2005
Revue de Métaphysique et de Morale
Présentation
Thomas Bénatouïl
Pierre-Marie Morel
La physique des stoïciens a peu bénéficié du renouveau qui a caractérisé,
durant ces trente ou quarante dernières années, les études consacrées à la philosophie hellénistique et romaine. Les philosophes du XX
e siècle, et avec eux
les historiens de la philosophie, se sont en effet beaucoup plus intéressés à la
logique et à l’éthique. Quelques études systématiques de la physique stoïcienne
ont pourtant fait exception. Dans un ouvrage pionnier
[1], Shmuel Sambursky a
d’abord insisté sur la cohérence mais aussi sur la postérité moderne et contemporaine de cette physique continuiste et dynamique. Dans son étude minutieuse
des origines de la physique stoïcienne, David Hahm a expliqué comment celle-ci, loin de se réduire à une adaptation de doctrines présocratiques, s’est constituée en retravaillant des concepts et des arguments platoniciens et aristotéliciens
[2]. Quant à l’étroite interdépendance entre la physique et les autres parties
du système, elle a été mise en lumière par plusieurs études qui ont su montrer
que de nombreuses notions et thèses physiques jouent un rôle important en
théorie de la connaissance et en morale
[3].
Les articles réunis dans le présent numéro se situent dans le prolongement
de ces études et de quelques autres, mais ils entendent également proposer une
image renouvelée de l’ensemble de la physique stoïcienne et en particulier de sa
conception du monde. Plusieurs articles (S. Bobzien, V. Laurand, G. Reydams-Schils) partent de concepts fondamentaux – le Destin et le déterminisme, la
« sympathie universelle », l’harmonie entre raison du sage et raison divine –,
pour examiner comment ils opèrent dans le détail des explications stoïciennes
du réel. D’autres (D. Sedley, T. Bénatouïl) comparent certains arguments – les
raisonnements théologiques, les divisions biologiques – avec des doctrines antérieures (du Socrate de Xénophon, du Timée, d’Aristote), ce qui permet de mettre
en lumière la genèse ou l’originalité des positions stoïciennes.
La plupart des étapes du développement de la physique sont ainsi abordées : sa
fondation par Zénon (D. Sedley), sa systématisation chez Chrysippe (S. Bobzien,
J.-B. Gourinat), mais aussi ses développements romains (V. Laurand, G. Reydams-Schils). Toutefois, ce numéro évoque surtout les divers « lieux » de la physique
stoïcienne (voir DL VII, 132-133), afin de montrer son extension et ses ambitions.
Celle-ci ne se contente pas en effet d’établir l’existence des dieux et leur action
providentielle dans le monde, la nature fondamentale des choses et l’interdépendance des causes et des effets, l’unité et l’organisation du monde, l’échelle des
êtres naturels (D. Sedley, S. Bobzien, V. Laurand, T. Bénatouïl), elle traite aussi,
corrélativement, de la constitution physiologique de l’âme (J.-B. Gourinat) ou des
conditions de possibilité et d’activité de la sagesse (G. Reydams-Schils).
LISTE DES ABRÉVIATIONS UTILISÉES
Acad. : CICÉRON, Académiques
AM : SEXTUS EMPIRICUS, Contre les savants
Comm. not. : PLUTARQUE, Sur les notions communes contre les stoïciens
Div. : CICÉRON, Sur la divination
DL : DIOGÈNE LAËRCE, Vies et doctrines des philosophes illustres
Ecl. : STOBÉE, Anthologie . : SÉNÈQUE, Lettres à Lucilius
Fat. : ALEXANDRE D’APHRODISE, Sur le destin
Fin. : CICÉRON, Sur les fins des biens et des maux
PH : SEXTUS EMPIRICUS, Esquisses pyrrhoniennes
LS : A. A. LONG et D. N. SEDLEY, Les Philosophes hellénistiques, Paris, GF-Flammarion, 2001 (Première édition chez Cambridge University Press :
1987)
Mém. : XÉNOPHON, Mémorables
Mixt. : ALEXANDRE d’APHRODISE, Sur le mélange
NA : AULU-GELLE, Nuits attiques
Nat. Hom. : NEMESIUS, Sur la nature de l’homme
ND : CICÉRON, Sur la nature des dieux
NQ : SÉNÈQUE, Questions naturelles
Orat. : ORIGÈNE, Sur le discours
PHP : GALIEN, Sur les doctrines d’Hippocrate et de Platon
Phys. : ARISTOTE, Physique
Praep. Ev. : EUSÈBE, Préparation évangélique
Princ. : ORIGÈNE, Sur les principes
Stoic. rep. : PLUTARQUE, Sur les contradictions des stoïciens
SVF : Stoicorum Veterum Fragmenta, textes recueillis et édités par J. von Arnim,
Stuttgart, Teubner, 1978 (Première édition : 1905)
[1]
Shmuel Sambursky,
Physics of the Stoics, Londres, Routledge, 1959.
[2]
David E. Hahm,
The Origins of Stoic Cosmology, Colombus, Ohio State University Press,
1977.
[3]
Voir par exemple Victor Goldschmidt,
Le Système stoïcien et l’idée de temps, Paris, Vrin,
1953 (réédité et augmenté plusieurs fois); Pierre Hadot, « La physique comme exercice spirituel
ou pessimisme et optimisme chez Marc Aurèle »,
Revue de théologie et de philosophie, 1972,
p. 225-239 (repris dans
Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Institut d’Études augustiniennes, 1993); J. Brunschwig, « Le modèle conjonctif »,
in J. Brunschwig (éd.),
Les Stoïciens
et leur logique, Paris, Vrin, 1978, p. 59-86 (repris dans
Études sur les philosophies hellénistiques,
Paris, PUF, 1995).