Revue de métaphysique et de morale
P.U.F.

I.S.B.N.9782130526995
160 pages

p. 43 à 60
doi: 10.3917/rmm.022.0043

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n° 34 2002/2

2002 Revue de Métaphysique et de Morale

La réception cousinienne de la philosophie esthétique de Kant

Contribution à une histoire de la philosophie française au XIXe siècle

Christian Helmreich Université de Paris VIII
La Critique de la faculté de juger esthétique reçoit dans la lecture cousinienne, si déterminante pour la philosophie française du XIXe siècle, une place ambivalente. Cousin s’appuie sur les analyses de Kant pour établir solidement l’universalité et l’autonomie du jugement du beau, mais semble évacuer ensuite l’ensemble de ces analyses pour proposer in fine une philosophie du beau qui se situe fermement dans la tradition néoplatonicienne. Si Cousin (et un certain nombre de philosophes qui s’inscrivent dans son sillage) se contente de prélever certains arguments ou certains motifs qui l’intéressent dans le texte kantien, sans tenir compte de l’ensemble du dispositif mis en place par Kant, cela tient non seulement aux conditions de sa réception, mais encore au fait que Cousin « lit » la Critique de la faculté de juger comme une théorie du beau. Le principal défaut de l’ouvrage kantien, dès lors, est de nier l’existence objective de ce qui, dans cette perspective, aurait dû constituer le sujet et le centre du livre, à savoir le beau. Kants Kritik der ästhetischen Urteilskraft erhält bei Victor Cousin, dessen Sichtweise für die französiche Philosophie der zwei ersten Drittel des 19. Jahrhunderts ausschlaggebend ist, eine überaus ambivalente Behandlung. Zwar stützt sich Cousin in seinen Vorlesungen aus dem Jahr 1818 auf Kants Analysen, um etwa den Universalitätsanspruch und die Autonomie des Schönen abzusichern. Diese Gedanken gehen dann allerdings in Cousins Texten eine problematische Allianz mit neuplatonischen Versatzstücken ein, die die begrifflichen Differenzierungen Kants letztendlich unterspülen. Dieser Umgang mit der Kantschen Theorie hängt einerseits von den konkreten Rezeptionsbedingungen ab (erst 1846 lag eine Übersetzung der dritten Kritik vor), liegt andererseits aber insbesondere daran, daß Cousin (und viele seiner Nachfolger) von der Philosophie eine Wissenschaft des Schönen einforderten, – eine Wissenschaft, deren Möglichkeit von Kant in der Kritik der Urteilskraft eben negiert wurde.
Lorsque François Guizot rend compte en 1810 des Mélanges de littérature et de philosophie que Frédéric Ancillon avait fait paraître l’année précédente, il constate, à propos des développements consacrés aux questions esthétiques :
« Les Essais sur la nature de la poésie, sur la différence de la poésie ancienne et moderne, sur la différence de la poésie et de l’éloquence donnent un exemple de la métaphysique appliquée aux arts et à la littérature. Je suis loin de croire que cette application ne puisse et ne doive se faire : mais nous aurons longtemps peine à nous y accoutumer » [1]. Cette déclaration, au demeurant extrêmement modérée, montre les difficultés que les hommes de lettres français peuvent éprouver au début du XIXe siècle vis-à-vis de l’esthétique. Une analyse philosophique de la question du beau dans la nature et dans les arts paraît d’une aridité et d’une abstraction extrêmes à la plupart des intellectuels français de 1810, notamment si de tels développements généraux ne sont pas directement suscités par l’examen d’une Å“uvre d’art, d’un texte littéraire, d’un tableau ou d’une sculpture, c’est-à-dire lorsqu’ils ne se situent pas dans la continuité d’un travail de critique d’art. « Métaphysique appliquée aux arts » : les termes employés par Guizot méritent d’être soulignés. Car, à la fin du XVIIIe siècle, la métaphysique a mauvaise réputation en France : le soupçon qui pèse sur un type de philosophie accusée de se payer de mots rejaillit sur toute démarche reposant sur la méthode déductive. En 1857, moins d’un demi-siècle plus tard, les choses semblent avoir changé : l’Académie des sciences morales et politiques met au concours la théorie du beau et l’histoire de l’esthétique. Elle contribue ce faisant à la reconnaissance officielle de cette partie de la philosophie. Lorsque Charles Lévêque publie en 1861 sa Science du beau, l’ouvrage qui a remporté l’année précédente le prix de l’Académie des sciences morales, il reçoit de surcroît un prix de l’Académie française et une récompense de l’Académie des beaux-arts [2]. « On semble donc avoir voulu combler d’honneurs l’esthétique dans la personne de M. Charles Lévêque », note un observateur contemporain. « C’est un événement inattendu, extraordinaire et sans précédents chez nous. Il y a vingt ans, ce concours n’eût pas été ouvert, et si l’auteur avait publié son livre, on n’y aurait fait aucune attention » [3].
Dans les développements qui suivent, nous chercherons à esquisser quelques moments de la réception française entre 1810 et 1850 de l’esthétique kantienne, c’est-à-dire de la « Critique de la faculté de juger esthétique ». Quelles sont les premières lectures françaises de la première partie de la troisième Critique d’Emmanuel Kant ? Quels sont les vecteurs de ce transfert philosophique de Königsberg à Paris ? La réponse à ces questions permet non seulement de jeter quelque lumière sur le champ philosophique français pendant les deux premiers tiers du XIXe siècle, mais encore d’éclairer un certain nombre de difficultés et de virtualités contenues dans le discours kantien. Pour l’essentiel, nous nous concentrerons ici sur la figure de Victor Cousin et sur les conséquences de sa « lecture » kantienne : celle-ci joue en effet un rôle prépondérant dans l’idée que le public français se fait de la philosophie kantienne du jugement esthétique, non seulement jusqu’à la parution en 1846 de la traduction de la Critique de la faculté de juger de Jules Barni [4], mais encore bien au-delà. On le sait : la réception d’un philosophe n’est pas nécessairement l’histoire des lectures effectives de son Å“uvre.
 
