2002
Revue de Métaphysique et de Morale
Comment définir « intrinsèque »
[*]
David Lewis
Université de Princeton.
Rae Langton
Université d’Édimbourg. Traduction Frédéric Ferro.
Jaegwon Kim définissait une propriété intrinsèque comme une propriété
compatible avec le fait que l’objet ne serait accompagné d’aucun autre être contingent.
Mais cela impliquerait que la solitude serait une propriété intrinsèque, or c’est une
propriété extrinsèque. Les auteurs définissent une propriété intrinsèque de base comme
une propriété indépendante de la solitude et de l’accompagnement et qui n’est ni une
propriété disjonctive ni une négation de propriété disjonctive. Deux doubles intrinsèques
sont des objets qui ont toutes les mêmes propriétés intrinsèques de base. Une propriété
intrinsèque peut dès lors être définie comme une propriété qui ne peut jamais différer
entre deux doubles. Cette définition est ensuite appliquée à différents problèmes. Si les
lois de la nature sont absolument nécessaires ou qu’un être nécessaire existe, de nombreuses connexions deviendraient alors des propriétés intrinsèques et il sera nécessaire
de conserver un sens à la possibilité que ces connexions nécessaires auraient pu ne pas
exister. Les propriétés dispositionnelles seront intrinsèques ou non, selon la conception
des lois de la nature. Il est possible de suivre les conséquences de la définition, en
amendant éventuellement d’autres concepts. La définition peut aussi s’appliquer aux
relations. Les auteurs comparent aussi leur définition à d’autres définitions antérieurement données par David Lewis et Peter Vallentyne.
Jaegwon Kim had defined an intrinsic property as a property that does
not imply that the object is accompanied by another contingent being. But this would
imply that loneliness would be an intrinsic property, whereas it is an extrinsic property.
The authors define a basic intrinsic property as a property independent from accompaniment or loneliness and which is neither a disjunctive property nor a negation of a
disjunctive property. Two intrinsic duplicates are objects which have all the same basic
intrinsic properties. An intrinsic property can be defined as a property which can never
differ between duplicates. This definition is then applied to different problems. If laws
of nature are necessary or if a necessary being exists, many connections will turn out
to be intrinsic properties and it will be necessary to keep a sense of possibility according
to which those necessary connections could have not obtained. Dispositions will be
intrinsic or extrinsic depending on the conception of the laws of nature. It is possible
to follow this definition of intrinsicness if one amends other concepts. The definition can
also be applied to relations. The article ends by comparing this definition with previous
ones by David Lewis and Peter Vallentyne.
La définition d’une propriété
intrinsèque par Jaegwon Kim revient à dire
qu’elle est une propriété qui pourrait appartenir à une chose ne coexistant avec
aucun objet contingent entièrement distinct d’elle
[1]. Appelons un tel objet
solitaire ou
non accompagné; et appelons un objet
accompagné si et seulement
s’il coexiste avec un objet contingent entièrement distinct de lui. Une propriété
intrinsèque au sens de la définition de Kim est donc une propriété compatible
avec la solitude, ou en d’autres termes, une propriété qui n’implique pas
l’accompagnement
[2].
David Lewis avait objecté que la solitude est une propriété qui pouvait appartenir à quelque chose de solitaire et que ce n’est pourtant pas une propriété
intrinsèque. Il en concluait que la proposition de Kim était un échec. Il avait
aussi émis la conjecture qu’aucune définition ressemblant à celle de Kim ne
fonctionnerait et que si nous voulions définir « intrinsèque », nous ferions mieux
d’essayer quelque chose de complètement différent
[3].
I I . UNE DÉFINITION DANS LE STYLE DE KIM
Ce jugement négatif était prématuré. Bien que la définition de Kim soit bien
un échec, une définition dans un style très proche peut réussir.
Première étape. Une idée intuitive est qu’une propriété intrinsèque peut être
possédée par une chose, que celle-ci soit solitaire ou qu’elle soit accompagnée.
Elle est compatible avec les deux; elle n’en implique aucune.
Deuxième étape. Une autre idée intuitive est que, bien qu’une propriété
intrinsèque soit compatible avec la solitude, le fait que la chose soit seule n’est
pas ce qui fait que la chose ait cette propriété. Le fait de ne pas avoir cette
propriété est aussi compatible avec la solitude. Et de même pour l’accompagnement : si une propriété est intrinsèque, être accompagné n’est pas ce qui fait
qu’elle a cette propriété. Le fait de ne pas avoir cette propriété est aussi compatible avec la solitude.
En mettant ces deux étapes ensemble, nous obtenons que les quatre cas sont
tous possibles. Une chose solitaire peut avoir la propriété, une chose accompagnée peut ne pas posséder la propriété, une chose accompagnée peut avoir la
propriété, une chose accompagnée peut ne pas posséder la propriété. En bref,
le fait d’avoir ou de ne pas avoir la propriété est indépendant de la solitude ou
de l’accompagnement.
Pouvons-nous donc définir une propriété intrinsèque comme celle qui est
indépendante de cette façon ? Avec des restrictions, oui, mais pas de manière
complètement générale.
Une première restriction est que la définition proposée, et de même toutes
celles qui suivent, doivent être comprises comme limitées aux propriétés pures
ou qualitatives, par opposition à des propriétés impures ou haeccéitistiques
[4]. Il
peut exister des propriétés extrinsèques impures, comme la propriété de voter
pour Howard (par opposition à la propriété extrinsèque pure de voter pour
quelqu’un). Il peut y avoir des propriétés intrinsèques impures, comme la propriété d’être Howard ou celle d’avoir le nez d’Howard comme une partie propre
(par opposition à la propriété intrinsèque pure d’avoir un nez comme une partie
propre)
[5]. Ces propriétés impures sont possédées par Howard mais pas par les
doubles de Howard ni même (peut-être) par ses contreparties
[6]. Notre proposition
ne vise qu’à distinguer entre les propriétés pures ou qualitatives, celles qui sont
intrinsèques de celles qui sont extrinsèques. Les propriétés impures sont écartées
hors du domaine de notre discussion. Nous pourrions assurément souhaiter
finalement classer les propriétés impures comme intrinsèques ou extrinsèques.
