur, construite :
c’est le cas de la négation « polémique », comme elle peut ne pas l’être : ce
serait le cas de la négation simple) et vient la déplacer. De façon intéressante,
au paragraphe 106 des Ideen, qui leur est thématiquement consacré, l’affirmation
est conçue sur le modèle de la négation, et non l’inverse, elle aussi comme
modalité seconde :
« De même que la négation, pour garder le langage figuré, biffe d’un trait, l’affirmation
“souligne d’un trait” ; elle “confirme” une position par “l’assentiment”, au lieu de la
“supprimer” comme la négation. Cette opération engendre également une série de
modifications noématiques qui font pendant aux modifications par biffage » [35].
Par rapport à un tel dispositif, qui intègre au contenu noématique de la proposition les effets des actes que sont l’affirmation et la négation, en tant qu’actes
seconds, qui, suivant la formule de Husserl lui-même, « traversent » un contenu
propositionnel déjà constitué, le dernier Husserl ne modifiera guère sa position.
L’aspect le plus original du travail des dernières années (à partir du début des
années 20) est, dans le retour des considérations génétiques, la tentative d’étendre une telle perspective au niveau infra propositionnel, dans la perspective
d’une « généalogie de la logique ». On assisterait alors, en un sens, à la revanche
de Brentano, qui lui-même était parti d’un point de vue où il situait le jugement
et son envers la négation en deçà de la proposition, au seul niveau perceptif.
Husserl, prolongeant assez directement certains descriptifs qui étaient certes
déjà présents dans la première moitié de la Recherche VI, mais seulement dans
un contexte propositionnel, va maintenant jusqu’au bout d’une investigation de
ce que serait un sens de l’affirmation et de la négation « sensible ».
Les textes sont ceux que l’on trouve dans les cours des années vingt maintenant traduits en français sous le titre
De la synthèse passive
[36], ou dans
Expérience et jugement, publié en 1938 après la mort de Husserl par son élève
Landgrebe en partie sur la base des mêmes manuscrits.
Au paragraphe 21 a) d’
Expérience et jugement, intitulé de façon prometteuse
« l’origine de la négation », et dont on trouverait un équivalent dans le chapitre I de la première partie du cours sur les synthèses passives, Husserl mène
ainsi une analyse génétique de la négation en termes de modalisation de la
certitude, conformément à la conception qui était celle des
Ideen I, mais en la
réinstallant sur le terrain, urdoxique par excellence, de l’évidence sensible,
perceptive
[37].
La négation est toujours interrogée ici dans le cadre théorique de la problématique plus générale des
empêchements (
Hemmungen, un autre terme que
Husserl partage avec Freud, et qui lui vient de Herbart) qui peuvent survenir
au remplissement. En ce sens, on ne sort pas du dispositif théorique qui était
celui des V
e et VI
e Recherches logiques. Le fond phénoménologique de la
négation, c’est bien cette forme de blocage très particulier qu’est la
déception
qui se produit à la place du remplissement des intentions d’attente. L’exemple
donné dans
Expérience et jugement comme dans le cours sur les synthèses
passives est celui de la boule perçue comme uniformément rouge et lisse, que
l’on retourne et qu’on découvre verte et bosselée sur l’autre face. Le sens de
la négation (elle n’est
pas uniformément rouge et lisse) réside alors dans le
conflit perceptif ainsi créé « entre les intentions encore vivantes et les contenus
de signification qui apparaissent dans la donnée originale qui vient d’être instituée »
[38]. C’est dire encore, conformément à l’analyse des
Recherches logiques, que la négation ne peut intervenir que par rapport auxdites intentions
préalables, « encore vivantes » : « Il y a toujours dans l’essence de la négation
la superposition d’un sens nouveau sur un sens déjà constitué, et en même temps
l’éviction de celui-ci »
[39].
L’intérêt de la nouvelle présentation, purement perceptive, de cette analyse
(et où il n’est question ni de question, ni de réponse, ni de jugement à
proprement parler), est qu’elle prétend capter «
le phénomène originaire de la
négation », aspirant donc à une sorte d’archéologie, préjudicative, de la négation. «
La négation n’est pas au premier chef l’affaire de l’acte de jugement
prédicatif, mais [...]
dans sa forme originaire elle intervient déjà dans la
sphère antéprédicative de l’expérience réceptive »
[40]. C’est normal, puisque, la
fin du paragraphe l’accusera, cette certitude doxique originaire que présuppose
la négation (qui n’est pas celle de l’affirmation, mais une doxa tout à la fois
absolue et modalement « neutre », si on peut dire)
[41], et qu’elle vient altérer,
à la base (en deçà de tout « jugement »), c’est celle de la perception
[42].
Disons qu’on n’a besoin de rien d’autre que d’une simple perception pour que
quelque chose comme de la négation puisse prendre corps dans le conflit
perceptif.
