2001
Revue de Métaphysique et de Morale
Notes critiques
Écrits sur le signe précédé de Husserl ou le retour aux choses, par Daniel CHRISTOFF,
Lausanne, Payot, 2000.
L’ouvrage de Daniel Christoff comporte deux parties bien distinctes : d’une part, la
réédition d’un texte d’introduction à la philosophie de Husserl intitulé « Husserl ou le
retour aux choses »; d’autre part, le recueil d’une série d’articles consacrés à la question
du langage et du signe et qui ont pour point commun de proposer un rapprochement
entre deux approches différentes, et même apparemment opposées, de cette question :
celle de la linguistique saussurienne et celle de la phénoménologie husserlienne.
Le texte d’introduction, datant de 1966, propose de suivre tout au long de l’Å“uvre
husserlienne la réalisation « d’un seul projet fondamental [...] : la phénoménologie,
science des essences de la conscience et de ses actes » (p. 23). Il insiste donc sur la
continuité du parcours husserlien à travers ses nombreuses évolutions, il montre la fidélité
constante de Husserl à lui-même, quitte à minimiser peut-être parfois l’ampleur du
renouvellement théorique et problématique, particulièrement après les années 20.
Le rapprochement entre Saussure et Husserl dans les articles suivants concerne leurs
analyses du langage et s’opère à partir de la question centrale de ce qui fonde l’identité
du signe linguistique. D’un point de vue husserlien, c’est l’unité de la visée d’un vécu
conférant un sens ; d’un point de vue saussurien, c’est l’appartenance du signe à un
système linguistique. Dans un cas, le signe a en lui-même un sens ; dans l’autre, il n’en
a un que par différence avec les autres signes du langage. Mais les deux théories se
complètent peut-être plus qu’elles ne se contredisent. Chacune pourrait permettre de
combler les lacunes de l’autre. Ce que D. Christoff montre surtout, c’est ce que le concept
phénoménologique d’intentionnalité peut apporter à l’approche structurale saussurienne.
Dans la langue, le signe doit son identité, selon Saussure, à sa distinction au sein d’un
système de signes. Mais il reste à comprendre la nature exacte de la relation entre
signifiant et signifié. Saussure ne répond pas positivement à cette question. Il exclut
qu’elle soit un rapport de causalité ou de ressemblance. Il s’en tient à l’affirmation d’un
parallélisme entre la chaîne parlée et la pensée. D. Christoff montre alors l’insuffisance
d’une identification du signe par simple différence : « la différence ne saurait à elle seule
déterminer ce que veut dire un signe et l’on demandera toujours encore : “de quoi
s’agit-il ?” » (p. 90).
Le concept d’intentionnalité permet de combler ce vide, de traiter une question que
Saussure avait cru pouvoir écarter. Il contredit sans doute les présupposés philosophiques
saussuriens (le parallélisme) mais ne remet pas en cause les apports de ses théories :
l’intentionnalité n’est aucune des relations (causalité, ressemblance) que la théorie saussurienne exclut entre signifiant et signifié. Mais supposer qu’elle soit ce qui donne sens
au signe, c’est, il est vrai, déplacer ou élargir la question linguistique, en passant du
point du synchronique sur la langue à la prise en compte de son origine dans la parole
vivante. Dans la parole, l’activité intentionnelle donne sens à des signes qui, ensuite,
prendront place dans un système de différences.
Laurent JOUMIER
Le judaïsme dans la philosophie allemande 1770-1850, par Andrée LEROUSSEAU, Paris,
PUF, 2001 (« Philosophie d’aujourd’hui »), 355 p.
Cette thèse animée, incontestablement, des meilleures intentions, entend montrer de
manière assez complète comment s’est créée dans la philosophie allemande, au tournant
du XVIIIe siècle, une représentation des Juifs qui, c’est le moins qu’on puisse dire, a
finalement prôné la disparition du judaïsme, son « euthanasie » pour reprendre la formule
de Kant. Il est frappant de constater que, à peu de choses près, de Kant à Marx (en
passant par Hegel et Fichte), l’homogénéité des vues dans ce domaine est assez massive.
