L’indifférence croissante de la philosophie à l’égard de l’histoire et de la culture
Joseph Margolis
On assiste à un « surplace » de la recherche philosophique en Occident.
L’importance de l’histoire, le caractère décisif de la culture, la dimension sociale de
l’esprit, ne suscitent plus qu’un intérêt épisodique. On a oublié les apories de Kuhn.
Américains et Occidentaux sont des solipsistes qui font mine d’ignorer la formation
historique de l’esprit, renouvelant l’oubli de Kant et Husserl qui n’avaient pas su prendre
en compte le caractère contingent, changeant, collectif, fortement historicisé des compétences intellectuelles et cognitives. Séparée des pratiques consensuelles, la science
perd son sens. Il faut revenir au problème de l’individuation et reposer la question de
l’acquisition de qualités uniques et pourtant générales qui font l’individualité.
There is a general stagnation in western philosophical research. The
importance of History, of Culture, the social nature of the Spirit, is of secondary interest,
nowadays the meanest interest. What about the hard and sharp questions raised by
Kuhn ? Americans or western nations are but solipsits, who get rid of the historical
making of the spirit. To a certain extent, they keep on with Kant’s or Husserl’s tradition.
None of them was in fact able to take care of historicism in the contingent and moving
constitution of our intellectual capacities. In these conditions, no sense at all can be
found in science. So, we must come back to the question of individuation and to these
unique qualities of individuality, that is, at the same time, singularity and universality.