Étude de certains aspects de la rationalité et de l’irrationalité chez Spinoza
Myriam Morvan
Les figurations diverses de la rationalité dans la correspondance de
Spinoza n’ont pas qu’une valeur pédagogique ; paraissent-elles singulières, ce sont
autant de déclinaisons du spinozisme. On y ressaisit les difficultés que le système a
rencontrées auprès de publics divers; difficultés qu’illustrent les postures irrationnelles
de bien des correspondants. La correspondance, en marge de l’œuvre, expose la définition
spinoziste de la philosophie et en souligne l’originalité ; ne perdant jamais de vue l’idée
d’adéquation, elle noue de façon unique les rapports entre spinozisme, tradition et
cartésianisme, entre le philosophe et la cité. La rationalité produite dans les lettres
conduit à réexaminer des questions traitées dans l’œuvre : la définition intervient comme
un élément important du dispositif rationnel et le présage s’y donne comme n’étant pas
dénué non plus de rationalité. Le dynamisme et la force de cette philosophie rendent
raison d’échanges souvent inféconds et violents, comme ceux avec Burgh, Blyenbergh
et Boxel : ils nous confrontent à un Spinoza intransigeant sur ses principes rationnels
et qui ne pouvait composer ni avec les dogmes de la religion ni avec l’opinion.
The different representations of rationality in Spinoza’s correspondence
have not only a pedagogic value. They may seem peculiar but each one represents a
variation of Spinozism. They reveal the difficulties found by the system with different
audiences. These problems are showed by the irrational positions of some Spinoza’s
correspondents. Spinoza’s letters, which account for a special chapter of his works, give
us the Spinozist definition of philosophy and underline the theory originality. Always
focused on the idea of adequation, they link in a unique way spinozism, tradition and
cartesianism, the thinker and the city. The rationality which is developed in letters leads
to the reexamination of some works’ theoretical questions : definition acts as an important element of the rational system and the presage has also something to do with
rationality. The vitality and strength of Spinoza’s philosophy explain that some exchanges
are often barren and violent, especially with Burgh, Blyenbergh and Boxel : they show
how uncompromising Spinoza was about his rational principles and how he was unable
to come to terms with religious dogma and general opinion.
• INTRODUCTION
• L’IDÉE SPINOZISTE DE LA PHILOSOPHIE
DANS LA CORRESPONDANCE
• LA RECONSIDÉRATION DE CERTAINS ASPECTS
DE LA RATIONALITÉ SPINOZISTE :
LA QUESTION DE LA DÉFINITION
ET LA QUESTION DES PRÉSAGES
• COMMENT EXPLIQUER LA DÉRAISON
ET L’IRRATIONALITÉ FACE À LA RAISON ?
• CONCLUSION