Scepticisme, sens commun et langage ordinaire : le difficile héritage du « furieux sens commun de Moore » dans la philosophie américaine contemporaine
Élise Domenach
Le but de cet article est de confronter des lectures divergentes de la
« Preuve de l’existence du monde extérieur » (1939) de Moore, afin de revenir sur le
type de réponse au scepticisme inaugurée par Moore pour la philosophie angloaméricaine contemporaine. Faut-il y voir la dernière tentative pour répondre au scepticisme de manière traditionnelle, une réponse inattentive aux contextes qui donnent leur
sens aux doutes du sceptique comme à nos prétentions ordinaires à la connaissance ?
Faut-il prendre au sérieux l’aveu d’échec de Moore lui-même, ou plutôt la conclusion
triomphante de la « Preuve » ? Nous proposons de suivre la piste ouverte par Clarke,
Cavell et Travis, d’une lecture de la « Preuve » qui fasse porter l’accent sur la vision
paradoxale de l’ordinaire que soutient la preuve de Moore.
The aim of this paper is to confront various conflicting readings of
Moore’s « Proof of an External World » (1939) in order to rethink the kind of answer
to skepticism that Moore invents for contemporary Anglo-American philosophy. Should
one understand it as the last attempt to answer skepticism in a traditional way, i.e. as
not attending to the specific contexts that give sense to the sceptic’s doubts as well as
to our ordinary knowledge claims ? Should one take seriously Moore’s own avowal of
failure, or rather consider the triomphant conclusion of the « Proof » ? We offer to follow
the Clarke’s, Cavell’s and Travis’s lead, emphasizing the paradoxical vision of the
ordinary that sustains Moore’s proof.
• LA LETTRE ET L’ESPRIT DE LA PREUVE
DE L’EXISTENCE DU MONDE EXTÉRIEUR
• LES FURIES DE L’ORDINAIRE