Il est vrai qu’à l’étage supérieur de la construction (celui de la pensée prédicative et des objectivités d’entendement), on retrouve assez logiquement la
même structure, Husserl y étant aussi conduit, dans des termes sans doute plus
explicites que jamais, à relativiser la priorité de la négation. Il affirme alors que
«
la prise de position positive et la négative, celle qui reconnaît et celle qui
rejette ne représentent pas simplement deux “qualités” qui seraient de même
niveau ». À la négation revient de toute évidence un «
caractère intentionnel
secondaire »
[43]. Dans la foulée, Husserl affirme : « Il n’y a qu’une seule forme
fondamentale, qui est le simple jugement catégorique : “S est p” (positif, et non
pas par exemple celui qui “reconnaît”) ». Les autres sont des formes « dérivées ». On ne peut être plus clair. On y verra bien sûr la marque du conservatisme
logique d’
Expérience et jugement, qui (comme déjà
Logique formelle et logique
transcendantale) se replie sur la forme prédicative traditionnelle du jugement.
Mais en dehors de cela, pour ce qui est de la « positivité » fondamentale (ou
plutôt basale, à partir de laquelle on peut nouer autre chose, par modification)
du jugement, on n’y verra que l’accomplissement de ce qui est la tendance
lourde de l’analyse husserlienne, depuis le début. D’où le curieux rapprochement
avec Reinach, à la fin du paragraphe, lorsque Husserl, au-delà du caractère
dérivé de la négation, qui présuppose toujours une autre modalité du jugement
implicite, par rapport à laquelle elle prend position, en vient, au moins dans le
domaine de la science, à n’envisager plus qu’une seule modalité du jugement,
qui est bien sûr positive, y compris par rapport à ce que Reinach aurait appelé
les « états de choses négatifs » :
« On peut prendre également le concept de jugement de telle manière qu’il englobe
exclusivement l’activité qui pose l’être fermement, et le néant s’y trouve inclus
comme moment du contenu, pour ainsi dire comme un non-être qui est. En fait, la
logique et la science réduisent tout aux jugements qui posent fermement, et à bon
droit. Si vaste que soit le champ de ce qui est nié, il n’y a rien de négatif dans les
affirmations théoriques : elles établissent tantôt un être-ainsi, tantôt un être non-ainsi,
etc. » [44]
On ne retrouverait alors, dans le plan du système de propositions par définition
affirmatives, ou tout au moins « positives », qui forme la science constituée,
rien de la richesse modale imputée à la vie la plus élémentaire de la conscience,
entre conflit et « déception ». Mais c’est que, pour reprendre un concept
emprunté par Cavaillès à Husserl et qui a été au centre de nos analyses, la
science efface ses « ratures ».
On reconnaîtra, dans cette tension ultime entre une analyse en termes de
modalité d’actes qui s’enracine jusqu’aux étages les plus inférieurs de la
conscience (en hommage à Brentano malgré tout, dans la différence même,
pourrait-on dire), et une analyse logique qui réinscrit la négation dans la matière
intentionnelle affirmée, la trace de l’ambiguïté proprement « phénoménologique » qui pesait depuis le début sur la pensée de Husserl et en faisait la fécondité : ne pas renoncer aux questions d’apparaître (et, en un second temps, de
genèse), sans pour autant renoncer au logique et à ce qui en constitue le présupposé nécessaire : un point de vue sémantique, qui sache tenir en réserve
l’acte, ou tout au moins penser l’objectivation de ses résultats. Une telle conciliation était-elle possible ? En particulier, la conciliation ultime entre la perception et le discours, et la fondation du dernier sur la première qu’elle supposait
dans sa dernière phase était-elle recevable ? On peut en douter. Mais c’était
aussi elle qui faisait l’intérêt de l’approche phénoménologique. Avec, par rapport
à la négation, une quasi-certitude, qui est que, tout en lui maintenant au moins
partiellement un sens d’acte, ce qui est probablement positif, à la traiter en
dernier ressort à partir de la perception – subrepticement au début, officiellement
après le tournant « génétique » de la phénoménologie husserlienne – on avait
perdu quelque chose, attaché au symbolique, et à l’essence symbolique de la
pensée : le caractère originaire (et premier) de la négation. Ce que Freud avait
bien vu. Mais c’est ce que la phénoménologie, par construction (d’être une
pensée « constructive », précisément), ne pouvait penser.
[1]
FREGE,
La négation, in
Écrits logiques et philosophiques, trad. fr. de Claude Imbert, Paris,
Seuil, 1971, p. 195.
[2]
C’est l’idée très simple selon laquelle la négation « peut être un élément d’une pensée » (cf.
FREGE,
La négation,
op. cit., p. 207).
[3]
Cf.
La négation,
op. cit., p. 204 sur le refus frégéen d’employer le concept de « pensée
négative ». On remarquera qu’ici, quelles que soient les similarités d’attitude (sémantique) de leurs
pensées, Frege se tient très loin de Reinach.
[4]
Op. cit., p. 206.
[5]
Cf. J. BENOIST,
Phénoménologie, sémantique, ontologie, Paris, PUF, 1997, début du chap. III.
[6]
Cf.
