2004
Revue de Métaphysique et de Morale
Spinoza et Boxel.
Une histoire de fantômes
Gunther Coppens
Université de Rotterdam
La correspondance de Spinoza comprend six lettres remarquables sur le
thème des spectres. On se demande s’ils existent et si on peut reconnaître à certains
d’entre eux un sexe féminin. Cet échange qui s’est noué à l’instigation de Hugo Boxel
est une curiosité dans cette correspondance mais pas dans son contexte historique, et
cela même si, aux Pays-Bas, les procès en sorcellerie avaient moins de succès qu’ailleurs.
C’est alors dans l’éclairage de la littérature qui s’est développée autour des choses
superstitieuses que ces lettres peuvent être placées. À cet égard, l’Å“uvre maîtresse de
Balthasar Bekker De Betoverde Wereld (Le Monde enchanté), est une référence importante. Cet ouvrage qui cherche à purifier la foi en combattant la superstition avec des
arguments cartésiens permet d’établir les deux points suivants. Boxel est plus du côté
de la superstition que de la raison, malgré les nombreuses autorités qu’il cite. Spinoza,
lui, a avec Bekker des positions communes, mais ceci ne peut faire oublier qu’il défend
au sujet d’une question d’actualité une position unique qui peut l’en éloigner en raison
de son identité de philosophe.
Spinoza’s correspondence includes six remarkable letters about ghosts.
The questions are : do they really exist and can some of them possibly belong to the fair
sex ? This exchange which has been established at Hugo Boxel’s instigation is something
peculiar in Spinoza’s correspondence but it is not the case as regards the historical
background, even if lawsuits against witches were less successful in the Netherlands
than in other countries. We can then read these letters in the light of all books written
about superstitious beliefs at that period. About that subject, Balthasar Bekker’s main
book, De Betoverde Wereld (The betwitched world), is a reference. The book aims at
purifying faith, by fighting against superstition with the help of Cartesian arguments
and allows working out these two philosophical points. Boxel is closer to superstition
than to reason, even though he quotes many famous authors. Spinoza shares some
positions with Bekker but we must not forget that he maintains about a current question
a unique position that can possibly put him away from it because of his philosopher
identity.
Au cours de l’année 1672, l’armée hollandaise, sous le commandement de
Guillaume III, était en train de perdre la guerre. Beaucoup de villes se rendaient.
Le 13 juin de cette année, la ville d’Utrecht capitulait. En novembre 1673, la
ville fut prise par les troupes françaises du prince de Condé. Le pouvoir y était
exercé par Jean-Baptiste Stouppa qui fut nommé commandeur de la ville
[1] et
qui, par ailleurs, était l’auteur d’un livre,
La Religion des Hollandais
[2]. Par ce
livre, Stouppa, qui était d’origine française protestante, voulait convaincre les
théologiens suisses qu’il n’était pas en train de combattre des coreligionnaires.
Les Hollandais semblaient être des chrétiens fort pieux. En réalité, nous disait
Stouppa, ils sont trop indolents vis-à-vis des libres-penseurs, des sectes et des
athées. Selon lui, Spinoza aurait bénéficié de ce laxisme. Néanmoins, il était
en même temps impressionné par ce philosophe érudit. En juin 1673, Stouppa
accompagna Spinoza, invité par le prince de Condé, à Utrecht. Il ne parla
probablement jamais au prince de Condé, car celui-ci était ailleurs pour affaires,
mais à Utrecht, Spinoza fut en bonne compagnie. Il semble qu’il y ait rencontré
Van Velthuysen et Graevius, deux de ses critiques. C’est probablement à cette
occasion que, selon certains biographes, Spinoza dut rencontrer Hugo Boxel.
Mais qui est cet Hugo Boxel, l’auteur des lettres sur les spectres ? Les notes
de l’édition de la Pléiade des
Œuvres complètes de Spinoza précisent « qu’on
ne sait presque rien de lui, sinon qu’il fit ses études à Leyde en 1668. Il est
donc jeune quand il écrit ces lettres. Elles n’ont guère d’intérêt – vu le peu
d’intelligence de leur auteur –, mais les réponses de Spinoza sont remarquables
[3] ». Ces propos sont sans doute discutables. On ne sait pas exactement
quand Hugo Boxel est né. Certaines sources disent qu’il est né en 1607
[4], d’autres
en 1612. En tout cas, il serait originaire de Heusden, la commune où Gisbertus
Voetius (1589-1676), plus tard le plus grand adversaire de Descartes à Utrecht,
est né et où il a été ministre en 1617
[5]. Le frère de Voetius y était directeur de
l’École latine. Boxel s’y maria avec Anna Ewouts van Waelwijck le 30 juin
1637
[6]. La famille Boxel déménagea à Gorcum ou Gorinchem. Dans les archives
de la ville, on ne retrouve pas beaucoup le nom de Hugo, mais plutôt le nom
de son frère Adriaen. C’est aussi à Gorcum que Hugo, qui était en même temps
répertorié comme avocat de la cour de Hollande, fut secrétaire de la ville de
1634 à 1645 et de 1655 à 1659, et pensionnaire de 1660 à 1671. En 1672,
l’année de la prise du pouvoir par Guillaume d’Orange, il fut mis à la retraite
[7].
En 1652, Adriaen devint diacre de la commune de Gorcum. Deux ans plus
tard, en 1654, Hugo devint ouderling, ancien, et le resta jusqu’en 1659. Dans
les archives de l’Église protestante de Gorcum, son nom est régulièrement
mentionné. À la même époque, à Gorcum, il existait également une communauté
de catholiques qui ne respectaient pas toujours les règles du sabbat. Ils organisaient des marchés où ils vendaient du genièvre. Ce commerce donnait souvent
lieu à des scènes d’ivresse et à des propos injurieux contre les réformés. Lors
de ces conflits, Hugo Boxel intervenait pour pacifier les esprits.
