2002
Revue de Métaphysique et de Morale
Pour introduire à l’intrinsèque
Frédéric Ferro
Pour introduire à l’article de Lewis et Langton sur la définition des
propriétés intrinsèques, il faut rappeler que les propriétés intrinsèques diffèrent d’autres
notions comme les propriétés essentielles, les propriétés monadiques, les propriétés
catégoriques, les propriétés qualitatives. Les propriétés intrinsèques sont définies selon
David Lewis à partir de la notion plus primitive de propriété « naturelle », ce qu’il a
continué à modifier jusqu’à des textes plus récents.
To introduce the article by Lewis and Langton on the definition of
intrinsic properties, it is necessary to show how intrinsic properties differ from other
notions such as essential properties, monadic properties, categorical properties and
qualitative properties. Intrinsic properties are defined by David Lewis on the basis of
the more primitive notion of « natural properties », and he continued to develop this
definition in more recent texts.
Prenons par exemple cette clef dans ma poche. Elle présente plusieurs propriétés et certaines ne dépendent que d’elle-même, non de son environnement
ou de toute autre chose distincte d’elle. Appelons propriétés intrinsèques les
propriétés qu’elle exemplifie seulement par elle-même, comme la forme de ses
dents, sa masse ou sa matière. La figure est sans doute une propriété intrinsèque
pour tout objet suffisamment rigide comme une clef de métal. Elle a aussi des
propriétés extrinsèques comme celle d’être dans une poche, celle d’avoir une
certaine pesanteur en raison de l’attraction terrestre, celle d’être mentionnée
dans cette phrase ou bien celle d’ouvrir la porte du bureau (ou toute porte avec
serrure similaire). Cette dernière propriété extrinsèque d’ouvrir cette porte, ou
toute serrure avec les mêmes barillets, est particulière. Elle dépend bien de la
forme de la clef, c’est-à-dire que tout changement dans les propriétés de cette
base intrinsèque ferait varier ces propriétés extrinsèques. En effet, la figure de
la clef est condition du fait qu’elle puisse mouvoir la serrure. Si la clef est
déformée, une propriété intrinsèque est modifiée et elle ne peut plus ouvrir ce
type de porte. À l’inverse, si la serrure était changée, la clef perdrait ce que les
amis des qualités occultes appelleraient sa « vertu apéritive » vis-à-vis de cette
porte sans perdre aucune propriété intrinsèque.
Un double de clef est une copie qui peut accomplir la même fonction que la
première. Cette fonction est la seule propriété pertinente pour notre usage des
doubles et un double peut très bien différer de l’original par certaines propriétés
intrinsèques. La copie peut par exemple être composée d’une autre matière ou
bien avoir une rainure infinitésimale qui ne gêne pas son fonctionnement. Appelons au contraire double intrinsèque de la clef une autre clef qui aurait exactement la totalité des mêmes propriétés intrinsèques et non pas seulement une
approximation satisfaisante. Si le principe leibnizien d’identité des indiscernables (entendu en son sens habituel qui ne prend en compte que les propriétés
qualitatives) est vrai, un tel double intrinsèque de la clef est impossible et les
doubles concrets sont toujours imparfaits, ne dupliquant que quelques propriétés
et non la totalité des propriétés intrinsèques.
Cet exemple simple devrait montrer que le concept de « propriété intrinsèque » mérite éclaircissement et que par cette clef, nous sommes déjà entrés
dans un labyrinthe de la métaphysique contemporaine : comment définir de
façon claire les propriétés intrinsèques en général ? L’article de Rae Langton
et David Lewis, « Defining “Intrinsic” » dont la traduction suit est déjà un
locus
classicus de ce problème de définition et devrait en montrer la complexité
[1].
La propriété d’être intrinsèque est une propriété de propriété. Pour tout objet
qui possède une propriété intrinsèque, on peut déterminer le caractère intrinsèque de manière locale (la propriété est-elle intrinsèque à cet objet ?) ou de
manière globale (la propriété de cet objet est-elle intrinsèque à tout objet qui la
possède ?). La définition générale de l’intrinsécalité que recherche Lewis est
globale et doit donc valoir dans tous les cas où la propriété est exemplifiée
comme telle.
