L’« argument de l’illusion » et la philosophie cartésienne des idées
Kim Sang ONG-VAN-CUNG
Dans Le Langage de la perception, Austin critique la conception habituelle de la perception qui pose que nous ne percevons pas directement les objets, mais
des sense data, nos idées, ou des impressions sensibles. Il souligne, contre Descartes,
que nos sens sont muets et il montre que le but de l’argument de l’illusion est de rendre
réelles les entités intermédiaires. Dans cet article, j’examine les analyses du bâton qui
paraît cassé dans l’eau dans les Sixièmes Réponses pour montrer en quoi elles diffèrent de celles fournies par Austin et je montre que dans la philosophie cartésienne des
idées, traiter la perception comme un acte mental n’implique pas de considérer les
représentations comme des objets qui sont perçus. Grâce à la notion arnaldienne de
« réflexion virtuelle », je présente une conception cartésienne de la réalité objective
des idées qui ne pose pas d’« êtres représentatifs » dans la perception. Et c’est à la
lumière de la mémoire de soi que j’interroge la radicalité de la conception austinienne
de la perception.
In Sense and Sensibilia, Austin give a critical analysis of the usual
conception of perception which states that we do not perceive directly material objects
but sense data, ideas, or impressions. He underlines, against Descartes, that our senses
are dumb and point out that the aim of the argument of sensory illusion is to posit some
sort of intermediary entities. In this paper, I focus on the cartesian example of the stick
which seems broken in water in Sixth Responses to show if there are any differences
between his statements and Austin’s about what is really perceived. I emphasize that
considering that perception is a mental act does not implicate that the representations
are the perceived objects. With the notion of « virtual reflexion » used by Arnauld in his
Des vraies et des fausses idées, to explain the objective reality of ideas in Descartes’
thought, I expose a cartesian philosophy of ideas which does not posit representative
beings, and I examine under this light the radical austinian conception of perception.
• LANGAGE ORDINAIRE ET PERCEPTION
• AUSTIN ET L’ARGUMENT DE L’ILLUSION
• L’IDÉE ET L’OBJET