Ästhetik/esthétique
Étapes d’une naturalisation (1750-1840)
Élisabeth Décultot
La notion d’esthétique qui, après les publications d’A. G. Baumgarten
et de G. Fr. Meier, remporte dès la seconde moitié du XVIIIe siècle un remarquable succès
en Allemagne, se heurte au contraire à de profondes résistances en France. C’est seulement dans les années 1840-1850 que le terme commence à se naturaliser et, à travers
lui, la discipline philosophique qu’il recouvre. Pourquoi ce tenace refus ? Comment un
pays ouvert aux philosophies du sentir comme aux réflexions théoriques sur les arts
durant tout le XVIIIe siècle, peut-il si obstinément refuser une discipline qui, dans son
étymologie même (aisthesis), place la sensation en son centre ? Le présent article entend
apporter quelques éléments de réponse à cette question en analysant certaines étapes
de ce lent processus d’assimilation, depuis les cercles des Idéologues autour de 1800
jusqu’aux traductions de Schelling et de Hegel par Ch. Bénard dans les années 1840-1850.
Der Ästhetik-Begriff, der nach den Veröffentlichungen von A. G. Baumgarten und G. Fr. Meier in der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts in Deutschland sehr
schnell aufgenommen wird, stößt in Frankreich auf zähen Widerstand. Erst in den Jahren
1840-1850 beginnt sich dieser Begriff und die damit bezeichnete philosophische Disziplin
einzubürgern.Weshalb diese scharfe Ablehnung ? Wie kann ein Land, das im ganzen 18.
Jahrhundert sowohl der sensualistischen Philosophie als auch den kunsttheoretischen
Untersuchungen offensteht, eine philosophische Disziplin zurückweisen, die schon in der
Etymologie ihres Namens signalisiert, daß sie die Empfindung bzw. das Gefühl in den
Mittelpunkt stellt ? Im vorliegenden Aufsatz sollen einige Hypothesen zu Klärung dieser
Frage aufgestellt werden. Analysiert werden dabei einige der wichtigsten Etappen dieses
langsamen Assimilierungsprozesses seit den « Idéologues » um 1800 bis zu den Übersetzungen von ästhetischen Texten Schellings oder Hegels durch Ch. Bénard in den Jahren
1840-1850.
• POURQUOI LE REFUS FRANÇAIS DE « L’ESTHÉTIQUE » ?
QUELQUES HYPOTHÈSES
• UNE NATURALISATION DIFFICILE :
LES ESTHÉTIQUES DE BAUMGARTEN ET
DE KANT EN FRANCE AVANT 1815
• L’HOMME DE LETTRES FRANÇAIS
FACE À L’ESTHÉTICIEN ALLEMAND. QUELQUES CLIVAGES
• APERÇU SUR LES ANNÉES 1840 - 1850 :
L’EXEMPLE DE CHARLES BÉNARD