2004
Revue de Métaphysique et de Morale
L’usage des sens
Christophe Alsaleh
Paris I
La thèse austinienne du « silence des sens » et l’interprétation que Charles Travis en a donnée sont examinées afin d’en évaluer ensuite quelques conséquences
pour la psychologie et l’épistémologie de la perception.
We first consider an austinian idea – the « silence of the senses » –
together with a construal of this idea by Charles Travis. Then we proceed by urging
some consequences of this idea on the epistemology and psychology of perception.
La thèse du « silence des sens » consiste à affirmer que rien dans le « donné »
des sens ait quoi que ce soit à voir avec quelque chose qui pourrait être comparé
formellement avec une proposition. La parenté de cette thèse (présentée dans
la première partie de ce travail) avec les idées des partisans d’un contenu non
conceptuel de la perception est frappante. L’objet de la deuxième partie de ce
travail est d’évaluer l’actualité sur cette question d’un certain nombre d’idées
d’Austin.
La thèse du « silence des sens »
Austin formule cette thèse à trois reprises :
(SAD I). « Are There A Priori Concepts ? » (1939, p. 48)
à l’opinion de MacLagan, qui défend apparemment la théorie des sense-data,
selon lequel un sensum ainsi qu’une proposition nous sont donnés dans l’expérience, la proposition étant réputée « incorrigible », Austin répond :
... sensa are dumb, and nothing is more surely fatal than to confuse sensing with
thinking.
... les sensa sont muets, et rien n’est plus sûrement fatal que de confondre le sentir
et le penser.
(SAD II). « Other Minds » (1946, p. 90)
... sensa are dumb, and only previous experiences enables us to identify them. If we
choose to say that they « identify themselves » (and certainly « recognizing » is not
a highly voluntary activity of ours), then it must be admitted that they share the
birthright of all speakers, that of speaking unclearly and untruly.
... les sensa sont muets, et seule notre expérience passée nous permet de les identifier.
Si nous choisissons de dire qu’ils « s’identifient » (et « reconnaître » n’est certainement pas une activité très volontaire de notre part), il faut alors admettre qu’ils
partagent un même droit inné avec quiconque parle : celui de parler de façon confuse
ou inexacte. [Traduction française légèrement modifiée.]
Soit les sens ne disent rien, soit nous nous exprimons à leur sujet comme s’ils
disaient quelque chose, mais alors ce n’est certainement pas un argument (au
contraire, même) pour dire qu’ils procurent une évidence indétrônable (qu’ils
sont incorrigibles).
(SAD III). Sense and Sensibilia (1962, p. 11)
In fact, of course, our senses are dumb – though Descartes and others speak of « the
testimony of the senses », our senses do not tell us anything, true or false.
Il est évident qu’en réalité nos sens sont muets. Quoique Descartes et d’autres parlent du
« témoignage de nos sens », nos sens ne nous disent rien du tout ni en vrai ni en faux.
Le problème avec la thèse (SAD) est qu’il est difficile de voir en quoi quelqu’un
pourrait soutenir que les sens, au sens propre du mot « muets », ne sont pas
muets. Appelons (non-SAD), néanmoins, cette thèse que (SAD) est censée nier.
Austin donne, d’une part, un certain nombre de motifs qui amènent à croire que
(non-SAD) et, d’autre part, associe l’adoption de (non-SAD) à la confusion de
la pensée et de la connaissance (thinking, knowing) avec la perception (sensing),
exactement la confusion que Prichard (1936) reproche à la théorie des sensedata. D’ailleurs, c’est toujours dans un contexte de critique des sensa que Austin
avance la thèse (SAD).
Motifs qui amènent à adopter (non-SAD) :
– la croyance dans les « concepts ».
Je perçois ce qui est décrit en français au moyen de deux pronoms démonstratifs et
d’une phrase adverbiale [c’est-à-dire que je ne perçois pas la relation « se trouver à
la droite de »]. Chercher une entité isolable correspondant au dernier, est une mauvaise
habitude encouragée par le fait de parler de « concepts ». [Austin 1939, p. 49; nous
soulignons.]
– l’usage transitif de connaître/savoir
Il se peut que la tendance à négliger les problèmes de reconnaissance soit entretenue
par notre propension à employer un objet direct après connaître/savoir. [Austin 1946,
p. 96.]
Il se peut que l’emploi non critique de l’objet direct après connaître/savoir soit une
des choses qui conduisent à l’idée que (ou à parler comme si) les sensa [...] parlent
ou sont (parlaient ou étaient) étiquetés par nature, de sorte que je peux littéralement
dire ce que je vois [...]. Mais ce n’est sans doute qu’une façon de parler. [Austin 1946,
p. 97.]
Dans la dernière citation, (non-SAD) est définie plus précisément comme la
croyance que les choses sont étiquetées (labeled) par nature de sorte que je
peux « dire ce que je vois ». Or, d’après Austin, je ne dis pas ce que je vois.
Les choses se passent plutôt de la manière suivante :
... au sens strict, nous ne sentons pas « du rouge » ou « du bleu » pas plus que nous
ne sentons « une ressemblance » (pas plus des « qualités », pas plus des « relations ») :
nous sentons quelque chose dont nous pourrions dire, si nous souhaitons en parler,
que « c’est rouge » : et ainsi nous sentons quelque chose dont nous pourrions dire, si
nous souhaitons en parler, que « ceci est semblable à cela », ou que « ce rouge
ressemble à ce rouge ». Si nous persistons à essayer de dire ce que nous sentons (ce
qui est impossible), on peut toujours essayer « je sens A-ressemblant-à-B » : et voir
si cela donne quelque chose. [Austin 1939, p. 49.]
Les problèmes de reconnaissance tiennent justement à la possibilité d’identifier
des situations, au moyen de mots que nous avons employés avec plus ou moins
de succès dans des situations similaires. Il est évident que si nous pensons qu’il
y a une seule sorte d’identification possible, et que la méthode de cette identification est littéralement portée par la chose même, alors les problèmes de
reconnaissance passent au second plan.
... les sensa sont muets, et seule notre expérience passée nous permet de les identifier.
[SAD II.]
L’insistance sur le « nous » ne doit pas être prise à la légère. Pour l’empirisme
classique, l’expérience n’est conçue que comme « subjective », comme ne
concernant que la personne qui fait l’expérience qu’elle fait au moment où elle
la fait (cela ne veut pas dire que les objets de l’expérience sont privés ou
internes). L’article 1 des Principes de la connaissance humaine de Berkeley est
particulièrement significatif : « j’ai les idées de la lumière et des couleurs [...]
je perçois... le dur et le mou [...]. » Or, Austin parle bien de « notre expérience
passée ». Il ne veut pas dire bien sûr que l’expérience sensible soit collective,
ce qui serait un non-sens. Mais le non-sens, pour Austin, est de croire, avec ce
qu’il pense être une bonne partie de la philosophie de la connaissance traditionnelle, que le problème de la connaissance humaine peut se poser correctement comme un problème subjectif. Quand il critique le Mythe du Donné et
les sense-data, Austin conclut :
Cela me semble erroné, et pourtant cette idée a été, sous des formes plus ou moins
subtiles, à la base de nombreux développements philosophiques. Peut-être est-ce le
péché originel (la pomme de Berkeley, l’arbre dans le jardin) par lequel le philosophe
se chasse lui-même du paradis dans lequel nous vivons. [Austin 1946, p. 90.]