Mais Hugo Boxel était aussi un érudit. Dans un livre de 1743 sur l’histoire
de la ville de Heusden, on lit
[8] que « M. Hugo Boxel, secrétaire de la ville de
Gorinchem,
Magister Artium et Philosophiae à Leyde, et
Doctor Juris en France,
a fait des études dans les langues grecque et hébraïque, et a appris la poésie,
la philosophie, la théologie et le droit ». Nous n’avons aucune trace de ses
études de droit en France. En revanche, nous avons des informations sur ses
études à Leyde. On sait par exemple qu’il a étudié chez Franco Burgersdijk et
qu’il y défendait des disputes. En 1624, il a soutenu deux disputes
sub praeside
de Burgersdijk : le 10 juillet une dispute sur
De Mundo et Coelo et le 30 novembre, une autre sur
De sensu interno,
de appetitu sensitivo et locomotivo
[9]. Le
19 mai 1626, il reçoit
[10] sa promotion à la maîtrise des arts
[11]. Sa dispute inaugurale est actuellement conservée à la British Library
[12]. Pour le reste, on peut
signaler qu’il y a deux livres de Hugo Boxel. Le premier est une édition annotée
et commentée de Hector Felicius,
De communione et Societate deque lucro et
quaestu
[13]. Le deuxième est une étude de Cornelius Neostadius intitulée
De
Feadi Juris Scripti, & Hollandici, West-Frisicique successione à laquelle Boxel
a collaboré. En fait, il écrivit presque les trois quarts de ce livre dans lequel il
révèle parfois ses sympathies politiques
[14]. Il y faisait l’éloge de Jean de Witt,
le pensionnaire des États de Hollande. Il n’y a donc rien d’étonnant au fait que
Guillaume III le congédia en 1672
[15].
LE CONTENU DE LA CORRESPONDANCE
Analysons maintenant de plus près le contenu de la correspondance. Hugo
Boxel écrivit sa première lettre le 14 septembre 1674. Il y demandait à Spinoza
ce qu’il pensait des apparitions, des spectres et des revenants : « Croyez-vous
qu’ils existent ? », « Combien de temps dure leur existence à votre avis
[16] ? ».
Il est important d’inscrire ces questions dans le contexte du XVII
e siècle.
Boxel croyait à l’existence des spectres. En raison de l’incrédulité de Spinoza,
il insistait dès sa première lettre sur le fait qu’il n’était pas le seul à le croire.
« Une chose est certaine, écrit-il, les Anciens y ont cru. Les théologiens et les
philosophes modernes admettent jusqu’à présent l’existence de pareilles créatures, bien qu’ils ne soient pas d’accord sur leur essence. Les uns les croient
constitués d’une matière très subtile, les autres prétendent que ce sont des êtres
spirituels
[17]. » Dès le premier paragraphe de la première lettre, on peut se demander pourquoi Boxel écrivait ces lettres à Spinoza. Il était convaincu de l’existence
des spectres et il pouvait compter sur l’autorité des Anciens, des théologiens et
des philosophes modernes. Pourquoi alors poser une telle question à quelqu’un
dont on pouvait deviner la position ? On pourrait penser que Boxel était naïf,
surtout s’il croyait que Spinoza pouvait changer d’avis, mais ceci est peu probable. Boxel connaissait Spinoza. À l’arrière-plan de ces lettres, il y a plutôt
un auteur qui savait à quoi s’en tenir sur le compte de Spinoza. C’est justement
à cause de cela qu’il lui écrivit une lettre sur cette affaire. Boxel l’admet
d’ailleurs sans ambages quand il écrit qu’ils sont peut-être entièrement en désaccord, tant il est peu probable que son interlocuteur reconnaisse l’existence des
spectres.
La réponse de Spinoza à cette première lettre est conforme à l’attitude d’un
homme poli, mais elle est néanmoins claire, nette et sans ambiguïté. Spinoza
dit que « les niaiseries et les imaginations peuvent lui être aussi utiles que les
choses vraies
[18] ». Il demande d’abord à Boxel de lui indiquer deux histoires
qui prouveraient l’existence des spectres, tout en précisant qu’il n’a jamais
« connu d’auteur digne de foi pour en prouver clairement l’existence ». Spinoza
admet tout au plus qu’il y a des choses encore inexpliquées, et la seule chose
qu’il puisse accepter à ce sujet, c’est que l’on emploie le vocable spectre pour
nommer toutes ces « choses » que les hommes ignorent.
Boxel n’a pas attendu pour répondre à Spinoza et dans sa réponse, il expose
quatre arguments supposés montrer que les spectres existent. « D’abord, parce
que cela importe à la beauté et à la perfection de l’univers. Secondement, parce
qu’il est vraisemblable que le Créateur a créé ces êtres qui lui ressemblent plus
que les créatures corporelles. Troisièmement, parce qu’il existe une âme sans
corps aussi bien qu’un corps sans âme. Enfin, parce que je crois que dans les
hautes régions de l’air, dans le lieu ou l’espace le plus élevé, il n’y a pas de
corps inconnu qui n’ait ses habitants et, par conséquent, que l’immense espace
compris entre nous et les astres n’est pas vide mais rempli d’habitants spirituels
[19]. » Boxel ajoute encore qu’il croit « qu’il y a des esprits de tout genre,
sauf peut-être de sexe féminin ». Pour montrer que ce n’est pas lui qui doit se
justifier mais Spinoza, il cite comme autorités Plutarque, Suétone, Wierus,
Lavater, Cardan et même Melanchthon, le théologien réformateur bien connu.