L’INTROUVABLE CRITIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER
 
 
Les premières étapes de la réception française de la philosophie kantienne en France nous sont aujourd’hui bien connues [5]. Avant même d’être exposée en détail, la pensée du professeur de Königsberg fait l’objet d’une certaine rumeur : les Allemands de passage à Paris, les Français qui passent le Rhin ou qui sont installés dans les pays germanophones (au premier rang desquels il faut compter les membres de l’Académie de Berlin, mais aussi les diplomates, les militaires, les émigrés de la Révolution) rendent compte du bruit que la nouvelle philosophie fait dans les milieux universitaires et littéraires allemands. Les premiers exposés de la pensée kantienne paraissent autour de 1800. Les présentations de la philosophie kantienne que l’émigré Charles de Villers avait insérées peu avant le tournant du siècle dans le Spectateur du Nord, un périodique de l’émigration imprimé à Hambourg, n’ont eu que peu d’écho. En revanche, sa Philosophie de Kant, sortie à l’automne 1801, suscite des réactions assez vives : l’Institut se saisit de la question, les revues parisiennes combattent les « paradoxes » et « l’obscurité » du kantisme. La même année paraît l’Essai d’une exposition succincte de la Critique de la raison pure, un court texte dû à Johann Kinker et traduit du hollandais, puis, en 1804, l’Histoire comparée des systèmes de philosophie de Degérando [6]. Ces présentations synthétiques, tout imparfaites qu’elles sont, constituent néanmoins pendant longtemps la principale source d’information sur la philosophie de Kant en France. Seuls les plus obstinés ont recours à la traduction latine de Friedrich Gottlob Born dont le « latin allemand, dur comme des cailloux » paraît si indigeste à Joseph Joubert [7]. Dans les premières décennies du siècle, la connaissance des textes est nécessairement limitée. Si l’on excepte quelques textes secondaires [8], il faudra attendre le second tiers du XIXe siècle pour pouvoir lire les ouvrages de Kant en langue française [9].
Quelle est la place de la troisième Critique dans cette constellation ? Sa présence dans les débats philosophiques français des premières décennies du siècle est pour le moins discrète. Ce qui, en effet, fait alors avant tout problème, c’est la théorie kantienne de la connaissance, c’est-à-dire la Critique de la raison pure. L’affirmation que les objets en soi ne nous sont pas accessibles, que « tout se réduit donc à des apparences » [10], heurte de front les prémisses et la méthode philosophique des Idéologues. Pour les partisans comme pour les adversaires des Idéologues, c’est cette partie de l’Å“uvre kantienne qui sera donc mise en avant. La troisième Critique reste dans l’ombre de la Critique de la raison pure. Dans sa Philosophie de Kant, Charles de Villers ne donne de la pensée esthétique du philosophe de Königsberg qu’une rapide esquisse. Une trentaine d’années plus tard, le livre que L.-F. Schoen consacre à Kant se caractérise par le même déséquilibre. La Critique de la faculté de juger ne fait l’objet que d’un exposé rapide : c’est toujours l’opposition désormais consacrée entre Locke/Condillac et Kant qui intéresse l’auteur. Dès avant la traduction que Joseph Tissot donnera en 1835 de la Critique de la raison pure, un philosophe français était donc en mesure de lire un certain nombre d’exposés qui en donnaient une idée plus ou moins précise. Mais où aurait-il puisé en 1820 ou en 1830 des informations sur la Critique de la faculté de juger ?
Le premier texte à donner au public français un exposé méthodique de l’ouvrage de 1790 semble être le résumé relativement développé qu’en propose Johann Gottlieb Buhle dans son histoire de la philosophie [11]. D’autres présentations abrégées suivront, notamment dans l’importante notice consacrée à Kant que Philippe Albert Stapfer insère en 1818 dans le tome XXII de la Biographie universelle ou encore dans le Manuel d’histoire de la philosophie de Wilhelm Gottlieb Tennemann [12]. Dans ce panorama, il faut mettre à part le livre De l’Allemagne de Madame de Staël, paru en 1814. Dans le chapitre où Madame de Staël se propose d’exposer la philosophie kantienne, elle se concentre elle aussi sur la première Critique. De surcroît, les aperçus rapides et asystématiques qu’elle propose de la Critique de la faculté de juger provoquent une certaine perplexité. Manifestement, Madame de Staël veut voir dans l’ouvrage kantien un traité sur les arts et sur le beau idéal, peut-être même une espèce d’art poétique à tendance normative. Après avoir affirmé que Kant distingue « deux genres de beautés, l’un qui peut se rapporter au temps et à cette vie, l’autre à l’éternel et à l’infini », elle déclare :
« De [l’]application du sentiment de l’infini aux beaux-arts doit naître l’idéal, c’est-à-dire le beau, considéré, non pas comme la réunion et l’imitation de ce qu’il y a de mieux dans la nature, mais comme l’image de ce que notre âme se représente » [13]. Il est sans aucun doute difficile d’interpréter le passage qui ouvre cet exposé étrange comme une présentation d’idées kantiennes. Cependant, on trouve chez Madame de Staël une esquisse de certains motifs appelés à jouer un rôle plus important, notamment l’opposition entre l’agréable et le beau et la prétention à l’universalité du jugement sur le beau [14]. Un peu plus loin dans son livre, elle reprend cette idée; de façon significative, la frontière que Madame de Staël établit ne passe plus entre le beau et l’agréable, mais entre le beau et l’utile – une distinction que Kant, pourtant, n’évoque que très rapidement [15] : « Kant, en séparant le beau de l’utile, prouve clairement qu’il n’est point du tout dans la nature des beaux-arts de donner des leçons. Sans doute tout ce qui est beau doit faire naître des sentiments généreux et ces sentiments excitent la vertu; mais dès qu’on a pour objet de mettre en évidence un principe de morale, la libre impression que produisent les chefs-d’Å“uvre de l’art est nécessairement détruite » [16]. En soulignant de la sorte la distinction entre le beau et l’utile, elle reprend l’un des théorèmes centraux des romantiques d’Iéna autour de Friedrich et d’August Wilhelm Schlegel. En France, cette idée est neuve. Dans la lignée de l’Art poétique d’Horace, les grands théoriciens français du XVIIIe siècle, Batteux, Diderot, Voltaire, Marmontel (et Madame de Staël elle-même dans son écrit De la littérature !) ne cessent de souligner la mission morale et sociale de l’art. La distinction kantienne du beau et de l’utile qui sera largement développée par Victor Cousin dans son Cours de 1818 rend donc à Paris un son neuf.
 
