La matière comme miroir : pertinence et limites d’une image selon Plotin et Proclus
Frédéric Fauquier
Si la forme est la condition de toute pensée et si la matière est informe, comment Plotin peut-il la penser ? Le recours à la négation accompagné d’une orientation du
regard vers l’extériorité permet de faire signe vers l’informité de la matière ; cette négation
cependant ne doit pas conduire à un nom vide, mais à un résidu; l’image apparaît comme
une aide qui évite l’évanouissement de la pensée dans le néant. Plotin développe en particulier l’image du miroir pour donner à penser la matière ; comme elle, il est créateur d’illusions et impassible. Cependant, comme toute image, le miroir a ses limites pour illustrer le
statut paradoxal de la matière. Proclus, lorsqu’il essaye de penser la participation, met en
évidence ces limites : le miroir suppose l’extension, l’extraversion et l’altération de celui
qui s’y mire. L’image ne demeure qu’une aide et doit donc rester subordonnée à la négation.
If form is the condition of all thought and if matter has no form, how
is it possible for Plotinus to think it ? Using negation and considering exteriority allows
to lead to the formless nature of matter ; however, this negation must not lead up to an
empty name, but to a residue ; the image appears as a help which saves thought from
vanishing into nothingness. Plotinus uses especially the image of the mirror to help to
think matter ; the mirror is, like matter, an illusion-maker and impassive. Nevertheless,
like every image, the mirror has its limits to illustrate the paradoxical status of matter.
Proclus, when he tries to think the participation, shows these limits : the mirror presupposes the expanse, extraversion and alteration of he who gazes at himself in it. The
image is only a help and must be subordinated to negation.
• POURQUOI L’IMAGE VIENT-ELLE RELAYER LA NÉGATION
POUR ÉVOQUER LE NON-ÊTRE QU’EST LA MATIÈRE ?
— Une connaissance directe et immédiate
de la matière semble impossible
— Comment connaître la matière ? Par un « raisonnement bâtard »
— L’image permet de penser positivement la matière
en tant qu’elle est ce résidu ou cette limite
• LA MATIÈRE ET LE MIROIR : LECTURE DE I I I , 6 [26]
— Les images de la matière en III, 6 [26] autres que le miroir
— L’image du miroir
• RECTIFICATION ET SYSTÉMATISATION PROCLIENNE :
TROIS IMAGES POUR PENSER LA PARTICIPATION
— Trois images différentes
— L’inadéquation des images
— L’interprétation proclienne et celle du bien né