Mais c’est là une tâche pour une autre occasion.
I I I . LE PROBLÈME DES PROPRIÉTÉS DISJONCTIVES
La définition telle que nous l’avons proposée ne fonctionne simplement pas
pour l’instant pour les propriétés disjonctives. Considérez la propriété disjonctive : « être soit cubique et solitaire ou bien non cubique et accompagné ». Cette
propriété n’est certainement pas intrinsèque. Pourtant, l’avoir ou ne pas l’avoir
est indépendant de l’accompagnement ou de la solitude : les quatre cas sont
tous possibles.
Aussi avons-nous besoin d’une seconde restriction : notre définition doit être
considérée comme restant silencieuse sur les propriétés disjonctives. Tout ce
qu’elle fait est séparer les propriétés intrinsèques non disjonctives des propriétés
extrinsèques non disjonctives.
(Il en va de même pour toute définition qui sélectionne quelques-uns des
quatre cas possibles et dit qu’une propriété est intrinsèque si et seulement si
tous les cas sélectionnés sont possibles. À nouveau, la propriété « être cubique
et solitaire ou non cubique et accompagné » sera mal classée comme intrinsèque.)
Si une propriété est indépendante de l’accompagnement ou de la solitude, sa
négation aussi est indépendante. Si une propriété est intrinsèque, il en ira de
même pour sa négation; et si une propriété n’est pas intrinsèque, sa négation ne
le sera pas non plus. Nous nous attendons donc à des problèmes avec les négations de propriétés disjonctives. La propriété de n’être ni cubique et solitaire, ni
non cubique et accompagné est indépendante de l’accompagnement et de la
solitude : les quatre cas sont tous possibles. Et pourtant elle n’est pas intrinsèque.
La définition proposée jusqu’à présent échoue donc aussi dans ce cas
[7].
Qu’est-ce qu’une propriété disjonctive ? Ce n’est pas juste n’importe quelle
propriété qui peut être exprimée sous la forme d’une disjonction ! Toute propriété peut en effet être exprimée comme une disjonction : quelque chose est G
si et seulement si il est G-et-H ou bien G-et-non-H. Mais nous pensons que la
plupart des philosophes se serviront volontiers d’une version ou d’une autre
d’une distinction entre propriétés « naturelles » et propriétés « non naturelles ».
Avec cette distinction, nous pouvons aller plus loin pour saisir l’intuition que
certaines propriétés sont « disjonctives » d’une manière dont les autres propriétés ne le sont pas.
Certains d’entre nous se serviront d’une certaine sorte de notion primitive de
naturalité des propriétés. D’autres accepteront une ontologie d’universaux rares
[8]
ou bien de tropes rares qui ont une distinction déjà incluse entre propriétés
naturelles et les autres propriétés. D’autres encore voudront caractériser les
propriétés naturelles comme celles qui jouent un rôle particulier intéressant dans
notre manière de penser – mais pour notre but actuel, même cette métaphysique
végétarienne suffira. D’une manière ou d’une autre, la plupart d’entre nous
serons prêts à accorder une telle distinction
[9]. Ici nous devons dire adieu à ceux
qui ne voudraient pas la concéder et nous devons continuer sans eux.
Ce qui importe à présent n’est pas comment nous commençons mais comment
nous poursuivons. En partant d’une notion ou une autre de propriété naturelle,
définissons les propriétés
disjonctives comme les propriétés qui peuvent être
exprimées sous la forme de disjonctions de (conjonctions de)
[10] propriété naturelle mais qui ne sont pas elles-mêmes des propriétés naturelles. (Ou bien, si la
naturalité admet des degrés, elles sont bien moins naturelles que les parties
disjointes par lesquelles elles peuvent être exprimées). Cela fait, nous pouvons
tirer profit de notre succès partiel précédent.
Troisième étape : les propriétés intrinsèques de base sont les propriétés qui
sont (1) indépendantes de l’accompagnement ou de la solitude; (2) qui ne sont
pas des propriétés disjonctives ; (3) qui ne sont pas des négations de propriétés
disjonctives.
Les propriétés intrinsèques de base sont quelques-unes mais pas toutes les
propriétés intrinsèques. D’autres propriétés intrinsèques comprennent des disjonctions ou des conjonctions de propriétés intrinsèques de base; et en fait, des
compositions vérifonctionnelles arbitrairement compliquées, et même infiniment compliquées, de propriétés intrinsèques de base.
Nous nous interrompons à présent pour rappeler une paire familière de définitions. Deux choses (actuelles ou possibles) sont des doubles (intrinsèques) si
et seulement si elles ont exactement les mêmes propriétés intrinsèques. (C’est-à-dire si toutes les propriétés intrinsèques de l’une et seulement celles-ci sont
les propriétés intrinsèques de l’autre.) Les propriétés intrinsèques, d’un autre
point de vue, sont ces propriétés qui ne peuvent jamais différer entre des doubles.
C’est là un petit cercle étroit – et comme tous les cercles entre termes interdéfinis, il est inutile en lui-même. Mais si nous pouvons atteindre un seul des
termes inter-définis dans cette paire, alors nous les aurons tous les deux.
Et cela est possible. Car comment deux choses pourraient-elles différer dans
leurs propriétés disjonctives si elles ne différaient pas du tout dans leurs propriétés non disjonctives ? Il en va pour leurs propriétés intrinsèques disjonctives
et non disjonctives comme pour leurs propriétés disjonctives et non disjonctives
en général. De même pour toute forme de combinaisons vérifonctionnelles,
même pour des formes infiniment compliquées de combinaisons vérifonctionnelles. Nous avons donc ceci :
Quatrième étape : deux choses sont des doubles (intrinsèques) si et seulement
si elles ont exactement les mêmes propriétés intrinsèques de base.
Cinquième étape : une propriété est intrinsèque si et seulement si elle ne peut
jamais différer entre des doubles ; si et seulement si toutes les fois que deux
choses (actuelles ou possibles) sont doubles, ou bien les deux ont cette propriété
ou bien les deux ne la possèdent pas.
