Moore, Sidgwick et McTaggart : le monde magnifique et le monde horrible
Emmanuel Halais
« Moore, Sidgwick, McTaggart : le monde magnifique et le monde horrible » aborde la question de l’objectivité des valeurs telle qu’elle est posée à travers
l’œuvre de Moore Principia Ethica (1903). Dans un passage célèbre de ce livre, Moore
compare deux situations, mettant en scène deux mondes, étrangers à toute contemplation
humaine : l’un magnifique et l’autre horrible. Il demande s’il vaut mieux que le premier
existe plutôt que l’autre, même en l’absence de relation à des êtres humains. J’examine
le type très particulier d’« objectivité », ou d’indépendance de la valeur, dont il est ici
question, ainsi que la thèse que Moore critique, celle de Sidgwick ; également la reprise
de cette question par McTaggart – tous deux étant persuadés qu’on ne peut attribuer de
valeur qu’à des états mentaux (qu’en tout état de cause, en l’absence de relation à l’être
humain, cela ne fait aucune différence). Le texte s’achève sur une comparaison entre
cette notion de valeur telle qu’elle se trouve dans les Principia Ethica et celle que l’on
peut trouver chez des auteurs comme Wittgenstein ou Iris Murdoch.
« Moore, Sidgwick, McTagggart : the beautiful world and the ugly
world » is about the objectivity of values, as this topic is dealt with in G.E. Moore’s
major work Principia Ethica (1903). In a famous passage of this book, Moore imagines
two situations : two different worlds, that no human being can ever contemplate : a
beautiful world and an ugly one. His question is : is it better for the first to exist, rather
than the other, even if it has no relationship whatever to human beings ? I try to focus
on the peculiar type of « objectivity », or independence of value, which is at stake here ;
and on Sidgwick’s argument which is criticized by Moore ; and on the way McTaggart
dealt with this question – Sidgwick and McTaggart think that we cannot attribute value
to anything but mental states (in the absence of relationship to human beings, it doesn’t
make any difference). My paper ends with a simile between this concept of value as we
find it in Principia Ethica and as we find it in works of philosophers like Wittgenstein
or Iris Murdoch.