D’après Austin, la théorie de la connaissance traditionnelle oublie que le problème de la connaissance ne peut pas se poser de manière subjective, en particulier parce que la signification d’un mot est un phénomène fortement intersubjectif, pour dire les choses un peu brutalement.
comprendre [un mot] veut dire [...] faire usage comme nous, ou la plupart des gens
[...] en font usage; ou, pour dire les choses autrement, les caractéristiques de mon
expérience, à propos desquelles on demande si je les ai ou non remarquées, exigent
d’être désignées par référence à certaines expériences précises d’autres personnes.
[Austin 1939, p. 42.]
Je ne comprends donc pas le mot « rouge », par exemple, par référence à une
expérience privée faite dans un passé plus ou moins proche, mais par rapport à
l’expérience d’autres personnes. Austin défend cette conception positive qui
sous-tend la thèse générale (SAD).
Deux types de motifs semblent, pour Austin, empêcher un accès à la conception correcte des choses (le paradis dont le philosophe traditionnel de la connaissance s’est lui-même chassé), d’une part le fait de parler de « concepts », et,
d’autre part, l’usage transitif non critique du verbe « connaître ».
... quand M. Wisdom parle en général de « connaître ses sensations », il veut probablement dire que c’est équivalent à « savoir ce qu’il voit, sent, etc. », tout comme
« connaître le gagnant du Derby » signifie « savoir qui a gagné le Derby ». Mais ici
encore, il semble que l’on considère que les expressions « savoir ce que » ou « savoir
qui », etc. – inconsciemment et de façon erronée – corroborent la pratique qui consiste
à mettre un complément d’objet direct après savoir/connaître. « Ce que » est susceptible d’être compris comme le pronom relatif, « cela que » [that which]. Or c’est une
faute de grammaire. « Ce que » et « qui » peuvent bien entendu être des pronoms
relatifs, mais dans « savoir ce que tu sens » et « savoir qui a gagné » il s’agit du
pronom interrogatif (en latin quid, et non quod). À cet égard, « je peux sentir ce qu’il
sent » est différent de « je peux savoir ce qu’il sent ». « Je sais ce qu’il ressent » ne
signifie pas « il existe un x tel que je le connais et qu’il le ressent », mais « je connais
la réponse à la question “que ressent-il ?” ». Il en va de même pour « je sais ce que
je ressens » qui ne veut pas dire qu’il y ait quelque chose qu’à la fois je connais et
ressens [this does not mean that there is something which I am both knowing and
feeling]. [Austin 1946, p. 96.]
Austin reprend l’idée de Prichard, à savoir que les erreurs des théoriciens des
sense-data ou des affirmations de la perception immédiate viennent d’une confusion entre la connaissance et la perception. Mais Austin dit exactement le contraire
de ce que Prichard prétend. Alors que Prichard affirme que les théoriciens des
sense-data ont tort de voir dans la perception l’appréhension directe d’une chose
(comme c’est le cas dans la connaissance), Austin affirme que le tort est de voir
dans la connaissance l’appréhension directe d’un objet, le même que celui qui
ferait l’objet d’une perception. Prichard reproche aux théoriciens des sense-data
de prendre la perception pour une forme de connaissance. Austin reproche aux
théoriciens des sense-data (ou plutôt aux fondationnalistes) de prendre la connaissance pour une sorte de perception. La faute n’est pas tant de chercher des objets
qui soient ceux de la perception ou de la connaissance, que de croire qu’il existe
quelque chose qui puisse être appréhendé à la fois dans une perception et dans
une connaissance. Le fait d’avoir, présent à soi, des choses et un environnement
ne préjuge en rien de la manière dont nous allons pouvoir, avec nos identifications
et nos assertions, rendre compte de ce qu’il y a dans cet environnement, selon des
objectifs et des intérêts déterminés. Et nos capacités conceptuelles et les conditions de cet exercice n’entraînent pas une dépendance de la réalité par rapport à
ces mêmes capacités. Autrement dit, le monde n’est pas fait de propositions, sur
lesquelles nous devrions adapter nos attitudes mentales. Et quand nous disons
quelque chose à propos du monde, nous ne nous appuyons pas non plus sur des
représentations qui seraient structurées comme des propositions. Ce sont à peu
près toutes les implications de la thèse austinienne du « silence des sens ».
L’idée d’« expérience austinienne » (Charles Travis, 2003)
L’expérience concerne notre relation au monde, et, en particulier, la manière
dont nous investissons ce que nous savons (que ce soit sous la forme de la
manière dont nous savons utiliser des mots, ou dans la possession d’un ensemble
de concepts) dans ce que nous sentons.
Charles Travis oppose deux idées de l’expérience, en se concentrant sur le
problème de l’expérience perceptive, une idée qu’il appelle « expérience strawsonienne », et une idée qu’il appelle « expérience austinienne ». D’après Charles
Travis, il faut faire remonter l’opposition entre les deux conceptions de l’expérience à l’opposition entre deux conceptions de la vérité, celle d’Austin et celle
de Strawson.
La conception austinienne de la vérité concerne la relation des mots au monde. C’est
par conséquent une conception de notre relation au monde, et de la façon dont cette
relation est effectuée par l’expérience. [...] Par conséquent, la conception opposée de
la vérité – celle représentée par Strawson, parmi d’autres – est une conception de
notre relation au monde, et par là, de la façon dont l’expérience peut se rapporter à
la pensée. [Travis 2003, p. 222.]
D’après Travis, la conception strawsonienne de la vérité concerne des conceptions où une proposition peut être vraie dans la mesure où elle saisit la structure
des faits. Cette structure serait également partagée par la pensée. Cela voudrait
dire que la manière dont une pensée peut en engendrer plusieurs autres ou se
trouver dans une relation de justification avec plusieurs autres pensées serait
donc similaire à la manière dont les faits se trouvent enchaînés les uns avec les
autres, mais ce que nous pouvons dire se trouve également être défini par le
même réseau de contraintes.
J’appellerai cette structure partagée structure conceptuelle. Ainsi le langage, la pensée
et le monde sont alignés les uns derrière les autres. Ce que nous disons est rendu le
cas par des caractéristiques du monde (de l’état des choses) qui sont elles-mêmes
essentiellement structurées avec exactement la même structure que celle que nous
disons. [Ibid., p. 224.]
Il est vrai que la manière dont Strawson envisage le problème de la perception,
de l’expérience perceptive, suppose cette structure conceptuelle. Mais c’est très
précisément parce que ce que Strawson appelle le schème conceptuel est censé
rapporter les conditions de toutes nos pensées du monde. D’après Strawson, les
énoncés les plus empiriques, les énoncés perceptifs, sont ceux sur lesquels nous
nous appuyons de manière privilégiée, parce que nous pensons qu’ils sont causés
par le monde. Le réalisme direct de Strawson (et de Grice) consiste ni plus ni
moins à dire que ce que sont les faits dans le monde nous est rapporté par les
énoncés-A (A comme « Avoir l’air »), c’est-à-dire des énoncés qui rapportent
l’impression visuelle ou apparence qu’un sujet d’expériences peut avoir à un
moment donné. Il se peut très bien être le cas que ce que rapportent les énoncés~A n’est pas le cas (pour cette raison, Strawson et Grice ont, comme le note
Snowdon, une interprétation notionnelle des énoncés-A), mais cela ne change
rien au fait que les énoncés-A constituent l’alpha et l’oméga de toute pensée
empirique. Strawson trouve dans la causalité exactement le type de contrainte
dont il a besoin pour que le monde, le langage et la pensée soient alignés (selon
une image évoquée par Wittgenstein, dans le § 96 des Philosophische Untersuchungen, et rapportée par Travis [ibid., p. 222]).