Ainsi notre cercle de définitions s’est ouvert en une petite spirale. Ces propriétés intrinsèques qui avaient été laissées de côté à la troisième étape, par
exemple parce qu’elles étaient disjonctives, sont à nouveau admises à la cinquième étape. Les propriétés intrinsèques de base nous ont permis une base sur
laquelle toutes les propriétés intrinsèques surviennent
[11]. Nous avons notre définition.
V. LE PROBLÈME DES LOIS FORTES
Le statut modal des lois de la nature est devenu un objet de controverse.
Certains nient que les lois soient de simples régularités ; elles seraient plutôt
des régularités qui sont vraies par nécessité
[12]. En d’autres termes, il est impossible qu’elles aient des contre-exemples. Mais l’indépendance de l’accompagnement ou de la solitude est une notion modale. Si les lois sont fortes, il y
aurait peut-être moins de propriétés qui se révéleraient indépendantes de
l’accompagnement ou de la solitude que ce que nous pensons. Devons-nous en
conclure qu’il y a moins de propriétés intrinsèques que ce que nous pensons ?
Supposons par exemple que la seule manière dont les lois permettent à une
étoile d’être étirée en une ellipsoïde est qu’elle soit en orbite autour d’une autre
étoile massive et qu’elle subisse une distorsion par des effets d’attraction de
son compagnon. La propriété d’être une étoile ellipsoïdale semblerait de prime
abord être une propriété intrinsèque. Pourtant, cette propriété est incompatible
– nomologiquement incompatible – avec la solitude.
Mais ne s’agit-il pas de mauvaise sorte d’incompatibilité ? – Non, pas si les
lois sont fortes ! En ce cas, si une étoile ellipsoïdale solitaire est nomologiquement impossible, elle est impossible simpliciter. Cela signifierait que la propriété
d’être une étoile ellipsoïdale n’est pas une propriété intrinsèque de base – et
pas même une propriété intrinsèque après tout.
Certains partisans des lois fortes peuvent l’accepter : ils peuvent dire que nos
intuitions sur ce qui est intrinsèque sont faites pour un monde de parties détachées et séparées et on doit donc s’attendre à ce qu’un monde de connexions
nécessaires contredise ces intuitions.
C’est là une option. Mais il y a une autre solution, peut-être meilleure. Si
une théorie des lois fortes doit être crédible, elle ferait mieux de fournir non
seulement un sens du « possible » pour lequel les violations des lois sont impossibles mais aussi un autre sens selon lequel les violations des lois sont possibles.
Peut-être que ce second sens ne peut pas être fourni. Dans ce cas, la théorie des
lois fortes n’est pas assez crédible pour mériter considération. Ou bien ce second
sens peut être fourni. (Les partisans des lois fortes peuvent estimer ce que c’est
en un sens forcé et artificiel
[13]. Mais cela ne sera pas grave à condition qu’ils
reconnaissent la possibilité d’étoiles ellipsoïdales solitaires ou n’importe quoi
de ce genre, dans un sens ou dans un autre.) Si tel est le cas, c’est ce sens de
possibilité, quel qu’il soit, qu’un partisan des lois fortes devrait employer pour
définir « intrinsèque ».
La doctrine selon laquelle Dieu existe nécessairement est problématique de
la même manière que la doctrine des lois fortes. Supposons qu’elle soit vraie.
La propriété d’être créé divinement se révèle alors être de manière surprenante
une propriété intrinsèque de base. Pourquoi ? – Sans doute cette propriété exige
l’accompagnement par un créateur divin et est par conséquent incompatible
avec la solitude. – Non. Une chose accompagnée, avons-nous dit, coexiste avec
un objet contingent différent d’elle-même. Donc l’accompagnement par un Dieu
qui existe nécessairement ne compte pas.
Que faire ? Si nous changeons la définition de l’accompagnement en rayant
le mot « contingent », la conséquence en sera que, si quoi que ce soit existe
nécessairement, que ce soit Dieu ou le nombre 17, alors la solitude est impossible et donc aucune propriété n’est compatible avec la solitude. Ce remède ne
fait qu’aggraver les choses.
Ou bien nous pourrions accepter la conclusion que si Dieu existe nécessairement, la propriété d’être créé divinement est intrinsèque, et nous pourrions
tenir cette conclusion comme une reductio ad absurdum rapide contre l’idée de
l’existence nécessaire de Dieu. Ce serait là bien trop rapide ! Ou bien nous
pourrions accepter la ruine de l’intuition devant des mystères divins.
Une meilleure solution consiste peut-être à distinguer plusieurs sens de la
nécessité. L’existence de Dieu pourrait alors être supposée nécessaire en un
certain sens. D’autre part, elle pourrait en un second sens demeurer tout de
même contingente. (Nous pouvons nous attendre à un désaccord sur le fait de
savoir quel sens est le plus simple et lequel est artificiel.) Le fait d’être convaincu
que la propriété d’être créé divinement n’est pas intrinsèque serait alors une
justification, pour ceux d’entre nous qui sont prêts à prendre la supposition de
l’existence nécessaire de Dieu au sérieux, que c’est ce second sens de la nécessité et non le premier qui doit être employé pour définir « intrinsèque ».
VI. LE STATUT DES DISPOSITIONS
Certains auteurs tiennent pour acquis que les propriétés dispositionnelles,
comme la fragilité, devraient se trouver être intrinsèques. D’autres sont tout
aussi sûrs qu’elles sont extrinsèques. Quelle est notre position ?
La réponse, implicite dans notre définition, est : cela dépend. Nous restons
neutres (du moins ici) entre les théories rivales sur ce que signifie une loi de
la nature. Des théories différentes de la légalité naturelle fourniront des réponses
différentes à la question de savoir si les dispositions sont intrinsèques dans le
sens de la définition. C’est là une situation satisfaisante d’après nous.