THÈMES KANTIENS CHEZ VICTOR COUSIN
 
 
Le rôle de Victor Cousin dans l’introduction de la philosophie allemande en France constitue un chapitre tout à fait particulier de l’histoire de la philosophie française. On sait que Cousin a cherché, au début de la Restauration, à établir une rupture avec la philosophie des Idéologues. Cette posture, qui, d’une certaine façon, assoit l’autorité cousinienne sur la philosophie française du demi-siècle qui suit (notamment sur le plan institutionnel), est également l’objet d’une reconstruction mythifiée a posteriori élaborée aussi bien par Cousin lui-même que par ses nombreux élèves. Vis-à-vis de la philosophie allemande, Cousin a adopté dans cette constellation une position ambivalente. D’un côté, il se campe en interlocuteur privilégié des philosophes allemands et profite de l’aura qui l’entoure comme intermédiaire privilégié entre la France et l’Allemagne ; de l’autre, il n’a cessé de cacher ou de minimiser ce qu’il a pu emprunter chez Kant, Hegel, Schelling. Dans ses ouvrages tardifs et dans les nombreuses rééditions de ses premières Å“uvres, après 1845 environ, Cousin a, plus encore qu’à ses débuts, critiqué les philosophes allemands : il s’agit de faire apparaître sa philosophie comme juste milieu entre les abus de la philosophie française du XVIIIe siècle et la philosophie kantienne et postkantienne allemande [17].
Le cours que Cousin prononça en 1818 à la Sorbonne possède une importance considérable dans l’acclimatation de la « métaphysique du beau » en France. Pour avoir une idée du contenu des leçons cousiniennes, il faut se reporter à la première édition qui en fut donnée en 1836 [18]. Dans l’édition « définitive » qu’il en donna en 1853 et qui connut de très nombreuses rééditions au cours des décennies suivantes [19], Cousin a, en effet, retravaillé un certain nombre de détails et remanié la structure d’ensemble de son ouvrage. Dans la première version, Cousin n’hésite pas à insérer un éloge appuyé de la pensée esthétique allemande : « Depuis Winckelmann, l’Allemagne s’est occupée de théorie sur la sculpture en particulier et sur l’art en général, et elle a produit des ouvrages dont on finira par reconnaître l’importance » [20]. En 1853, il n’est plus besoin de louer Winckelmann et ses successeurs, d’autant qu’il y a, dans la génération de 1840, des hommes bien plus compétents que le fondateur de l’éclectisme pour se faire auprès du public français l’interprète des penseurs allemands [21]. Et si Cousin a cherché par la suite à gommer les rappels kantiens, s’il a ostensiblement critiqué le criticisme, la référence à Kant est encore assez nettement présente dans la version de 1836 de son cours. De façon évidente, lorsqu’il s’agit de faire pièce à l’empirisme philosophique de ses prédécesseurs français et de réclamer un fondement stable à l’idée de beauté, le texte cousinien, malgré son imprécision conceptuelle, reprend des arguments développés dans la troisième Critique :
« Si l’idée du beau n’est pas absolue comme l’idée du vrai, si elle n’est que l’expression d’un sentiment individuel, le contre-coup d’une sensation variable, ou le fruit du caprice de chacun, les discussions sur les beaux-arts flottent sans appui et elles n’auront pas de terme. Pour qu’une théorie des beaux-arts soit possible, il faut qu’il y ait quelque chose d’absolu dans la beauté, comme il faut quelque chose d’absolu dans l’idée du bien pour qu’il y ait une science morale » [22]. Il s’agit de se soustraire au relativisme esthétique, de réfuter avec Kant l’affirmation selon laquelle le goût ne se discute pas [23]. La présence d’idées kantiennes est donc assez marquée dans les longs développements que le jeune suppléant de Royer-Collard consacre à la distinction entre le beau et l’agréable, notamment lorsqu’il s’agit de prouver la prétention à l’universalité du jugement sur le beau :
« N’arrive-t-il pas quelquefois qu’une forme ne nous est pas seulement agréable, mais que de plus elle nous apparaît comme belle ? Quand on nous demande pourquoi elle nous était agréable, nous n’avons pu répondre que par notre propre autorité : je suis le seul juge de ce qui me plaît ou me déplaît; quand on me demande pourquoi nous disons que cette forme est belle, nous en appelons à une autorité qui n’est pas la nôtre, qui s’impose à tous les hommes, à l’autorité de la raison. Nous permettons qu’on nous conteste l’agrément de cette figure, car le plaisir se renferme dans la sphère individuelle de chacun, et si quelqu’un nous dit qu’il jouit ou qu’il souffre, il ne nous vient pas à l’esprit de contester son assertion, à moins que nous ne voulions l’accuser de mensonge. Quand nous jugeons au contraire qu’une figure est belle, si l’on nous soutient qu’elle ne l’est pas, il nous semble qu’on s’établit dans le domaine commun à tous les hommes, que chacun a ici le droit de contestation, et nous accusons notre adversaire, non pas de mensonge, mais d’erreur » [24]. Placés au début de la partie qui, dans le Cours, était plus spécialement consacrée à la question du beau, de tels raisonnements ont permis à un public relativement large de se familiariser avec certains des points centraux que Kant avait développés dans son « Analytique du beau ». Certes, on pourra noter là aussi des divergences importantes avec le texte du philosophe de Königsberg, surtout la référence cousinienne à « l’autorité de la raison », c’est-à-dire l’assimilation – inadmissible pour Kant – du jugement esthétique et du jugement de connaissance (Erkenntnisurteil), distingués dès le § 1 de la Critique de la faculté de juger. Par ailleurs, de façon significative, Kant n’est cité ni dans ce passage ni dans d’autres passages proches de celui-ci. Cousin préférait certainement que l’on attribuât à lui-même le mérite des pensées les plus neuves de son texte. D’ailleurs, comme il ne savait pas l’allemand, son « kantisme » occasionnel n’est pas le fruit de lectures directes [25]. C’est le produit croisé de ses lectures en langue française (les livres de Buhle, Degérando, Villers, Frédéric Ancillon, Mme de Staël [26] ) et de ses contacts avec des germanophones ou avec des hommes capables de l’instruire des choses d’Allemagne (Allemands ou Suisses présents à Paris, membres du cercle de Coppet, hommes de lettres rencontrés au cours du périple qu’il entreprit lui-même outre-Rhin entre juillet et novembre 1817); il faut ajouter à cela un large réseau de correspondants [27]. Ce système d’information explique peut-être le nombre important d’imprécisions et de malentendus ainsi que l’incohérence conceptuelle du texte cousinien. C’est que Cousin s’est servi de Kant comme d’un réservoir de pensées et de raisonnements. Dans le détail, il arrive à Cousin de faire toutefois des emprunts relativement fidèles. Ainsi, à l’instar du philosophe allemand, il se réfère aux guides chamoniards du Genevois Saussure pour souligner que le détachement est indispensable pour pouvoir adopter vis-à-vis des phénomènes une attitude esthétique :
« L’artiste ne voit que le beau là où l’homme sensuel ne trouve que l’attrayant ou le terrible. Quand M. de Saussure gravissait les Alpes, ses guides se moquaient de le voir chercher des spectacles qui ne leur paraissaient qu’inutiles ou effrayans » [28]. D’autres similitudes sont frappantes : ainsi, Cousin reprend les arguments qui permettent à Kant de déprécier l’éloquence et de rendre presque douteuse son appartenance à la catégorie des arts ; par ailleurs, s’il n’est pas surprenant à première vue qu’il propose la même hiérarchisation des arts que Kant (la prééminence accordée à la littérature relève par exemple d’une tradition ancienne), il convient de noter les développements que Cousin, comme le philosophe de Königsberg, consacre à l’art des jardins : la « construction des jardins » figure comme l’une des six subdivisions de l’art proposées dans le Cours de 1818 [29].
Sans le savoir, les jeunes auditeurs du Cours de 1818 et ses lecteurs en 1836 ont donc pu puiser chez Cousin des éléments de kantisme. Certes, dans le texte cousinien, ces éléments apparaissent de façon souvent aléatoire. Membra disjecta souvent disposés sans cohérence ni nécessité, ils semblent n’avoir parfois qu’une valeur décorative. Le pot-pourri de Cousin est néanmoins d’une grande importance pour la pensée esthétique française. Car le philosophe reprend également l’idée kantienne que le sentiment du beau n’est pas mêlé au désir de possession [30]; il sépare le beau de l’utile [31] et distingue ensuite la sphère du beau et celle du bien : « Je prétends que la forme du beau est distincte de la forme du bien; et que si l’art produit le perfectionnement moral, il ne le cherche pas, il ne le pose pas comme son but » [32]. C’est ici, dans les prolongements des raisonnements « kantiens » de Cousin, que prend place sa célèbre formule sur « l’art pour l’art » qui devait connaître un écho considérable au XIXe siècle [33] :
« Le beau excite un sentiment interne, distinct, spécial, qui ne relève que de lui-même ; l’art n’est pas plus au service de la religion et de la morale qu’au service de l’agréable et de l’utile; l’art n’est pas un instrument, il est sa propre fin à lui-même. Et ne croyez pas que je le rabaisse, quand je dis qu’il ne doit pas servir la religion et la morale, je l’élève, au contraire, à la hauteur de la morale et de la religion. [...] Il faut de la religion pour la religion, de la morale pour la morale, comme de l’art pour l’art » [34]. Si ce raisonnement est neuf dans la France de 1820, il convient de noter que Cousin se borne à cristalliser des thèmes d’inspiration kantienne qui – nous l’avons signalé tout à l’heure à propos de Madame de Staël – ont déjà cours dans le cercle de Coppet, avec lequel il était entré en relation [35]. Pendant son séjour à Weimar, en compagnie de Madame de Staël, Benjamin Constant avait consigné dans son journal la formule de « l’art pour l’art » [36]. C’est Cousin cependant qui donne ses lettres de noblesse à une formule qui frappe les esprits ; elle rompt avec les conceptions des tenants du classicisme, elle heurte les auteurs catholiques et les auteurs qui, comme bon nombre de romantiques français, conçoivent l’art comme l’un des principaux moteurs du progrès social.
 