Je dois supposer que mon expérience exerce ce type de contrôle sur moi si je dois
véritablement penser les choses. Ce n’est pas dire qu’elle exerce toujours un tel
contrôle. L’expérience peut causer que je pense des choses. Mais elle peut aussi
échouer systématiquement à imposer des exigences sur ce que je dois rationnellement
penser. [Ibid., p. 225.]
Le problème de l’« expérience strawsonienne » est que ce type de contrainte
(causale) ne peut pas rendre compte du fait que j’arrive à avoir des pensées à
propos du monde en m’appuyant sur ce que je perçois. En réalité, ce qui manque
à la conception strawsonienne est de parvenir à discipliner ce qui est perçu, non
pas en tant que cela fait partie de l’expérience, mais en tant que cela fait partie du
monde. Cela n’est pas tout de pouvoir systématiser, à l’aide des énoncés-A, la
manière dont les choses nous apparaissent, il faut encore pouvoir discipliner la
manière dont les choses nous apparaissent, en tant qu’elles font partie du monde.
Sinon, il est impossible d’expliquer, selon cette conception, pourquoi ce qui est
le cas dans le monde impose que je pense que c’est exactement cela qui est le cas.
Le pas à franchir est fait par Gareth Evans (1982, p. 100-104), sous la forme
de la « contrainte de généralité ». Cette contrainte est censée donner la manière
dont les pensées sont structurées, de façon à comprendre comment le « niveau
fondamental » de la pensée peut s’articuler, ce niveau fondamental rendant
possible que nous ayons, en général, des pensées à propos du monde. La
contrainte de généralité dit très précisément que :
si nous soutenons que la compréhension qu’un sujet peut avoir de « Fa », et la
compréhension qu’un sujet peut avoir de « Gb » ont une structure, nous sommes
obligés d’admettre que le sujet pourra également comprendre les phrases « Fb » et
« Ga ». Et nous devons, en plus, admettre qu’il y a une explication commune pour la
compréhension qu’a le sujet de « Fa » et « Ga », et une explication commune pour
la compréhension qu’a le sujet de « Fa » et « Fb ». [Evans 1982, p. 101.]
C’est-à-dire que, pour un item donné (c’est-à-dire une chose avec une certaine
propriété), nous devons disposer de certaines capacités conceptuelles pour pouvoir l’appréhender, de manière à l’intégrer dans une pensée. C’est de la combinaison des concepts, et de cette bonne combinaison que dépend la possibilité
qu’il y ait des pensées à propos du monde. D’après Travis, cette conception est
l’aboutissement de l’« expérience strawsonienne ».
L’idée est alors que certaines des choses dont nous faisons l’expérience – et donc des
parts de ce qui est en fait présent dans notre environnement – doivent être des items
ainsi identifiés. En ce cas, cela demanderait des capacités conceptuelles particulières,
déployées à travers certaines relations des unes avec les autres, que d’enregistrer ces
items comme ceux qui se sont présentés à une personne. Selon la généralisation de
l’idée d’Evans, c’est par ces capacités, leurs déploiements ainsi reliés, que l’item est
identifié comme celui qu’il est. Les items ainsi différenciés, tout en appartenant au
monde, seraient des items avec une structure conceptuelle dans le présent sens du
terme. Tel est ce que doit être un item du monde pour se tenir dans la relation dans
laquelle il doit se tenir s’il doit être une raison de penser telle ou telle chose. [Travis
2003, p. 228.]
D’après Travis, la position « conceptuelle » (le contenu d’une perception est
conceptuellement structuré) de McDowell, et la position « non conceptuelle »
(le contenu d’une perception est organisé selon un mode propre à la perception,
et non conceptuel) d’Evans souffrent du même défaut, à savoir supposer que
les pensées ont besoin d’avoir une structure conceptuelle afin de pouvoir être
à propos du monde. Le niveau fondamental de la pensée, chez Evans, et l’espace
des raisons, chez McDowell, s’appuient sur cette idée de « structure conceptuelle ». L’origine de cette conception est le genre de préoccupation que peut
entraîner le cohérentisme de Davidson, selon lequel « rien ne peut contraindre
une croyance sinon une autre croyance ». On peut toujours amender cette formule, à la manière d’Evans, en disant que rien ne peut contraindre une pensée,
sinon une autre pensée, ou que rien ne peut contraindre une raison, sinon une
autre raison, comme McDowell.
D’après Evans, il faut comprendre la pensée comme s’appliquant à des résultats non conceptuels de la perception, mais il n’en demeure pas moins que la
formation des pensées sur les résultats de la perception est gouvernée par la
contrainte de généralité, la meilleure formulation que l’on puisse trouver de
l’idée de structure conceptuelle. D’après McDowell, ce sont les capacités
conceptuelles du type de celles qui sont indiquées par Evans qui s’appliquent
dans la réceptivité. Mais c’est à cette même conception que s’oppose la notion
d’une « expérience austinienne ». Et, si nous voulons adopter cette conception,
si nous jugeons qu’il s’agit de la bonne conception de l’expérience, alors,
... nous ne devons pas seulement amender la maxime de Davidson, nous devons y
renoncer complètement. [Ibid., p. 233.]
D’après Travis, l’« expérience austinienne » peut même nous éviter d’avoir à
nous trouver dans les parages du Charybde du « naturalisme » (ou du « fondationnalisme ») et du Scylla du « cohérentisme », et d’échapper à un certain
nombre de désagréments, notamment le fait d’être entraîné dans une oscillation
philosophique permanente entre deux extrêmes, dont la sortie honorable
consiste, pour McDowell, à adopter le « second naturalisme ».
L’idée d’« expérience austinienne » va plus loin qu’une argumentation en
faveur du non-conceptualisme (thèse selon laquelle la perception a des formes
d’organisation autonome qui ne dépendent pas de nos capacités conceptuelles). À strictement parler, même si la thèse du silence des sens est plus
proche du non-conceptualisme que du conceptualisme, au moins en ce qu’elle
suppose que ce que nous percevons n’est pas structuré par des concepts, il
ne s’agit pas du non-conceptualisme. Le non-conceptualisme, par exemple
celui d’Evans, cherche à expliquer comment nos capacités conceptuelles
s’appliquent sur un donné de la perception qui n’est pas structuré conceptuellement, mais suppose que les pensées que nous avons à propos de ce que
nous percevons sont structurées conceptuellement, selon un mode de combinaison contrôlé par la contrainte de généralité. Or, sur ce dernier point, Austin, au moins en ce qu’il énonce la thèse du silence des sens, n’est pas
d’accord. D’une part, parce qu’il ne partage pas l’idée qu’il y a des concepts,
et, d’autre part, parce qu’il ne partage pas l’idée que la justesse des descriptions que nous pouvons faire, sur la base de ce que nous percevons,
dépende du bon exercice de nos capacités conceptuelles. La thèse du silence
des sens et l’« expérience austinienne », selon Travis, s’opposent à la fois au
conceptualisme et au non-conceptualisme. Qu’est-ce que l’« expérience austinienne » ?
