Penser la peine
Contrainte et crime dans les Principes de la philosophie du droit de Hegel
[*]
Michaël Fœssel
Dans le rapport qui s’établit, chez Hegel, entre le crime et la peine, c’est
toute la validité du procès dialectique (et de son immanence) qui se joue en tant qu’il
ne doit laisser place à aucune irrationalité. Penser la rationalité de la peine signifie,
dans ce cadre, penser la continuité entre la volonté qui commet le crime et celle qui, en
voulant la sanction, rejoint l’universel. C’est donc bien du point de vue du criminel qu’il
faut se placer pour avoir une chance de saisir la vérité du droit pénal. Le crime, en
même temps qu’il s’inscrit dans un ordre déjà régi par le droit, manifeste la finitude du
droit abstrait, c’est-à-dire son incapacité à fournir un modèle de reconnaissance adéquat
aux exigences de l’esprit. Dès lors, le passage à la « moralité » s’impose qui prend en
charge la subjectivité agissante dans toute sa complexité et au cours d’un processus où
le bien ne lui apparaît plus comme une contrainte. Mais ce passage n’est pas sans
ambiguïté : Hegel nous met aussi en garde contre toute moralisation prématurée de la
peine (sous la forme de la « vengeance ») : le droit pénal n’accède véritablement à
l’effectivité qu’au terme de son institutionnalisation dans la « société civile ».
Bei Hegel steht die ganze Gültigkeit des dialektischen Progresses (sowie
dessen Immanenz) in der Beziehung, die zwischen Verbrechen und Strafe besteht, auf dem
Spiel insoweit dieser keinerlei Irrationalität irgend welchen Spielraum einraümen darf.
Die Rationalität der Strafe zu denken, heisst, in diesem Zusammenhang, sich die Kontinuität von dem Willen, der das Verbrechen begeht und jenem, der zum Universellen gelangt,
indem er auf der Strafe besteht, vorstellen. Das heisst also, man muss vom Standpunkt des
Verbrechers ausgehen, will man die kleinste Chance haben, die Wahrheit des Strafrechtes
zu begreifen. Das Verbrechen, das einerseits Bestandteil einer Ordnung ist, die vom Recht
regiert wird, zeigt zur gleichen Zeit die Begrenztheit des abstrakten Rechtes, das heisst
dessen Unfähigkeit ein der geistigen Forderungen entsprechendes Anerkennungsbild vorzubringen. Von da an muss zur « Moralität » übergegangen werden, die die handelnde
Subjektivität in ihrer ganzen Komplexität, und im Laufe eines Verfahrens, in dem das Gute
ihr nicht mehr als Zwang erscheint, übernimmt. Dieser Übergang jedoch ist nicht ohne
Zweideutigkeit : Hegel warnt uns auch vor jeglicher verfrühten Moralisierung der Strafe
(in Form von « Rache ») : erst nach endgültiger Institutionalisierung in der « bürgerlichen
Gesellschaft » wird das Strafrecht zur Wirklichkeit.
• L’APPARITION DE LA CONTRAINTE AU DÉTOUR DU DROIT
• LA DIALECTIQUE DU CRIME ET DE LA PEINE
• LES LIMITES DU DROIT ABSTRAIT
ET LE PASSAGE À LA MORALITÉ