L’IMPROBABLE SYNTHÈSE COUSINIENNE
 
 
Dans l’économie générale du texte de Cousin, les motifs kantiens se trouvent cependant rapidement submergés par des éléments qui leur sont radicalement opposés. Comment expliquer qu’aux distinctions que nous venons de citer succèdent d’autres définitions qui, de façon relativement expéditive, permettent à Cousin de proclamer l’unité du vrai, du beau et du bien ? Ou, pour reprendre les termes de Cousin : « Ce qui est bon est beau, ce qui est beau est bon, ce qui est beau et bon est vrai. » Le beau apparaît en effet comme l’une des formes de présentation de l’Idée (que Cousin appelle le Vrai). Ainsi, Cousin opère non seulement une synthèse ternaire entre le vrai, le beau et le bien, mais il transforme encore ces trois éléments en manifestation de Dieu :
« Le vrai, le bien et le beau sont donc réunis intimement, et se pénètrent l’un l’autre dans l’unité de leur substance ; ce qui est bon est beau, ce qui est beau est bon, ce qui est beau et bon est vrai. Dieu est la substance métaphysique du beau, du bien et du vrai, en d’autres termes, le bien, le beau et le vrai, conçus dans l’unité de leur substance, c’est Dieu » [37]. Cette synthèse passe par pertes et profits les distinctions opérées au début du texte entre le beau et le bien. Les contradictions inhérentes au texte ne sont absolument pas intégrées ou dépassées de façon dialectique. Tout se passe comme si la fin du texte, d’inspiration plus « platonicienne », effaçait simplement l’ensemble des motifs kantiens présents à son commencement. Comment le beau en est-il arrivé là ? La transformation s’amorce chez Cousin à partir du moment où il déclare que la beauté n’est beauté que lorsqu’elle est beauté spirituelle [38]. Ainsi, le beau est finalement soustrait du moins partiellement au domaine du visible :
« L’intérieur seul est beau : il n’y a de beau que ce qui n’est pas visible; cependant, si le beau n’était pas, sinon montré aux yeux, du moins indiqué, et pour ainsi dire esquissé par la forme visible, il n’existerait pas pour l’homme » [39]. Ainsi, Cousin adopte-t-il finalement les théories du beau idéal d’inspiration platonicienne [40] qui est difficile à concilier avec la Critique de la faculté de juger : chez Kant, le jugement de goût concerne précisément la forme des objets. Dans la perspective kantienne, l’idée d’une « beauté incorporelle » n’est pas concevable. En 1818 déjà, les éléments kantiens n’ont fait que recouvrir temporairement et très partiellement le socle platonicien du texte de Victor Cousin. Ce socle se donne notamment à voir dans l’échelle du beau proposée par le jeune philosophe : « de dégradation en dégradation », nous passons de la beauté idéale à la beauté réelle, nous parcourons « l’art et tous les degrés de l’art, l’Apollon, la Vénus, le Jupiter, etc., et au-dessous de l’art, la nature et tous les degrés de la beauté naturelle » [41].
Le Cours de 1818 de Cousin présente ainsi d’importantes ruptures et des incohérences qu’il est difficile de ne pas percevoir. Cet aspect n’est évidemment pas sans poser des problèmes à ses auditeurs ou lecteurs. Mais, de façon paradoxale, la présence de théories contradictoires constitue plutôt un indéniable atout pour la diffusion du discours cousinien. Le lecteur de l’époque choisit librement ce qui lui convient. Cousin offre une théorie à la convenance de chacun. Les observateurs les plus perspicaces ne manquent pas de relever ce trait caractéristique de la pensée du jeune professeur : « Quelle que soit sa supériorité, il y a dans cette tête un singulier désordre. [...] Il jette les vérités à pleines mains, mais il les jette pêle-mêle », écrit Dubois, le futur directeur du Globe, à son ami Damiron en mars 1819. Les doctrines de Cousin, ajoute-t-il, « prennent aujourd’hui une assiette, demain une autre, après-demain une troisième » [42]. Ce que d’aucuns qualifieront de versatilité peut passer aussi bien pour une bénéfique profusion d’idées.
Quoi qu’il en soit, la synthèse opérée par Cousin restera longtemps canonique en France. Synthèse du Vrai, du Beau et du Bien (c’est sous ce titre que Cousin éditera à partir de 1853 le texte fortement remanié et parfois infléchi de son cours de 1818), mais aussi synthèse à l’intérieur du beau, du visible et de l’invisible, du fini et de l’infini, etc. – peut-être à la suite d’une contamination du discours cousinien par des philosophèmes empruntés à Schelling –, synthèse aussi d’éléments de kantisme et d’éléments néoplatoniciens. La notice consacrée à l’idée du beau insérée dans le Dictionnaire des sciences philosophiques (ouvrage en général bien informé), rédigée par le maître d’Å“uvre du dictionnaire, à savoir le très cousinien Adolphe Franck, livre en 1844 un saisissant abrégé du credo esthétique du spiritualisme :
« L’idée du beau renferme la notion d’un principe libre indépendant de toute relation, qui est à lui-même sa propre fin et sa loi, et qui apparaît dans un objet déterminé, sous une forme sensible. Le beau nous offre les deux termes de l’existence, le visible et l’invisible, l’infini et le fini, l’esprit et la matière, l’idée et la forme, non isolés et séparés, mais réunis et fondus ensemble de manière que l’une est la manifestation de l’autre. [...] S’il est vrai que le beau nous présente réunis dans le même objet les deux éléments de l’existence, le spirituel et le sensible, le fini et l’infini; il s’adresse à la fois aux sens et à la raison, à la raison par l’intermédiaire des sens. [...] Dieu est le principe du beau, comme il est celui du vrai et du bien. [...] La beauté du monde est une image et un reflet de la beauté divine » [43]. Le spiritualisme règne en maître. Entre 1840 et 1860, cette synthèse ne peut être contestée que par ceux qui ont une connaissance précise des textes allemands. C’est le cas de Charles Bénard, le traducteur des Leçons d’esthétique de Hegel, qui dans l’article « Esthétique » du même Dictionnaire, corrige d’une certaine façon l’article sur le Beau. Bénard réfute vigoureusement la philosophie platonicienne : « En montrant l’identité du beau et du bien, il [Platon] n’a pas su maintenir leur différence, ce qui lui fait méconnaître le véritable but de son art et son indépendance » [44]. En même temps que Platon, c’est Cousin qui se trouve implicitement visé. Cette critique passe aussi par le silence : dans le vaste panorama de l’histoire de l’esthétique que dresse Bénard, le Cours de 1818 n’est pas même mentionné.
 