Ce que nous recueillons dans l’expérience [...] est ce qui peut coller avec une description donnée [...] plus ou moins lâchement, de différentes façons, pour différents
objectifs, et qui peut ainsi être considéré comme collant avec une telle structure
donnée pour certains objectifs, en certaines occasions, et non pour d’autres objectifs,
en d’autres occasions [...] ce qui est ainsi appréhendé, quand nos sens sont dirigés
vers le monde, n’est pas quelque chose doté comme tel d’une structure conceptuelle
particulière : pour toute chose donnée qui nous est donnée, il n’existe pas de structure
particulière qui est la sienne propre, ou de façon propre dont elle est présentée comme
structurée. Les résultats de l’expérience – de nos sens – ne sont pas des items conceptuellement structurés. [Ibid., p. 229.]
Qu’est-ce qu’un Donné austinien ?
Qu’est-ce que la sensibilité nous présente, sur lequel nous pouvons alors exercer nos
capacités de reconnaissance, et, quand elles sont requises, nos capacités conceptuelles ? Une réponse simple est : c’est ce qu’il y a en réalité autour de nous; ce qu’il y
a qui est susceptible de nous être présenté (ou une partie de ceci, dans les limites de
ce que notre sensibilité peut détecter). [Ibid., p. 231.]
Si nous abandonnons la maxime de Davidson, alors cela veut dire que nous
pensons qu’une pensée peut très bien recevoir une contrainte d’autre chose
qu’une pensée, une croyance être contrainte par autre chose qu’une croyance,
sans que cette contrainte soit, par ailleurs, nécessairement causale. Ce qui
contraint la pensée à être ce qu’elle est est la manière dont le monde est. Mais
il n’est pas nécessaire que les choses dans le monde aient une structure conceptuelle pour être capables de contraindre la pensée. Il n’est pas nécessaire non
plus qu’il y ait une seule chose qui doive être pensée, pour penser que quelque
chose est le cas.
Ce dont je considère que c’est le cas en considérant qu’un cochon est devant moi est
quelque chose dont on pourrait dire que c’est le cas dans différentes descriptions,
différemment structurées. C’est quelque chose de structurable d’un nombre indéfini
de façons différentes. De plus, différentes occasions de dire qu’il est le cas requerront
de dire qu’il est structuré de différentes façons. [Ibid., p. 232.]
Le problème, cependant, est qu’il ne s’agit pas simplement, avec l’expérience,
de pouvoir dire que c’est le cas. Mais il s’agit également d’avoir des raisons de
penser quelque chose. Par exemple, je peux penser qu’il va pleuvoir. Comment
l’expérience, si elle est austinienne et non pas strawsonienne, peut-elle me
fournir des raisons de penser qu’il va pleuvoir, si elle ne me fournit pas des
items conceptuellement structurés, déjà bien enchaînés par ailleurs dans un
réseau de relations normatives ?
Ce qui contribue ici à la signification n’est rien en rapport avec la structure conceptuelle, mais plutôt des choses se rapportant à la façon dont le monde est, d’autres
façons, organisé. [Ibid., p. 233.]
Que les gens prennent leur parapluie, ou bien que le ciel se couvre de nuages
est une « indication fiable de la venue imminente de la pluie » (ibid., p. 234).
Mais il n’est pas nécessaire que le ciel et ses nuages, ainsi que les gens prenant
leur parapluie, soient des items conceptuellement structurés pour constituer des
raisons de croire qu’il va pleuvoir, ou bien des raisons de prendre mon parapluie
à mon tour.
Comment, selon la conception austinienne de l’expérience, puis-je avoir de telles
raisons ? Comme cela, par exemple : mes sens me présentent un état des choses; je
le comprends (le reconnaît) comme ce qu’il est ; je suis conscient (d’une partie) de
la signification qu’il signifie. [Ibid.]
La thèse du silence des sens intervient à ce point. Mes sens me présentent un
état de choses perçu. Je peux très bien appliquer différentes descriptions, qui
pourront être très différentes, et se trouver toutes vraies. Cela dépend essentiellement des objectifs et des circonstances. Cet état de choses peut être l’indication
de nombreuses choses différentes, qui dépendent également des circonstances
et des objectifs.
Mais l’important est d’aborder la question de l’objectivité. N’est-ce pas parce
que les nuages sont porteurs de pluie, et non pas signe de pluie, que j’ai raison
de prendre mon parapluie, quand je vois des nuages ? Et, s’il pleut, n’est-ce
pas la meilleure preuve qu’il s’agissait bien de nuages, et non pas de brumes
dans mon cerveau ? Reprenons la situation. Dans le ciel se trouvent de gros
nuages noirs.
Cela fait partie de ce que je vois quand je regarde autour de moi. Cela fait partie de
ce que je vois, que je le sache ou non. Heureusement, cependant, je le sais bel et
bien. [Ibid.]
Je peux distinguer un nuage quand j’en vois un, je peux voir quand il y a de
gros nuages dans le ciel.
À cet égard, alors, je prends les choses pour ce qu’elles sont. Je n’ai pas manqué cet
aspect de l’état des choses. Et je ne prends pas non plus quelque chose ici présent
pour quelque chose d’autre. [Ibid.]
Il n’est donc pas nécessaire que l’expérience me présente des items conceptuellement structurés pour que j’aie des raisons de penser quelque chose, en l’occurrence, dans l’exemple que nous avons pris, qu’il va pleuvoir.
Une fois que nous nous débarrassons de l’idée que les raisons doivent être conceptuellement structurées, tout cela n’est en rien problématique. [Ibid.]
L’exercice de la discrimination : acuité et attention
L’un des principaux reproches qui ont pu être faits aux partisans de la thèse
non conceptualiste (selon laquelle la perception a des formes d’organisation
autonome qui lui permettent une présentation de contenus n’impliquant pas la
mise en Å“uvre de concepts) est de mettre en avant qu’il y a certaines capacités,
essentielles à l’exercice de la perception, qui ne peuvent pas être des capacités
conceptuelles. Si nous percevons un item, nous sommes capables de le discriminer, d’y accorder une attention particulière, et nous sommes capables de le
faire avec plus ou moins d’acuité. D’après un partisan de la thèse non conceptuelle (et c’est apparemment également ce qui est impliqué par la notion
d’« expérience austinienne »), l’exercice de la discrimination précède (en un
sens non nécessairement strictement temporel d’ailleurs) l’exercice de la reconnaissance (qui suppose l’emploi de mots, ou l’exercice de capacités proprement
conceptuelles), et il n’est pas possible d’exercer la reconnaissance sans qu’au
préalable la discrimination ne se soit exercée. Les conceptualistes soutiennent
que l’on ne pourrait pas discriminer quelque chose sans concepts.
