La doctrine des qualités occultes dans le De incantationibus de Pomponazzi
Tristan Dagron
Lorsqu’il invoque les « qualités occultes » pour rendre compte des effets
insolites de la nature, les prétendus « miracles », Pomponazzi intervient dans un débat
déjà ancien relatif aux « formes spécifiques » d’Avicenne. Contre l’interprétation de
Thomas qui subordonne les effets naturels à la détermination de l’essence et de la forme
substantielle, Pomponazzi se rapporte à Pietro d’Abano dont il radicalise les conclusions
en dissociant les propriétés spécifiques de la considération de l’essence, et donne alors
un sens fort à la thèse d’une « causalité équivoque de la matière ». Sans pourtant aller
jusqu’à remettre en question la définition aristotélicienne de l’ousia, Pomponazzi ouvre
la voie à une interprétation matérialiste de la forme physique.
This article aims to clarify the concept of occult quality used by
Pomponazzi to give a physical explanation of the unusual effects of nature (so called
« miracles »). When he relates these qualities to the notion of « specific form », Pomponazzi brings up an ancient debate about Avicenna’s theory of formal causality, opposing
St Thomas to the consensus of philosophers and physicians, namely to Pietro d’Abano’s
Conciliator. In this way, he dissociates physical causality from the consideration of the
essence and substantial form, and gives an unusual significance to the « equivocal »
causality of matter. The De incantationibus can be regarded as a major source of the
later materialistic interpretation of the Aristotelian form.