Revue de métaphysique et de morale
P.U.F.

I.S.B.N.9782130548140
160 pages

p. 458 à 459
doi: en cours

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n° 44 2004/4

2004 Revue de Métaphysique et de Morale

Présentation

Didier Deleule Pierre OSMO
1804-2004 : un bicentenaire célébré en tout lieu, universitaire d’abord, géographique ensuite. Ce qu’on appelle volontiers, depuis peu, le devoir de mémoire, prend ici un nouveau relief du fait même que la notion de devoir se trouve être au cÅ“ur de l’Å“uvre de Kant. Qu’il ne soit plus nécessaire d’en rappeler les termes ne revient pas à oblitérer la leçon que chacun – puisque c’était bien de chacun qu’il était question dans la perspective kantienne – a pu en recevoir à sa manière. Cette « réception », dans le sillage d’une pensée qui a bouleversé le paysage philosophique, exige, alors que deux siècles ont passé, une mise au point qui laisse place à tous les agréments et prolongements avérés ainsi qu’à toutes les contestations possibles. Et c’est bien sur cette base que les contributeurs ont accepté de participer à ce numéro spécial. Il n’est sans doute pas meilleur hommage que celui qui maintient vivace une pensée toujours vivante dans ses arêtes les plus vives. Évoquer un héritage serait dès lors limiter l’entreprise à une simple affaire de famille, alors même qu’il s’agit justement de sortir de ce « cercle » pour apprécier les avancées dont Kant a initié les possibilités au moment même où – comme il est naturel – la critique, la perspective de dépassement, voire l’invective pouvaient se donner libre cours. La philosophie ne vit que de ces débats indéfiniment répétés, mais toujours dans le cadre bien défini d’une pensée novatrice.
Le « moment » kantien, le « tournant » donc, demeure – en tant que véritable événement philosophique – la référence absolue de toute prise de position dans le domaine théorique comme dans le champ pratique. Que soit prise en compte la réflexion kantienne sur la religion dans ses retentissements immédiats comme dans notre actualité la plus brûlante, ainsi que l’expose avec grande précision Jürgen Habermas ; qu’il s’agisse de ce qu’il convient d’entendre lorsque résonne la voix de la raison dans les pointes les plus avancées de la philosophie dite « continentale » (comme le montre Michèle Cohen-Halimi), ou des débats animés entretenus sur le « donné » au sein de la philosophie dite « analytique » (dont Jocelyn Benoist dresse un bilan significatif), la posture affichée ne prend sens et consistance que par rapport au détail de la discussion développée autour des concepts kantiens désormais canonisés. À tout moment, jusque dans l’approche d’une définition du statut propre de l’espace esthétique par rapport à l’espace géométrique (tentative menée à bien par Michel Fichant), comme dans l’examen comparatif du nombre dans ces deux entreprises également critiques et transcendantales que sont les philosophies de Kant et de Husserl (examen minutieusement conduit par Jacques English), comme encore dans le repérage des étapes – de Hegel à Quine en passant par Cohen, Heidegger, Frege et Cassirer – de la critique du « fil conducteur » kantien de la déduction transcendantale (dont Béatrice Longuenesse fournit l’état des lieux), à tout moment donc se met en place une tradition réflexive soucieuse de ses sources et constamment préoccupée par la validité de ses acquis éventuellement considérés comme légitimes objets de discussion dans le respect maintenu de l’embrasement qui succéda tout naturellement à l’étincelle initialement perçue par Kant lui-même.
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