COUSIN : LA SCIENCE DU BEAU CONTRE L’ESTHÉTIQUE
 
 
Au-delà de ce premier constat, il convient de souligner d’autres divergences entre la conception défendue par Cousin et la Critique de la faculté de juger. Comme dans le cas de la synthèse du vrai, du beau et du bien, ces points de divergence nous intéressent moins pour eux-mêmes que pour l’impact parfois considérable qu’ils eurent sur la « philosophie esthétique » française jusque vers 1870. La (non-) lecture cousinienne de Kant détermine longtemps encore les conditions de réception de la troisième Critique kantienne en France. D’abord, Cousin ne rend absolument pas compte de la place que prend la Critique de la faculté de juger dans le système kantien. Dans les développements qu’il consacre au beau, Cousin semble poursuivre deux buts chez lui en partie contradictoires. D’un côté, il s’agit de présenter pour la première fois en France ce qui serait une philosophie de l’art (ce que la Critique de la faculté de juger n’est que très accessoirement) : cette orientation se remarque notamment dans la référence à Winckelmann extrêmement présente encore dans l’édition de 1836, par le choix des exemples et par tout un ensemble de problématiques héritées des réflexions sur l’art depuis la Renaissance, comme par exemple la question de l’imitation de la nature ou celle de la beauté idéale [45]. D’un autre côté, Cousin cherche une définition objective du beau : il examine, en ce sens, un certain nombre de définitions anciennes (le beau comme unité dans la variété, comme perfection, etc.). De façon fondamentale, Cousin conçoit manifestement le beau comme une propriété appartenant aux objets [46]. « Nous avons insisté sur la nature du jugement, sur sa nécessité absolue, sur sa valeur objective, niée par Kant et par Fichte », écrit-il dans son Cours de 1818. C’est ce qui explique aussi pourquoi le philosophe français – nous le notions tout à l’heure – peut en appeler à « l’autorité de la raison », c’est-à-dire affirmer implicitement que le beau relève de ce que Kant nomme le jugement de connaissance. En d’autres termes : tout se passe comme si, afin de pouvoir garantir l’universalité du jugement sur le beau, Cousin doit faire exister le beau [47]. Il existe indépendamment du sujet, là où la Critique de la faculté de juger affirme que le beau n’a que l’apparence de l’existence objective. Le sujet parlera du beau, explique Kant :
« comme si la beauté était une propriété de l’objet et comme si le jugement était un jugement logique (comme s’il en constituait une connaissance grâce à des concepts de l’objet), alors qu’en fait ce jugement n’est qu’un jugement esthétique et n’a pour contenu qu’un rapport de la représentation de l’objet au sujet » [48]. Ce comme si (als ob), nous le savons, est essentiel. Il revient à plusieurs reprises dans l’Analytique du beau (cf. par exemple au § 9) et explique sans doute la déception que certains lecteurs de Kant ont pu éprouver à la lecture de la troisième Critique. Là où ils attendaient une analyse du beau, ils ne trouvent qu’une analyse de sa perception : Kant, remarque Schopenhauer, « s’appuie toujours sur les déclarations des autres, sur le jugement que l’on porte sur le beau; il ne part pas du beau lui-même » [49]. Les conséquences de la position kantienne sont connues. Pour Kant, le jugement de goût est rigoureusement autonome. Il est par ailleurs individuel et ne se laisse pas déterminer par les suffrages de la majorité [50]. Mais surtout : le jugement de goût n’est pas le produit d’un raisonnement logique. Il n’est pas assimilable au constat que l’on pourrait faire d’une conformité de l’objet à des « préceptes » :
« Deuxièmement, une preuve a priori établie selon des règles déterminées peut encore moins déterminer le jugement portant sur la beauté. Lorsque quelqu’un me lit un poème de sa composition [...], il aura beau en appeler à Batteux ou Lessing, ou invoquer d’autres critiques du goût encore plus célèbres et plus anciens, et alléguer les règles qu’ils auront établies, pour prouver que son poème est beau [...] : je me boucherai les oreilles, ne voudrai entendre ni raison ni raisonnement et préférerai croire fausses toutes les règles des critiques [...] plutôt que de laisser déterminer mon jugement par des arguments a priori » [51]. Les poétiques normatives qui imposent des règles aux créateurs n’ont en soi aucune efficacité sur le récepteur. De façon plus radicale encore, si le jugement sur le beau n’est pas redevable de ce que l’on peut appeler une théorie de la pratique, il n’est pas même possible d’en proposer une théorie pure. Kant le précise expressément au début du § 44, puis au § 60 de la Critique de la faculté de juger : « Il n’y a pas de science du beau, mais seulement une critique. » En homme de la Restauration qui, pour des raisons en partie stratégiques et politiques, n’a eu de cesse de chercher à « sauver » la philosophie des écueils du doute généralisé, Cousin assimile la philosophie kantienne à un système qui conduit in fine au scepticisme. Il lui était impossible, dans la même perspective, d’admettre la subjectivité esthétique mise en avant par Kant. Qu’une philosophie esthétique puisse ne pas déboucher sur une théorie du beau paraît incompréhensible. La déception causée sur ce point se renforce encore après 1818. C’est contre Kant que Cousin affirme en 1853, à l’adresse des lecteurs de la version remaniée de son cours de 1818 : « Nous allons vous offrir au moins une esquisse d’une théorie régulière et complète de la beauté et de l’art » [52]. Donner une théorie du beau : tel est également le sens de la critique que Charles Bénard adresse à Kant en 1845. La Critique de la faculté de juger « reproduit les vices de sa théorie générale » :
« Le beau, selon lui, n’a pas d’existence absolue, il est relatif aux facultés de l’esprit humain, la sensibilité, l’imagination et le goût. Il est le résultat du jeu libre de l’imagination. Dès lors, le beau n’ayant pas de réalité objective, il n’y a pas, non plus, de science du beau » [53]. Dans la stratégie de Victor Cousin ou de Charles Bénard, le refus d’une esthétique centrée sur la perception est indispensable. Car comment faire passer une discipline pour scientifique, si l’objet qu’elle se donne – le beau – n’a pas de réalité objective ? Pour pouvoir prétendre à une place institutionnelle, une discipline ne peut se payer le luxe de douter de son objet. Le désir d’élaborer une « théorie complète du beau » anime toute la philosophie postcousinienne du siècle. Il s’agit d’élaborer la science du beau dont la possibilité avait précisément été niée par la Critique de la faculté de juger. En 1857, l’Académie des sciences morales et politiques met au concours une question d’esthétique qui exigeait explicitement des concurrents de rechercher « les principes de la science du beau ». Le travail primé trois ans plus tard par l’Académie portera donc fièrement sur sa page de titre le nom de cette science réclamée par tous [54].
La lecture de la première partie de la Critique de la faculté de juger pose donc aux lecteurs français des problèmes importants. Alors qu’il était difficile à ces lecteurs d’accepter en 1800 ce qui pouvait apparaître comme une théorie abstraite de l’art et du beau, les milieux philosophiques français, initiés par Victor Cousin et par Théodore Jouffroy aux joies de l’esthétique, réclament à partir de 1845 environ, et plus fortement encore à partir de 1855, une théorie complète du beau, c’est-à-dire précisément ce dont le texte kantien nie la possibilité. C’est ce qui explique sans doute pourquoi la première traduction et le commentaire minutieux que Jules Barni propose de la Critique de la faculté de juger en 1846 et 1850 ne rencontrent pas un public disposé à suivre Kant sur ce terrain [55]. Il faut dire que le livre kantien a quelque chose de déconcertant pour ceux qui attendent des éclaircissements sur le beau : c’est un livre étrange dont le sujet est difficile à saisir et dont le concept central (la Zweckmäßigkeit) oppose de sérieuses résistances (ne serait-ce qu’à la traduction). Ensuite, seule la première partie du livre est consacrée au jugement esthétique, les exemples concrets sont relativement rares, certaines questions classiques sont à peine effleurées, d’autres manquent : le problème de l’imitation, la discussion des définitions classiques du beau, la question des règles et des principes qui doivent guider les artistes, celle (centrale chez Cousin) des sentiments qu’excite « le beau » en nous. Surtout : prenez un lecteur à la recherche de ce qu’est « le beau »; voilà que le beau n’est pas vraiment saisissable dans ce livre ! Livre, donc, d’une certaine façon irrecevable en 1850 : du beau n’y brille que l’absence.
 