Evans donne pour argument en faveur de cet aspect essentiel de la thèse non
conceptuelle l’idée que le contenu de la perception est plus subtil, plus discriminé, que ce que le système de différences qui est celui de nos concepts permet
d’atteindre. L’exemple favori est celui des couleurs. On sait que l’Å“il peut
discriminer des dizaines de milliers de nuances. Le cerveau peut donc connaître,
pour reprendre la terminologie d’Evans, un très grand nombre, relativement aux
couleurs, de types d’états informationnels différents. Notre système conceptuel
de couleurs est loin d’être aussi différencié. McDowell répond qu’il ne s’agit
pas du genre d’arguments que l’on peut opposer à la thèse conceptuelle, dans
la mesure où, d’après lui, c’est toujours sous un concept qu’une couleur se
présente à notre attention, concept qui procède avec suffisamment d’acuité, ce
qui peut être exprimé linguistiquement à l’aide d’un démonstratif : « ce rouge-ci », « ce bleu-là ». D’après Evans, le cas des couleurs constitue un bon exemple,
où nous ne disposons pas de suffisamment de concepts pour que le contenu
perceptif (qui existe, puisque nous sommes capables de discriminer des dizaines
de milliers de nuances) soit conceptuel. McDowell rétorque alors qu’il est faux
que le contenu ne puisse pas être conceptuel. Pourtant, l’argument de McDowell
ne consiste pas tant à dire que « cette nuance » est un concept comparable à
« rouge » qu’à rappeler que la capacité qui correspond à l’application de « cette
nuance », « ce rouge », est une disposition à appliquer un concept dans telles
ou telles circonstances, c’est-à-dire que « ce rouge » ne fait pas référence à un
contenu perceptif non conceptuel, mais à une capacité typiquement conceptuelle.
En ce sens « être de cette nuance (où nous ne disposons pas forcément d’un
nom) » ne se comporte pas différemment de « être rouge ».
Prenons, par exemple, l’exemple de quelqu’un qui se rappelle la couleur d’une rose
qu’il n’a plus à portée de vue, et qui pense : « J’aimerais que les murs de ma chambre
soient peints de cette couleur. » Le genre de pensée auquel je fais allusion ici doit
être distingué de celle qui peut être exprimée par exemple de cette façon : « J’aimerais
que les murs de ma chambre soient peints avec la nuance de rose que j’ai vue à telle
ou telle occasion. » [McDowell 1994, p. 172.]
La deuxième manière de s’exprimer se résume à une pensée de second ordre,
indirecte, où je n’ai pas nécessairement à l’esprit la nuance en question. Mais
la première manière de s’exprimer correspond bien à l’exercice d’une capacité
conceptuelle par rapport à un échantillon de couleur. L’essentiel de l’argument
de McDowell, emprunté à Wittgenstein (Philosophische Untersuchungen,
§ 604), est que ce qui compte dans cette capacité conceptuelle est qu’elle puisse
également, et essentiellement, s’exercer par rapport à un échantillon qui n’est
pas seulement rapporté par la mémoire, mais qui est présent, devant les yeux.
Dire que la pensée en question est une vraie pensée ne revient pas à dire qu’elle
se rapporte à un mécanisme psychologique interne, mais à dire qu’il y a de
fortes chances pour que, confrontée à un échantillon de la nuance dont la
personne pense que cela serait une bonne couleur pour sa chambre, la personne
dirait : « C’est cette couleur. » Nous disposons donc d’un moyen d’appréhender
conceptuellement autant de couleurs qu’il est nécessaire selon nos objectifs.
McDowell répond ainsi à la question qu’Evans pose en ces termes :
On ne peut pas rendre compte de ce que c’est que d’être dans un état informationnel
non conceptuel en termes de dispositions à exercer des concepts à moins que ces
concepts ne soient supposés être infiniment ramifiés [to be endlessly fine-grained] ;
et pouvons-nous le supposer ? Est-ce que nous comprenons vraiment l’idée selon
laquelle nous avons autant de concepts de couleurs qu’il y a de nuances de couleurs
que nous pouvons discriminer par la sensibilité ? [Evans 1982, p. 229.]
Pour autant, l’idée que l’on puisse former un concept en adjoignant un démonstratif à un terme qui n’est pas démonstratif est intrigante, voire irritante. En
effet, on peut toujours admettre que de nouveaux concepts puissent être formés
en combinant d’autres concepts. La contrainte de généralité nous explique d’ailleurs que la formation des pensées se passe pour l’essentiel de cette manière.
Mais forme-t-on un concept à l’aide d’une ressource telle que le démonstratif ?
Dans le cas des couleurs, la ressource qui nous vient à l’esprit pour répondre à
la question posée par Evans est naturellement l’usage sur lequel McDowell
s’appuie. McDowell a raison d’insister sur le fait que, une fois qu’on a admis
qu’il s’agissait alors de concepts, il n’y a pas tellement de raisons pour que
« être-de-cette nuance » se comporte différemment d’« être rouge », c’est-à-dire
que la maîtrise de ces expressions est davantage révélatrice d’une capacité
conceptuelle (de reconnaissance) qu’expressive d’une discrimination préconceptuelle. Mais c’est une fois qu’on a admis que « cette nuance » était un
concept. La manière dont McDowell prend position sur cette question est solidaire de l’idée que McDowell se fait, comme le suggère Travis, d’une raison,
à savoir quelque chose qui doit être conceptuellement structuré. La position de
McDowell amène à dire que les capacités discriminatives et les capacités de
reconnaissance sont à peu près le même genre de capacités, à savoir des capacités
conceptuelles.
Pourtant, nous utilisons parfois certains mots, d’après une suggestion d’Austin
(1946, p. 84), pour indiquer que nous avons discriminé quelque chose, ce qui
nous permet d’appliquer certaines capacités conceptuelles (de reconnaissance),
sans pour autant être capables de préciser ce qui a été discriminé, qui nous
permet de reconnaître quelque chose comme étant d’un certain type.
Dans ce passage, Austin remarque que, même si l’activité de reconnaissance
engage à la fois la perception, le repérage d’un élément caractéristique, et la
mémoire, il n’est pas nécessaire que ce qui est repéré ou noté puisse être décrit
avec des mots.
Mais ce que nous voyons, ou encore percevons, n’est pas nécessairement descriptible
par des mots, et encore moins descriptible en détail, par des mots qui n’engagent à
rien, et par n’importe qui. [Austin 1946, p. 85.]
Reconnaître ne consiste donc pas à être capable de décrire. Cette idée, cependant, n’engage toujours pas sur l’existence d’une capacité de discrimination qui
se ferait distinctement de l’exercice d’une capacité conceptuelle. L’argument
de l’excès de ramification de l’expérience par rapport au nombre de mots dont
nous disposons (puisque Austin se refuse à parler de concepts) est néanmoins
présent chez Austin.
Étant donné le nombre limité et l’imprécision des mots qui, dans n’importe quelle
langue, permettent de classifier, par comparaison avec le nombre infini des caractéristiques que nous reconnaissons, ou pouvons identifier et reconnaître, dans notre
expérience, il n’est pas très étonnant que nous ayons très souvent recours à des
expressions commençant par « d’après » et « à », et que nous soyons incapables de
dire, de façon détaillée et précise, comment nous pouvons reconnaître quelque chose.
[Ibid.]
