2001
Revue de Métaphysique et de Morale
De la négation à la dénégation chez Wittgenstein : une enquête limitée sur la source de l’aveuglement au symbolisme
Antonia Soulez
Wittgenstein hérite de Frege l’idée d’une égalité de statut entre affirmation
et négation, mais au lieu d’en tirer la thèse d’une absence de force de la négation, il
en restaure au contraire la force alors même qu’il ne lui correspond aucune objectivité.
D’où vient cette force ? Cette force serait d’expression. Dans cet article, je montre que
Wittgenstein n’est finalement pas intéressé par la question sémantique de la négation,
mais plutôt par cette attitude propre au philosophe consistant à ne pas faire cas de son
symbolisme opératoire, ce qui l’entraîne indûment à s’interroger sur son essence cachée.
S’agissant du cas de la négation, Wittgenstein montre comment s’attaquer à la source
de notre errement plutôt qu’à la source de la signification justifiant son usage. Il « traite »
ainsi ce qu’il appelle dans une de ses Dictées le « problème de Socrate ». L’impasse sur
le symbolisme de la négation est un symptôme d’aveuglement au symbolisme. Reste donc
à saisir l’articulation du signe avec le symptôme, soit entre deux espèces de traits que
Wittgenstein tient pour hétérogènes. Pourtant, dans son combat contre les préjugés
grammaticaux, Wittgenstein entend bien redonner à l’expression du signe une importance
qui permet de comprendre en même temps son action sur le symptôme (sa disparition).
Dans la « résolution », une certaine concomitance freudienne entre les deux est donc
présupposée. Nous examinons ce point de rencontre avec Freud tout en distinguant leurs
conceptions respectives du grammatical.
Wittgenstein inherits Frege’s conception of equality of status of negative
and positive assertions. Yet, far from concluding with Frege that the negation is weak,
he restores its strength while at the same time he thinks it is devoid of objectivity since
negative facts do not exist. Where does this strength come from ? The answer is : from
its sole expressivity. My contention is therefore to show that Wittgenstein is less interested
in the semantics of negation than in the philosopher’s attitude which consists in neglecting the symbolic operation of negating, hence his questioning the essence of negation.
Against this « symptom » Wittgenstein calls « Socrates’ problem », the right thing to do
is to cure it by tracing back the root of our being misled by grammatical prejudices
rather than to look for the source of meaning. What is to be treated is our blindness to
symbolism. However we are left with a question concerning the connection between the
sign of negation and the « symptom » resulting from omitting the latter. The difficulty
arises from the fact that for Wittgenstein they belong to two different realms, while at
the same time he seems to assume that the sole strength of expressing negation as a
symbol could effect the desappearing of the symptom e.g. the « solution » of the « problem ». It is impossible to appraise this meeting-point between Wittgenstein and Freud
without taking into account their respective conceptions of « the grammatical ».
Qu’il n’y ait pas un sens unique et universel de la négation, le linguiste est
le premier à l’attester en s’appuyant sur les emplois de la langue naturelle et
les échantillons d’expressions de la négation qu’il peut y puiser. Un article resté
fameux d’Éd. Pichon
[1] intitulé « Mort, angoisse, négation » s’attaque sans ménagement à la manière dont Heidegger, dans ses pages sur le néant d’
Être et
Temps, exploite au contraire le motif pseudo-philologique d’une unité de sens
qui serait essentielle et constituerait le gisement unique des différents emplois
de la négation. Les langues montrent au contraire, dit-il, en s’appuyant sur les
observations du grammairien J. Damourette
[2], qu’il y a différentes façons de
penser la négation et que la source heideggérienne qui n’est autre que celle qu’il
tire du haut allemand n’a rien d’un « fait humain universel ». Il est intéressant,
à partir de cette confrontation avec la linguistique européenne « qui donne tort
au philosophe allemand », de suivre le chemin de Y. Belaval dans
Le langage
des philosophes. Également attentif à ces observations de linguiste, Y. Belaval
s’applique à dévoiler les détours par lesquels Heidegger réussit à faire passer
un sens qu’il a reconstruit à partir de sa problématique du Néant pour le sens
profond qui doit être sous-jacent à la langue naturelle elle-même, moyennant
quoi une langue phénoménologique s’édifie en effet comme une sorte d’idiome
à part
[3].
Plutôt que d’explorer ces variétés linguistiques, tournons-nous vers la problématique logique de la multiplicité des sens de la négation. Je montrerai
comment Wittgenstein procède pour, de la multiplicité observée, tirer non pas,
comme ses prédécesseurs, une lecture unitaire ou tendant à l’unité des sens,
mais au contraire vers un fonctionnement de la langue qui conduit à lire les
données observables des usages dans une direction qui n’a plus rien à voir avec
le motif traditionnel de l’unité d’une multiplicité de sens. La multiplicité de la
négation est d’ordre aspectuel et si l’aspect est un parmi plusieurs, c’est pour
des raisons qui réarticulent le grammatical à la subjectivité. C’est alors l’attitude
correspondant à voir un « désigné » sous le signe d’acte de la négation qui sera
mise en relief, en relation avec ce que Wittgenstein appelle un « symptôme ».
Quand je dis qu’il n’est pas vrai que ce cercle (que je croyais rouge) est
rouge, la négation comporte un aspect suppressif (Husserl). Je souligne que je
ne vois pas la table sous l’aspect attendu. Ce qui est nié est une proposition
empirique. Là-dessus Husserl et Wittgenstein pourraient à la rigueur s’accorder
quand l’attente d’une chose rouge reçoit une réponse négative qui déçoit mon
attente d’un aspect attendu
[4]. Mais cette suppression d’attente touche à quelque
chose d’antérieur à la négation comme telle, qui a davantage trait à l’origine
doxique de la croyance et au fait que, dans ma disposition de sujet m’attendant
à ce que..., je me trouve désavoué par la réalité empirique, comme si celle-ci
me disait non et m’opposait en quelque sorte une fin de non-recevoir. Cette
négation concerne mon rapport de sujet au monde avant d’être articulée dans
le langage.
Je peux aussi nier un prédicat de telle façon que je laisse ouvertes d’autres
possibilités : « Théétète n’est pas assis » appelle ainsi à voir s’il est debout, s’il
court ou s’il vole... Cette capacité de détermination positive qu’a la négation de
produire d’autres propriétés se trouve accentuée déjà par Platon dans le discours
de l’Étranger du
Sophiste. C’est ce que Gilbert Ryle a appelé le « travail de la
négation », travail de production de positivités
[5]. Dans ces emplois de la négation, quelque chose ressort de l’acte de nier qui n’est pas simplement l’emploi
d’un signe opératoire. On dirait qu’en niant un cas, on enlève pour ajouter. Il
y a un gain du côté de ce qui est nié qui se détache de la chose dont on nie
qu’elle possède telle propriété. On dissocie donc de la chose un contenu du
jugement, un «
ti » de l’ordre du sens entre être et non-être, disait Sextus
Empiricus : « La négation permet de
décrocher l’objet du jugement par rapport
à l’objet réel », dit J. Benoist
[6] (l’italique est de moi). Ainsi le signe de la
négation ne se muera jamais en négation du signe à moins de faire de la langue
un transit vers la chose même devant laquelle sa texture de signes est vouée à
s’auto-effacer.
Il y a encore l’usage que l’on peut faire de la négation quand on la fait porter
sur une liaison comme par exemple la négation de la conjonction d’une affirmation avec la négation de la même proposition : « non p.-p ». La négation
souligne alors l’aspect logique d’une impossibilité. On touche à la nécéssité qui
caractérise la logique. Il est entendu que dans ce cas la négation d’une telle
proposition analytique
a priori ne peut être traitée tout à fait sur le même plan
que la négation d’une proposition empirique. Cependant, je ne parlerai pas, sauf
exception, de la négation en ce troisième sens qui pose d’autres problèmes liés
au statut analytique ou synthétique de l’
a priori
[7].