Supposons qu’une disposition (ou du moins toute disposition qui nous concernera ici) dépend d’une base intrinsèque et des lois de la nature. En ce cas, la
question de savoir si une disposition est intrinsèque se réduit à savoir si la
propriété d’être soumis à telles ou telles lois est intrinsèque. Nous avons donc
trois cas
[14].
Cas 1. Les lois sont nécessaires, en n’importe quel sens devant être employé
pour définir « intrinsèque ». En ce cas, la propriété d’être soumis à telles ou
telles lois est automatiquement intrinsèque (voir aussi section VII). Les dispositions sont donc de même intrinsèques.
Cas 2. Les lois sont contingentes, quel que soit le sens approprié, et de plus
les lois auxquelles quelque chose est soumis peuvent varier indépendamment
de savoir si cette chose est accompagnée ou solitaire. Être soumis à telles ou
telles lois s’avérera sans doute être une propriété intrinsèque de base.
Cas 3. Les lois sont contingentes, mais la propriété d’être soumis à telles ou
telles lois (ou peut-être la conjonction de cette propriété avec quelque aspect
de caractère intrinsèque) n’est pas indépendante de l’accompagnement ou de la
solitude. Supposons par exemple que les lois sont des régularités qui ne sont
valables que sur un cosmos grand et varié. En ce cas, une chose solitaire (à
moins qu’elle ne soit elle-même de taille cosmique) ne serait soumise à aucune
loi, par manque d’un cosmos pour lui servir de législateur
[15]. Ou bien supposons
que les lois de la nature sont des décrets divins mais que les dieux qui font les
lois sont des dieux inférieurs qui existent de manière contingente. En ce cas,
une chose solitaire, non accompagnée par un dieu législateur (et si elle n’est
pas elle-même un dieu) ne serait à nouveau soumise à aucune loi. Dans les
deux suppositions, quelque chose de non accompagné d’un législateur ne serait
soumis à aucune loi. Les dispositions seraient donc en ce cas extrinsèques.
Ceux qui tiennent pour acquis que les dispositions sont intrinsèques peuvent
juste exclure le troisième cas d’emblée. Ou bien ils peuvent avoir un concept
de propriété intrinsèque qui serait mieux saisi non pas par notre définition mais
par une version amendée de façon à garantir que les dispositions (avec une base
intrinsèque) compteront comme intrinsèques quelle que soit la théorie correcte
de la légalité naturelle
[16]. De même, ceux qui tiennent pour acquis que les
dispositions sont extrinsèques peuvent se contenter de refuser les cas 1 et 2. Ou
bien ils peuvent avoir un concept de propriété intrinsèque qui serait mieux saisi
non pas par notre définition mais par une version amendée de façon à garantir
que les dispositions compteront comme extrinsèques quelle que soit la théorie
correcte de la légalité naturelle
[17].
VII. CONSÉQUENCES DE NOTRE DÉFINITION
Une propriété qui appartient nécessairement à toute chose ne diffère jamais
entre deux choses quelconques ; a fortiori, elle ne diffère jamais entre des
doubles. La propriété nécessaire (ou, si vous préférez individuer les propriétés
de manière plus fine que par la coextensionalité nécessaire, toute propriété
nécessaire) s’avère donc être intrinsèque selon notre définition. La (ou toute)
propriété impossible s’avère de même être intrinsèque.
Voilà une autre manière d’établir la même thèse : les propriétés nécessaires
et impossibles surviennent sur les propriétés intrinsèques de base de la manière
triviale par laquelle des choses non contingentes surviennent sur toute base
quelle qu’elle soit. Il ne peut y avoir aucune différence dans ce qui survient
sans différence dans la base puisqu’il ne peut y avoir aucune différence dans
ce qui survient tout court.
Cette conséquence est-elle acceptable ? – C’est ce que nous pensons. Certes,
la distinction entre propriétés intrinsèques et propriétés extrinsèques nous intéresse surtout lorsqu’elle est appliquée à des propriétés contingentes : c’est-à-dire
à des propriétés qui ne sont ni nécessaires ni impossibles. Mais il est inoffensif
de l’appliquer de manière plus large. Certes aussi, les propriétés nécessaires et
impossibles peuvent être spécifiées en faisant des références gratuites à des
choses extérieures sans rapport – mais la même chose serait vraie de toutes les
propriétés (comme le montre la propriété « être cubique et soit adjacent à une
sphère soit non adjacent à une sphère »).
Comme nous l’avons déjà noté, les propriétés intrinsèques de base ne sont
que quelques-unes et non pas toutes les propriétés intrinsèques. Les propriétés
intrinsèques qui sont disjonctives ou qui sont des négations de propriétés disjonctives ne sont pas des propriétés intrinsèques de base. Nous venons de voir
que les propriétés non contingentes sont aussi intrinsèques sans être des propriétés intrinsèques de base. (Une propriété qui ne peut pas ne pas être possédée
ne peut pas ne pas être possédée par des choses solitaires ou par des choses
accompagnées ; une propriété qui ne peut pas être possédée du tout ne peut être
possédée par des choses solitaires ou accompagnées.) Mais s’agit-il des seuls
cas où les propriétés intrinsèques excèdent les propriétés intrinsèques de base ?
– Notre réponse est un oui avec des réserves.
Supposons que nous fassions l’hypothèse que toute chose accompagnée a un
double solitaire et que toute chose solitaire a un double accompagné. (Nous
parlons ici de choses possibles qui peuvent être ou ne pas être actuelles). Cette
hypothèse peut faire l’objet de controverse. D’un côté, elle fait partie d’une
conception combinatoire attirante de la possibilité
[18] mais pour cette raison
même elle sera mise en doute par les partisans des lois fortes, à moins qu’ils
n’inventent un sens particulier dans lequel les violations des lois fortes seraient
« possibles ».
Sans cette hypothèse, nous ne pouvons pas répondre à la question. Avec cette
hypothèse, nous pouvons y répondre ainsi : si une propriété est intrinsèque et
contingente, qu’elle n’est ni disjonctive ni la négation d’une propriété disjonctive, alors elle est une propriété intrinsèque de base.