Dans certains cas, je suis capable d’appliquer un nom à une chose ou, plutôt,
je suis capable de faire une certaine assertion à propos d’une situation. Je peux
« reconnaître un air maussade, ou l’odeur du goudron » (ibid., p. 85), mais sans
être pour autant capable de décrire de façon précise ce que je reconnais. Mais,
par ailleurs, il y a un autre cas : je suis capable d’entrer dans les détails, de
distinguer « les nuances du vert, les marques de voiture d’après l’arrière du
véhicule » (ibid.) sans pour autant être capable de dire comment je reconnais
qu’il s’agit de tel ou tel vert, de telle ou telle marque de voiture. Dans ce cas,
d’après Austin, j’ai recours à des locutions comme « à son odeur », « d’après
sa forme ». Le pas décisif est fait par Austin de la manière suivante :
Ainsi, quand j’affirme que je peux reconnaître l’oiseau « à sa tête rouge », ou un ami
« à son nez », je laisse entendre qu’il y a quelque chose de particulier dans cette tête
rouge ou ce nez, quelque chose de particulier chez les chardonnerets ou chez cet ami
qui permet (toujours) de les, ou le, reconnaître. [Ibid.]
Tandis que, si j’emploie « parce que », je laisse entendre que...
... tout ce que j’ai remarqué [noted] ou besoin de remarquer, c’est que sa tête est
rouge (rien de particulier ou de bizarre sur la nuance, la forme, etc., de cette coloration); je laisse donc entendre qu’aucun autre petit oiseau anglais que le chardonneret
n’a une tête rouge. [Ibid.]
L’idée, semble-t-il, est la suivante. Nous recourons à des outils linguistiques
disposant d’une certaine imprécision pour limiter notre engagement, par rapport
à la manière dont nous expliquons comment nous reconnaissons quelque chose.
Austin affirme en même temps que, dans un cas, nous indiquons que nous avons
su discriminer quelque chose, avec un degré d’acuité et de précision qui dépasse
la précision que nous pouvons atteindre au moyen d’une description. C’est là
ce qui fait toute la différence avec l’emploi d’un démonstratif. Si, alors que j’ai
rapporté avec précision de quel vin il s’agit, je ne suis pas capable de dire avec
précision comment je le reconnais (puisqu’il s’agit alors d’une capacité de
reconnaissance : je mets un nom sur la chose), le fait de répondre néanmoins,
en disant « à cause de ce goût », ne revient pas du tout au même que de répondre
« d’après son goût ». Les deux expressions semblent néanmoins pallier la même
insuffisance, à savoir que je ne suis pas capable de mettre un nom sur ce qui
me permet de reconnaître le vin. Mais si, dans le cas de la première expression,
il s’agit de construire une expression qui puisse (très approximativement, cependant) jouer le rôle d’un nom propre (avec un démonstratif), il ne s’agit pas du
tout de la même chose avec la deuxième expression.
Il serait faux de vouloir faire un cas général, à partir de ces remarques
d’Austin. Il s’agit d’un exemple particulier. C’est du moins ce que la lecture
du passage semble incliner.
... reconnaître, au moins dans ce type de cas, consiste à voir, ou encore percevoir, une
des caractéristiques... [Ibid.; nous soulignons.]
Mais, néanmoins, il n’est pas anodin de reconnaître que, pour certains cas, nos
ressources linguistiques nous servent à indiquer que nous avons repéré des
choses que nous ne pouvons pas décrire au moyen de ces mêmes ressources. Il
l’est encore moins de reconnaître que nos mots peuvent seulement nous servir,
dans ce cas, à indiquer qu’un élément (nous ne savons pas lequel) nous a permis
de mettre un nom sur une chose, ou de faire une assertion à propos d’une
situation. Nous pouvons tout juste indiquer qu’il y a « quelque chose de particulier ou de bizarre, dans la forme, la couleur... » (ibid.). C’est du moins ce que
nous laissons entendre par ces formules imprécises. Il n’est pas possible de
soutenir ce genre d’explication sans en appeler à une capacité de discrimination
qui est distincte d’une capacité de reconnaissance. Cette capacité de discrimination peut s’exercer selon plusieurs dimensions : la forme, la couleur, etc. On
peut repérer qu’il y a quelque chose de particulier dans la forme ou dans la
couleur. Si on arrive par la suite à donner un nom à cette particularité, alors il
se peut qu’une nouvelle capacité de reconnaissance soit mise en Å“uvre, mais,
tant que nous avons recours au genre de formulations imprécises auxquelles
Austin fait allusion, il s’agit de mettre en Å“uvre une capacité de discrimination
qui concerne la perception. Cela ne veut pas dire que, dans tous les cas, nous
devons nous appuyer sur cette capacité de discrimination pour justifier le fait
que nous avons reconnu et identifié quelque chose; après tout, il y a bien des
cas où je mets d’emblée un nom sur la chose, où ce nom correspond parfaitement, et où je suis capable de donner une description, et de parfaire l’explication
de mon assertion, sans avoir recours aux expressions imprécises. Mais j’ai
toujours la possibilité de recourir à ce genre d’expressions. Et savoir que j’ai
toujours cette possibilité équivaut à savoir que je dispose de capacités de discrimination distinctes des capacités de reconnaissance.
Austin (1946) fait allusion à ce genre de capacités, à trois reprises :
(3) [je dois avoir appris à reconnaître ou distinguer les butors] et (4) [je dois avoir
réussi à reconnaître ou dire qu’il s’agit d’un butor], [signifient] que je dois avoir fait
preuve à la fois d’un certain type, et d’un certain degré de perspicacité [acumen].
[Ibid., p. 80.]
... peut-être n’ai-je jamais été amené à appliquer avec précision ma capacité de
discernement [discernment], et, par conséquent, de classification, à ces domaines, et
je ne sais donc pas très bien distinguer les différentes espèces de petits oiseaux anglais.
[Ibid., p. 83.]
[Dans un cas où je ne sais pas ce que c’est] il y a dans ce que nous percevons
réellement une manque d’acuité [sharpness] auquel il ne faut pas remédier, ou pas
seulement, par la pensée, mais par un plus grand discernement, par une plus grande
discrimination sensorielle [by acuter discernement, by sensory discrimination] (il est
vrai toutefois que faire appel à d’autres exemples, plus nets [more pronounced], de
notre expérience passée, peut venir en aide et aide effectivement notre pouvoir de
discrimination). [Ibid., p. 93.]
La perspicacité et le discernement, ainsi que l’acuité, ne sont pas des capacités
conceptuelles ni des capacités de reconnaissance. Ce sont des capacités qui
guident la reconnaissance, laquelle capacité procède selon les quatre modes de
l’assertion décrits dans Austin (1952). Il ne s’agit pas de capacités naturelles,
en tout cas ni plus ni moins que la capacité à identifier et à classifier, à appeler,
ou à exemplifier (au moyen de mots). Il s’agit de capacités qui sont susceptibles
d’être amendées ou confirmées de la même manière que notre usage des mots.
Mais nous ne sommes pas obligés pour autant d’en faire des capacités conceptuelles, ou bien des capacités qui s’exercent au moyen de mots. La frontière
entre le naturel et ce qu’il y a de proprement humain n’est pas la même que la
frontière entre le non-conceptuel et le conceptuel, et nous pouvons très bien
admettre qu’il y a une manière non conceptuelle de s’engager dans le monde,
qui reste cependant typiquement humaine.