La problématique de l’« intégration » se pose, on n’en est pas surpris, sous l’angle de
la négation de toute spécificité juive : l’accès à l’humanité passe par l’abandon du
judaïsme. Il eût été souhaitable de pouvoir lire une réflexion sur cette question récurrente
depuis l’universalisme romain et de mettre en regard les réflexions d’un Tacite et celles
de Marx, par exemple. Il eût, de même, été souhaitable de pouvoir faire une incursion
chez les Juifs de l’époque et de montrer quelle logique propre les penseurs juifs ont
tenté de mettre en place durant le XIXe siècle; mais il est vrai que le découpage de la
période eût alors été différent. On est franchement moins convaincu par les aperçus trop
brefs et vraiment très partiels donnés par l’auteur sur certaines grandes figures du tournant
du XIXe siècle : Cohen, par exemple, n’est compris qu’à travers les stéréotypes d’une
réception convenue. Mais ces défauts proviennent essentiellement d’un flottement dans
la méthode lorsqu’elle quitte le terrain plus fiable de l’analyse des contenus des grandes
figures de l’idéalisme. De ce point de vue, le livre est une introduction tout à fait utile,
et recommandable à ceux qui n’ont jamais véritablement pris conscience de l’importance
de ce socle doctrinal dans la manière dont les conflits de la fin du XIXe se profileront.
En outre, l’auteur voit bien que l’essentiel du débat tourne autour de la problématique
extrêmement détonante de l’élection et de son corollaire, la sécularisation, même si cette
notion aurait besoin de n’être pas reprise comme allant de soi.
Marc DE LAUNAY
Introduction à Hans Georg Gadamer par Jean GRONDIN, Paris, Cerf, 1999,238 p.
Poétique d’une anti-anthropologie. L’herméneutique de Gadamer par Pascal
MICHON, Paris, Vrin, 2000,254 p.
Ces deux ouvrages, dont le seul point commun est qu’ils se présentent en réalité
comme des lectures de Vérité et méthode, ont une tonalité pour le moins différente. Sans
prétendre penser la globalité et l’évolution de la philosophie gadamérienne, l’ouvrage
de Grondin se présente plus modestement comme un commentaire de Vérité et méthode.
Commençant à juste titre par une lecture des vers de Rilke mis en exergue de cette
Å“uvre, les deux volets de ce commentaire sont consacrés à la question de l’art en tant
qu’elle permet de revenir à un concept de vérité irréductible à sa définition purement
méthodologique, puis aux dimensions historique et langagière de celle-ci, et on remarquera par exemple l’éclairante analyse du concept de cercle herméneutique. D’un autre
côté, si comme le remarque à plusieurs reprises l’A., Dilthey est l’« interlocuteur principal » de Vérité et méthode au point que l’« on peut dire de tout l’ouvrage qu’il commence avec Dilthey auquel l’herméneutique de Gadamer est une réponse », que c’est le
débat avec lui qui est « crucial » (p. 104,106 sq.), il resterait à rendre justice à cette
philosophie dont l’horizon est trop souvent réduit à une problématique gnoséologique
de type néokantien.
La lecture de Vérité et méthode à laquelle invite Michon a en revanche ceci de
particulier que son objet principal n’est pas à proprement parler d’interroger les thèses
de Gadamer, mais — comme le précise l’A. lui-même — de contribuer à une « anthropologie historique du sujet » dont les Éléments d’une histoire du sujet (1999) posaient
une première pierre. On peut supposer que c’est la raison pour laquelle les thèses qui
soustendent cette lecture restent relativement implicites et considérées comme acquises.
Par rapport à un tel projet, Vérité et méthode et plus largement l’herméneutique d’inspiration phénoménologique (p. 128,214,234 ou 238 par exemple) relève d’un moment
négatif : une telle herméneutique interdirait l’élaboration de cette anthropologie. Rapidement rabattue sur Heidegger, cette herméneutique gadamérienne fonctionne seulement
comme exemple significatif des « déconstructions contemporaines de l’historicisme et
de l’anthropologie modernes » (p. 8,236). Par-delà les objections que suscite nécessairement toute pensée un tant soit peu consistante, ou le constat d’une divergence de
projets, une telle lecture de Vérité et méthode relève ainsi d’une herméneutique du
soupçon, l’A. dénonçant les « refoulements » et les « travestissements » encore plus
occultés par les traductions françaises de Vérité et méthode, c’est-à-dire la « stratégie »
propre au discours herméneutique.