Plutarque et Suétone sont de même des auteurs réputés. Wierus (1515-1588)
était un médecin renommé qui s’était fortement opposé à des procès en sorcellerie (il croyait que les sorcières étaient en fait des personnes mentalement
troublées
[20] ). Lavater (1527-1586) était ministre à Zurich et ses
Écrits sur les
spectres étaient traduits en néerlandais
[21]. Enfin, Cardan (1501-1576) avait dû
abandonner son professorat à Bologne en raison d’un écrit mêlant à la vie de
Jésus des considérations astrologiques
[22].
Boxel confessait que sa croyance n’était pas seulement fondée sur les autorités
philosophiques ; elle prenait aussi appui sur des expériences ou des témoignages : l’histoire du bourgmestre, connaissance personnelle de Boxel, qui aurait
vu des fantômes dans la brasserie de sa mère, en est une illustration. Mais dans
cette lettre, comme pour ajouter au caractère convaincant de ses propos, il cite
à nouveau des autorités après avoir exposé ces arguments. Il avance alors les
noms d’autorités antiques pour rappeler à Spinoza qu’on n’en parle pas pour la
première fois : Pline le Jeune, Suétone et Valère Maxime. Boxel a choisi ces
auteurs en particulier parce qu’il pensait que Spinoza pouvait sans difficulté
contrôler les
Å“uvres citées mais aussi sans doute à cause de leur réputation.
Simple remarque au passage, sur la
Lettre à Sura de Pline le Jeune. Cette lettre
pose le problème suivant : « Le loisir dont nous jouissons vous permet d’enseigner et me permet d’apprendre. Je voudrais donc bien savoir si les fantômes
ont quelque chose de réel, s’ils ont une vraie figure, si ce sont des génies, ou
si ce ne sont que de vaines images qui se tracent dans une imagination troublée
par la crainte
[23]. » Il semble que Boxel ait été particulièrement inspiré par cette
lettre.
Dans sa réponse, Spinoza commence par s’excuser pour sa réponse tardive.
Comme il s’en explique, il n’avait pas eu la possibilité de consulter directement
les livres cités par Boxel. Il put, malgré tout, prendre connaissance des livres
de Pline et de Suétone et il fut très vite convaincu de l’absurdité de l’argumentation de ces auteurs mais il ne va pas jusqu’à dire que ce sont des sots ; il
s’étonne, au contraire, que des hommes aussi sages aient pu gaspiller leurs
talents à de pareils sujets.
Dans la suite de la lettre, Spinoza se moque du fait que Boxel croit qu’il y
ait des spectres masculins, mais pas de spectres féminins. Il précise à ce sujet :
« Par où je vois que vos raisons vous paraissent inébranlables et si bien fondées
que nul, d’après vous du moins, ne les peut réfuter, sinon celui qui croirait, à
tort, que le monde est un produit du hasard
[24]. » Il est patent que Spinoza a
voulu expliquer son point de vue sur ce thème; ensuite, il s’attache d’ailleurs
à montrer les faiblesses des arguments de son correspondant.
Le premier argument, rappelons-le, défend l’existence des spectres en disant
qu’elle est nécessaire « à la beauté et à la perfection de l’univers
[25] ». Aux yeux
de Spinoza, le caractère relatif de la beauté l’exclut : si l’on veut croire en la
beauté du monde, on doit rétablir les causes finales et admettre, soit que Dieu
a fait le monde pour qu’il soit vu par les hommes, soit qu’il a donné des yeux
aux hommes pour le monde. À cela s’ajoute le fait qu’une chose d’une grande
beauté peut être affreuse si nous la mettons sous un microscope.
Le deuxième argument dont Boxel fait usage est : « Qu’il est vraisemblable
que le Créateur a créé ces êtres qui lui ressemblent plus que les créatures
corporelles
[26]. » Spinoza y répond en rétorquant qu’il ne sait pas dans quelle
mesure les spectres expriment Dieu mieux que les autres créatures, mais c’est
surtout quand il précise qu’il n’y a pas de comparaison possible entre l’infini
et le fini qu’il contre cet argument.
Le troisième argument avance la thèse suivante : « Il existe une âme sans
corps aussi bien qu’un corps sans âme
[27]. » Spinoza ne l’approuve pas plus que
les autres. Autant admettre, ironise-t-il, l’existence de facultés sans corps ou
d’une sphère sans cercle. Pour finir, Spinoza règle le sort du dernier argument
et, pour ce faire, il opère de la même façon que pour le premier. Il adopte à
nouveau un point de vue relativiste qui rend caduque l’argumentation de Boxel.
Celle-ci défend la position suivante : « Enfin, parce que, je crois que, dans les
hautes régions de l’air, dans le lieu ou l’espace le plus élevé, il n’y a pas de
corps inconnu qui n’ait ses habitants et, par conséquent, que l’immense espace
compris entre nous et les astres n’est pas vide mais rempli d’habitants spirituels
[28]. » Spinoza demande d’abord qui sont les créatures mentionnées par
Boxel, puis il remarque qu’on ne peut pas supposer que le monde est le centre
de l’univers. Ce point est intéressant car le copernicanisme datait de vingt ans.
En somme, Spinoza ridiculise dans cette lettre les autorités et les témoignages
cités par Boxel.