Rappelons au passage que Wittgenstein n’a pas été sans envisager l’éventualité d’une logique d’où le signe de la négation pourrait être éliminé. Cette logique
serait obtenue par le remplacement de la négation par une notion plus primitive.
Peirce l’a anticipée. Quant à Sheffer suivi de Nicod, ils ont proposé la réduction
de la négation ainsi que d’autres connecteurs au signe unique de l’incompatibilité, la barre de Sheffer. C’est ce à quoi font référence les propositions 5.5 et
5.511 du Tractatus logico-philosophicus en introduisant le symbolisme : (... V)
(X...) pour d’un côté FFFV et les variables propositionnelles de l’autre. Mais,
nous l’avons suggéré plus haut : le signe de la négation plonge trop profond
dans l’acte de nier pour qu’il se retourne en négation du signe. Comment le
pourrait-il s’il laisse après lui un « quelque chose » qui, sortant vainqueur du
biffage, résiste encore ?
Les différents sens de la négation autorisent-ils à parler d’un sens central ?
d’une nature unique ou essentielle de la négation ? Mais alors, quelle voie
pourrait y conduire ? Voilà une question qui va séparer Wittgenstein à la fois
des logiciens et des philosophes. Peut-être même va-t-il se séparer des philosophes en s’attaquant à certaines conceptions logiques de la négation. C’est ce
que nous allons voir, qui nous conduira à tirer quelques conséquences plus
amples.
Devant cette variété de sens de la négation, on pourrait croire que la tâche du
philosophe-logicien est de montrer le noyau de sens autour duquel différentes
acceptions en réalité gravitent. Les philosophes-logiciens, quant à eux, peuvent
encore se séparer quant à la bonne conception de ce noyau de sens. Différentes
stratégies se présentent en effet que Wittgenstein rejette les unes après les autres
pour des raisons qu’il nous faudra comprendre ici. Mais nous ne pourrons les
comprendre qu’en tirant au clair le niveau auquel Wittgenstein propose de se
situer concernant la question de la négation et de son sens. Et là, il n’y a qu’à se
laisser conduire par ce qui constitue chez Wittgenstein le tracé d’un parcours non
finalisé, vu qu’aucun telos ne justifie par avance l’analyse sémantique qu’il mène.
C’est proprement dé-routant ; mais, le « modèle » platonicien du problème
de la signification d’une expression se trouvant profondément ébranlé, la lecture
du texte wittgensteinien elle-même manque d’un fil rouge qui jusque-là aurait
permis d’orienter une « interprétation » vers un certain horizon. Le lecteur suivra
donc ici les zig-zags de ma lecture à vue. Un exercice que je voudrais antiinterprétatif, privilégiant la surface de l’emploi jusqu’à indiquer d’assez près le
moment de la plongée dans le symptôme de l’acte, quitte à s’arrêter au bord
du signe. Je prendrai l’exercice comme une occasion de traiter un cas de « grammaire philosophique » en voyant où cela peut nous mener, façon aussi de voir
en quoi consiste cette menée de la grammaire au sens si obscur que lui-même,
Wittgenstein, n’a jamais pu répondre à la question de savoir en quoi elle consiste.
Pour délimiter le corpus qui nous intéresse dans ce travail collectif, tracer en
lui quelques avenues sur lesquelles s’aventurer sans être en pays totalement
étranger dès que l’on passe d’un philosophe à l’autre, il est commode de distinguer quelques approches constituant pour nous autant de balises utiles à
l’identification d’un véritable dossier sur la négation.
Distinguons d’abord l’approche représentationaliste qui renvoie un jugement
de modalité négative à un objet de pensée avec lequel la conscience est reliée.
Ce point de vue est celui de Brentano. Ainsi le « carré rond » peut être l’objet
(de la pensée) d’une négation de caractère apodictique. Dans cette perspective,
l’argument psychologique est que la négation l’est toujours de quelque chose.
La négation est en effet une modalité de la relation psychique liant pensée et
chose, explique Brentano
[8], tout comme l’amour et la haine, etc. Certes, il est
exact de dire, précise à juste titre Jocelyn Benoist
[9], que le carré rond n’est pas
un objet réel dans le monde. Il reste que ce qui est nié est chose réelle pour le
jugement dont la psychologie en effet s’occupe.
L’on peut toutefois penser à la suite de Husserl que le jugement ne relève
pas de la psychologie. Intentionnellement parlant, la négation est la modalité
d’empêchement touchant l’aspect d’un objet que je pourrais attendre de percevoir. C’est l’approche phénoménologique de « l’origine de la négation » retracée
par Husserl comme il dit, en arrière de l’assertion de l’affirmation et de la
négation, à ce niveau où il n’est pas encore possible de délimiter nettement la
négation comme quelque chose de nié de l’acte de jugement négatif. Husserl
parle ici d’un vécu de « néantisation » touchant un aspect attendu qui laisse
flotter encore un reste diffus de croyance antérieure à laquelle se superposent
des aspects nouveaux, d’où une tension entre croyances se chevauchant qui
l’intéresse. Mais la négation étant négation de quelque chose, il demeure une
forme de subsistance qui est le substrat de l’aspect remplacé par un autre, en
l’espèce de l’objet dont on perçoit qu’il n’est pas rouge mais vert ou bleu...
Cette subsistance d’ancrage rattache nos vécus d’attente conflictuelle à un « sol
de croyance universelle au monde ». Ici se prépare le terreau de l’interprétation
heideggérienne.
On aurait tort malgré tout de voir là une quelconque mentalisation de ce qui
est nié. Ce sur quoi Husserl met le doigt est la valence d’orientation de la
négation par opposition à l’affirmation. Il le dit avec le langage de la croyance,
mais ce qui correspond, dit-il, à « l’affect de suppression » est l’orientation
déterminée par le biffage à un moment donné d’un aspect que j’attendais. Nous
verrons que cette orientation aspectuelle est très importante pour Wittgenstein
quoiqu’elle prenne relief chez lui sur fond d’une critique de la visée dont elle
est inséparable – visée qui en réalité atteint davantage Brentano que Husserl.
Quant à la visée, justement, Wittgenstein s’y affronte indirectement quand il
s’interroge sur la légitimité de la question platonicienne « Qu’est-ce que la
connaissance ? ». Il a sans doute cette difficulté à l’esprit avant de s’opposer à
Brentano, quand il se demande si, dans le cas de l’opinion fausse (
Théétète 189a), juger pour Socrate est juger quelque chose ou rien. Ce que l’on
jugerait alors, dans le cas même négatif, serait le « point d’application », le
«
epi to onti » du jugement si c’était quelque chose. Des manuscrits de 31
[10]
montrent qu’il a bien en effet ce problème en tête quand il propose d’abandonner
la question platonicienne en « qu’est-ce que X... ? » en se tournant plutôt vers
la manière dont le mot est employé : «
Ich finde bei Plato auf eine Frage wie
“Was ist Erkenntnis” nicht die Verlaüfige Antwort : sehen wir einmal noch wie
dieses Wort gebraucht ist ! ».
Retenons donc comme préalable la question de l’usage du mot. Quel mot
ici ? Non pas certes l’objet inexistant d’une opinion dite fausse ou d’une
pseudo-connaissance, mais le « ne... pas » que l’on met devant les points d’application en question. « Ne... pas » dans la langue naturelle est un point de départ
important. Comme pour Frege d’ailleurs.
