Schelling : construction de l’art et récusation de l’esthétique
Pascal David
La contribution de Schelling à l’esthétique aura d’abord consisté à en
récuser l’appellation et le projet, expressément rattachés à la science du beau fondée
par Baumgarten, parce que l’art n’est pas essentiellement axé, à ses yeux, sur le sensible,
mais sur une beauté élevée au-dessus de toute sensibilité. La philosophie de l’art a pour
tâche de présenter la philosophie universelle sous la puissance de l’art, de construire
l’univers sous la forme de l’art. La généalogie de l’art à partir de l’Absolu, en laquelle
consiste une telle construction, en est aussi la reconstitution, dans l’horizon marqué
d’historicité d’une théogonie (ou histoire des dieux) où l’apparition des dieux signale
l’avènement de la forme. Dans quelle mesure la philosophie de l’art de Schelling
demeure-t-elle comme une écharde dans la chair de l’esthétique ? Est-on fondé à parler
d’une réception à son propos ? On posera ici quelques jalons.
Schellings « Beitrag » zur Ästhetik besteht zuerst darin, daß die ausdrücklich auf Baumgarten bezogene Wissenschaft des Schönen von ihm abgelehnt wird,
sofern die Richtung der Kunst nicht auf das Sinnliche geht, sondern auf eine über alle
Sinnlichkeit erhabene Schönheit. Der Philosophie der Kunst kommt die Aufgabe zu, die
allgemeine Philosophie in der Potenz der Kunst darzustellen, das Universum in der Form
der Kunst zu konstruieren. Eine solche « Construction » bzw. Rekonstruktion entfaltet
sich als eine Genealogie der Kunst aus dem Absoluten, und zwar im geschichtlichen
Horizont einer Theogonie (oder Göttergeschichte), wobei das Erscheinen der Götter mit
dem Entstehen und Walten der Form einhergeht. Inwiefern ist und bleibt Schellings
Philosophie der Kunst wie ein Stachel für jede Ästhetik ? Ist deren Rezeption im frz.
Sprachraum ideengeschichtlich nachweisbar ? Hier seien nur einige Wegsteine für derartige Untersuchungen gelegt.