NOTES
 
[1]Mercure français, janvier 1810, t. XL, p. 93, cité par Edmond EGGLI, Schiller et le romantisme français, 2 vol., Paris, Librairie universitaire J. Gamber, 1927, t. I, p. 334.
[2]Charles LÉVÊQUE, La science du beau étudiée dans ses principes, dans ses applications et dans son histoire, ouvrage couronné par l’Institut (Académie des sciences morales et politiques), 2 vol., Paris, Auguste Durand, 1861.
[3]Alfred MICHIELS, Histoire des idées littéraires en France au XIXe siècle, Paris, E. Dentu,4 1863 (1 1842), 2 vol., ici t. II, p. 644.
[4]Critique du jugement suivie des observations sur le sentiment du beau et du sublime, par E. KANT, traduit de l’allemand par Jules Barni, professeur agrégé de philosophie au collège Charlemagne, avec une introduction du traducteur, 2 vol., Paris, Librairie philosophique de Ladrange, 1846. BARNI, professeur agrégé de philosophie, au lycée Bonaparte, complète ce travail en publiant, quatre ans plus tard, un ouvrage destiné à éclairer le texte kantien : Philosophie de Kant. Examen de la critique du Jugement, Paris, Librairie philosophique de Ladrange, 1850,332 p.
[5]Cf. en particulier François AZOUVI, Dominique BOUREL, De Königsberg à Paris. La réception de Kant en France (1788-1804), Paris, Vrin, 1991. On pourra également consulter Maximilien VALLOIS, La formation de l’influence kantienne en France, Paris, Félix Alcan, s.d. [1924] ; Célestin BOUGLE, « Spiritualisme et kantisme en France », in Revue de Paris, 1er mai 1934, p. 198-215, et l’ouvrage bien vieilli et non exempt d’erreurs d’André MONCHOUX, L’Allemagne devant les lettres françaises de 1814 à 1835, Toulouse, Imprimerie Fournié, 1953.
[6]Charles de VILLERS, Philosophie de Kant, ou principes fondamentaux de la philosophie transcendantale, Metz, Colignon, 1801; Johann KINKER, Essai d’une exposition succincte de la Critique de la raison pure, Amsterdam, 1801; Joseph-Marie DEGÉRANDO, Histoire comparée des systèmes de philosophie relativement aux principes des connaissances humaines, 3 vol., Paris, Henrichs, 1804. Sur les critiques des « paradoxes » et de « l’obscurité » de Kant, cf. AZOUVI /BOUREL, op. cit. [n. 5], p. 137-160, ici plus particulièrement p. 141.
[7]Friedrich Gottlob BORN, Kantii opera ad philosophiam criticam, 4 vol., Lipsiae, 1796-1798 ; lettre de Joubert à Madame de Beaumont, septembre 1801, citée dans AZOUVI /BOUREL, op. cit. [n. 5], p. 159-160.
[8]Notons cependant : Observations sur le sentiment du beau et du sublime, Paris, 1796; Projet de paix perpétuelle, Paris 1796. On trouve une liste complète des premières traductions dans AZOUVI /BOUREL, op. cit. [n. 5], p. 9 sq.
[9]Joseph Tissot donne à partir de 1830 un nombre considérable de traductions, notamment la première version française de la Critique de la raison pure qui paraît en deux volumes chez Ladrange en 1835/1836. Jules Barni publie une décennie plus tard les premières traductions de la Critique du jugement (1846) et de la Critique de la raison pratique (1848) ; bien plus tard, il retraduira la première Critique kantienne, jugeant insuffisantes les traductions de Tissot.
[10]Joseph-Marie DEGÉRANDO, Histoire comparée des systèmes de philosophie, cité in AZOUVI / BOUREL, op. cit. [n. 5], p. 241.
[11]Jean Gottlieb BUHLE, Histoire de la philosophie moderne, depuis la renaissance des lettres jusqu’à Kant, trad. de l’allemand par A.-J.-L. Jourdan, Paris, Fournier, 1816, t. VI, p. 524-569. L’ouvrage de Buhle ne passa pas inaperçu : de façon significative, Victor COUSIN en publia en 1817 un long compte rendu dans les Archives philosophiques, politiques et littéraires, t. I, p. 39 sq.
[12]Wilhelm Gottlieb TENNEMANN, Manuel d’histoire de la philosophie, 2 vol., trad. par Victor Cousin, Sautelet, 1829.
[13]Mme de STAËL, De l’Allemagne, 2 vol., éd. par Simone Balayé, Paris, Garnier-Flammarion, 1968, t. II, p. 136 (partie III, chap. 6).
[14]De l’Allemagne, op. cit. [n. 13], t. II, p. 137.
[15]Pour être précis, la distinction entre le beau et l’utile découle chez Kant de celle entre le beau et le bien. Mais elle n’en constitue pour ainsi dire qu’une partie, l’autre étant la distinction entre beauté et perfection (l’utilité est la finalité objective externe, la perfection la finalité objective interne [äußere/innere objektive Zweckmäßigkeit]; cf. CFJ, § 15, Ak. V, 226).
[16]De l’Allemagne, op. cit. [n. 13], t. II, p. 160 (partie III, chap. 9).
[17]Cf. en particulier Éric FAUQUET (éd.), Victor Cousin, homo theologico-politicus. Philologie, philosophie, histoire littéraire. Journée d’études de Lyon de novembre 1996, Paris, Éditions Kimé, 1997, et Patrice VERMEREN, Victor Cousin. Le jeu de la philosophie et de l’État, Paris, L’Harmattan, 1995 (avec de précieuses indications bibliographiques) ; Jean-Pierre COTTEN, « Victor Cousin et la “mauvaise métaphysique dégénérée” », in Jean QUILLIEN (éd.), La réception de la philosophie allemande en France aux XIXe et XXe siècles, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1994, p. 85-107 ; Corpus no 18/19,1991 (numéro consacré à Victor Cousin); Amin A. AZAR, « Le cas Victor Cousin. Un étrange observateur de la pensée germanique pendant le début du XIXe siècle », in Critique, t. XLII, 473, octobre 1986, p. 981-998.
[18]Victor COUSIN, Cours de philosophie professé à la faculté des lettres pendant l’année 1818, sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, publié avec son autorisation et d’après les meilleures rédactions de ce cours par M. Adolphe Garnier, Maître de conférences à l’École normale, Paris, Librairie classique et élémentaire de L. Hachette, 1836.
[19]Victor COUSIN, Du Vrai, du Beau et du Bien, Paris, Didier,1 1853,13 1867. Cette version « classique » se trouve préfigurée dans le t. II de la seconde édition des cours, remaniée et corrigée par Cousin, qui paraît en 1846 : Histoire des derniers systèmes sur les idées du vrai, du beau et du bien, Paris, Didier, 1846.
[20]Cours de 1818 [n. 18], p. 195. En 1853, on peut lire un développement bien plus pondéré, assorti d’une critique qui prouve que, malgré la parution de la traduction française de la troisième Critique, la connaissance cousinienne du texte kantien n’avait guère progressé : « Il était digne de l’école écossaise et de Kant de faire une place au beau dans leur doctrine. Ils l’ont considéré dans l’âme et dans la nature ; mais ils n’ont pas même abordé la difficile question de sa reproduction par le génie de l’homme. Nous tenterons d’embrasser ce grand sujet dans toute son étendue [...] » (Du Vrai, du Beau et du Bien, op. cit. [n. 19], p. 143 sq.).
[21]À la différence de Cousin, Joseph Tissot, Charles Bénard, Jules Barni, Adolphe Franck (pour ne citer ici que quelques-uns des auteurs qui entrent en scène avant 1848) sont capables de lire les philosophes allemands dans le texte.
[22]Cours de 1818 [n. 18], p. 182.