« Puisque la propriété est contingente, au moins une chose possible x la possède et
au moins une chose possible y ne la possède pas. D’après notre hypothèse, x a un
double x’qui est solitaire si et seulement si x est accompagné. Puisque la propriété
est intrinsèque et ne peut pas différer entre des doubles, x’la possède également. De
même, y a un double y’qui est solitaire si et seulement si y est accompagné, et y’ne
possède pas la propriété non plus. Par conséquent, la propriété est indépendante de
l’accompagnement ou de la solitude. Donc elle est intrinsèque de base. CQFD. »
Rappelez-vous de notre point de départ : la solitude est elle-même une propriété
compatible avec la solitude et donc intrinsèque d’après la définition de Kim
alors que Lewis jugeait que la solitude n’était pas intrinsèque. Nous voulions
que notre définition classe la solitude et l’accompagnement comme des propriétés extrinsèques et c’est ce qu’elle fait, si nous ajoutons du moins l’hypothèse
que toute chose accompagnée a un double solitaire et que toute chose solitaire
a un double accompagné. En effet, la solitude et l’accompagnement ne sont pas
des propriétés intrinsèques de base, elles ne sont ni des propriétés disjonctives
ni des négations de propriétés disjonctives et ce sont des propriétés contingentes.
Il en va de même pour toutes les propriétés (soumises aux stipulations évidentes) qui impliquent l’accompagnement ou la solitude : la propriété d’être un
cube accompagné, la propriété d’être une sphère solitaire, la propriété d’être un
fils, la propriété d’être le cosmos tout entier sont toutes extrinsèques. Pour
l’instant, pas de surprise et pas de problème.
D’autres exemples sont plus discutables : des catégories ontologiques qui sont
posées par des systèmes métaphysiques contestés et qui pourraient être réservées
ou non à des entités accompagnées. Pourrait-il y avoir un changement sans
quelque chose qui subisse ce changement ? Si on répond par la négative et si
le changement et la chose qui change sont comptés comme des entités coexistantes distinctes, la propriété d’être un changement est une propriété qui implique l’accompagnement. De même,
mutatis mutandis, pour la catégorie des
événements de manière plus générale, pour la catégorie des universaux immanents
[19] et pour la catégorie des états de choses
[20].
Une option simple consiste à suivre notre définition, où qu’elle nous conduise.
Cela signifierait décider de dire, par exemple, que le changement était extrinsèque – et de même pour toute propriété plus spécifique d’être telle ou telle
sorte de changement. Mais ne pourrions-nous pas souhaiter classifier les propriétés de changement d’une manière qui entre en conflit avec cette décision ?
Certains changements sont soudains, d’autres sont graduels, certains changements sont prévus, d’autres sont inattendus. Ne voudrions-nous pas dire que la
propriété d’être un changement soudain, contrairement à la propriété d’être un
changement prévu, est une propriété intrinsèque de certains changements ? Mais
en ce cas, il vaut mieux que nous ne disions pas aussi que la propriété d’être
telle ou telle sorte de changement est toujours comptée comme extrinsèque.
Une option timorée serait de limiter la portée de notre définition en déclarant
qu’elle n’est censée s’appliquer qu’à des propriétés de choses et non des propriétés d’entités dans d’autres catégories. Cela nous éviterait des erreurs de
classification, mais aurait le défaut de nous rendre impossibles certaines applications de la distinction de l’intrinsèque et de l’extrinsèque. Songez par exemple
à ces discussions habituelles en philosophie de l’esprit qui tentent de tracer la
démarcation entre aspects intrinsèques et aspects extrinsèques des événements
cérébraux. Perte sans importance ? Nous en doutons.
Une option laborieuse pourrait consister à remanier la notion de distinction.
Quand quelque chose change, la chose et le changement coexistent et en un
certain sens il y a deux entités entièrement distinctes. Mais il y a peut-être place
pour un autre sens plus relâché selon lequel la chose et son changement ne
comptent pas comme distincts. Dans ce sens relâché, un changement soudain
de quelque chose dans un univers par ailleurs vide pourrait être considéré comme
solitaire bien qu’il demeure vrai que le changement et la chose qui change
coexistent. Nous obtenons ainsi le résultat souhaité que « être soudain » remplit
les conditions pour être une propriété intrinsèque des changements. Un changement prévu, en revanche, ne pourrait pas compter comme solitaire, même
dans le sens relâché.
Ce qui rend cette dernière option laborieuse est que le travail de remaniement
de la notion de distinction devrait peut-être être refait, catégorie par catégorie
et système métaphysique par système métaphysique. Vaste tâche ! C’est pourtant
probablement la meilleure solution.
Cela d’autant plus qu’il y a un autre aspect du problème, une difficulté à
laquelle les autres options ne peuvent pas s’appliquer. À moins que nous ne
puissions bloquer la conclusion qu’une chose qui change et son changement
sont des entités distinctes coexistantes, non seulement les changements se retrouvent toujours accompagnés mais la chose est toujours accompagnée de ses
changements. Une chose qui change ne pourrait donc pas être solitaire et la
propriété de changer ne serait pas une propriété intrinsèque de base et sans
doute pas une propriété intrinsèque du tout ! Peu importe ce que nous voulons
dire ou pas sur les propriétés des changements ; le problème est désormais que
nous ne classifions pas correctement une propriété des choses ordinaires.
L’option laborieuse offre un remède et pas l’option simple ou l’option timorée.
Les relations, comme les propriétés, peuvent être classées comme intrinsèques
ou extrinsèques. Considérez par exemple le cas d’une relation à deux places.
(Le cas d’une relation à plus de deux places est similaire et le cas d’une relation
à une place est juste le cas d’une propriété.)
La paire ordonnée de x et y est accompagnée si et seulement si elle coexiste
avec quelque objet contingent entièrement distinct à la fois de x et de y (ou, de
manière équivalente, entièrement distinct de la somme méréologique de x et de
y en supposant qu’ils ont une somme). Sinon, la paire est solitaire. Une relation
est indépendante de l’accompagnement et de la solitude si et seulement si les
quatre cas sont tous possibles : une paire solitaire peut être dans la relation, une
paire solitaire peut ne pas être dans la relation, une paire accompagnée peut
être dans la relation, une paire accompagnée peut ne pas être dans la relation.