La thèse d’adéquation revisitée et le problème du contenu
Il est possible de manquer d’acuité ou de perspicacité, ou de faire preuve
d’inattention. Tant que l’on conçoit les sens comme un ensemble de dispositions
naturelles, et purement naturelles, l’idée d’une erreur des sens, l’idée que les
sens puissent nous dire quelque chose de vrai ou de faux nous paraît profondément absurde, dans la mesure où le vrai et le faux supposent au moins la
liaison d’un sujet et d’un prédicat, et donc une pensée qui soit au moins structurée de façon à être exprimée dans une phrase. Si on conçoit, cependant, d’une
part, que la thèse du silence des sens dit quelque chose de vrai sur notre rapport
au monde (au moyen de notre système perceptif) ; d’autre part, que des capacités
de discrimination guident nos capacités conceptuelles et de reconnaissance ; si
on admet, enfin, que ce genre de capacités est susceptible de correction, d’amélioration, alors on peut très bien concevoir que les pensées que nous avons sur
le monde avec l’appui de ces capacités puissent souffrir de défauts qui affectent
leur précision, voire leur vérité, non pas en tant que les capacités engagées dans
la reconnaissance sont en cause, mais bien les capacités de discrimination
elles-mêmes, et, comme ces capacités conditionnent également l’exercice de
nos sens, alors nous pouvons penser que les sens sont, en quelque sorte, en
faute. Mais il ne s’agit pas d’une « disculpation ». Il s’agit simplement de placer
la responsabilité humaine y compris dans l’exercice de nos sens, sans pour
autant avoir à admettre que, pour être à la portée de l’appréhension humaine,
quelque chose doit se trouver être conceptuel.
Il est, par exemple, possible de se tromper dans une affirmation ou une
identification simple, de faire une affirmation fausse, parce que nous percevons
mal l’échantillon que nous devons nommer.
L’affirmation fausse montre que nous n’évaluons pas correctement le type de l’élément; c’est dû, pourrions-nous dire dans notre situation simple, à une mauvaise
perception [misperception] de l’échantillon.
Mal identifier (= mal distribuer) révèle aussi une mauvaise perception [misperception]
du type de l’élément. [Austin 1952, p. 145.]
On peut échouer à bien percevoir quelque chose. Mais l’erreur serait également
de penser que, si on peut échouer à bien percevoir quelque chose, alors cela
constitue une preuve qu’il y a une façon de spécifier ce qu’est bien percevoir
quelque chose, qu’il y a une manière unique de rendre compte de la façon dont
un contenu perceptif doit être pour être correct, ou de la disposition dans laquelle
doit être un sujet (notamment eu égard à l’exercice de ses diverses capacités)
pour pouvoir appréhender correctement le contenu qui est à appréhender.
Austin fait partie des critiques de ce que Peacocke appelle la thèse d’adéquation :
La thèse d’adéquation affirme que l’on peut caractériser intrinsèquement et complètement une expérience en mettant à la suite de l’opérateur « il apparaît visuellement
au sujet que... » quelque condition complexe qui concerne l’objet. [Peacocke 1983,
p. 8.]
En effet, la thèse du silence des sens a justement pour conséquence qu’on ne
peut pas caractériser intrinsèquement et complètement une expérience perceptive de cette manière. Peacocke fait une distinction entre le contenu sensationnel
d’une expérience perceptive et le contenu représentationnel d’une telle expérience. C’est par rapport à cette distinction qu’il introduit ce qu’il appelle la
méthode des scenarii.
D’après une telle suggestion, il est nécessaire, pour rendre compte d’une
expérience perceptive, de rendre compte de la différence que cela fait pour un
sujet d’avoir une certaine expérience perceptive. Le fait que les choses lui
apparaissent de telle ou telle façon (contenu sensationnel) ne peut pas être
rapporté par des énoncés qui suivent la thèse d’adéquation. Ou plutôt, on ne
peut pas comprendre la correction d’une expérience, étant donné la position du
sujet, et ce dont il est possible que cela apparaisse au sujet comme étant de telle
ou telle manière, si on se borne uniquement aux énoncés qui respectent le
principe d’adéquation. La correction ne peut être définie que par rapport à la
notion d’un sujet qui est engagé dans le monde d’une certaine façon.
En proposant la méthode des scenarii, Peacocke systématise une idée strawsonienne, à savoir que la conscience de soi (laquelle est présente dans la perception) correspond à la position que le corps particulier que je suis occupe et
tient parmi les autres corps qui environnent ce corps, et qui, donc, m’environnent. Peacocke envisage une méthode de description systématique et de mise
en série de ce qu’il appelle des « scenarii » : l’idée est d’être en mesure de
décrire le contenu fondamental de l’expérience visuelle, ce contenu rendant
correct ou non le contenu représentationnel de l’expérience perceptive du sujet.
En effet, à chaque fois qu’il est question de contenu, il est question de la
correction ou non de ce contenu. Mais comment arriver à une condition d’adéquation sans qu’il y ait circularité, sans, notamment, employer les mêmes termes
quand je décris ce qui est la condition ? Peacocke propose la solution suivante :
... je suggère qu’une forme basique de contenu représentationnel peut être individuée
en spécifiant quelles manières de remplir l’espace autour du sujet percevant sont
consistantes avec la correction du contenu représentationnel. [1992, p. 61.]
On peut ainsi définir un type spatial. Pour caractériser ce type, Peacocke propose
d’utiliser un système avec une origine et des axes, fixées selon le corps du sujet
percevant. Peacocke souligne qu’on peut ainsi rendre compte de différences
phénoménologiques, que cela n’est pas purement arbitraire. C’est d’ailleurs pour
cette raison qu’il donne l’exemple de Buckingham Palace. Peacocke est alors
en mesure de définir ce qu’il entend par un « scénario » :
Je suis maintenant en position de dire, avec légèrement plus de précision, ce que l’un
des types spatiaux est. C’est une manière de localiser des surfaces, des traits, et le
reste, en relation avec une origine étiquetée et une famille d’axes. J’appelle un tel
type spatial un « scénario ». [Ibid., p. 64.]
Tout cela a principalement pour but de trouver les conditions pour qu’un contenu
représentationnel soit correct : « avec cet appareil, nous pouvons dire ce qui est
requis pour la correction d’un contenu représentationnel, du genre de celui que
j’examine » (ibid.).
Le problème est simplement qu’on n’est pas suffisamment armé pour juger de
la correction d’un contenu représentationnel si on n’est pas en mesure de rendre
compte de l’expérience d’un sujet en dehors de ce qui lui apparaît visuellement.
Dans le cas de meubles observés tantôt avec un Å“il clos, tantôt avec les deux yeux,
la représentation avec un Å“il clos est correcte en soi. Il est normal que le sujet ait
la représentation qu’il a, par contre, il aurait tort s’il faisait le jugement que, par
exemple, les deux chaises et la table sont alignées. Pour parvenir à faire ces
distinctions, pour parvenir à juger de la correction d’un contenu représentationnel
en dépassant la thèse d’adéquation, il faut être en mesure de décrire le contenu
non conceptuel de l’expérience, et de le faire selon une méthode et des termes
appropriés. Et il est même nécessaire de supposer que les concepts mis en Å“uvre
pour décrire l’expérience du sujet n’ont pas besoin d’être possédés par le sujet
lui-même, et qu’il peut donc s’agir d’une expérience non conceptuelle. Peacocke
exprime cette idée de la manière suivante :
Il est crucial d’observer que le fait que l’on utilise un concept en fixant le scénario
n’implique pas que le concept lui-même est plus ou moins un composant du contenu
représentationnel de l’expérience, ni que le sujet d’expériences doit posséder le
concept. [Ibid., p. 68.]