[23]On se souvient que, pour Kant, un tel relativisme ne s’applique que dans le domaine de l’agréable : « En ce qui concerne l’agréable, c’est donc le principe suivant qui est valable : À chacun selon son goût (pour ce qui relève des sens) » (CFJ, § 7, Ak. V, 212). Cf. également les § 6,31, 32.
[24]Cours de 1818 [n. 18], p. 196 sq.
[25]On sait que le thème des erreurs cousiniennes, et notamment celui de son ignorance de la langue allemande, sera largement utilisé par ses détracteurs. On en trouve un exemple relativement précoce dans le livre De l’Allemagne que Heine fait paraître chez l’éditeur Renduel en 1835 : « [M. Cousin] a, en effet, comme suspect de démagogie, passé quelque temps dans une prison allemande, tout aussi bien que Lafayette et Richard CÅ“ur-de-Lion. Mais qu’il y ait, à ses heures de loisir, étudié la Critique de la raison pure de Kant, cela est douteux, pour trois raisons : la première est que ce livre est écrit en allemand; la seconde, qu’il faut savoir l’allemand pour le lire; et la troisième, que M. Cousin ne sait pas l’allemand. // Ceci soit dit sans la moindre intention de blâme. La hauteur de M. Cousin n’en paraît que plus sublime, quand on voit qu’il a appris sa philosophie allemande sans savoir la langue dans laquelle on l’enseigne. Combien ce grand génie nous dépasse-t-il, nous autres hommes ordinaires qui ne comprenons qu’à grand’peine cette philosophie, tout familiers que nous sommes, dès l’enfance, avec la langue allemande ! » (Heinrich HEINE, Historisch-kritische Gesamtausgabe der Werke, éd. par Manfred Windfuhr, Hoffmann und Campe, 1973 sq., tome 8/1, p. 489).
[26]Cf. Victor COUSIN, Fragments et souvenirs, Paris, Didier,3 1857, p. 58,115 sq.
[27]Cf. en particulier Michel ESPAGNE, Michael WERNER, « Les correspondants allemands de Victor Cousin », in Hegel-Studien 21,1986, p. 65-85; Michel ESPAGNE, Michael WERNER, Lettres d’Allemagne. Victor Cousin et les hégéliens, Tusson, Du Lérot, 1990. On peut se faire une idée des méthodes d’investigation de Cousin et de l’état de son information sur la philosophie allemande en consultant ses « Souvenirs d’Allemagne. Notes d’un journal de voyage en l’année 1817 », in Victor COUSIN, Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie, 5e éd., 5 vol., Paris, Didier, 1866, t. V, p. 45-219.
[28]Cours de 1818 [n. 18], p. 239 sq. Cf. CFJ, § 29 (Ak. V, 265).
[29]Les six arts retenus par Cousin sont la poésie, la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture et la construction des jardins (Cours de 1818 [n. 18], p. 279 sq.). En comparant cette liste avec les § 51 et 53 de la Critique de la faculté de juger, on remarque que Cousin reprend pour l’essentiel la taxinomie et la hiérarchie proposées par Kant, en retranchant l’éloquence (au sujet de laquelle Kant émet de sévères réserves; Ak. V, 327) et l’art des couleurs qui, dans l’esprit de Cousin, pouvait faire double emploi avec la peinture évoquée auparavant. En revanche, la division kantienne en arts de la parole, arts du dessin et arts du jeu avec les sensations est abandonnée.
[30]Cours de 1818 [n. 18], p. 218. Cf. CFJ, § 2-4 (notamment Ak. V, 207).
[31]Cours de 1818 [n. 18], p. 221 sq. Cette délimitation découle de la définition kantienne du beau comme perception d’une finalité sans fin (troisième moment du jugement du goût, CFJ, § 10-17). Plus qu’à Kant, les développements cousiniens semblent redevables aux réflexions post-kantiennes des premiers romantiques allemands que le cercle de Coppet (notamment par l’intermédiaire d’August Wilhelm Schlegel) connaissait fort bien.
[32]Cours de 1818 [n. 18], p. 223 sq. Notons que Cousin emploie le terme forme sans préalablement le définir, ce qui prive de clarté conceptuelle la distinction qu’il opère entre le beau et le bien.
[33]Citons de façon exemplaire la lettre de Flaubert à Louise Colet du 13 sept. 1846 : « Toi, tu mêles au Beau un tas de choses étrangères, l’utile, l’agréable, que sais-je ? Tu diras au Philosophe de t’expliquer l’idée du Beau pur telle qu’il l’a émise dans son Cours de 1819 [en fait 1818] et telle que je la conçois » (Gustave FLAUBERT, Correspondance I, éd. par Jean Bruneau, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1973, p. 339).
[34]Cours de 1818 [note 18], p. 224. Cf. Albert CASSAGNE, La théorie de l’art pour l’art en France chez les derniers romantiques et les premiers réalistes [1906], préf. de Daniel Oster, Seyssel, Champ Vallon, 1997.
[35]Cf. Paul JANET, Victor Cousin et son Å“uvre, Paris, 1885, p. 25 sq.
[36]« Dîner avec Robinson, écolier de Schelling. Son travail sur l’esthétique de Kant. Idées très ingénieuses. L’art pour l’art, et sans but; tout but dénature l’art. Mais l’art atteint au but qu’il n’a pas » (21 pluviôse an XII, 11 février 1804; Benjamin CONSTANT, Journaux intimes, éd. par Alfred Roulin et Charles Roth, Paris, Gallimard, 1952, p. 58). À la demande de Madame de Staël, le jeune Henry Crabb Robinson avait donné des exposés de philosophie allemande (cf. sur ce point Ernst BEHLER, Kant vu par le Groupe de Coppet. La formation de l’image staëlienne de Kant, in Le Groupe de Coppet. Actes et document du deuxième Colloque de Coppet, Genève, Droz, 1977, p. 135-167).
[37]Cours de 1818 [n. 18], p. 260.
[38]Cours de 1818 [n. 18], p. 253 sq.
[39]Cours de 1818 [n. 18], p. 257 sq.
[40]En adoptant la théorie du beau idéal, présente également chez Madame de Staël (cf. ci-dessus), Cousin s’inscrit dans le mouvement néoplatonicien relancé par Shaftesbury et par Winckelmann. En France, il a au début du XIXe siècle un puissant relais en la personne de QUATREMÈRE de QUINCY (cf. notamment ses Essais sur l’idéal dans ses applications pratiques aux Å“uvres de l’imitation des arts du dessin, Paris, 1837). COUSIN souligne encore davantage cette tendance dans le texte de 1853 (Du Vrai... [cf. n. 19], avec des renvois à Quatremère).
[41]Cours de 1818 [n. 18], p. 208. Les thèmes de ce passage central (sur lequel nous ne pouvons pas nous attarder) sont également développés dans l’article « Du beau réel et du beau idéal » que Cousin publie dans les Archives philosophiques, politiques et littéraires en 1818.
[42]Lettre de Paul Dubois à Philibert Damiron, citée dans Patrice VERMEREN, op. cit. [n. 17], p. 63.
[43][Adolphe FRANCK ], « Beau (idée du) », in Dictionnaire des sciences philosophiques, par une société de professeurs de philosophie, 6 vol., Paris, Hachette, 1844-1852, ici t. I, p. 299 sq. Même refrain cousinien en 1861 dans la Science du beau de Charles Lévêque : l’auteur du travail primé par l’Académie des sciences morales et politiques (dont Cousin est membre) affirme que « la beauté idéale de chaque espèce d’être [...] existe en Dieu » [cf. la citation complète dans la n. 47].
[44]C[harles] B[ ÉNARD ], « Esthétique », in Dictionnaire des sciences philosophiques [cf. n. 43], 1845, t. 2, p. 293-306, ici p. 299. Sur Charles Bénard, infatigable militant de l’esthétique, cf. dans ce numéro l’article d’Élisabeth Décultot.