La stratégie de ce discours consisterait à défendre « notre commune ignorance absolue » de façon à entraîner « les sciences sociales, la théorie du langage et la poétique »
dans le « naufrage » de la philosophie; celle-ci rétablirait ainsi négativement une « domination » qu’elle ne peut plus exercer en prétendant au savoir absolu (p. 20,218). Cet
enjeu explique donc que l’A. consacre un ouvrage à un auteur alors même qu’il en
dénonce le « verbalisme » des « à-peu-près » qui « fait passer des truismes pour des
analyses conceptuelles » ou les « caricatures » qui se donnent pour des interprétations
(p. 108 sq., 217).
Cette critique gagnerait pourtant en force de conviction en accordant plus à ce que
Gadamer et les Anglo-Saxons appellent respectivement le principe de l’anticipation de
la perfection et le Principle of Charity car la polémique conduit à des raccourcis parfois
surprenants. Est-il si évident de considérer comme inessentiel le souci gadamérien de
défendre contre Heidegger le concept de « sujet » ? Ou de considérer que Gadamer
cherche à penser l’« être » (p. 28,31,42, etc.) ou le langage comme « maison de l’être »
(p. 220) et que sa philosophie débouche « sur le mystère insondable du Sacré » (p. 41,
130,176-178) ? Il est assurément légitime de vouloir confronter la tradition d’une méditation phénoménologique de notre être langagier et la tradition linguistique des théories
du langage de Saussure ou de Benveniste. Mais si Gadamer ne prenait pas suffisamment
en compte les théories du langage et les formes d’art modernes, pourquoi ne pas discuter
ce qu’il dit par ailleurs de Jakobson, de peintres ou de poètes comme Picasso, Klee ou
Malévitch et surtout de Rilke ?
Jean-Claude GENS
The Idea of Atonement in the Philosophy of Hermann Cohen, par Michael ZANK,
Providence, Brown University Press, 2000 (Brown Judaic Studies, no 324), 535 p.
L’étude, qui prend pour point de départ le texte d’une conférence écrite par Cohen
au début des années 1890, « L’idée de réconciliation », et qui ne fut publiée qu’en 1924
dans le volume I des Jüdische Schriften rassemblés par Franz Rosenzweig, développe
toutes les conséquences de cette idée à travers le système de Cohen et le reste de son
Å“uvre. Zank réhabilite donc tout le travail effectué par Cohen, dès 1880, pour renouer
avec sa formation de talmudiste et sa culture juive mais aussi sa profonde connaissance
de la théologie et de la critique biblique protestantes de l’époque (Bertholet, Wellhausen,
etc.). L’idée de réconciliation fait son chemin, bien évidemment, sur le terrain de l’éthique et de la « philosophie de la religion » : la réconciliation est une tâche, infinie, qui
se décline aussi bien sur le versant moral — c’est l’horizon politique et social de l’unité
de l’humanité qui est alors en jeu — que sur le versant religieux où elle est au centre
de la conception rationnelle du messianisme comme cause finale de la reconnaissance
d’une primauté d’autrui. Au cÅ“ur du système cohénien, l’idée de réconciliation est à
l’Å“uvre dans la justification délicate du passage de la morale — reposant sur la volonté
pure, donc sur l’autonomie de la volonté — à la religion qui, dans le système, ne bénéficie
pas comme la pensée, la volonté et le sentiment, d’une identique autonomie mais seulement d’une spécificité. Comment rendre compte, en effet, de l’importance centrale
dans son dernier livre — Religion de la Raison tirée des sources du judaïsme (1918) –
de l’idée de réconciliation à laquelle le chapitre central est consacré : si la volonté est
autonome, comment peut-elle accepter l’hétéronomie d’un commandement ? Plus précisément, comment la volonté autonome peut-elle en arriver à admettre la nécessité de
la demande de pardon ? Zank montre bien que la conférence du début 1890 commande
encore la réflexion de Cohen en 1918 : la conscience de soi a pour origine le mal fait à
autrui; le moi se constitue ainsi négativement dans une relation où sa singularité ne
provient que de celle, ainsi découverte, de l’autre. La réconciliation est alors la limite
atteinte par l’autonomie de la volonté qui, suivant la logique même de cette autonomie,
accepte de se retourner contre elle-même pour se soumettre à la décision d’autrui qui
pardonnera sans qu’on puisse en être certain. Zank montre aussi les incidences de l’idée
de réconciliation sur la formation des notions de substance, de sujet, dans la Logique,
puis dans l’Éthique. Son étude est par conséquent assez complète sur la période 1904-1918, à ceci près qu’il néglige, et c’est regrettable, l’Esthétique. Son livre offre néanmoins
un long appendice de plus de cent pages où l’auteur expose les sources manuscrites qu’il
a pu exploiter à la Bibliothèque de Jérusalem. Sa bibliographie sur la critique biblique
protestante au tournant du XIXe - XXe est également très utile.