Dans
Négation en effet, c’est l’emploi dans la langue naturelle qui fait dire
à Frege que « lorsque je tiens une pensée pour fausse, je tiens une autre pensée
pour vraie et de cette dernière nous disons donc qu’elle est
opposée à la première. Ainsi en est-il dans la langue française, ajoute-t-il. Entre le vrai et le
faux, il n’y a assertivement parlant aucune différence sauf une relation d’opposition. Le « ne... pas » de la langue naturelle n’est qu’un « critère purement
externe, encore est-il vacillant »
[11]. Impossible en tout cas, à l’heure qu’il est,
d’en tirer un principe logique de classement entre phrases négatives et phrases
affirmatives. Aucune logique ne permet de séparer les pensées en deux classes
car il n’y a pas fondamentalement de pensée opposée à elle-même. Une pensée
dont l’être vrai est nié est fausse et non pas une non-pensée. Elle peut même
être indispensable à la science. S’en tenant à la langue naturelle, Frege se déclare
forfait pour ce qui est de remonter de là à une définition logique d’une pensée
négative.
La force de la négation
Comme chez Frege, il y a d’après Wittgenstein une indifférence foncière
entre proposition affirmée et proposition niée, mais pas pour la même raison.
Wittgenstein n’admet pas cette thèse selon laquelle la pensée dont l’être-vrai
est nié, est en quelque façon déjà-là, donnée avant notre jugement, ce que
soutient Frege par exemple à propos des nombres. Comme si le signe de la
négation se résumait à une simple marque visible pour une pensée en position
de désigné et cela avant même d’être jugée vraie ou fausse, peu importe. Curieusement, en accentuant la donnée mouvante de l’usage, Wittgenstein, qui pourtant
nie qu’il y ait un quelconque renvoi à un désigné aussi bien dans l’affirmation
d’ailleurs, va reconnaître à la négation une force bien plus grande. Tout en
conférant à l’une et à l’autre une égalité de statut, comme on va le voir, Wittgenstein introduit une différence de « lieu logique » entre la proposition niante
et la proposition niée. Comme on l’a noté au passage, ce lieu logique reste
inaperçu par Husserl pour qui, en tout cas au niveau de l’intention d’attente, la
distinction entre chose niée et jugement niant est estompée. Cette distinction de
« lieu logique » qui apparaît franchement dans le cas de la négation d’une liaison
entre deux états de choses fait dire à Wittgenstein que dans une relation d’incompatibilité (quand je dis « ceci est rouge »), j’exclus qu’il soit vrai que (« ceci
est vert » en conjonction avec « ceci est rouge »), le lieu logique est autre que
celui qui est déterminé par « ceci est vert ». De ce cas qu’interdit la syntaxe,
mais qui, autrement considéré peut nous conduire, comme je le montre ailleurs,
à une sémantique de la relation «
a priori » entre, il ressort que la proposition
niante, quand elle asserte la négation, a non seulement son lieu logique propre
mais aussi une force supérieure puisque en assertant la négation elle accomplit
une sorte d’exclusion ou de biffage de la proposition niée qu’elle doit bien
contenir pour qu’il fasse sens de nier sa forme affirmative (
R. ph., § 447)
[12].
C’est une force d’acte : il semble en effet qu’en niant, on fasse quelque chose
que la double négation ne réussit pas à annuler (
R. ph., § 554-557). On pourrait
en tout cas imaginer des situations (le cas d’une tribu par exemple) où nier la
négation d’une négation voudrait dire la renforcer. La force expressive de la
négation semble tirer son sens d’autre chose que d’une relation avec la chose
niée ou affirmée.
La difficulté devient alors celle de comprendre en quoi la négation ne se
réduit pas malgré tout au seul symbole visible de « – », quoique sa dimension
opératoire soit de première importance, alors même qu’elle ne se laisse pas
appréhender en termes de relation de désigné (Bezeichnetes). Une sémantique
de la négation qui ne doive plus rien à une relation de désignation d’objet est-elle
possible ? Telle est notre question. C’est à ce point que la conception russellienne va servir de contre-appui.
Il n’y a pas de fait négatif
À l’encontre de Russell, une phrase comme 4.0621 : « p et-p » peuvent dire
la même chose : « das gleiche sagen können » prend une allure frégéenne. Mais
cela n’est pas pour dire avec Frege qu’au regard de la pensée le vrai et le faux
s’affrontent indifféremment. Il s’agit d’une autre sorte d’indifférence. Le point
est plutôt de déclarer à l’instar de Frege que rien en réalité ne correspond au
signe « – ». Que dit en effet Russell ?
Dans
Analysis of Mind
[13], Russell affirme l’existence des faits négatifs. Certes,
il n’y a pas une réalité objective fausse comme « aujourd’hui n’est pas mardi »
qui constituerait le contenu objectif de la croyance négative correspondante. Si
je dis que la fenêtre n’est pas à gauche de la porte (= « je ne crois pas que... »,
qui est un cas de «
disbelief »), je ne peux, il est vrai, me former aucune
représentation de ce fait que la fenêtre n’est pas à gauche de la porte, mais cela
ne veut pas dire que le négatif n’existe pas. Cela veut simplement dire que je
ne peux en fournir une image sensible étant donné que le fait négatif n’est pas
tel quel représentable. Il n’empêche qu’il possède une certaine positivité qui
diffère de celle de l’affirmation de faits positifs.
En réalité, même cette positivité de subsistance de faits négatifs subit sous
la plume de Wittgenstein quelques ébranlements et c’est ce qu’a reconnu Russell
lui-même dans sa « Philosophie de l’atomisme logique »
[14]. Qu’est-ce qu’un
fait ? Cette chose objective exprimée au moyen d’une phrase entière qui rend
ce que nous disons vrai ou faux, répond Russell. Seules les propositions sont
vraies ou fausses. On ne le dira pas des faits (dont les propositions ne sont pas
des noms, contrairement à ce qu’en a pensé Frege). L’existence renvoie à une
propriété de fonction propositionnelle (= un schéma). Il y a bien en ce sens
constructif des formes générales de faits négatifs.
Jusqu’où peut conduire une conception radicalisée de l’égalité de statut
entre négation et affirmation ?
Débarrassée de la thèse de la précédence objective de l’être-vrai de la pensée,
l’argument wittgensteinien de l’égalité de statut entre vrai et faux ouvre sur le
calcul d’une façon non russellienne
[15]. Nous allons voir de quelle façon Wittgenstein montre ce qu’il en est de cette égalité en s’appuyant sur le symbolisme
seul. Voyons donc de plus près le «
modus negativus ». Mais revenons d’abord
à 4.061 : l’égalité de statut entre V et F.
p et-p peuvent dire la même chose mais rien ne correspond au symbole « – »
(4.061 et 4.0621). Dans les Carnets, Wittgenstein accorde à la négation une
importance considérable, on pourrait même dire disproportionnée avec son rôle
opératoire. Il en fait avec les autres constantes logiques un des principaux
« miroirs » du monde. Il s’en étonne d’ailleurs lui-même : comment une logique
miroir du monde peut-elle s’arranger avec un tel attirail de simples symboles
manipulatoires (24/1/1915) ? Comme les autres opérateurs, la négation contribue
à tisser un fin réseau infini (unendlich feinen Netzwerk), c’est cela le miroir.
Pourtant, en tant qu’opérateur, la négation ne dit rien, sauf par son résultat (cf.
