2005
Revue de Métaphysique et de Morale
In memoriam Paul Ricœur
La mort de Paul RicÅ“ur nous affecte aussi en tant qu’auteurs ou lecteurs de
la Revue de métaphysique et de morale, dont il assura la direction de 1974 à
1996, d’abord, en successeur de Jean Wahl, au nom de la Société française de
philosophie, puis, à partir de 1987, des circonstances particulières ayant conduit
celle-ci à autonomiser la gestion de la Revue, en qualité de président de l’Association « Revue de métaphysique et de morale ». – L’éclat du penseur sans
doute le plus représentatif du dernier tiers du siècle écoulé, l’exercice amical et
généreux de son autorité intellectuelle et spirituelle, le soin vigilant avec lequel
il assumait sa responsabilité contribuèrent grandement à maintenir la Revue à
son niveau d’excellence et de réputation qui est toujours le sien en France et
dans le monde. Nous savons tous ce que nous lui devons. – Le penseur de la
« dialectique comme synthèse ajournée » (Histoire et vérité, Seuil, 1955, p. 18),
c’est-à-dire du dialogue à l’infini se fondant en l’expérience réflexive de « soi-même comme un autre », fit bien de la Revue de métaphysique et de morale,
au plus loin de toute fermeture dogmatique, un lieu de rencontres et de débat.
Débat avec elle-même de la pensée contemporaine en toutes ses divergences,
mais également débat de la philosophie pérenne avec et dans son histoire, et
particulièrement de la pensée philosophant au sein même de la Revue, suivant
le bel exemple de RicÅ“ur célébrant le premier centenaire de celle-ci en confirmant le lien inaugural affirmé d’elle en elle par Ravaisson, mais dans la déliaison
et distanciation marquée entre ses termes par le passage du titre « Métaphysique
et morale » au titre « De la métaphysique à la morale ». Pensée de soi d’une
pratique vivifiant la fidélité à soi dans le renouvellement de soi, l’identification
à soi dans la différenciation d’avec soi. Tel est le message que nous a légué
Paul RicÅ“ur, et que nous rappellerons dans un prochain numéro que nous
souhaitions lui offrir, à lui dont la pensée est désormais fixée, vive, en nousmêmes.