L’opposition des propriétés intrinsèques et des propriétés extrinsèques se
retrouve dès l’ontologie formelle pour définir ce qui caractérise l’objet et ce qui
lui est extérieur. La propriété intrinsèque, intuitivement, est celle que l’objet a
par lui-même et qu’il a même si tout ce qui n’est pas lui était altéré. D’emblée,
le problème est d’éviter la circularité puisque ce qui est hors de l’objet suppose
de définir la nature intrinsèque de l’objet ou ce que l’extérieur est en soi. En
fait, il n’y a là rien de très intuitif et de nombreuses propriétés peuvent faire
l’objet de débat (ainsi la propriété d’être conscient). Il importe donc d’en donner
une définition précise pour servir de base à de nombreux autres problèmes. Le
problème des propriétés intrinsèques se retrouve non seulement comme problème de la métaphysique mais même comme un élément constitutif de la
métaphysique réaliste qui toujours cherche à connaître la réalité intrinsèque des
choses indépendamment de la relation au sujet connaissant
[2].
La distinction se retrouve dans tous les domaines de la philosophie. Dans la
philosophie des valeurs, la question est de savoir par exemple ce que serait un
bien intrinsèque ou bien quelle est la relation entre la beauté d’un objet et ses
propriétés intrinsèques. C’est en fait en ce dernier cas qu’est apparu le concept
de «
survenance » ou dépendance fonctionnelle. Pour G.E. Moore, les prédicats
de valeurs comme « bon » ne sont pas intrinsèques à l’objet (ce serait une
réduction « naturaliste » des prédicats axiologiques) mais dépendent de la nature
intrinsèque de l’objet
[3]. De même, le concept de survenance sur les propriétés
intrinsèques a été appliqué par Jaegwon Kim en philosophie de l’esprit pour le
rapport entre propriétés psychologiques et propriétés physiques pour étudier un
modèle hypothétique plus faible que la réduction matérialiste
[4].
Les propriétés intrinsèques sont également importantes pour examiner la
question du changement. Socrate a un changement intrinsèque réel au moment
où il perd un membre ou lorsqu’il meurt. Xanthippe, en revanche, n’a qu’un
changement de relations à l’instant où elle perd son mari et devient veuve.
Geach oppose ainsi un changement intrinsèque au changement seulement « cambridgien » qui ne dépend que de propriétés extrinsèques
[5]. Lewis généralise ce
problème temporel aux possibilités et à l’identité des individus à travers les
mondes. Pour Lewis, un objet ne peut pas être identique à un objet dans un
autre monde mais ils peuvent avoir des propriétés approchantes, très similaires
(ce seront des « contreparties » ou « homologues »), voire des doubles intrinsèques partageant toutes les mêmes propriétés intrinsèques quelle que soit la
différence des propriétés extrinsèques en chaque monde
[6]. La détermination des
propriétés intrinsèques est donc décisive pour l’identité.
PROBLÈME DE VOCABULAIRE : DISTINGUOS
On commencera par distinguer l’opposition entre intrinsèque et extrinsèque
et d’autres paires de concepts avec lesquels des confusions sont possibles.
a) Propriétés essentielles / accidentelles.
Une propriété intrinsèque est une propriété que la chose a par elle-même et
qu’elle peut en droit posséder indépendamment de tout ce qui a lieu hors
d’elle-même. Pour prendre une définition commode et qui se sert de la modalité,
la propriété essentielle d’une chose est une propriété que la chose ne peut pas
ne pas avoir si elle existe. De fait, les propriétés essentielles sont peut-être
quelque chose de plus restreint que toutes les propriétés nécessaires comme la
propriété disjonctive d’« être P ou non-P », qui est vraie de tout objet. Une
propriété essentielle serait une propriété nécessaire à certaines sortes d’objets
seulement. Une propriété inessentielle est aussi appelée une propriété accidentelle. Une propriété accidentelle peut être transitoire dans le temps ou contingente du point de vue modal.
Si on suit la définition de Lewis et qu’une propriété essentielle est la propriété
que toutes les contreparties d’un individu partagent, l’essentialité dépend de la
définition de la relation de contrepartie et pourrait donc être vague. Les propriétés intrinsèques d’un individu seraient donc une sous-classe des propriétés
des contreparties qui ne comprendraient parmi les contreparties que les doubles
intrinsèques. Ainsi la notion de duplication et d’intrinsécalité s’inter-définissent
mais sont différentes de celle de propriété essentielle.