La lettre suivante de Boxel met l’accent sur des erreurs de Spinoza. Selon
Boxel, il ne faut pas faire de différence entre nécessité et fortuit, mais entre
nécessité et liberté. Défendant pour Dieu une liberté dépourvue de nécessité, il
précise que l’incompréhensibilité de son action n’est pas exclusive d’une analogie tout autant incompréhensible entre lui et l’homme. Boxel compare alors
le mystère de Dieu avec l’incompréhensibilité de l’action de notre âme. Cette
vision plutôt traditionnelle n’est pas du tout spinoziste. Le profond désaccord
entre les deux hommes est particulièrement manifeste quand Boxel dit : « Si
vous mettez en Dieu la nécessité, que vous le priviez de volonté et de libre
choix, on se demande si vous ne peignez pas et ne représentez pas l’être
infiniment parfait comme un monstre
[29]. » Boxel ne comprend pas la différence
entre le nécessaire et le fortuit, le paradoxe de la volonté libre et la nécessité,
et la différence entre la volonté humaine et la volonté divine. La suite de la
lettre présente moins d’intérêt : Boxel défend de nouveau sa position, mais il
ne fait plus vraiment de remarques intéressantes.
Spinoza voit, comme en témoigne sa réponse, que Boxel ne le comprend pas
toujours : « Je ne vois pas pour quelle raison vous voulez me persuader que le
fortuit et le nécessaire ne s’opposent pas l’un à l’autre. Sitôt que je perçois que
les trois angles d’un triangle sont nécessairement égaux à deux droits, je nie
que ce soit par hasard. Semblablement, dès que j’aperçois que la chaleur est un
effet nécessaire du feu, je nie que cela arrive par hasard. Que le nécessaire et
le libre s’opposent l’un à l’autre, cela n’est pas moins absurde et me paraît
contraire à la raison
[30]. »
Une telle différence de position explique pourquoi, à la fin de la lettre, Spinoza
se range du côté de Démocrite au détriment de Platon, d’Aristote ou de
Socrate
[31]. « Rien d’étonnant à ce que des hommes qui ont cru aux qualités
occultes, aux espèces intentionnelles, aux formes substantielles et mille autres
niaiseries aient imaginé des spectres et des esprits et cru les vieilles femmes
pour affaiblir l’autorité de Démocrite
[32]. »
LES PAYS-BAS ET LE MONDE ENCHANTÉ
Une telle mésentente peut surprendre. L’opinion de Boxel peut sembler
bizarre, voire quelque peu stupide, surtout si on la replace bien dans son époque
qui était celle d’avancées de la raison et de la science. Il vivait, en effet, à
l’heure de la mécanisation de la vision du monde. Pourtant, même en ce temps,
il n’y avait rien d’anormal dans cette croyance en des choses superstitieuses.
Même Voetius a pu afficher de la sympathie pour ces croyances : il a dénoncé
la cruauté des Allemands lors des procès en sorcellerie et cela même si, à ses
yeux, les sorcières n’étaient pas innocentes.
Il y a, de plus, l’exemple du collégiant socinien Frans Kuyper, éditeur de la
Bibliotheca fratrum Polonorum
[33], pour qui la réalité du diable et son commerce
avec les hommes étaient un fait établi
[34].
Néanmoins, les procès en sorcellerie ont eu beaucoup moins de succès aux
Pays-Bas qu’ailleurs
[35]. La dernière exécution date de 1608, la dernière accusation juridique de 1643 et, après 1660, le sujet n’était même plus un point
de discussion au niveau du synode de l’Église réformée. Après 1670, il n’y
eut plus d’accusations de sorcellerie aux Pays-Bas
[36]. Certains historiens considèrent que la diminution des procès et des accusations est attribuable à la
démarche de la nouvelle conception de monde (rationnelle et scientifique), où
il n’y avait plus de place pour les sorcières, les démons et les spectres. Le
« monde enchanté » devenait plus mécanisé
[37]. D’autres, au contraire, estiment
que la philosophie de saint Thomas, par exemple, était en fait une philosophie
aussi légitime pour contester la superstition que la nouvelle philosophie mécaniste
[38]. Une troisième explication est apportée par Richard Bentley au début
du XVIII
e siècle. Ce lecteur de Boyle et de Newton a notamment écrit : « Ce
n’était pas la libre-pensée qui a guéri la foi de la sorcellerie, mais c’était plutôt
la croissance générale de la philosophie et de la médecine
[39]. » Ce Bentley
remarque encore que les deux livres les plus vigoureux contre la superstition
qu’il ait lus en Hollande étaient de la main de ministres. L’un s’appelait
Balthasar Bekker, l’autre était un docteur, mais Bentley ne se souvenait plus
de son nom
[40].
Balthasar Bekker (1634-1698)
[41] est né en 1634 dans le village frison de Metslawier où son père était ministre. Il alla étudier la théologie et la philosophie à
Groningen vers 1650 – époque où les querelles sur le cartésianisme étaient encore
très vivantes. Bekker commença alors sa carrière comme ministre réformé « cartésien ». Dans son livre sur le cartésianisme intitulé
De Philosophia Cartesiana
admonitio (1668), il défendait l’idée que la philosophie cartésienne n’était pas un
danger pour la foi réformée. Le raisonnement de Bekker était que philosophie et
théologie avaient leur propre sphère. La philosophie jouait un rôle dans le domaine
de la raison et la théologie dans celui de la révélation, sans que d’ailleurs cela
interdise de faire jouer un rôle à la raison dans la lecture des Écritures. Il précisait
cependant que l’Écriture sainte révélait des choses pour lesquelles la philosophie
était incompétente. Bekker, qui fut accusé de spinozisme, a toujours dit qu’il n’était
pas d’accord avec la théorie spinoziste au seul motif que Spinoza n’acceptait pas de
différence claire entre théologie et philosophie. Il dit même dans un de ses livres
que la philosophie de Spinoza est une philosophie «
absurde
[42] ». Mais Bekker et
Spinoza, comme des études l’ont montré, étaient assez proches en ce qui concerne
l’idée de l’herméneutique biblique
[43].