Marc DE LAUNAY
L’avènement de la démocratie, par Robert LEGROS, Paris, Grasset, 1999,396 p.
L’originalité de l’ouvrage de Robert Legros est double. Elle réside d’abord dans la
manière dont il conçoit la formation de la démocratie : comme l’avènement d’un monde.
Certes, la démocratie désigne aussi à ses yeux un mode d’organisation, un régime
politique, une Constitution. Elle se présente d’abord sous la forme d’un État. Cependant
l’investigation de R.L. vise surtout à montrer comment l’institution de l’État démocratique s’est enracinée dans une expérience profondément neuve du monde (de la nature,
de l’historicité, de l’au-delà) et de notre humanité (d’autrui, du semblable, de soi).
L’originalité de la démarche de R.L. réside ensuite dans la manière dont il montre que
l’expérience démocratique du monde et de notre humanité prend sa source dans l’expérience phénoménologique, ou du moins suppose une mise en suspension collective (une
épokhè), de ce que Husserl appelait l’attitude naturelle.
En tant que mode d’organisation, en tant que type d’État, la démocratie, comme son
nom l’indique, se fonde sur le principe de la souveraineté du peuple. Toutefois, au sein
de la démocratie moderne, ce principe, comme le montre Robert Legros, prend un sens
radicalement nouveau. Car en vertu du principe du suffrage universel, qui suggère que
la citoyenneté est un droit inhérent à l’homme comme tel, ou qui affirme, plus précisément, que tous les membres adultes de la nation sur laquelle le peuple exerce sa souveraineté sont en principe citoyens
en tant qu’hommes, donc qui reconnaît en l’humanité
de l’homme une origine de la citoyenneté, en vertu de ce principe, les représentants du
peuple, les élus de la nation, ne représentent pas seulement le peuple, la nation, mais
aussi l’humanité. Ils exercent leur pouvoir au nom du peuple mais aussi au nom de
l’humanité. Et les gouvernants sont censés exercer leur pouvoir sous le contrôle des
représentants du peuple mais aussi, du même coup, sous la surveillance de l’homme.
Alors qu’au sein des « démocraties » anciennes le principe de la souveraineté du peuple
n’était pas intrinsèquement limité, si ce n’est par la survivance du principe d’hétéronomie,
et était dès lors compatible avec l’arbitraire ou la tyrannie de la majorité, la démocratie
moderne se fonde sur une idée d’humanité qui transcende les volontés et les conventions,
les pouvoirs et l’État, les lois et la Constitution elle-même
[1]. Est-ce à dire que la démocratie moderne baigne dans une idéologie humaniste ou une métaphysique humaniste,
comme le soutenaient Marx ou Heidegger ? Toute la démarche de Robert Legros est au
contraire de montrer que l’idée démocratique d’humanité, l’idée démocratique de
l’homme comme « sujet », ne relève pas d’une idéologie ou d’une « métaphysique »,
qu’elle est bien plutôt au-delà du concept ou du savoir, ancrée dans une expérience
phénoménologique du monde et d’autrui.