Une propriété accidentelle peut être intrinsèque. Ainsi on admet toujours que
la forme d’un objet est une propriété intrinsèque, elle peut aussi varier suivant
le temps. La clef peut fondre ou s’user et perdre sa forme. Callias assis n’a plus
la même figure que Callias debout
[7]. À l’inverse, si on admet, à la suite de
Kripke
[8], le principe d’essentialité de l’origine, Socrate n’aurait pas pu être le
même individu et naître d’un autre
œuf que celui dont il est sorti. En ce cas,
« être issu d’un
Å“uf avec telles et telles caractéristiques » est une propriété
extrinsèque mais aussi une propriété essentielle.
En résumé, les propriétés accidentelles peuvent être intrinsèques et les propriétés essentielles peuvent être extrinsèques. L’essentialité n’est ni une condition nécessaire ni une condition suffisante de l’intrinsécalité
[9].
b) Propriétés monadiques / relationnelles.
On amalgame souvent les propriétés relationnelles avec les propriétés extrinsèques, recoupant ainsi une distinction métaphysique par une distinction syntaxique
[10]. Cela présente plusieurs difficultés puisque toute propriété peut être
comprise comme relation unaire (ou expression d’un prédicat polyadique). Une
propriété peut sembler monadique et être en fait extrinsèque, comme « être
veuf ». Une propriété peut être relationnelle et être intrinsèque. La relation
d’aimer quelqu’un n’est pas extrinsèque dans le cas narcissique de la réflexivité
de la relation. Une relation entre les parties d’un tout à cette totalité sont
intrinsèques à ce tout.
Si Hume a tort et qu’il peut y avoir une relation causale intrinsèque entre ses
termes, alors c’est aussi une exception. De manière générale, on peut avoir
besoin de définir la notion de relation interne et il n’est donc pas possible de
résorber l’extrinsécalité sous la relation. Les idéalistes britanniques monistes ou
le monadisme ont considéré que toutes les relations étaient internes et à l’opposé,
Gilbert Ryle a pu poser le principe d’une impossibilité des relations internes
[11].
La question ne doit donc pas être tranchée par la définition si elle peut servir
à plusieurs usages.
c) Propriétés catégoriques / dispositionnelles.
Une autre distinction d’apparence syntaxique est celle qui a été faite entre
propriété catégorique et propriété hypothétique. La propriété catégorique serait
celle qui est exprimée par une prédication catégorique. Ainsi dans la physique
classique, la masse est une propriété catégorique. La propriété catégorique
s’oppose à la propriété dispositionnelle qui indique la tendance à réagir dans
certaines circonstances, même si elle n’est jamais actualisée. Ainsi la solubilité
est une disposition : la propriété pour un objet d’être dissous s’il est plongé
dans l’eau. Il serait possible d’identifier les propriétés intrinsèques aux propriétés catégoriques ou de dire que les dispositions dépendent d’un constituant
extrinsèque qui est les lois de la nature. Ce serait là une thèse et non une
définition neutre. En effet, certains admettront que les propriétés dispositionnelles « surviennent » sur les propriétés catégoriques ou sont intrinsèques à
l’objet sans se réduire aux propriétés catégoriques. L’analyse du concept
d’intrinsécalité ne doit pas prédéterminer cette question et elle peut donc se
distinguer en droit de la catégoricité.
d) Propriétés qualitatives / non qualitatives et propriétés « intérieures ».
Moore considérait que les propriétés intrinsèques étaient plus larges que ce
qu’il appelait la nature intrinsèque d’un objet. Les propriétés intrinsèques de la
clef comprennent en effet la propriété d’être identique à cette clef. En ce cas,
le double intrinsèque de la clef ne peut pas contenir cette propriété d’identité,
il est similaire et indiscernable de l’original mais non identique. Pour Moore,
le double intrinsèque ne partage donc que la nature intrinsèque et non pas toutes
les propriétés. Le principe leibnizien d’identité des indiscernables n’est pas vrai
pour les natures intrinsèques mais il est vrai pour les propriétés intrinsèques. Il
précise que la nature intrinsèque ne se limite pas aux propriétés qualitatives
puisque on y inclut des quantités, degré et intensité. Toute différence qualitative
est bien une différence de nature intrinsèque mais une différence d’intensité
peut être une différence de nature sans être une différence de qualité
[12].