Tractatus, 5.25). « L’erreur, la mienne, précise Wittgenstein déjà, consiste à
envisager la négation du point de vue de ce qui suivrait de sa nature ou définition » (Carnets, 56e; 6/6/1915) : « Mein Fehler muss darin liegen, dass Ich
dasjenige, was aus dem Wesen der Verneinung u.a. folgt... ». Ainsi quand je
pense définir la négation en écrivant « – –p = p », je crois pouvoir faire dériver
les règles de la nature de l’opération. Même chose quand je dis que « – –p »
réfléchit la logique du monde (6.22, cf. 6.23). L’opération ne consiste pas
seulement à préfixer « – » devant une proposition mais à le faire pour la classe
de toutes les opérations de négation (= niantes) (5.512). Ce qui supposerait une
pensée « idéale » de l’ensemble des opérations niantes, comme si je concevais
la négation d’un coup. Wittgenstein va donc amorcer deux révisions et pas une
seule. La négation ne représente rien de négatif, en réalité. Je dois m’efforcer
de considérer le symbole non comme ajusté d’emblée à la compréhension que
j’en ai quand je l’emploie mais comme une aiguille ou une flèche d’orientation.
Je peux bien avoir le sentiment de comprendre le signe dans un flash, il est
illusoire cependant de penser alors que quelque chose de l’essence de la négation
se révèle à travers l’expression. Deux écueils se présentent en effet : l’idée d’un
objet auquel correspondrait l’opération et qui me conduirait à croire possible la
construction du sens de la négation comme si elle était logiquement représentable. Et l’idée de la nature autorévélante du symbole lui-même. C’est le « mythe
du symbolisme ».
Dans le second cas d’erreur, ce que Wittgenstein met en cause est moins
directement la réalité de quoi que ce soit à quoi renverrait la négation que la
spécularité du grammatical au nom du caractère intrinsèquement nécessaire des
symboles au sens de la « Naturnotwendigkeit », donc indépendante de nous (=
de « nos » modes d’expression symbolique) des signes de la logique quand elle
parle pour elle-même (6.124). Comme on l’a dit, la négation est juste la marque
d’un concept : « – –p », « –p v–p », « –p . –p » constituent la négation mais
ne la révèlent pas.
Mais la question que je pose est la suivante : où Wittgenstein veut-il en venir
avec cette façon de souligner le symbolisme de la négation, de rejeter les
questions d’origine, ainsi que toute inclination à renvoyer le symbole à quelque
réalité ? Que cherche-t-il à nous dire au juste ? Que la négation n’est rien de
plus qu’une marque, un trait de notre mode de représentation dont on pourrait
d’ailleurs peut-être aussi bien se passer pour décrire le monde ? Nous condamne-t-il à renoncer à poser la question sémantique à son propos et laquelle ? En
réalité, la force opératoire de la négation, que l’usage montrera avec évidence
dans la philosophie dite seconde, hante déjà ce qui est dit de la négation comme
symbole logique dans le système encore assez rigide du Tractatus et se profile
à l’horizon de la question du « modus negativus » comme une promesse : celle
de la liberté conventionnelle d’un certain jeu de langage. Voyons sur pièce.
On pose habituellement « – p » faux dans l’hypothèse où « p » est posé
comme vrai. Ceci est trompeur et nous habitue à assimiler trop vite fausseté et
négation d’une affirmation. Wittgenstein désamorce cette habitude qui montre
combien nous restons attachés à la thèse de l’existence de ce que l’on affirme.
On pose alors le problème de « ce qui est nié » du point de vue très partial, il
faut dire, du renversement de ce qui est affirmé. Or « – p » ne représente pas
forcément ce dont « p » est dit faux. On pourrait poser aussi bien « – p » vrai
et l’on dirait alors que l’on joue à adopter la convention selon laquelle « p »
vrai est tenu pour faux. De là Wittgenstein conclut que le signe « – » devant le
symbole opère un changement de règle qui transforme le sens de « p » mais
n’affecte aucune référence ontologique. « p » et « – p » « disent la même chose
(cf. plus haut) quoiqu’ils aient un sens contraire » : haben entgegengesetzte Sinn.
Ainsi la négation annonce le premier glissement de point de vue dont Wittgenstein fera plus tard une méthode de variation d’aspects dans un espace projectif
d’emploi des symboles. Voilà qui nous mène droit au conventionnalisme, déclare
Max Black qui commente ces passages après Eric Stenius.
Avec la possibilité de poser « –p » vrai s’ouvre une brèche au cÅ“ur même
du Tractatus. À propos de « –p », on remarque en effet l’amorce d’une « supposition » (4.063 « Annahme ») dont la liberté conventionnelle tient au caractère
arbitraire du signe de la négation que l’on peut utiliser ainsi ou autrement, soit
pour renverser une proposition affirmée comme Vraie soit pour renverser une
proposition affectée d’une valeur de vérité Faux. La symétrie attendue entre
faux et négation est rompue et avec elle le privilège exorbitant que possédait
l’affirmation de la vérité à cause de l’existence de l’être-vrai de la pensée avant
même tout jugement. Une marge de liberté se dessine donc qui concerne l’usage
de l’écriture des signes logiques, mais elle est encore trop circonscrite pour
crier victoire. Du haut de la proposition 6.124 qui conserve à la logique le
monopole de la nécessité, notre liberté d’emploi des signes fait pauvre figure.
« Nous » qui utilisons les signes pour exprimer ce que nous voulons, ne sommes
pas grand-chose face à cette nécessité. La brèche ouverte l’est encore à l’intérieur du cadre que forment « toutes les propositions de la logique ». Nous ne
pouvons en profiter comme d’une issue pour « sortir hors du calcul », ce que
rendra possible en revanche la future thèse des jeux de langage. Le changement
arbitraire apporté à l’usage de la négation comme simple signe opératoire reste
partiel comme un sous-jeu d’un jeu principal qui est celui unique de la syntaxe
du Tractatus.
Il n’empêche, c’est une petite fenêtre qui, en esquissant une ouverture sur le
jeu de langage introduit par l’assignation d’une valeur pour une proposition
indifféremment affirmée ou niée, en dit déjà assez long sur la force de la simple
stipulation (
Festzulegung) opératoire. Quelque chose comme un symbolisme de
la marque de la négation est arraché au système de la représentation de la vérité
et de la fausseté. Opérer avec des signes indique une attitude par laquelle on
cesse de se tourner vers un objet pour au contraire déterminer des lieux logiques,
et Wittgenstein dira bientôt des lieux grammaticaux dans une de ses
Dictées
[16].
Dans cette perspective, l’acte par lequel nous performons une opération présuppose que nous cessions de regarder en arrière vers une norme d’application
à partir de laquelle cet acte trouverait sa justification. Il est ainsi mis fin au
mythe du découlement des règles à partir de la signification d’un symbole, ici
la négation. Ceci étant dit, la question reste posée de savoir où tout cela nous
mène, et pourquoi la négation plutôt qu’un autre symbole.
Que vise Wittgenstein en s’attaquant à la structure du renvoi d’un signe à
une chose en position de désigné, à l’essence autorévélante d’un symbolisme
appelant à « lire » la structure du monde dans celle du langage (Russell et
Schlick), à l’illusion d’une centralité du sens appelant à « sémantiser » une
prétendue source d’où découleraient les règles ? Autant de préjugés grammaticaux, autant de manières de se tromper sur la possibilité de définir la négation.
À ces interrogations, je pense que les Dictées apportent quelques réponses. Non
sur ce qu’il conviendrait de penser dorénavant de la négation et de son sens,
mais sur notre attitude quand nous cherchons ce sens. Car telle est bien, comme
nous allons le voir maintenant, la préoccupation de Wittgenstein. Est-il réellement en quoi que ce soit concerné par la question sémantique de la négation ?
Rien n’est moins sûr.
Le « problème de Socrate »
Wittgenstein part donc de l’emploi des constantes logiques en les replongeant
dans le milieu de l’usage du langage naturel. C’est une première remarque. À
l’écoute, dit-il en citant William James, de mots comme « ou », « ne pas »,
« mais », « si alors », etc., nous ressentons des impressions qui nous frappent.