Nous distinguons parmi les relations comme pour les propriétés des relations
pures et impures (qualitatives et haecceitistiques) et nous laissons de côté ces
dernières. Nous distinguons aussi les relations naturelles et les non-naturelles,
ce qui nous permet de distinguer les relations disjonctives des autres. À présent,
les relations intrinsèques de base sont ces relations (pures) qui sont : (1) indépendantes de l’accompagnement ou de la solitude; (2) qui ne sont pas des
relations disjonctives ; (3) qui ne sont pas des négations de relations disjonctives.
Deux paires ordonnées sont des doubles si et seulement si elles sont dans
exactement les mêmes relations intrinsèques de base. Une relation est intrinsèque si et seulement si elle ne peut jamais différer entre des paires doubles.
Pour l’instant, cela n’est rien qu’une transposition de ce que nous avions déjà
dit sur les propriétés. Mais nous arrivons à une distinction qui n’a pas de parallèle
dans le cas des propriétés. Certaines relations sont
internes : elles surviennent
sur les propriétés intrinsèques de leurs
relata. Une relation de similarité
d’aspects intrinsèques comme par exemple la congruence de forme est une
relation interne. Une relation de distance spatio-temporelle est une relation
intrinsèque (à moins que la nature ne nous réserve des surprises) mais pas une
relation interne. La relation de tante à nièce n’est pas une relation intrinsèque
du tout
[21].
Nous pouvons montrer que les relations internes sont quelques-unes mais
peut-être pas toutes les relations intrinsèques.
« Si x et x’sont des doubles, et de même pour y et y’, il s’ensuit que x est vis-à-vis
de y exactement dans les mêmes relations internes que celles de x’vis-à-vis de y’.
Pourtant, il ne s’ensuit pas que la paire de x et y et la paire de x’et y’sont des paires
doubles, donc il ne s’ensuit pas que x et y sont dans les mêmes relations intrinsèques.
Supposons à présent que la paire de x et y et la paire de x’et y’sont des paires
doubles : les deux paires ont les mêmes relations intrinsèques. Donc, x et x’ont les
mêmes propriétés intrinsèques de base et de même pour y et y’. Supposons par exemple
que x possède la propriété intrinsèque de base F. Soit R la relation que toute chose
possédant F a vis-à-vis de toute chose que ce soit et que toutes les autres choses n’ont
vis-à-vis de rien. R n’est pas une relation disjonctive ou la négation d’une relation
disjonctive ; puisque F est indépendant de l’accompagnement ou de la solitude, R
l’est aussi; R est donc une relation intrinsèque de base; R est donc une relation
intrinsèque. Puisque x possède F, x a la relation R avec y, x’a la relation R avec y’,
donc x’possède F aussi. De même, pour toute propriété intrinsèque de base de x, x’,
y et y’. Donc les deux paires doubles sont dans les mêmes relations internes. Puisque
les relations internes ne peuvent jamais différer entre des paires doubles, ce sont des
relations intrinsèques. CQFD. »
Quand Lewis avait adressé des objections à la définition que Kim donnait
aux propriétés intrinsèques et avait conseillé d’essayer quelque chose de complètement différent, la direction de la solution qu’il avait prise était la suivante
[22].
Convaincu par D.M. Armstrong que nous devions nous servir d’une distinction
entre les propriétés naturelles et les autres, il proposait que toutes les propriétés
parfaitement naturelles sont intrinsèques et de plus que deux choses sont des
doubles si et seulement si elles ont exactement les mêmes propriétés parfaitement naturelles. Il disait ensuite, comme nous l’avons fait, qu’une propriété est
intrinsèque si et seulement si elle ne peut jamais différer entre des doubles – et
il en restait là.
Cette définition est plus simple que la nôtre. Autant que nous le sachions,
elle ne contredit pas notre définition actuelle. Qu’a-t-elle d’insatisfaisant ? Certes, Lewis avait dû se servir de la distinction entre les propriétés naturelles et
les autres, mais nous aussi.
Réponse : la charge de ce à quoi Lewis devait s’engager était bien plus lourde
que la nôtre. Nous n’avons besoin que d’une distinction pour démarquer les
propriétés disjonctives des autres. Nous n’avons pas besoin d’insister sur le fait
qu’il y a un sens à délimiter une classe de propriétés parfaitement naturelles,
par opposition à une classe plus large de propriétés suffisamment naturelles, ou
bien que les membres de notre classe d’élite seront toutes évidemment et sans
exception intrinsèques ou bien que la classe d’élite servira de base sur laquelle
le caractère qualitatif complet de tout ce qu’il y a et de tout ce qui peut être
survient. Vous pouvez croire tout cela si vous le voulez. D’ailleurs, Lewis croit
toujours en tout cela. Mais pour notre but actuel, nous pouvons nous contenter
de bien moins de présupposés, et si nous pouvons nous contenter de moins,
nous avons ainsi une définition que nous pouvons offrir aux philosophes moins
disposés à prendre les risques que prend Lewis.
Peter Vallentyne a examiné la définition d’une propriété intrinsèque comme
une propriété indépendante de l’accompagnement ou de la solitude et l’a rejetée
pour les raisons que nous avons examinées
[23]. Il prit ensuite une direction différente.
Vallentyne se sert de la notion de double et examine en particulier les doubles
solitaires des choses. Sa solution revient de fait à dire
[24] que
G est une propriété
intrinsèque si et seulement si G ne peut jamais différer entre une chose et un
double solitaire de cette chose.
Cela n’est pas très éloigné de quelque chose de familier : la moitié du cercle
étroit que nous avons déjà vu qui dit qu’une propriété intrinsèque est une
propriété qui ne peut jamais différer entre des doubles.
La restriction au cas où les doubles sont solitaires ne fait aucune différence,
si nous supposons que toute chose a un double solitaire.