Ce dernier point peut présenter un problème. La taille est-elle intrinsèque ?
Intuitivement, l’objet peut garder la même taille si tout le reste de l’univers
augmentait et donc la taille serait indépendante de la variation. Épistémologiquement, si du moins les lois de la nature ont pu changer en même temps, il
pourrait être impossible de déterminer si l’objet a varié ou si c’est tout le reste
de l’univers. Les étalons de mesure donnent des propriétés extrinsèques de
relation à d’autres objets du monde.
Si on laisse de côté le problème des propriétés quantitatives, la nature intrinsèque est avant tout composée des qualités intrinsèques. La théorie selon laquelle
les propriétés intrinsèques sont plus larges que ces qualités intrinsèques peut
être appelée conception des propriétés « intérieures
[13] ». Deux doubles intrinsèques n’ont pas les mêmes propriétés intérieures puisqu’ils n’ont pas la même
identité. Moore aurait ajouté que des propriétés méréologiques comme le fait
d’avoir telle ou telle partie est aussi une propriété « intérieure ». Rae Langton
appelle ces propriétés qui renvoient non à une qualité mais à un particulier des
propriétés « impures
[14] ». Puisqu’elle renvoie à un ceci singulier (l’identité de
cet objet ou de cette partie qu’il intègre), David Lewis l’appelle aussi propriété
« haeccéitistique ». Ainsi, « avoir le nez camus » est qualitatif mais « être
Socrate » ou « avoir le nez de Socrate comme partie propre » sont des propriétés
impures ou haeccéitistiques.
Le problème devient plus complexe si on admet aussi qu’une propriété haecéitistique ne « survient » pas sur la totalité des propriétés qualitatives de l’individu. Lewis appelle cette thèse « haeccéitisme
[15] ». La définition de Langton et
Lewis restera neutre sur l’haeccéitisme en écartant ce cas particulier mais Lewis
lui est opposé.
L’ÉVOLUTION DE DAVID LEWIS
ET LES PROPRIÉTÉS NATURELLES
La définition générale de l’intrinsèque doit donc être suffisamment précise
pour déterminer les cas problématiques mais en même temps ne pas décider de
thèses qui confondraient ces différentes notions. Lewis avait posé le besoin de
définir les propriétés intrinsèques par les qualités ou nature intrinsèques que
des doubles intrinsèques peuvent partager, y compris dans des mondes possibles
différents. Sa définition est donc plus large que celle de Jaegwon Kim qui se
restreint à des « répliques » physiques dans le même monde ou du moins à un
monde ayant les mêmes lois de la nature. Pour Lewis, au contraire, les lois
peuvent varier et ne font que survenir sur les événements d’un monde possible
[16].
La thèse principale de Lewis est que les propriétés intrinsèques ne diffèrent
jamais entre des doubles intrinsèques. Cela n’est pas encore une définition
puisque c’est circulaire mais c’est une étape de clarification du concept qui ne
va pas sans quelque paradoxe. Ainsi, le fait pour une clef d’être un double d’une
autre est une propriété intrinsèque. Au contraire, la propriété d’être identique à
cette clef n’est pas une propriété intrinsèque. Lewis refuse l’identité des indiscernables et les doubles intrinsèques ne sont pas identiques.