Bekker admettait au sujet de Descartes qu’il ne comprenait pas toute l’étendue
de sa pensée mais sa doctrine de l’Église ne faisait pas pour lui difficulté. Il
montrait alors que Descartes n’était pas un athée et que nous ne devions pas
oublier que la philosophie dépendant des seules forces de l’homme peut toujours
être meilleure qu’elle n’est.
En 1691-1693, Bekker publiait en quatre parties son
Å“uvre maîtresse intitulée
De Betoverde Wereld, « Le monde enchanté ». Sa publication suscita la rédaction
de près de trois cents pamphlets et livres, en général d’adversaires de l’auteur.
Celui-ci fut alors relevé de ses fonctions de ministre à Amsterdam, et, à Utrecht,
le 24 septembre 1692, le livre fut effectivement interdit. Malgré cela, il s’en
vendit huit mille exemplaires en deux ans : un succès sans pareil
[44].
Dès l’introduction du livre, Bekker recourt à Descartes pour prouver l’irrationalité de la superstition. Dans cette introduction, Bekker renvoie aussi bien
à Spinoza qu’à Descartes en disant qu’un lecteur objectif verra qu’il a en
commun avec Descartes tout ce qui concerne la distinction entre l’esprit et le
corps, mais qu’il n’a rien à voir avec le philosophe Spinoza qui confond Dieu
et le monde
[45]. Il est bien clair que Bekker a l’intention d’utiliser le cartésianisme
pour atteindre son but final, à savoir la purification de la foi par la contestation
de la superstition. Cependant, cet emploi de la philosophie de Descartes contre-dit les sentiments anticartésiens du monde protestant à l’époque. N’oublions
pas que des figures puissantes, comme par exemple Gisbertus Voetius
[46], s’engagèrent publiquement dans la lutte contre le cartésianisme, suivis en cela par des
pasteurs de campagne dans leurs prêches. Pensons à Jacobus du Bois (1607-1661)
[47], l’auteur de plusieurs pamphlets contre le copernicanisme et le cartésianisme. Ces pamphlets tiraient à boulets rouges contre cet athée papiste
nommé Descartes
[48].
Au contraire, Bekker utilisait les idées de la philosophie cartésienne pour purifier la foi. Les affaires théologiques restaient d’ailleurs toujours le privilège des
théologiens. Dans son livre, Bekker lui-même y fait attention : il recourt à la raison
pour combattre la superstition, sans pour autant aller jusqu’à confondre la raison
avec l’Écriture sainte. Il évite aussi ces discussions ineptes où l’on entend soutenir,
par exemple, que la raison aurait plus de vérité que l’Écriture sainte.
De Betoverde Wereld se compose de quatre livres. Pour comprendre ce qu’est
la croyance aux diables et aux spectres, il faut d’abord se familiariser avec ce
qu’elle implique. C’est pourquoi le premier livre décrit l’histoire de différentes
religions et cultures en rapport avec la croyance aux diables et aux spectres.
Bekker, en bon lettré, détaille d’abord la croyance des juifs, puis celle des
musulmans et enfin celle des chrétiens. Il en conclut que beaucoup d’éléments
superstitieux ont glissé dans la foi par le relais païen. Et, pour Bekker, l’Église
catholique, elle aussi, est coupable, car elle a toujours laissé, pour des raisons
politiques, les gens croire en l’existence du purgatoire. Néanmoins, il est aussi
disposé à admettre que des protestants aussi ont parfois défendu la superstition
(comme le roi Jacques Ier d’Angleterre).
C’est à cette occasion (début du premier livre) que Bekker écrit que le vrai
chrétien ne renonce pas à la raison à cause de sa foi; bien au contraire, il s’y
applique et la perfectionne. Il ne faut d’ailleurs pas oublier, ajoute Bekker, que
la raison augmente notre perspicacité sur des passages de l’Écriture sainte
[49].
Pour les choses étrangères aux écrits sacrés, l’homme peut simplement s’en
remettre au bon sens mais, redisons-le, cet auteur défend l’emploi de la raison
dans des études comparatives des passages de la Bible.
La Raison et l’Écriture sainte nous apprennent des choses différentes. La
nature – pour Bekker, équivalent de la Raison – nous montre par exemple qu’il
y a un Dieu, mais l’Écriture, elle, établit qu’il n’y en a qu’un. Bekker pense
comme Descartes que Dieu est incorporel. La Raison naturelle nous fait comprendre qu’il y a des esprits. L’Écriture confirme qu’il en existe. De plus, Bekker
ajoute qu’il y a une distinction radicale entre le corps et l’esprit; l’Écriture est
moins claire et distincte sur ce point. Enfin Bekker soutient que l’âme humaine
peut continuer d’exister sans le corps humain.
