Revue de métaphysique et de morale
P.U.F.

I.S.B.N.9782130561842
144 pages

p. 5 à 20
doi: en cours

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n° 53 2007/1

Derrida et la question de la présence : une relecture de La Voix et le phénomène

Françoise Dastur
On a souvent considéré que la partie la plus importante de l’œuvre de Derrida résidait dans les cinq livres publiés entre 1967 et 1972. On se propose ici, à travers une relecture du texte le plus décisif de cette période, La Voix et le phénomène, de mettre en lumière la manière propre à Derrida d’unir la question de la disruption de la présence à celle de l’écriture. Ce qui est par conséquent interrogé est l’accent mis par Derrida sur la mort, considérée comme la condition même de possibilité du langage et de l’écriture. Comme Derrida le montre à bon droit, Husserl, en dépit de l’importance qu’il confère à l’écriture dans le processus d’idéalisation, n’a pas pris conscience du fait que le rapport à la mort constitue la structure concrète du présent vivant. Mais, d’un autre côté, en opposant d’une manière trop dualiste la présence et l’absence, la vie et la mort, Derrida ne s’est pas lui-même montré capable de voir que la condition du langage n’est pas tant la mort du sujet que l’être-pour-la-mort et la finitude du Dasein. It has often been considered that the most important part of Derrida’s work consisted in the five books published between 1967 and 1972. This paper intends, by way of a re-reading of Derrida’s most powerful text from this period, Speech and Phenomenon, to bring to light Derrida’s specific manner to unite the question of the disruption of presence to the question of writing. What is therefore questioned is Derrida’s emphasis on death, considered as the very condition of possibility of langage and writing. As Derrida rightfully shows, Husserl, in spite of the importance he confered to writing in the process of idealization, was not aware of the fact that the relationship to death constitutes the concrete structure of the living present. But on the other hand, by still opposing in a too dualistic manner presence and absence, life and death, Derrida himself was not able to see that the condition of langage is not so much the death of the subject as the being toward death and the finitude of Dasein.


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