Ces scenarii ont pour objet de schématiser non pas simplement la position d’un
sujet dans le monde, mais son engagement en tant que sujet d’expériences. Cette
méthode est censée cerner le domaine des expériences qu’il est correct d’avoir,
étant donné ce qui peut apparaître au sujet comme étant de telle ou telle manière,
en ne se limitant pas au seul contenu représentationnel. Le problème est de
savoir si nous acceptons la possibilité de rendre compte de cette condition de
correction sans savoir où en est le sujet, par rapport à l’exercice de ses capacités
de discrimination. Il est fortement possible que, étant donné une série de scenarii
(et, pourquoi pas, une méthode pour déduire les scenarii les uns des autres
d’après les mouvements relatifs d’un sujet et des corps présents dans son environnement), il n’en résulte rien d’autre qu’une indétermination, dans la mesure
où les conditions de correction peuvent varier selon le degré de précision exigé
(degré qui se répercute sur la manière dont on va évaluer l’exercice de la
discrimination).
Nous interprétons deux passages de Sense and Sensibilia selon ce problème.
... quand l’homme de la rue voit sur une scène de music-hall « la femme sans tête »,
ce qu’il voit (et ceci est vraiment ce qu’il voit, qu’il le sache ou non) n’est pas quelque
chose d’« irréel » ou d’« immatériel », mais une femme vue sur un fond noir, avec la
tête dans un sac noir. [Austin 1962, p. 14.]
... les différences dans la manière de décrire ce qui est vu proviennent très souvent,
non pas simplement de différences dans notre savoir, dans la finesse de la discrimination, dans notre propension à nous exposer, ou dans notre intérêt pour tel ou tel
aspect de la situation totale, elles peuvent aussi provenir du fait que ce qui est vu est
vu différemment, vu comme ceci plutôt que comme cela. Et parfois il n’y aura pas
qu’une seule manière correcte de décrire ce qu’on voit, pour la raison qu’il peut ne
pas exister de manière correcte de la voir. [Op. cit., p. 101; traduction française
légèrement modifiée.]
Ces deux passages sont apparemment contradictoires. Dans le premier, Austin
prétend qu’il y a une manière de trancher sur ce que l’homme de la rue voit,
quand il assiste au numéro de « la femme sans tête »; dans le second, Austin
affirme qu’il n’y a pas qu’une seule manière de décrire, « pour la raison qu’il
ne peut pas exister de manière correcte de la voir ». Ces passages ne sont en
réalité pas contradictoires. Dans le cas de la « femme sans tête », nous savons
ce que doit voir quelqu’un, s’il regarde bien ce qu’il en est, s’il ne se laisse pas
prendre par les trucs du prestidigitateur. Il n’y a pas de raison qu’il ne puisse
pas se rendre compte de ce qu’il a réellement devant les yeux (qu’il le sache
ou non). Il y a toujours un moyen de lui montrer que ce qu’il a devant les yeux
n’est que ça, et qu’en définitive ce qu’il voyait n’était que ça. Mais le dire ne
préjuge en rien de la condition de correction de ce que l’homme (sous le coup
de l’illusion, qui se laisse guider par le prestidigitateur, qui ne voit finalement
que ce que le prestidigitateur veut qu’il voie) voit. Dans ce cas, il dira qu’il voit
« une femme sans tête ». Il ne faut cependant pas supposer une scène S’ supplémentaire, provoquée par la scène S réelle, dans la mesure où l’on devrait
encore supposer la possibilité d’une scène S’’, etc. Le fait est que celui qui est
sous le coup de l’illusion et celui qui ne l’est pas, qui connaît les trucs du
prestidigitateur, voient littéralement la même chose.
Il n’est pas sans intérêt de noter que plusieurs d’entre les exemples que nous avons
rencontrés dans d’autres contextes nous donnent l’occasion d’employer la formule
« voir... comme ». Au lieu de dire que, à l’Å“il nu, une étoile éloignée a le même
aspect qu’une tache minuscule, ou apparaît comme une tache minuscule, nous pourrions dire qu’elle est vue comme une tache minuscule ; au lieu de dire que, vue de la
salle de music-hall, la femme dont la tête est dans un sac noir paraît être décapitée
ou qu’elle a le même aspect qu’une femme décapitée, nous pourrions dire qu’elle est
vue comme une femme décapitée. [Ibid.]
Mais s’il y a un sens où nous pouvons dire que deux personnes voient la même
chose, qui obéit à la thèse d’adéquation, ceci ne rend pas compte correctement
de ce qui est vu. Peacocke propose la méthode des scenarii, et Austin suggère
de s’accorder sur l’utilisation de l’expression « voir... comme ». Nous avons
expliqué pourquoi la conception de Peacocke ne nous paraît pas satisfaisante.
Austin, cependant, suggère que l’utilisation de l’expression « voir... comme »
permet de rendre compte des différences dans la manière de décrire ce que nous
percevons (là où nous percevons cependant la même chose), là où cette différence ne provient de rien d’autre que du fait que, parfois, ce qui est vu est
vu-comme.
Il n’est pas sûr que cette suggestion soit judicieuse. Il n’est pas nécessaire
de supposer une sorte de deuxième voir, le voir-comme, justement. Il suffit de
mettre en avant les capacités de discrimination. Les différences d’exercice de
la discrimination (et également de la reconnaissance) peuvent très bien rendre
compte de la manière dont nous devons évaluer la correction des contenus, sans
pour autant avoir à nous plier à la thèse d’adéquation. La suggestion d’employer
l’expression « voir... comme » peut être suivie, en ce qui concerne la distinction
entre la donnée de ce qui est vu (qu’on le sache ou non) et ce qui est vu, sur
la base de quoi un sujet va pouvoir exercer sa capacité de reconnaissance plus
ou moins judicieusement. Mais elle ne peut pas servir à rendre compte de la
correction du contenu lui-même. Ce n’est pas parce que nous voyons un item
comme une femme sans tête qu’il est correct de voir une femme sans tête là où
il n’y a pas de femme sans tête, mais une femme sur un fond noir, avec un sac
noir sur la tête.
·
AUSTIN J. L. (1939), « Are there a priori concepts ? », dans Proceedings of the Aristotelian Society, repris dans Austin 1979, p. 32-54.
·
– (1946), « Other Minds », dans Proceedings of the Aristotelian Society, supplementary
volume XX, repris dans Austin 1979, p. 76-116.
·
– (1952), « How to talk. Some simple ways », dans Proceedings of the Aristotelian
Society, repris dans Austin 1979, p. 134-153.
·
– (1962), Sense and Sensibilia, reconstructed from the manuscript notes by WARNOCK
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·
– (1979), Philosophical Papers, 3e éd., Oxford, Oxford University Press; traduction
française partielle par Lou Aubert et Anne-Lise Hacker, Écrits philosophiques, Paris,
Éd. du Seuil, 1994.
BOUVERESSE J., Langage, perception et réalité, t. 1, « La perception et le jugement »,
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EVANS G., The Varieties of Reference, Oxford, Clarendon, 1982.
LAUGIER S., Du réel à l’ordinaire. Quelle philosophie du langage aujourd’hui ?, Paris,
Vrin, 1999.
·
– « Les sens du sens. Signification et phénoménologie linguistique », Rue Descartes,
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·
– « La perception est-elle une représentation ? », dans Jacques BOUVERESSE et Jean-Jacques ROSAT (dir.), Philosophies de la perception. Phénoménologie, grammaire et
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·
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