Bien entendu, l’humanité sous la surveillance de laquelle les gouvernants d’une démocratie doivent exercer leur pouvoir, au nom de laquelle les élus du peuple légifèrent, ne
peut se confondre avec l’espèce humaine. Elle relève d’une idée, qui s’est formée et
s’est répandue dans les mÅ“urs sous l’effet d’une perception neuve d’autrui, la perception
d’autrui comme semblable en tant qu’homme, qui est radicalement distincte de la perception d’autrui comme semblable en tant que membre de la même espèce vivante. La
perception démocratique du semblable émerge peu à peu au cours de l’époque moderne
mais il est vrai aussi, comme le souligne R.L., qu’elle fait droit à une expérience d’autrui
aussi ancienne que l’humanité elle-même, à savoir l’expérience phénoménologique
d’autrui, qui est universelle précisément dans la mesure où, comme l’a montré Husserl,
elle est, par opposition à la perception d’une chose, sans concept : elle ne s’inscrit pas
dans un comprendre préalable, ne relève pas d’une culture particulière. En d’autres
termes, les régimes prédémocratiques, si différents qu’ils soient les uns des autres, parmi
lesquels R.L. distingue les régimes archaïques et les régimes aristocratiques, tendent à
oblitérer l’expérience phénoménologique du monde et de notre humanité. Ils tendent à
la recouvrir ou à l’occulter dans la mesure même où ils se laissent déterminer par un
principe hiérarchique qui est indissociable d’un principe d’hétéronomie et d’un principe
communautaire.
Considérer qu’une aristocratie, ou une société archaïque, ou une démocratie, s’inscrit
dans un monde, c’est dire qu’en son sein chacun y perçoit, de prime abord et habituellement, dans le cadre d’un comprendre, et comprend, de prime abord et habituellement,
à partir d’une expérience collective du monde. C’est donc reconnaître que l’intelligibilité
habituelle du monde est circulaire ou, pour le dire autrement, que la compréhension de
l’être au sein de laquelle chacun se meut habituellement est tautologique. Dans la mesure
même où l’expérience phénoménologique d’autrui est sans concept, elle mine l’emprise
de la tautologie du comprendre habituel. Dans la mesure où la démocratie se forme dans
la mise en question de toutes les identités d’appartenance, donc implique une suspension
collective du comprendre habituel (ou de l’attitude naturelle), elle laisse émerger ou
redonne vie à l’expérience phénoménologique d’autrui, occultée par les identifications
aristocratiques, et, par là même, est porteuse d’une force de libération et d’émancipation
humaine.
L’expérience démocratique d’autrui comme expérience qui ravive une expérience
phénoménologique d’une altérité qui brise la tautologie où s’enferme la compréhension
quotidienne de l’être : cette thèse originale, développée minutieusement, inspirée par
Tocqueville et Husserl, poursuit assurément une voie ouverte par Claude Lefort (elle
reprend l’idée centrale de ce dernier, d’après laquelle la démocratie « s’institue et se
maintient dans la dissolution des repères de la certitude ») mais est aussi en résonance
profonde avec la pensée de Lévinas
[2].
Martin DAMBREVILLE
[1]
Sur cette question, voir le dernier livre d’Alain FINKIELKRAUT,
Une voix venue de l’autre rive,
et le débat entre celui-ci et Robert LEGROS, retranscrit et présenté par Bérénice Levet dans la revue
Commentaire, n
o 90, été 2000.
[2]
Cette connivence de Robert LEGROS avec la pensée de Lévinas se manifeste plus explicitement
dans son interprétation de la pensée du jeune Hegel. Cf. « Sur l’antijudaïsme et le paganisme du
jeune Hegel » in
Premiers écrits (Francfort 1797-1800), Paris, Vrin, 1997, et le compte rendu de
cet ouvrage, sous le titre « Hegel, les Juifs et nous » par Joseph COHEN et Raphaël ZAGURY-ORLY,
in
Les Temps Modernes, avril-mai-juin 2000, p. 279-295.