On voit bien que Bekker sympathise avec le cartésianisme tout en cherchant
la confirmation de ses thèses dans l’Écriture sainte. S’agissant des esprits,
Bekker écrit, dans le même sens, que par la nature, on ne peut pas en établir
grand-chose. L’Écriture ne nous dit presque rien non plus sur leur origine; elle
ne fait cas que des « bons génies » et des « esprits malins ». Mais, en fait,
qu’est-ce qu’un esprit ? « Par esprit, on comprend un être qui est incorporel et
qui n’a rien du tout en commun avec une chose corporelle
[50]. »
Bekker veut créer, par cette définition, un lien d’univocité fondé sur ce que,
généralement, on entend par « esprits ». Univocité qui permet d’éluder les discussions terminologiques car le même terme a connu plusieurs interprétations
au cours de l’histoire. Sur ce point, l’interprétation de Socrate (l’
esprit comme
daïmôn) est peut-être encore la plus connue. Bekker observe dans les pages
suivantes qu’au cas où il y aurait encore la moindre comparaison possible entre
corps et esprit, on ne saurait plus parler d’un « esprit ». L’esprit est alors conçu
séparément du corps et chacun selon des lois différentes : le premier est référé
à la pensée, le second à l’étendue. Bekker se réfère explicitement à Descartes
[51].
Bekker indique qu’il faut distinguer différentes sortes d’esprits. Il y a, par
exemple, l’esprit humain qui correspond à l’âme. Les anges, en revanche, sont
des esprits qui ne possèdent pas de corps et qui n’ont même pas de lien avec
un corps. Les bons génies sont des « anges » et les génies malins sont des
« démons ».
L’intéressant est ici que Bekker exclut la possibilité de l’existence de fantômes tels que Boxel les envisage. Premièrement, parce que l’esprit n’a rien de
commun avec des caractéristiques corporelles. En conséquence, il faut admettre
que ces esprits ne peuvent avoir aucun effet sur des choses corporelles, car seul
un corps peut avoir un effet sur un autre corps. Deuxièmement, Bekker fait une
distinction entre l’âme liée à un corps
[52], et les anges qui n’ont rien à voir avec
des choses corporelles. L’esprit travaillant la nuit dans la brasserie de la mère
du bourgmestre, dépeint par Boxel dans la lettre LIII, ne ressemble en rien à
un esprit comme le conçoit la définition cartésienne : il ressemble plus à un
homme qu’à un fantôme. Seuls demeurent l’âme liée au corps, l’homme et
l’ange qui est un esprit pur. Il n’y a pas de place pour un esprit que l’on placerait
entre l’homme et les anges ; car, de toute façon, cette « chose planante » aurait
sans doute besoin d’un corps afin de « travailler » dans une brasserie.
Que les spectres soient les âmes de personnes mortes traînant dans notre
monde corporel relève aussi de l’irrationnel pour Bekker. Il pense que l’âme
humaine est immortelle, mais en ce qui concerne la métempsycose, abordée au
chapitre V du livre II, il note que ni l’Écriture sainte, ni la raison n’ont quelque
chose à dire. La possibilité de l’existence de spectres peut alors être examinée
à partir d’expériences et à partir de la nature des choses. Dans le livre IV, Bekker
évoque plusieurs « expériences spectrales ». Il expose quelques histoires de
revenants, de démons, de magiciens et de spectres et à chaque fois, il nous
indique où se trouve la difficulté. Beaucoup de ces histoires seraient nées de
préjugés et de la peur : il arrive quelque chose d’inexplicable et on conclut à
quelque chose de surnaturel. Comme Spinoza, il argumente que ce n’est pas
parce qu’une chose est inexplicable qu’il faut en appeler aux spectres. Que la
croyance aux fables soit toujours d’origine païenne est alors une conclusion qui
s’impose, car ni l’expérience ni la nature des choses ne nous donnent des
indications sur l’existence des spectres
[53].
Ajoutons que l’omnipotence de Dieu n’est pas la question ici. La question
« est-ce qu’un cheval peut voler ? » peut avoir comme réponse « oui, si Dieu le
veut »; mais ceci n’est pas une réponse valable pour Bekker, car « voler » ne
fait pas partie de l’essence du cheval.
Comme l’énonce l’intention du livre, il s’agit de purifier la foi de mensonges
et de faussetés. Au chapitre XXXIII du livre IV, la conclusion veut dissuader de
l’existence de fantômes et ôter toute raison à la divination et à la sorcellerie.
Bekker conclut : « Éloignez-vous du blasphème et du commérage afin qu’on
s’exerce à la piété
[54]. »
Finalement, l’exemple de Bekker nous montre que, même à la fin du XVIIe siècle, le cartésianisme modéré de ce ministre, tout à fait orthodoxe, créa un
scandale énorme dans le monde calviniste, et ceci, un demi-siècle après l’introduction du cartésianisme aux Pays-Bas.
Conclura-t-on que Spinoza et Bekker avaient les mêmes raisons de critiquer
la superstition ? Que l’un soit théologien et l’autre philosophe change-t-il quelque chose à l’affaire ? Il semblerait que non. Sur un certain nombre de points,
tout au moins. Spinoza et Bekker utilisent parfois des arguments comparables.
Mais, à propos de deux arguments de Boxel, à savoir qu’il doit exister un corps
sans esprit comme il y a un esprit sans corps et que les spectres doivent exister
parce qu’ils ressemblent plus à celui-ci que les créatures corporelles, Bekker
avance au contraire de Spinoza un argument dualiste, en indiquant qu’il s’agit
alors de deux substances séparées et qu’il n’y a pas de comparaison possible
entre Dieu, la substance corporelle et la substance pensante. Spinoza argumente,
au contraire de Bekker, qu’il n’y a pas de comparaison possible entre Dieu et
le monde, entre l’infini et le fini
[55].