« Supposons que G ne puisse jamais différer entre des doubles. A fortiori, G ne peut
jamais différer entre une chose et son double solitaire. À l’inverse, supposons que G
ne puisse jamais différer entre une chose et son double solitaire. Soit x et y des doubles.
Nous avons supposé qu’il existe un double solitaire de x, appelons le z. Par transitivité
de la duplication, z est aussi un double de y. Ex hypothesi, G ne diffère pas entre x
et z ou entre y et z. Donc G ne diffère jamais entre x et y. CQFD. »
Vous pouvez penser que le cercle de définition entre « intrinsèque » et « double »
est trop étroit pour être intéressant ou bien penser qu’il a quelque intérêt. Nous
pensons qu’il a quelque valeur mais nous pensons qu’une définition de plus
loin de sa cible a encore plus de valeur. Mais quoi qu’il en soit, la nouvelle
inflexion du cercle étroit par Vallentyne – sa prise en compte du cas spécial du
double solitaire – ne nous semble pas faire une grande différence. Bien que
nous ne suggérions pas que la définition de Vallentyne ne fonctionne pas, il
nous semble que notre définition a plus à offrir.
[*]
Publié dans
Philosophy and Phenomenological Research 58,1998, p. 333-345 et repris dans
David LEWIS,
Papers in Metaphysics and Epistemology, Cambridge University Press, 1999, p. 116-132. Trad. par Frédéric Ferro.
Nous remercions C.A.J. Coady, Allen Hazen, Richard Holton, Peter Menzies, George Molnar,
Denis Robinson, Barry Taylor et ceux qui ont discuté cet article lorsqu’il a été présenté à la
conférence de 1996 de l’
Australasian Association of Philosophy. Nous remercions aussi la
Boyce
Gibson Memorial Library. L’un des deux auteurs a une dette toute particulière envers Lloyd
Humberstone, qui a éveillé son intérêt pour les recherches contemporaines sur la métaphysique des
propriétés intrinsèques (et non plus seulement celles du XVIII
e siècle). Des versions préliminaires
de certaines des idées de cet article ont été formées dans « Defining ”intrinsic” » de Rae LANGTON,
Appendice 2 de
Kantian Humility, thèse de doctorat de l’université de Princeton, 1995. Ces idées
sont appliquées à Kant dans la thèse et dans le livre
Kantian Humility : Our Ignorance of Things
in Themselves, Oxford, Clarendon Press, 1998.
[1]
Jaegwon KIM, « Psychophysical Supervenience »,
Philosophical Studies 41,1982, p. 51-70.
[2]
Cette façon de présenter simplifie la formulation de Kim en lui imposant une conception à
laquelle il ne s’est en fait pas engagé : la conception selon laquelle des choses qui persistent dans
le temps consistent en des parties temporelles entièrement distinctes à des temps différents. D’après
ce point de vue, une manière pour vous-maintenant d’être accompagné est que vous persistiez dans
le temps de façon que vous-maintenant coexiste avec vos parties temporelles passées ou futures.
Mais Kim lui-même demeure neutre sur la métaphysique des parties temporelles ; il dit donc en
fait ce qui suit. La propriété
G est
enracinée hors du temps où elle est possédée si et seulement si,
nécessairement, pour tout objet
x et pour tout temps
t,
x possède
G à
t seulement si
x existe à un
temps avant ou après
t;
G est
enracinée hors des choses qui la possèdent si et seulement si,
nécessairement, tout objet
x a
G seulement si quelque objet contingent entièrement distinct de
x
existe;
G est
intrinsèque – dans les termes de Kim « interne » – si et seulement si
G n’est enracinée
ni hors du temps où elle est possédée ni hors des choses qui la possèdent. Nous ignorerons cette
complication par la suite.
[3]
David LEWIS, « Extrinsic Properties »,
Philosophical Studies 44,1983, p. 197-200, repris dans
D. LEWIS,
Papers in Metaphysics and Epistemology, Cambridge University Press, 1999, p. 111-115.
[4]
Sur l’haeccéitisme, voir David LEWIS,
On the Plurality of Worlds, Oxford, Blackwell, 1986,
p. 220-248
(NdT).
[5]
Les propriétés relationnelles pures et impures sont décrites dans E.J. KHAMARA, « Indiscernibles and the Absolute Theory of Space and Time »,
Studia Leibnitiana 20,1988, p. 140-159. La
question des propriétés intrinsèques pures et impures fut soulevée par Rae LANGTON (en conversation) et discutée par Lloyd HUMBERSTONE, « Intrinsic/Extrinsic »,
Synthese 108,1996, p. 205-267
(accepté pour publication en 1992) et dans
Kantian Humility de Langton. La notion d’une « propriété
intérieure » attribuée par Humberstone à J.M. Dunn comprend à la fois les propriétés intrinsèques
pures et impures (J.M. DUNN, « Relevant Predication 2 : Intrinsic Properties and Internal Relations »,
Philosophical Studies 60,1990, p. 177-206). Humberstone distingue la famille des concepts d’intrinsécalité reliée à la duplication de la conception de l’intériorité et d’une notion qu’il appelle la
non-relationalité des propriétés.
[6]
Les « contreparties » (
counterparts) ou « répliques » sont les homologues d’un individu dans
un autre monde possible dans la théorie des modalités de David Lewis (voir notamment « Counterpart Theory and Quantified Modal Logic » dans David LEWIS,
Philosophical Papers, volume I,
Oxford University Press, 1983, p. 26-46). Une contrepartie d’un individu lui est similaire mais n’est
pas nécessairement un double (
duplicate) si les propriétés intrinsèques diffèrent. Le double d’un
individu peut exister dans le même monde possible que lui si le principe d’identité des indiscernables
est faux
(NdT).
[7]
Un exemple plus parlant est donné par Peter VALLENTYNE, « Intrinsic Properties Defined »,
Philosophical Studies 88 (1997), p. 209-219 : la propriété d’être la seule chose rouge. C’est la
négation de la propriété disjonctive d’être soit non rouge soit à la fois rouge et accompagné d’une
autre chose rouge.
