Entre dogme et doute, quelques certitudes : Malcolm et Wittgenstein, lecteurs critiques de Moore
Élise Marrou
Nous nous proposons dans le présent article de revenir sur l’enjeu de
Über Gewissheit : doit-on lire cet ensemble de notes comme l’ultime réponse de Wittgenstein à l’idéalisme sceptique ou comme la réélaboration de nos catégories de connaissance (croire, savoir, être certain) ? La réponse à cette question passe tout d’abord par
la prise en compte du dialogue avec Moore et en particulier par une réévaluation de sa
défense du sens commun et de sa preuve du monde extérieur tout aussi célèbre que
controversée. Nous voudrions souligner les limites d’une interprétation purement dogmatique de ces textes en mettant en évidence le caractère problématique du dogmatisme
mooréen, avant de revenir sur les deux critiques que Malcolm puis Wittgenstein en ont
proposées. Un bref rappel de la critique de Malcolm nous permettra ensuite de saisir
la singularité de la démarche de Wittgenstein qui consiste par l’analyse grammaticale
des propositions « intéressantes » de Moore à renvoyer dos à dos les prétentions au
savoir de Moore et les doutes sceptiques.
In this article, we propose a reconsideration of the Über Gewissheit
issue : should this collection of notes be read as Wittgenstein’s final response to sceptical
idealism or as a re-elaboration of the categories of knowledge (to believe, to know, to be
certain) ? The response to this question will first take into account the dialogue with Moore,
and will re-evalutate his well-known and controversial defence of common sense and proof
of the external world. Before going on to consider the two critiques proposed by Malcolm,
then Wittgenstein, we will underline the limitations of a purely dogmatic interpretation of
these texts by highlighting the problematical nature of Moore’s dogmatism. A short reminder of Malcolm’s critique will then enable us to grasp the singularity of Wittgenstein’s
approach. By way of a grammatical analysis of Moore’s « interesting » propositions, Wittgenstein dismisses both Moore’s claims to knowledge and the sceptic’s doubts.
• MOORE ET LE SCEPTIQUE :
UN DOGMATISME DE LA CERTITUDE ?
— « A Defence of Common Sense »
— « Proof of an External World »
• NORMAN MALCOLM :
DE L’ENTHOUSIASME DE « MOORE AND ORDINARY LANGUAGE »
À LA CRITIQUE DE « DEFENDING COMMON SENSE »
• « ÜBER GEWISSHEIT » :
POUR UNE LOGIQUE DE LA CE RT ITUDE