Spinoza n’était pas le seul à combattre la superstition, mais il est clair que
sa position est assez unique. Il est philosophe et non théologien. En plus, comme
on a pu le constater, il n’utilise pas des notions en usage chez les réformés, les
catholiques, ou les cartésiens : il a ses propres notions. Il est bien clair que dans
l’argumentation spinoziste, il ne s’agissait plus de quelques adaptations à des
conceptions existantes, mais d’innovations éclairées. Il reste que le contexte
historique dans lequel cette scène philosophique s’est jouée est le même. Que
quelqu’un comme Spinoza ait été vu dans le contexte hollandais du XVIIe siècle
comme un athée, est en fait assez normal. Même un ministre calviniste qui osait
utiliser le cartésianisme était traité comme un athée à l’époque. Avant tout, il
faut éviter de trop adhérer au « mythe » d’un Spinoza étranger aux débats de
son temps. En vérité, on ne peut l’en abstraire et ignorer les données historiques
pouvant éclairer des aspects de sa philosophie. Les idées de Spinoza étaient
bien éclairantes, mais les questions dont la correspondance offre un exemple
restaient de son temps.
[1]
S. NADLER,
Spinoza, Amsterdam, 2001, p. 400.
[2]
J.-B. STOUPPA,
De religie van de Hollanders, vertoont in diversche brieven, 1673.
[3]
SPINOZA,
Œuvres complètes, éd. Caillois, Francès, Misrahi, Paris, 1954.
[4]
KB catalogus.
[5]
Voir :
http :// www. familysearch. org.
[6]
Hugo Boxel avait cinq enfants : Daniel (1639), Pieter (1640), Johannes (1645), Hugo (1647),
Elias (1649).
[7]
A. TELDERS,
Alfabetische naamlijst van de leden van de stedelijke regering van Gorinchem,
Gorinchem, 1959-1968.
[8]
J. VAN OUDENHOVEN,
Beschryvinge der stadt Heusden, Amsterdam, 1743.
[9]
P. DIBON,
L’Enseignement philosophique dans les universités néerlandaises à l’époque précartésienne (1575-1650), p. 125.
[10]
Le NNBW signale que la promotion a eu lieu le 14 juillet 1626.
[11]
P. DIBON,
L’Enseignement philosophique dans les universités néerlandaises à l’époque précartésienne (1575-1650), p. 121.
[12]
H. BOXEL,
Disputatio inauguralis continens assertiones miscellaneas philosophicas, etc.,
Lugduni Batavorum, 1626, British Library, recueil 534. C. 36 (62).
[13]
H. BOXEL et H. FELICIUS,
De communione et Societate deque lucro et quaestu, Gorinchem,
1666.
[14]
W. KLEVER, « De spoken van Hugo Boxel »,
Bzzletin Literair Magazine, n
o 204, p. 53-64,
p. 64.
[15]
C. NEOSTADIUS et H. BOXELIUS,
De feudi juris scripti, & Hollandici, West-Frisicique successione, Gorinchemi, 1670, p. 191.
[16]
SPINOZA,
Œuvres complètes, éd. Caillois, Francès, Misrahi, Paris, 1954, p. 1231.
[20]
SPINOZA,
Briefwisseling, p. 492; J. COBBEN,
De opvatting van Johannes Wier over bezetenheid, hekseij en magie, Assen, 1960.
[21]
L. LAVATER,
De spectris, lemuribus et magnis insolitis fragoribus et praesagitionibus quae
obitum hominum, clades mutationesque imeriorum praecedunt, Genève, 1570.
[22]
CARDANUS,
De rerum varietate libri XVII, Bâle, 1557;
De subtilitate libri XXI, Bâle, 1560.
[23]
Voir : http ://perso.wanadoo.fr/charles.kempf/rs1859/18590306.htm.
[24]
SPINOZA,
Œuvres complètes, p. 1237.
[31]
F. BARBARAS, « Spinoza et Démocrite », dans
Studia Spinozana, vol. 12,1996.
[32]
SPINOZA,
Œuvres complètes, p. 1248.
[33]
F. KUYPER,
Bibliotheca fratrum Polonorum quos unitarios vocant, Amsterdam, 1668.
[34]
F. KUYPER,
Korte Verhandeling van de Duyvelen, Rotterdam, 1676; F. KUYPER,
Filosofisch
en Historiaal Bewijs dat ’er Duyvelen zijn, Rotterdam, 1678.
[35]
COLLINS,
A Discourse of Free-Thinking, Londres, 1713.
[36]
A. FIX,
Fallen Angels : Balthasar Bekker, Spirit Belief and Confessionalism in the Seventeenth
Century Dutch Republic, Dordrecht, 1999, p. 4, n. 3.
[37]
Voir E. DIJKSTERHUIS,
De mechanisering van het wereldbeeld, Amsterdam, 1950.
[38]
B. EASLEA,
Witch-hunting, Magic and the New Philosophy : An Introduction to Debates of
the Scientific Revolution 1450-1750, Sussex, 1980.
[39]
«
It was not freethinking which has cured belief in witchcraft, but rather the general’growth
of philosophy and medicine » (R. BENTLEY,
Remarks upon a Late Discourse of Free-Thinking,
Londres, 1713,32,4; J. ISRAEL,
Radical Enlightenment. Philosophy and the Making of Modernity,
1650-1750, Oxford, 2001, p. 377.
[40]
Il s’agit probablement du médecin mennonite Anthonie Van Dale, l’auteur du
De oraculis,
qui était d’ailleurs ami intime de Bekker (A. VAN DALE,
De oraculis ethnicorum dissertationes
duæ, Amsterdam, 1683).