Ces mots nous impressionnent en produisant des images sur nous, à l’écoute
ou aussi bien en les voyant inscrits au tableau. Question d’apprentissage liée à
ce que nous font des mots quand ils sont articulés. Viennent ensuite toute une
série d’exemples et d’analogies fallacieuses en vertu desquelles nous pourrions
en effet croire trop vite que les applications de ces mots découlent d’une norme
d’usage préalable qui les contiendraient toutes d’avance. Wittgenstein nous fait
alors assister à un véritable déploiement de cas où il est montré ce qu’on peut
faire avec des exemples si on s’attaque au préjugé grammatical que chacun
charrie à sa façon : il y a la pelote que l’on dévide, la machine à calculer grosse
de tous les résultats des opérations de calcul, les nombres selon Frege, la
machine à lire, l’image des rails de l’application d’un ordre, etc. Telle serait au
fond notre attitude fataliste en matière de règles comme si elles découlaient du
sens. « L’origine de la géométrie » en somme ! Ce serait le trait de la ligne
droite tiré d’avance selon Frege, l’éternel retour selon Nietzsche. Tout cela
faisant de la possibilité l’ombre de la réalité, en sorte que pour que quelque
chose puisse arriver, il faut qu’il soit déjà arrivé. Pourtant le Tractatus ne nous
avait-il pas déjà mis en garde une première fois : ne pas poser la question de
ce qui doit être pour que puisse être le cas ? Revenons à ce mythe du découlement, ou « mythe de la signification ». Nous l’avons dit, les règles ne découlent
pas du sens mais produisent la signification : « erzeugen ». Le caractère structurant de la syntaxe, pour reprendre une expression de Jocelyn Benoist, produit
une sémantique si par « sémantique » on entend « faire sens » et non « être un
sens ». C’est entendu.
Mais voilà, que trouve-t-on en redescendant de la pseudo-source des règles
au langage ordinaire ? Un contexte, un site, Umgebung : un réseau de rapports
syntaxiques mais aussi matériels si ce n’est anthropologiques dans lesquels nos
règles se trouvent en effet incorporées. En rappelant l’évidence de ce milieu,
Wittgenstein entend corriger une conception ancrée que nous avons : ce préjugé
selon lequel comprendre le sens serait anticiper les usages possibles d’une
expression, par exemple comprendre l’essence du symbole de la négation permettait de prévoir toutes les applications de son sens selon des règles qui en
découlent. Exemple parfait de platonisme, c’est le modèle-type du « problème
socratique » dont une Dictée porte le titre.
Certes, il n’est pas question de démonter, arguments à l’appui, un préjugé
qui par ailleurs se présente sous différentes formes aussi proliférantes que
sournoises. Mais par le déploiement d’exemples ou cas paradigmatiques, l’on
peut véritablement escompter exhiber, mettre à nu l’erreur afin, dit Wittgenstein,
de la rendre inoffensive. Cette stratégie, Wittgenstein la compare plus d’une
fois à la psychanalyse. Pourquoi ?
Wittgenstein s’intéresse davantage à la source de notre errement qu’à la source
de la signification. Qu’un mot désigne une chose lui paraît le type même du
préjugé philosophique mais pour l’exhiber, ce n’est pas combattre la thèse
philosophique de ceux qui l’ont soutenue qu’il lui faut. Cette démarche ne
l’intéresse pas. Il lui faut plutôt sonder les pièges que nous tend le langage en
nous induisant à formuler une pareille thèse ou à y adhérer. Le but est aussi de
nous libérer de la manie obsessionnelle de renvoyer le sens à une chose désignée.
Et pour cela de réussir à désamorcer en effet le mécanisme compulsif de la
sémantisation que nous héritons tout naturellement de notre vieille tradition
grecque du « désir de la connaissance » dont l’idée de l’essence de la signification, sous laquelle tous les usages se trouveraient subsumées, est l’expression
illusoire.
Il y a là dans la compulsion de la justification sémantique de l’emploi des
signes, pour Wittgenstein, bien plus qu’un errement philosophique, il y a quelque
chose de symptomal, d’où la thérapie du langage. Toutefois, cette assimilation
de l’errement philosophique au symptôme du névrosé obsessionnel n’est pas
chose si facile à admettre. Comment se recoupent l’errement philosophique et
le symptôme, comment Wittgenstein pense-t-il ce recoupement ?
Nous en étions, s’agissant de la négation, à l’amalgame du signe
Zeichen avec
le
Bezeichnetes comme s’ils étaient, dit Wittgenstein, indiscernables ou que l’on
voulût qu’ils le devinssent. Cet amalgame, ajoute-t-il, on le produit en particulier
dans les définitions, lesquelles en réalité servent à inventer des propriétés que l’on
désire attribuer aux signes, ainsi quand il s’agit de nombres, de la négation, etc.
Mais, dit Wittgenstein, la donnée primordiale que l’on néglige alors est qu’il
existe une grammaire avant que l’on se mette à forger des fictions d’existence de
désigné. Fiction en effet car d’où vient que l’on veuille réellement savoir qu’il
existe des nombres
[17] ? Et il n’y a pas jusqu’à la question « Qu’est-ce que la
signification de la négation ? » qui ne nous pousse à rechercher au-delà des substantifs de la langue « quelque chose qui tienne lieu de la signification ». Autrement dit, ce qu’on cherche, on le reporte à plus tard, on le propulse en avant de ce
qui est là disponible, lui attribuant une place virtuelle, au-delà. On fait avec la
négation ce que l’on fait avec d’autres signes du langage. On met un pied hors du
symbolisme en croyant trouver au-delà de lui la réponse à ce qu’il signifie. Mais
on se trompe sur ce qu’est « signifier ». C’est particulièrement grave dans le cas
de la négation. La négation, c’est d’abord un faire grammatical multiple avec le
symbole tout comme les nombres dont Frege « voulait faire quelque chose de
plus », à savoir « quelque chose d’objectif ». On voit bien ici ce qui gêne Wittgenstein. C’est le besoin de se donner un être en plus parce que l’essence désignée manquerait d’un symbole. Du manque de nom viendrait l’envie d’y suppléer
par un être en plus
[18]. Dans le cas de la négation, cet en plus pour un défaut d’être
est particulièrement savoureux. Il est aussi une manière de ne pas faire ce que l’on
fait, c’est à dire nier, de dire que l’on nie et de ne pas le faire. Bref d’exprimer une
opération sans qu’il s’ensuive quoi que ce soit de réellement pratique ou de réellement opératoire. On appellera cela un v
Å“u pieux, un acte raté, une expression
inchoative.
Ainsi pour la négation, il y a une affirmation préalable qui est l’existence de
ce quelque chose déjà là (comme le sont les nombres selon Frege...). Mais sous
cette affirmation d’apparence sereine se cache donc une attitude que questionne
Wittgenstein de façon à modifier la question elle-même : il propose en effet de
remplacer « qu’est-ce que la négation ? » question sur l’essence, par « quel sens
donner à cette affirmation ? » (Dictée 1, p. 77), question toute différente en effet
qui porte sur le symptôme de celui qui pose, par exemple, comme Frege,
l’existence de nombres négatifs, imaginaires, irrationnels ou autres... à titre de
possibilités alors même que ne les ayant pas devant soi, ces possibilités demeurent vides. Ou bien les mathématiques en font quelque chose, et on le voit là
devant. Ou bien, on ne le sait pas encore mais alors on ne le créera pas de
toutes pièces. C’est l’applicabilité de fait qui fournit le seul critère d’existence.
Même chose pour la négation.
Le questionnement change donc totalement de registre et même de régime.
Sous cette affirmation qu’on croirait première, plénière, se cache en réalité un
dédoublement né d’une négation plus primitive qui est le refus de voir un signe
comme un signe, c’est-à-dire justement quelque chose de non problématique
au-delà duquel on est alors tenté de rechercher autre chose d’évidemment impossible à présenter dans un symbolisme. Sans épingler avec plus d’insistance que
cela l’acte de ce rejet qui est tout aussi bien une négligence du symbolisme
dans ce qu’il a de visible et par conséquent d’essentiel, Wittgenstein démasque
une sorte plus fondamentale de dénégation.