Parmi toutes les propriétés abondantes qui sont tous les ensembles auxquels
les individus actuels ou possibles peuvent appartenir, comment délimiter les
propriétés intrinsèques ? Lewis considère que la notion primitive doit être celle
de « propriété naturelle ». Il n’est pas certain que nous sachions quelles sont
les propriétés naturelles mais nous savons du moins quel rôle elles doivent jouer
et ce qu’elles ne doivent pas être. Une propriété naturelle doit se comprendre
comme un universel délimité selon les articulations des objets, selon les similitudes objectives et non par position d’une propriété arbitraire ou artificielle
qui réorganise et charcute la réalité
[17]. Le prédicat « vreu » de Goodman qui
signifie vert dans une tranche temporelle et bleu dans une autre tranche temporelle serait un exemple de classe artificielle dont les membres peuvent ne pas
être très proches dans les relations de ressemblance. De même, une propriété
disjonctive comme « être un cube ou être un non-cube accompagné d’un cube »
est un bon exemple pour Lewis d’une propriété non naturelle même si les
membres de la disjonction « être un cube » ou « être un non-cube accompagné
d’un cube » étaient des propriétés naturelles
[18]. Mais des propriétés familières
peuvent également s’avérer des propriétés non naturelles. Ainsi la propriété
d’un agrégat comme « être un rocher
[19] » peut s’analyser comme une propriété
extrinsèque : la négation de la propriété disjonctive de ne pas être de pierre ou
d’être une partie non détachée d’un objet de pierre. De plus, Lewis admet que
la naturalité fait l’objet de degrés et donc que certaines propriétés peuvent être
plus ou moins naturelles. Une propriété disjonctive est particulièrement non
naturelle si elle est moins naturelle que tous les membres de la disjonction.
L’un des problèmes principaux des définitions de Lewis est de devoir reposer
sur cette primitive de la naturalité. Certains ont pu considérer que la naturalité
était trop
ad hoc ou bien laissait trop de vague
[20]. Lewis rétorque que la notion
ne peut pas être évitée et que cela constitue donc toute la précision dont le sujet
est susceptible. Lewis a pu préciser certains points de son analyse sur quelques
points
[21]. Il propose une autre stratégie plus économique que celle de la définition
de Langton et Lewis. Au lieu de suivre plusieurs étapes et de distinguer des
propriétés intrinsèques
de base et des propriétés intrinsèques
tout court, Lewis
considère qu’il est possible de simplifier la définition en ajoutant des critères.
Ainsi dans ce texte ultérieur, la propriété P sera intrinsèque si et seulement si :
- P est indépendante de la propriété d’être accompagné.
- (P et la propriété d’être accompagné) n’est pas plus naturel que P.
- (P et la propriété d’être solitaire) n’est pas plus naturel que P.
- (non-P et la propriété d’être accompagné) n’est pas plus naturel que non-P.
- (non-P et la propriété d’être solitaire) n’est pas plus naturel que non-P.
On garde ainsi la propriété naturelle comme base mais on n’aurait pas besoin
d’exclure toutes les propriétés disjonctives pour en réadmettre d’autres au final :
le criblage peut se faire en une seule étape. Cette étude de clarification conceptuelle témoigne de l’intérêt et de la vitalité des programmes contemporains de
métaphysique. Loin de récapituler des positions classiques, la métaphysique
peut donc montrer des présupposés, élucider des fondements ou ouvrir des
possibilités encore inédites
[22].
[1]
Comme l’indique le Symposium consacré à cet article dans le numéro récent de
Philosophy
and Phenomenological Research 63,2001, p. 347-403.
[2]
C’est en ces termes de propriétés intrinsèques que Hilary Putnam pose le problème du réalisme
métaphysique. Il renoue ainsi avec la tradition de Suarez qui distingue les dénominations extrinsèques réelles, fondées sur des dispositions des choses, et les dénominations extrinsèques comme
êtres de raison (par exemple, « être observé »). Leibniz exclut les dénominations extrinsèques réelles. Cf. Gino RONCAGLIA, « Denominatio Intrinseca/Extrinseca »,
in Hans BURKHARDT
et Barry SMITH (dir.),
Handbook of Metaphysics and Ontology, I, Munich, Philosophia Verlag, 1991,
p. 208-209. Cf. aussi la définition dans ARNAULD et NICOLE,
Logique de Port-Royal, I, 2.
[3]
G.E. MOORE, « The conception of intrinsic value », in
Philosophical Studies, Londres, Routledge, 1922, p. 256-275 (tr. fr. dans G.E. MOORE,
Principia Ethica, Paris, PUF, 1998, p. 307-328).
L’intérêt des
sense data pour Moore est au contraire de partir d’une propriété intrinsèque dans la
qualité seconde.
[4]
Cf. Jaegwon KIM,
Supervenience and Mind, Cambridge University Press, 1993, notamment
p. 175-193. En français, on peut consulter Roger POUIVET, « Survenances »,
Critique 575,1995,
p. 227-249.