[41]
A. FIX,
Fallen Angels : Balthasar Bekker, Spirit Belief and Confessionalism in the Seventeenth
Century Dutch Republic; A. FIX, « Bekker and Spinoza », dans W. VAN BUNGE et W. KLEVER,
Disguised and Overt Spinozism Around 1700, Leyde, 1996, p. 23-40 ; B. BEKKER et W. VAN BUNGE,
Die Bezauberte Welt (1693), Stuttgart, 1997; J. ISRAEL,
Radical Enlightenment. Philosophy and
the Making of Modernity, 1650-1750, Oxford, 2001, p. 377-395.
[42]
B. BEKKER,
Kort Begryp der algemeine Kerkelyke Historien, Zedert het Jaar 1666 daar
Hornius eindigt, tot den Jare 1684, Amsterdam, 1739, p. 38.
[43]
W. VAN BUNGE, « Balthasar Bekker’s Cartesian Hermeneutics and the Chalenge of Spinozism »,
The British Journal for the History of Philosophy, 1,1993, p. 55-79.
[44]
W. VAN BUNGE, « Du
Betoverde Wereld au monde enchanté. Traces de Bekker dans les
premières lumières françaises », dans
Materia Actuosa, Antiquité, Âge classique, Lumières, Paris,
2000, p. 453-471, p. 454-455.
[45]
«
So wie dit boek met een opmerkend en onzijdig hart doorlezen wil, hij zal er dat in zien.
Hoewel ik gerust ben, zo weet ik echter, dat zoveel het gebruik der Rede hier aanbelangt, ik diegene
het minst zal voldoen, die Descartes’ grond gans verwerpen ; waarna ik geest en lichaam van
elkaar onderscheidt : invoegen dat met een dulle doling van Spinoza, die God en de wereld ondereen
vermengt te krachtigsten weersproken wordt » (B. BEKKER,
De Betoverde Wereld, Rotterdam, 1691-1694, liv. I, Avant-propos, p. 1).
[46]
A. C. DUKER,
Gisbertus Voetius, Leyde, 1893-1915 (2
e éd. Leyde, 1989), 4 vol.; W. J. ASSELT
et E. DEKKER (éd.),
De Scholastieke Voetius, Zoetermeer, 1995; J. VAN OORT, C. GRAAFLAND, A. DE
GROOT, O. J. DE JONG, (éd.),
De onbekende Voetius, voordrachten wetenschappelijk symposium
Utrecht 3 maart 1989, Kampen, 1989; J. A. VAN RULER,
The Crisis of Causality, Leyde, 1995;
P. DIBON,
L’Enseignement philosophique dans les universités néerlandaises à l’époque précartésienne (1575-1650); F. SASSEN,
Geschiedenis van de Wijsbegeerte in Nederland; W. VAN BUNGE,
From Stevin to Spinoza, p. 37-41 ; T. VERBEEK,
La Querelle d’Utrecht, Paris, 1988.
[47]
W. VAN BUNGE,
From Stevin to Spinoza : An Essay on Philosophy in the Seventeenth-Century
Dutch Republic, Leyde, 2001; T. A. MC GAHAGAN,
Cartesianism in the Netherlands, 1639-1676.
The New Science and the Calvinist Counter-Reformation (Diss.), Pennsylvanie, 1976; Rienk VER-MIJ,
The Calvinist Copernicans. The Reception of the New Astronomy in the Dutch Republic,
1575-1750, Amsterdam, 2002.
[48]
«
Naecktheyt van de Cartesiaensche philosophie, ontbloot in een antwoort op een Cartesiaensch libel, genaemt : Bewys, dat het gevoelven van die gene, die leeren der sonne-stilstandt, en
des aerdtrijcks beweging niet is met Gods woort [van Lambert van Velthuysen] (Utrecht, 1655) ;
Den ingetoomden Cartesiaen, ofte korte antwoordt op een Cartesiaensch libel, genaemt Wiskonstich
bewijs van d’onnoselheyt, & c. (Leiden, 1656); Schadelichheyt van de Cartesiaensche philosophie,
ofte Klaer bewijs, hoe schadelick die philosophie is, soo in het los maecken van Godes h. woordt,
als in het invoeren van nieuwe schadelicke leeringen... (Utrecht, 1656). »
[49]
«
Een Kristen heeft door het geloof het gebruik van de gezonde rede niet afgestaan, doch
als hij vastberaden is, nog versterkt en verbeterd. Zulks doet hij – de Kristen – door de schrift, van
God ingegeven, en aan de Rede voorgesteld; om door haar ingeschapen licht te zien dat ze – de
Rede – van God is » (B. BEKKER,
De Betoverde Wereld, liv. II, p. 1).
[50]
«
Door Geest verstaan wij dan een wezen dat in alles onlichamelijk is en de minste gemeenschap met een lichaam niet en heeft » (B. BEKKER,
De Betoverde Wereld, liv. II, p. 5).
[51]
B. BEKKER,
De Betoverde Wereld, liv. II, p. 7.
[52]
Ce qui en outre ne signifie pas que l’âme reçoit tout à coup des caractéristiques corporelles
parce que s’ils étaient pareils, on ne parlerait plus d’un esprit mais d’un corps.
[53]
KNUTTEL, p. 204; B. BEKKER et W. VAN BUNGE, p. 27.
[54]
«
Van al hetgene dat tot hiertoe is geleerd, is het einde van de sake : Verwerpt d’ongoddelike
en oudwijfsche fabelen, en oefent uselven tot Godsaligheid » (B. BEKKER,
De Betoverde Wereld,
liv. IV, p. 272).