[8]
Les théories des propriétés « rares » (
sparse) s’opposent aux théories des propriétés « abondantes » qui acceptent toutes les propriétés quelles qu’elles soient. Les propriétés rares sont certaines
propriétés particulières primitives desquelles les autres propriétés en général dérivent. Les propriétés
sont définies comme des classes d’individus alors que les universaux sont présents comme des
constituants partout où ils sont instantiés. Voir les articles cités note suivante
(NdT).
[9]
Voir
inter alia David LEWIS, « New Work for a Theory of Universals »,
Australasian Journal
of Philosophy 61,1983, p. 343-377 (repris dans
Papers in Metaphysics and Epistemology, p. 8-55) ;
David LEWIS, « Against Structural Universals »,
Australasian Journal of Philosophy 64,1986,
p. 25-46, notamment p. 26 (repris dans le même volume, chapitre 3) ; Barry TAYLOR, « On Natural
Properties in Metaphysics »,
Mind, 102,1993, p. 81-100; Mary Kathryn MC GOWAN,
Realism or
Non-Realism : Undecidable in Theory, Decidable in Practice (thèse soutenue à l’université de
Princeton, 1996).
[10]
L’incise entre parenthèses sert à rester neutre sur la question de savoir si toutes les conjonctions de propriétés naturelles sont elles-mêmes naturelles.
[11]
C’est-à-dire sont en relation de dépendance fonctionnelle ou survenance (
Supervenience).
Des propriétés
surviennent sur des propriétés de base si et seulement si deux choses identiques par
leurs propriétés de base sont aussi identiques dans leurs propriétés survenantes
(NdT).
[12]
Voir par exemple Sydney SHOEMAKER, « Causality and Properties », in Peter van INWAGEN
(dir.),
Time and Cause, Dordrecht, D. Reidel, 1980; Chris SWOYER, « The Nature of Natural Laws »,
Australasian Journal of Philosophy 60,1982, p. 203-223.
[13]
Ils peuvent dire que c’est une vérité dans toutes les histoires-d’un-monde-pas-tout-à-fait-possible-au-sens-littéral ou bien l’expliquer par les mondes possibles qu’il y aurait selon une certaine
fiction humienne. Sur le traitement fictionaliste de la possibilité, voir Gideon ROSEN, « Modal
Fictionalism »,
Mind 99,1990, p. 327-354 et « Modal Fictionalism Fixed »,
Analysis 55,1995,
p. 67-73. Pour un autre sens légèrement artificiel selon lequel des violations des lois fortes pourraient
compter comme des possibilités, voir Denis ROBINSON, « Epiphenomenalism, Laws and Properties »,
Philosophical Studies, 69,1993, p. 31. En élaborant ces possibilités forcées, ils feraient mieux aussi
de prendre garde à l’avertissement d’Allen Hazen et de ne pas rendre leur définition circulaire en
se servant d’un principe de recombinaison énoncé grâce à des propriétés intrinsèques.
[14]
Nous laissons de côté la possibilité que les lois n’aient pas toutes le même statut.
[15]
Lawmaker, ce qui fait une loi de la nature
(NdT).
[16]
Elle serait amendée ainsi : à la cinquième étape, après avoir donné les conditions pour que
deux choses soient des doubles, concluez en disant qu’une propriété est intrinsèque si et seulement
si elle ne peut jamais être différente entre deux doubles, à condition que ces doubles soient soumis
aux mêmes lois. Nous avons ici adapté une suggestion proposée par Lloyd HUMBERSTONE dans
« Intrinsic/Extrinsic », qui est elle-même une adaptation d’une notion qu’il a trouvée dans une
discussion informelle par KIM, dans « Psychophysical Supervenience », p. 66-68 (Humberstone
offre une notion de l’intrinsécalité dépendante des lois selon laquelle une propriété est nomologiquement intrinsèque – « intrinsèque-Kim+ » selon ses termes – si et seulement si des doubles en
des mondes avec les mêmes lois ne diffèreront en rien relativement à cette propriété.).
[17]
Elle serait amendée ainsi : toutes les fois que « solitaire » apparaît dans la première et la
seconde étape de notre définition, mettez à la place « solitaire
et anomique » où « anomique »
signifie « soumis à aucune loi ». (Nous pourrions avoir besoin de recourir à un sens forcé de la
possibilité pour garantir que des choses solitaires et anomiques soient possibles.) Nous avons adopté
ici une suggestion proposée par VALLENTYNE dans « Intrinsic Properties Defined ».
[18]
Comme celle qui est avancée par David LEWIS,
On the Plurality of Worlds, Oxford, Blackwell,
1986, p. 87-92 ou bien par D.M. ARMSTRONG,
A Combinatorial Theory of Possibility, Cambridge
University Press, 1989.
[19]
Voir D.M. ARMSTRONG,
Universals and Scientific Realism, Cambridge University Press, 1978.
[20]
Voir D.M. ARMSTRONG,
A World of States of Affairs, Cambridge University Press, 1996.
[21]
Attention, notre usage du terme « relation interne » ne doit pas être assimilé à celui des
idéalistes britanniques. Pour une terminologie différente, voir LEWIS, « New Work for a Theory of
Universals », p. 356 (
Papers in Metaphysics and Epistemology, p. 26), note 16, la distinction entre
relation « intrinsèque à ses
relata » et une relation « intrinsèque à la paire ».
[22]
David LEWIS, « New Work for a Theory of Universals », p. 355-357.
[23]
VALLENTYNE, « Intrinsic Properties Defined ». Le travail de Vallentyne fut indépendant du
nôtre et approximativement simultané.
[24]
C’est une simplification de la véritable formulation de Vallentyne. D’autres complications
apparaissent en effet parce que (1) Vallentyne, comme Kim, demeure neutre sur la métaphysique
des parties temporelles ; (2) sa définition couvre les propriétés impures aussi bien que les propriétés
pures; et (3) il emploie une version de l’amendement « solitaire et anomique » examiné dans la
section VI (voir note 17) pour classer les propriétés constituées par les lois – par exemple les
dispositions – comme extrinsèques.