Le symptôme de l’impasse sur le signe
« Avec la question du philosophe, tout se passe comme si... », etc. (Dictées
1, p. 240) comme s’il y avait quelque chose à comprendre par une saisie magique
de contenu derrière le symbolisme, écrit Wittgenstein. Voyons l’articulation du
symptôme avec l’errement philosophique de plus près. Par « qu’est-ce que »,
Was, nous nous représentons un « ceci », das, ou nous l’attendons en réponse.
Quelque chose, un signe se présente dans une réponse et l’on dira encore « ceci
n’est pas... » ce que l’on cherche, une règle, l’homme en question, le temps, le
nombre, la négation, etc. Tout ce qu’il faut dénier pour que la quête ait un sens
arrive en cascade pour obstruer la voie de l’évidence, à portée de main. L’objectivisme camoufle beaucoup de phrases en « ne... pas ». Ainsi, pour revenir à
Frege auquel Wittgenstein pense principalement, le langage trahit la « résistance » à voir la grammaire qui est disponible.
Wittgenstein cite un passage entier purement dénégatif où Frege ne conçoit
aucune objectivité correspondant à des nombres imaginaires à moins qu’en
allant à la recherche de ces entités numériques ne se découvre à nous un territoire
encore inconnu : « Il n’est démontré nulle part que de telles unités existent. Il
n’est démontré nulle part que l’on a le droit de les créer [...] Il est impossible
de concevoir “i1”, “i2”, etc., comme des noms propres doués de sens au même
titre que “2” et “3” » (Grundgesetze der Arithmetik, Bd II, § 141). Il épingle
donc le négativisme latent de ce partisan des objets déjà-là, toutes les négations
par lesquelles est passée sa tranquille affirmation de contenus objectifs dont
dépend le sens de l’application des nombres. Le diagnostic perçant capte un
mécanisme inapparent dont découle un « style », un « mode d’expression »
propre au philosophe. Ce mécanisme est très proche de ce que Freud a appelé
la Verneinung. On pourrait ajouter que lorsque l’on voit dans le signe plus qu’un
signe, cela revient à intentionaliser le sens, faire d’une représentation de mot
une représentation de chose comme si c’était le signe qui me voulait finalement
quelque chose. L’herméneutique ne serait-elle pas une paranoïa de la signification ?
Tel est le philosophe portraituré par l’éthologue et psychanalyste du langage.
On dirait une pièce d’histoire naturelle au musée des comportements verbaux
des professionnels du questionnement. Waismann ne se privera pas de forcer le
trait dans « How I see Philosophy ». Le philosophe est un névrosé obsessionnel
dont les thèses sont le produit de mécanismes de défense. Cependant, c’est là
une version freudienne transférée au registre du langage des philosophes qui va
plus loin que Freud dans la critique de langage, sans aller jusqu’à dire comme
Freud que ce que leur résistance leur cache est l’inconscient. L’idée sans doute
fruste d’un point de vue analytique est que si les philosophes voyaient ce qui
est devant eux, ils mettraient fin à leurs torturantes contorsions, abusés qu’ils
sont par les substantifs de la langue. Comme si tout allait mieux quand on voit
le monde tel qu’il est. Reste à comprendre ce que veut dire une telle phrase
pour un névrosé. À moins de comprendre l’injonction comme Jonathan Lear
suggère de le faire dans les derniers chapitres de son
Open minded. La reconnaissance de l’être-ainsi des choses de l’ordre de la grammaire dans le cadre
communautaire qu’est le nôtre serait thérapeutique pour un certain nombre de
raisons freudiennes qu’il donne ou retraduit dans les termes de « l’anthropologie » wittgensteinienne. Pourquoi pas ? La piste est intéressante, mais je ne
l’explorerai pas ici
[19].
Cette négation-là « ceci n’est pas... » me fait passer outre ce qui est là visible
devant moi qui me laisse insatisfait. Ce qu’il y a de piquant dans l’affaire, c’est
que c’est au sujet de la négation que Wittgenstein s’ingénie à diagnostiquer tout
particulièrement cette attitude dénégatrice relativement au symbole visible. Le
symbole de la négation est un peu comme la lettre volée d’Edgar Poe. C’est là
devant, mais on cherche au-delà, négligeant l’évidence opératoire de ce signe.
Par là, Wittgenstein veut nous faire entendre quelque chose qui touche à notre
attitude devant le mécanisme de la symbolicité des signes qui relèverait d’une
forme de résistance, principal aliment de l’idéalisation qui caractérise le philosophe. Comme s’il passait au crible le mécanisme défensif qui est à l’origine
de la compulsion à théoriser la nature de ce que l’on vise, à quoi l’on attribue
pour cette raison une réalité au-delà des mots qu’on utilise pour en parler.
Toutefois, on peut se demander en quoi la conscience de ce mécanisme qui
décrisperait le sujet parlant suffirait à soigner le sujet souffrant qu’il est aussi.
Car les signes qu’il s’agit de reconnaître ne résonnent pas comme des signifiants
d’un sujet particulier. Leur grammaire n’est pas la même. Des seconds, Wittgenstein dirait plutôt qu’ils relèvent du privé dont on ne peut produire au grand
jour les règles valant dans l’espace public.
Dénier et sublimer, un effet de l’aveuglement au symbolisme
On remarquera au passage qu’en passant de la question illégitime « qu’est-ce
que la négation ? » à la vraie question symptomale « quel sens faut-il donner à
une telle affirmation ? » (celle qui présuppose l’existence préalable d’un objet
désigné), Wittgenstein modifie la portée du « sens » lui-même. Il ne s’agit plus
du sens de ce que l’on dit en désignant un objet, mais des raisons que l’on a
pour dire telle ou telle chose et du sens de ce que l’on est fondé à dire pour
ces raisons. On est passé d’une question de définition d’essence à celle du critère
grammatical.
Cette modification de ce qu’il convient d’entendre par « sens » a pour effet
d’enlever à l’affirmation ses prérogatives philosophiques et logiques qui faisaient d’elle une assertion privilégiée. Du même coup, l’on ne peut plus désormais considérer que la réponse à la question du sens de la négation doive se
calquer sur la question du sens de ce qui est affirmé. Ainsi tombe à plat tout
l’effort des logiciens de tenter de répondre à la question de ce que l’on nie
quand on nie, en contraste avec l’affirmation (ibid., Dictées 1, p. 77).
Nous nous déroberions, disions-nous, devant le mécanisme du symbolisme
comme si nous étions « aveugles au symbolisme ». Qu’est-ce à dire ? Wittgenstein semble ici insinuer que le philosophe passe à côté de l’évidence sensible
des signes, comme si l’épreuve de la réalité passait par la grammaire. Approfondissons ce point.
Digression aristotélicienne sur le « déjugement » (Freud)
L’argument ressemble beaucoup au schéma aristotélicien de l’ajournement ou
report d’un objet donné dans l’expérience sensible d’un sujet désirant, schéma
que Brentano reprend dans sa
Psychologie d’Aristote
[20] et que Freud, lecteur de
Brentano, ne peut pas ne pas avoir pris en compte dans sa conception de l’engendrement de la fonction intellective, par contraste avec la pensée affective.