Esquisse d’une psychologie scientifique,
in FREUD,
La naissance de la psychanalyse, trad.
fr. d’Anne Berman, Paris, PUF, 1956, p. 348-349.
[7]
Cf.
ibid., p. 392.
[8]
Cf. FREUD,
La négation, trad. fr. de Jean Laplanche, in
Résultats, idées, problèmes, II, Paris,
PUF, 1985, p. 136-137.
[9]
Cette théorie est inséparable de celle de la
perte de l’objet originaire. On ne trouve pas d’objet,
on ne fait qu’en retrouver.
[10]
Cf. la fin de FREUD,
La négation,
op. cit., p. 138-139.
[11]
FREGE,
La négation,
op. cit., p. 207.
[12]
Cf. la distinction entre « négation illocutionnaire » et « négation propositionnelle »,
in John
R. SEARLE,
Les actes de langage, trad. fr. d’Hélène Pauchard, Paris, Hermann, 1972, p. 71-72.
[13]
Cf. FREGE,
La pensée (La Recherche logique), in
Écrits logiques et philosophiques, p. 176.
[14]
Comme l’a bien remarqué Kevin MULLIGAN dans « Judgings : their Parts and Counterparts »,
in
La scuola di Brentano,
Topoï, supplément du vol. VI, n
o 1, Dordrecht, Kluwer, 1989, p. 124-125.
[15]
Cf. nos études « Qu’est-ce qu’un jugement ? Brentano, Husserl, Frege »,
Études phénoménologiques 27-28,1998, p. 169-192, et « Husserl entre Brentano et Bolzano : jugement et proposition », à paraître dans
Manuscrito (2001).
[16]
Recherches logiques, VI, § 39, trad. fr. d’Hubert Elie, Arion L. Kelkel et René Schérer, Paris,
PUF, 1963, t. III, p. 156.
[17]
Ibid., V, § 29, t. II/2, p. 257.
[18]
Dieter LOHMAR, « Beiträge zu einer phänomenologischen Theorie des negativen Urteils », in
Husserl Studies, vol. 8, n
o 3,1991/1992, p. 178.
[19]
Recherche VI, § 11.
[20]
Traduit par Marc B. de Launay, in
Revue de métaphysique et de morale 101,1996, p. 383-436.
[21]
Théorie du jugement négatif, p. 400.
[23]
Ibid., p. 409. Un tel dispositif peut assurément évoquer celui qui sera mis en place par
WITTGENSTEIN dans le
Tractatus, outre la similitude de vocabulaire (
Sachverhalt). Il faut toutefois
souligner que Wittgenstein envisage l’existence de faits (
Tatsachen) et non d’états de choses (
Sachverhalte) négatifs (
Tractatus logico-philosophicus, 2.06; cf. aussi 4.063), la négativité desdits faits
étant fondée sur l’inconsistance (
Nichtbestehen) de certains états de choses. Il est vrai que Reinach,
art. cit., p. 409, avait bien spécifié qu’un état de choses peut « consister » ou non – mais, pour lui,
les états de choses négatifs « consistent » aussi (cf. REINACH,
op. cit., p. 425), loin que cela soit
leur « inconsistance » qui mesure la négativité d’aucun « fait ».
[28]
Cf. l’exposé de LOHMAR,
op. cit., p. 185.
[29]
Cf. REINACH,
op. cit., p. 428-429.
[30]
Idées directrices pour une phénoménologie, § 104, trad. fr. de Paul Ric
œur, Paris, Gallimard,
1950, p. 357.
[32]
Psychologie du point de vue empirique, Livre II, chap. 7, § 9, trad. fr. de Maurice de Gandillac,
Paris, Aubier, 1944, p. 224.
[33]
REINACH,
op. cit., p. 388.
[34]
Idées, § 106, p. 361.
[36]
HUSSERL,
De la synthèse passive. Logique transcendantale et constitutions originaires, trad.
fr. de Bruce Bégout et Jean Kessler, Grenoble, Jérôme Millon, 1998. On se référera à l’exposé de
Bruce BÉGOUT sur le même thème : « Existence et jugement, doxa originaire et conscience positionnelle chez Ed. Husserl », au colloque de Bruxelles sur
La généalogie de la logique chez Husserl
(décembre 1998).
[37]
Cette évidence sur fond de laquelle coupe et détache la négation est ici (plus que dans le
cours sur les synthèses passives, car cette ontologisation est plus caractéristique de la dernière
pensée de Husserl – celle de la
Krisis –, à laquelle
Expérience et jugement emprunte aussi des
éléments) celle du monde, dans sa donation première.
[38]
Expérience et jugement, § 21 a), trad. fr. de Denise Souche-Dagues, Paris, PUF, 1970, p. 104.
[41]
En fait, l’opposition de l’affirmation et de la négation suppose le préalable du
doute, qu’elle
vient trancher en un sens ou un autre : cf.
De la synthèse passive, I
re partie, chap. 2, § 9.
[42]
Cf.
Expérience et jugement, § 21 a), p. 107.
[43]
Ibid., § 72, p. 354.
[44]
Ibid., p. 355-356.