[5]
P.T. GEACH,
God and the Soul, Londres, Routledge, 1969.
[6]
Voir notamment « Counterpart Theory and Quantified Modal Logic » dans David Lewis,
Philosophical Papers, volume I, Oxford University Press, 1983, p. 26-46 et
On the Plurality of
Worlds, Oxford, Blackwell, 1986, p. 198-209.
[7]
C’est là ce que Lewis appelait le « Problème des accidents intrinsèques » et dont il se servait
pour justifier la théorie « perdurantiste » des parties temporelles : ce n’est pas le même objet qui
est assis ou debout mais deux parties d’une fusion de tranches temporelles. Cf. D. LEWIS,
On the
Plurality of Worlds, Oxford, Blackwell, 1986, p. 202-204.
[8]
Saül KRIPKE,
La Logique des noms propres, Paris, Minuit, 1982.
[9]
I. Lloyd HUMBERSTONE, « Intrinsic/Extrinsic »,
Synthese 108,1996, p. 206; Stephen YABLO,
« Intrinsicness »,
Philosophical Topics 26,1999, p. 479-505.
[10]
Selon les termes de J.M. DUNN, « Relevant Predication 2 : Intrinsic Properties and Internal
Relations »,
Philosophical Studies 60,1990, p. 178.
[11]
R. RORTY, « Relations : Internal and External »,
in P. EDWARDS (éd.)
, The Encylopedia of
Philosophy, Macmillan Publishing, volume 7, p. 125-133.
[12]
MOORE,
op. cit., p. 325 de la traduction, ligne 1 : supprimer la négation « ne... pas ».
[13]
I. Lloyd HUMBERSTONE, « Intrinsic/Extrinsic », p. 238-249, qui renvoie à MOORE et à
J.M. DUNN, « Relevant Predication 1 : The Formal Theory »,
Journal of Philosophical Logic 16,
1987, p. 347-481 et « Relevant Predication 2 : Intrinsic Properties and Internal Relations »,
Philosophical Studies 60,1990, p. 177-206. Le terme est une convention qui présente certaines ambiguïtés
puisque Kim parle de « propriétés internes » alors qu’il ne défend pas une conception des propriétés
intérieures et que Moore ou Dunn parlent au contraire de « propriétés intrinsèques ».
[14]
HUMBERSTONE, « Intrinsic/Extrinsic », p. 241.
[15]
On the Plurality of Worlds, p. 220-248.
[16]
C’est la théorie humienne de la régularité revue par Frank Ramsey. Cf. D. LEWIS,
Counterfactuals, Oxford, Blackwell, 1973,1986, p. 72-77.
[17]
David LEWIS, « New Work for a Theory of Universals »,
Australasian Journal of Philosophy
61,1983, p. 343-377 (repris dans
Papers in Metaphysics and Epistemology, p. 8-55). Ces propriétés
artificielles sont «
gerrymandered », selon la métaphore politique américaine de la réorganisation
de circonscriptions inutilement compliquées pour garantir l’intérêt électoral d’un parti. Le mot
viendrait du gouverneur Gerry du Massachusetts et de la forme de « salamandre » qu’il aurait
donnée à certaines circonscriptions.
[18]
Rae LANGTON et David LEWIS, « Marshall and Parsons on “Intrinsic” »,
Philosophy and
Phenomenological Research 63,2001, p. 353-5.
[19]
Objection de Théodore SIDER, « Maximality and Intrinsic Properties »,
Philosophy and Phenomenological Research 63,2001, p. 357-64.
[20]
Ainsi Stephen YABLO dans son article « Intrinsicness »,
Philosophical Topics 26,1999,
p. 479-505.
[21]
David LEWIS, « Redefining “Intrinsic” »,
Philosophy and Phenomenological Research 63,
2001, p. 381-398.
[22]
On trouvera une bibliographie très utile du problème de la définition des propriétés intrinsèques dans l’article de Brian WEATHERSON, « Intrinsic vs. Extrinsic Properties »,
in Edward ZALTA
(ed.),
Stanford Encyclopedia of Philosophy, (cf. http ://plato.stanford.edu/entries/intrinsicextrinsic/).