Quelques mots sur la logique du désirable d’Aristote à partir du commentaire
de Brentano. Brentano rappelle qu’il n’y a pas deux facultés de désirer chez
Aristote mais une transmutation intellectuelle de la faculté sensorielle qu’elle
dépasse par la hauteur, la continuité et l’immanence de sa fin (Éth. Nic. X, 7,
p. 509-510). Or, comme nous le savons, il n’y a pas d’activité de l’intellect sans
« orexis » (tendance au plaisir; cf. De Anima, 3,10,433 a 20). À partir de là
s’instaure une véritable dialectique du désirable : orektikon, dans laquelle
s’affrontent le désirable pour lui-même (celui du sage) et le désirable pour autre
chose. De l’écart entre les deux vient une gêne, un vécu d’empêchement quant
à un désirable par rapport à un autre (Éth. Nic. X, 5,1175 b).
Le désirable suprême recherché pour lui-même suppose deux mouvements
corrélatifs : 1. celui d’une rétention ou report à plus tard auquel s’apparente le
« ne pas » d’une dénégation qui est une défense primaire dans le temps ; 2. celui
d’une sublimation, cette fameuse transformation intellective dont nous parlions
en vertu de laquelle se forme l’idée finale d’une visée en l’espèce du plaisir
non empêché du sage, conquis par dénégation, par une série de « non » à certains
désirs immédiats au bénéfice de plaisirs non immédiats, reportés à plus tard.
En sorte que dire non devient la condition primaire du plaisir comme acte non
empêché venant comme on sait couronner ultimement l’activité désintéressée
du sage selon Aristote.
Ce bref rappel nous met sur la piste d’une filiation aristotélicienne du motif
de la dénégation à travers lequel il est possible de comprendre ce que Freud a
cherché à dire dans son texte sur la
Verneinung de 1925 : à savoir l’opération
de la fonction du jugement à partir du jeu des pulsions primaires, le rôle joué
dans ce jeu par le processus refoulé de l’ajournement par la pensée d’un objet
de plaisir, bref ce que Hippolyte a proposé dans son commentaire parlé de 1955
de traduire par le « déjugement » plutôt que par la négation de quelque chose
dans un jugement ; en allemand : «
Etwas im Urteil verneinen »
[21]. La phrase
dit : « Un contenu de représentation ou de pensée refoulé peut donc se frayer
la voie jusqu’à la conscience à condition de se faire nier ». C’est ici que le
mécanisme du symbole de la négation, commente Hippolyte, prendrait sa source,
à savoir dans un négativisme de nature libidinale (
op. cit., p. 394).
Toutefois Wittgenstein, qui en questionne le symptôme dans le langage articulé, nous détourne aussi bien de ce type d’explication, car, comme nous l’avons
dit, il n’est pas intéressé par l’origine du mécanisme du symbole de la négation,
mais il l’est à l’inverse par le fait que nous ne voulons rien en savoir, raison
pour laquelle nous cherchons le sens en sublimant des entités surajoutées.
Pourtant la genèse de notre compulsion à sublimer ressemble étrangement à
celle qui ressortit à la fonction du « déjugement » selon Freud. L’on retrouve
bien également cette dénivellation entre le signe de l’opération « ne pas » et
« dire non » au signe de cette opération qui serait le symptôme à soigner.
Évidemment toute la différence est dans ce à quoi il est dit non à ce niveau
plus profond. Il ne s’agit pas de comprendre la création du symbole de la
négation mais de situer l’errement du philosophe par rapport au refus de voir
l’évidence opératoire du symbole.
Loin de Wittgenstein par conséquent l’objectif freudien de rendre compte de
la dénégation à sa source, celle primaire de l’expulsion par laquelle le sujet se
libère des limitations du refoulement. C’est que le symbolisme prend un sens
très différent chez le logicien et le psychanalyste. Une conscience insuffisante
de ces différences entre les deux conceptions du symbolisme me paraît la cause
principale de nombreux rapprochements périlleux entre les deux approches
wittgensteinienne et freudienne de l’« analyse » du langage.
Pour Wittgenstein, l’attention au symbolisme (articulé et public) doit nous
protéger contre la relation magique de visée d’objet sur le modèle de désignation
d’objet. Pour Freud qui le situe dans la couche profonde où s’élabore le texte
lacunaire de contenus latents, le symbolisme se met en œuvre par ajournement
de la pensée au moment même où se creuse le fossé entre l’affectif et le
judicatoire. Dans les deux cas cependant, une lumière est projetée sur le phénomène névrotique du « problème de Socrate », repérable dans le langage articulé de la rationalisation d’une relation de contenu, au même moment où se
fait jour une tendance à sublimer corrélative d’un acte de dénégation.
Conclusion : un lien inexploré entre signe (ou symbole) et symptôme
(à propos de la négation)
La raison pour laquelle Wittgenstein ne peut être dit freudien dans sa conception de la dénégation n’est pas seulement due à la nature de symbolisme,
différente chez lui et chez Freud. Elle est principalement le fait qui explique la
différence de sens du mot symbolisme, que chacun a une conception du grammatical irréductible à celle de l’autre. Pour Wittgenstein, la grammaire est celle
du langage articulé de la communication dans l’espace public, jamais celle qui
permettrait de restaurer, dans le registre des formations de l’inconscient, une
chaîne trouée de symboles. En plongeant, à partir des dires d’un sujet, dans les
profondeurs de ses perturbations, le psychanalyste détourne le grammatical vers
la sphère privée, car il semble bien que l’inconscient relève pour Wittgenstein
du privé, c’est-à-dire non pas, à ses yeux, d’un langage inexistant contrairement
à ce que beaucoup soutiennent en songeant à « l’argument du langage privé »
que l’on met dans sa bouche, mais d’un langage dont on ne peut rien dire de
façon rationnelle et certaine. Le psychanalyste, dit-il, manque de règles de
traduction pour inférer à partir de ce qui est dit sur le divan les causes véritables
des troubles. On ne saura donc pas comment interpréter scientifiquement
l’espèce de dénégation à l’Å“uvre dans l’aveuglement au symbolisme dont résultent toutes sortes de préjugés grammaticaux qui sont à la source de la rationalisation d’un contenu de visée.
Wittgenstein refuse d’aller plus profond en direction d’une genèse subjective
de la négation. Il demeure résolument à la frontière du dicible, respectant la
topique grammaticale d’un diagnostic rivé au symbolisme tel qu’il le comprend.
Ce n’est pas par opposition à la psychanalyse, c’est par souci de ne pas changer
de nature de « cas », le cas étant pour lui toujours la situation particulière du
langage exprimé, et non le cas clinique des souffrances d’un patient, toujours
particulier. Étrangement, le cas clinique du sujet ne l’intéresse pas.
Par la thérapie cependant, en agissant sur notre « reconnaissance » (
erkennen)
du symbole, Wittgenstein espère bien « résoudre » le symptôme du « problème
de Socrate » comme il l’appelle. Il ne rejette donc pas toute corrélation entre
symbole et symptôme. Pourtant, selon sa théorie, le symbole est de l’ordre du
langage, le symptôme lui réclame une approche causale. Ils appartiennent donc
à des domaines hétérogènes. C’est même le fond de la critique qu’il adresse à
la théorie freudienne de l’explication des lapsus notamment. En recourant à une
explication causale (les perturbations), on pourrait dire en wittgensteinien strict
et un peu limité que Freud confond relations causales et relations sémantiques
[22].
Or il est clair que théoriser l’efficacité causale d’éléments de perturbation pathogène pour comprendre les dires altérés ou fragmentaires d’un patient est une
chose impossible pour Wittgenstein car la grammaire est pour lui de susbstitution (une sorte de calcul), non de restauration quasi archéologique d’éléments
lacunaires déplacés ayant altéré la chaîne.