[45]Sans doute ces développements doivent-ils beaucoup à August Wilhelm SCHLEGEL (cf. son Cours sur les beaux-arts de 1801/1802 et surtout le Cours d’art dramatique de 1809, traduit en français en 1814) et à Mme de Staël (cf. par exemple De l’Allemagne [cf. n. 13], partie III, chap. 9, notamment p. 161 sq.).
[46]COUSIN réfute par exemple l’idée (qu’il attribue à Kant) qu’il n’y a « dans la nature rien de vrai, de bon et de beau si ce n’est le vrai, le beau et le bon que l’homme trouv[e] dans son âme ». Et il déclare, pour distinguer sa voie médiane aussi bien des erreurs de l’école anglo-française que des excès kantiens : « La vérité n’est ni fille de l’homme, ni fille de la nature; la vérité existe par elle-même » (Cours de 1818 [n. 18], p. 275).
[47]Dans sa Science du beau, Charles Lévêque répète l’idée : « La beauté idéale de chaque espèce d’être existe d’une existence pour moi objective, éminente, effective, en Dieu, à titre de pensée éternelle de l’éternelle intelligence » (C. LÉVÊQUE, op. cit. [n. 2], t. I, p. 140).
[48]CFJ, § 6; Ak. V, 211 (c’est nous qui soulignons). Cf. aussi § 9 (Ak. V, 218).
[49]Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation (1819), trad. par Auguste Burdeau, édition revue par Richard Roos, Paris, PUF, 1966, p. 629.
[50]« Premièrement, lorsque quelqu’un trouve qu’un édifice, qu’un paysage ou qu’un poème ne sont pas beaux, cent avis qui au contraire les apprécient ne lui imposeront pas intérieurement un assentiment » (CFJ, § 33, Ak. V, 284).
[51]CFJ, § 33; Ak. V, 284 sq.
[52]Du Vrai, du Beau et du Bien [n. 19], p. 144.
[53]C[harles] B[ ÉNARD ], « Esthétique », in Dictionnaire des sciences philosophiques [n. 43], t. 2, p. 302 (c’est nous qui soulignons).
[54]Charles LÉVÊQUE, La science du beau, 1861 (op. cit., n. 2). L’auteur de l’ouvrage « couronné par l’Institut » souligne dans le chapitre qu’il consacre à Kant : « La conclusion de la Critique du jugement esthétique, c’est qu’il ne peut y avoir de science du beau » (t. II, p. 519). Chez Lévêque resurgit par ailleurs le motif nationaliste qui avait déjà entravé la propagation de l’esthétique allemande au début du siècle. Il affirme par exemple que « les recherches sur les principes du beau et de l’art ne sont pas nouvelles en France. Au dix-huitième siècle, le P. André et Diderot les ont inaugurées chez nous presque aussitôt que Hutcheson en Écosse et Baumgarten en Allemagne » (t. I, p. V). Et la table des matières analytique précise, manière d’enfoncer le clou : « Baumgarten n’est pas le fondateur de la science du beau. » Comme Kant ne l’est pas non plus, le mérite revient donc à la France.
[55]Cf. ci-dessus, n. 4.
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Victor COUSIN, Cours de philosophie professé à la faculté d...
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[19]
Victor COUSIN, Du Vrai, du Beau et du Bien, Paris, Didier,1...
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[20]
Cours de 1818 [n. 18], p. 195. En 1853, on peut lire un dév...
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[21]
À la différence de Cousin, Joseph Tissot, Charles Bénard, J...
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[22]
Cours de 1818 [n. 18], p. 182. Suite de la note...
[23]
On se souvient que, pour Kant, un tel relativisme ne s’appl...
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[24]
Cours de 1818 [n. 18], p. 196 sq. Suite de la note...
[25]
On sait que le thème des erreurs cousiniennes, et notamment...
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[26]
Cf. Victor COUSIN, Fragments et souvenirs, Paris, Didier,3 ...
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[27]
Cf. en particulier Michel ESPAGNE, Michael WERNER, « Les co...
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[28]
Cours de 1818 [n. 18], p. 239 sq. Cf. CFJ, § 29 (Ak. V, 265...
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[29]
Les six arts retenus par Cousin sont la poésie, la musique,...
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[30]
Cours de 1818 [n. 18], p. 218. Cf. CFJ, § 2-4 (notamment Ak...
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[31]
Cours de 1818 [n. 18], p. 221 sq. Cette délimitation découl...
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[32]
Cours de 1818 [n. 18], p. 223 sq. Notons que Cousin emploie...
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[33]
Citons de façon exemplaire la lettre de Flaubert à Louise C...
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[34]
Cours de 1818 [note 18], p. 224. Cf. Albert CASSAGNE, La th...
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[35]
Cf. Paul JANET, Victor Cousin et son œuvre, Paris, 1885, p....
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[36]
« Dîner avec Robinson, écolier de Schelling. Son travail su...
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[37]
Cours de 1818 [n. 18], p. 260. Suite de la note...
[38]
Cours de 1818 [n. 18], p. 253 sq. Suite de la note...
[39]
Cours de 1818 [n. 18], p. 257 sq. Suite de la note...
[40]
En adoptant la théorie du beau idéal, présente également ch...
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[41]
Cours de 1818 [n. 18], p. 208. Les thèmes de ce passage cen...
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[42]
Lettre de Paul Dubois à Philibert Damiron, citée dans Patri...
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[43]
[Adolphe FRANCK ], « Beau (idée du) », in Dictionnaire des ...
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[44]
C[harles] B[ ÉNARD ], « Esthétique », in Dictionnaire des s...
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[45]
Sans doute ces développements doivent-ils beaucoup à August...
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[46]
COUSIN réfute par exemple l’idée (qu’il attribue à Kant) qu...
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[47]
Dans sa Science du beau, Charles Lévêque répète l’idée : « ...
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[48]
CFJ, § 6; Ak. V, 211 (c’est nous qui soulignons). Cf. aussi...
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[49]
Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représ...
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[50]
« Premièrement, lorsque quelqu’un trouve qu’un édifice, qu’...
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[51]
CFJ, § 33; Ak. V, 284 sq. Suite de la note...
[52]
Du Vrai, du Beau et du Bien [n. 19], p. 144. Suite de la note...
[53]
C[harles] B[ ÉNARD ], « Esthétique », in Dictionnaire des s...
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[54]
Charles LÉVÊQUE, La science du beau, 1861 (op. cit., n. 2)....
[suite] Suite de la note...
[55]
Cf. ci-dessus, n. 4. Suite de la note...