L’exemplarité de la preuve mathématique selon Wittgenstein
Jean-Philippe Narboux
Si une pensée a autant de coordonnées intrinsèques qu’a de dimensions
catégoriales le système de variantes qu’elle « instantie », alors l’exemplarité de chacune
de ses coordonnées est totalement fixée par les dimensions de ce système et cette pensée se
laisse adéquatement exprimer selon l’axe longitudinal unique d’une pro-position posant
ses coordonnées comme autant de substitutions effectuées sur les variables de catégories.
Mais, inversement, si aucune pensée ne se laisse adéquatement caractériser par des coordonnées qui lui seraient intrinsèques, et si une pensée n’a de coordonnées que relativement
aux systèmes auxquels elle peut êtrecorréléeselonlecontexteà lafaveur desa juxtaposition
avecd’autres pensées,alors cedontses coordonnéessontexemplairesparaîtra indéterminé
aussi longtemps qu’on exprimera cette pensée dans une proposition, c’est-à-dire abstraction faite des dimensions selon lesquelles elle est coordonnée. Nous voudrions montrer ici,
sur le cas des preuves mathématiques, que la comparaison par Wittgenstein des preuves
mathématiques à des paradigmes fait précisément pièce à cette seconde possibilité.
If a thought has as many coordinates as the system of its variants has
dimensions, then what each of its coordinates is an example of is completely settled by
the dimensions of this system, and such a thought can be adequately expressed through
one single longitudinal axe, that of the proposition which sets its coordinates. But if that
is not so, in other words if a thought cannot be uniquely characterized by any single set
of coordinates, but has coordinates only relative to a system to which it is correlated
through being put against other thoughts, then what its coordinates are examples of is
bound to remain indeterminate as long as this thought is expressed in a proposition, i.e.
in abstraction from the dimensions along which it is being coordinated. This paper is
an attempt to show that Wittgenstein’s comparison of mathematical proofs with paradigms goes towards establishing the holding of this latter possibility.