Freud s’intéresse en effet à la pensée affective sous-jacente au dire et qui
peut justement en perturber l’articulation ordinaire. C’est dès lors la transformation d’un affect en fragment erratique qui retient l’attention, c’est-à-dire
certes un remplacement, mais un remplacement où l’on ne retrouve pas tel quel
à l’arrivée ce qui a été remplacé. Voilà pourquoi le remplacement en vertu d’une
lacune dans une chaîne trouée d’éléments vigiles est quelque chose sur quoi la
grammaire substitutionnelle, opérant par traduction d’un discours dans un autre,
n’a pas prise. Bref la même méthode d’interprétation, qui selon Wittgenstein
permettrait de replacer des fragments dans une totalité en construisant par
hypothèse le système auquel ils appartiennent comme signes d’un complexe
articulé, ne nous permettra pas de « lire » les indices du « refoulement » d’un
élément d’ordre pulsionnel. L’intérêt de Wittgenstein pour la « dénégation »
comme symptôme s’arrête aux arcanes du refoulement sans y pénétrer.
Reste à mes yeux un objet de perplexité : on demandera alors comment
Wittgenstein, qui retire toute légitimité à l’articulation entre signe et symptôme
dans le cas de l’interprétation freudienne, peut la postuler dans sa conception
de la thérapie du langage. Pour Wittgenstein en effet – et c’est sa conception
de la « résolution »,
Erlösung, à la fois d’un problème conceptuel, cause de
toutes sortes d’aberrations linguistiques, et d’un malaise affectant le sujet –, le
symptôme disparaît quand le processus à l’origine du trouble est reproduit,
exprimé «
ausgeprochen » avec les mots qui accompagnent l’affect
[23]. Cette idée
est très freudienne d’esprit
[24]. Personne n’a trop creusé jusqu’à maintenant dans
cette direction du « traitement » linguistique du « symptôme » chez Wittgenstein
quand, affleurant dans le langage, il touche encore au « privé » de l’inconscient
au moment d’une certaine « résolution »
[25]. Ainsi la thérapie du langage révélerait un lien entre signe et symptôme que l’interprétation ne saurait exhumer
de manière sûre. Cette dissymétrie entre ce que
peut la thérapie, plus profonde
dans ses effets, et ce que
ne peut pas la théorie, qui voudrait expliquer ce lien
dont l’existence est bien avérée par l’efficience de la thérapie, est remarquable.
Peut-être Wittgenstein a-t-il « cru » davantage dans la pratique de l’analyste que
dans ses théorisations. C’est sans doute cette reconnaissance de la pratique qu’il
faut lire dans cette phrase à mon sens nullement péjorative : « L’explication que
donne le psychanalyste fait ce que fait l’esthétique »
[26].
[1]
In
L’évolution psychiatrique, avril, 1947.
[2]
Essai de grammaire française, Pichon renvoie en particulier au t. 1, § 114-119 et t. 6.
[3]
On peut encore aller plus loin en dénonçant chez Heidegger une véritable entreprise d’« ethnicisation du concept », comme le dit H. Meschonnic dans son récent ouvrage :
Le langage Heidegger. J’ai abordé cette question dans un colloque organisé par Ch. Chauviré et M. Crépon à
l’École normale supérieure de la rue d’Ulm sur « L’idée de philosophie nationale » (28,29,30 octobre 1999).
[4]
Cf.
Expérience et Jugement, Recherches philosophiques, § 465.
[5]
Cf. ma
Grammaire philosophique chez Platon, Paris, PUF, 1991, les chapitres consacrés à
l’analyse de la négation comme diviseur producteur de déterminations positives.
[6]
Dans une Journée consacrée à A. Meinong, le 22 janvier 2000, à l’Institut d’histoire des
sciences à Paris. Je cite d’après mes notes.
[7]
Je renvoie sur cette question à mon article paru dans
Recherches husserliennes, Bruxelles,
Faculté St Louis, vol. 13,2000 : « Wittgenstein et le Cercle de Vienne face à l’
a priori husserlien :
une affaire de dédoublement ».
[8]
Dans sa
Psychologie d’un point de vue empirique, Aubier, Paris, trad. fr. de M. de Gandillac,
p. 319.
[9]
Dans son art. « Sens et non-sens »,
in J. BOUVERESSE, Revue
Critique, nov. 1997.
[10]
Numérotés 111,213, vol. 13, Bd 7 (voir la nomenclature de H. von WRIGHT, in
Wittgenstein,
TER, pour la trad. fr.). Ces passages sont cités dans un art. de Ch. NYIRI qui a l’avantage d’indiquer
la source anti-platonicienne de la question du traitement de la négation à travers des exemples, cf.
« Wittgenstein and the Problem of Machine-Consciousness », in
Grazer philosophische Studien,
vol. 33/34, R. Haller, 1989.
[11]
Écrits posthumes, p. 176.
[12]
Ainsi supposer p faux montre que « – » est donné avec p. Si une proposition élémentaire est
donnée, alors le sont aussi les constantes logiques (contre la généralité russellienne).
[13]
Chap. « Truth and Falsehood », 1921, Lecture XIII, p. 275.
[14]
Écrits de logique philosophique, Paris, PUF, 1918, p. 370.
[15]
C’est-à-dire sans s’appuyer sur la construction de « faits généraux » ou relations de formes
logiques. Ce point réclamerait de passer par la critique de la généralité selon Russell. Je le laisse
volontairement de côté.
[16]
Dictées 1, p. 56 à propos de la distinction entre motif et raison par exemple.
[17]
Dictées 1, « Les règles découlent-elles de la signification ? », voir en particulier p. 77 à
propos des nombres selon Frege.
[18]
Même schéma de critique à l’encontre de la « troisième possibilité » de Husserl : du défaut
d’une expression pour la saisie d’une relation d’incompatibilité, ni purement analytique ni purement
synthétique, résulterait le besoin d’une « intuition pure » comme saisie spécifique de l’
a priori
phénoménal.
[19]
Voir cet ouvrage susnommé, publié à Harvard University Press, 1999. L’argument « transcendantal » d’inspiration kantienne donne à ce livre une force peu commune. Cependant je ne suis
pas sûre d’être d’accord. J’aborde cette question dans le séminaire sur les arguments transcendantaux
de Michel Bitbol, le 24 novembre 2000, un séminaire où M. Bitbol fait le projet d’inviter Jonathan
Lear avec ma collaboration au cours du second semestre 2001.
[20]
The psychology of Aristotle, éd. et trad. en angl. par R. George, University of California
Press, 1977, p. 101.
[21]
Cf. trad.
Idées, problèmes, résultats, II, p. 136.
[22]
Ainsi, A. GRÜNBAUM, dans
La psychanalyse à l’épreuve (trad. fr. de J. Proust, Éd. de L’Éclat,
mais aussi, contre Lacan, et dans des termes plus subtils, Vincent DESCOMBES dans
La denrée
mentale, Éd. de Minuit.
[23]
Cf
. Grammaire philososophique,
op. cit., p. 381-383.
[24]
On peut en effet rapprocher cette explication de Breuer et Freud de la disparition du symptôme
hystérique des
Études sur l’hystérie, p. 235 comme le suggère Jacques BOUVERESSE lui-même, in
Philosophie, mythologie, pseudo-science, Éd. de L’Éclat, 1991, p. 22.
[25]
Sur le sens thérapeutique du « traitement » d’une question, voir les remarques très justes que
Barry Stroud a fondées sur un passage des
Recherches philosophiques (voir par exemple § 254) à
propos d’une réponse à D. Pears sur la question du langage privé; cf. « Wittgenstein’s
Treatment
of the Question for a “Language which Describes my Inner Experiences and which only I myself
can understand” »,
in Actes du 7
e Symposium international Wittgenstein à Kirchberg/Wechsel,
Vienne, Hölder-Pichler-Tempsky, 1983, p. 438.
[26]
Je m’écarte donc ici de l’interprétation de cette phrase par Jacques Bouveresse; cf.
op. cit.,
note ci-dessus.