Spectres de Freud : Derrida et la psychanalyse
Philippe Cabestan
Conformément au projet qui anime l’ensemble de sa pensée, Derrida
aborde la psychanalyse afin de saisir en elle aussi bien ce qui ressortit au règne du
logos de la métaphysique que ce qui s’y soustrait. Aussi la lecture derridienne de la
psychanalyse est-elle double : tout en dénonçant le bricolage conceptuel de son fondateur, Derrida s’attache à ce qui en elle, dans son affinité avec la critique du sujet comme
substance et la déconstruction, échappe au primat de la présence. De ce point de vue
et paradoxalement, c’est avant tout à elle-même que la psychanalyse doit s’efforcer de
ne pas « résister » si elle veut survivre.
According to his own philosophy, Derrida examines psychoanalysis in
order to distinguish what belongs to metaphysic and its logos, and what escapes its
hegemony. In this study, we would like therefore to underline Derrida’s double interpretation : as he denounces psychoanalysis’ conceptual « bric-à-brac », he reveals at the
same time its resistance to the primacy of presence. From this point of view and paradoxically, psychoanalysis’ first duty is to offer no resistance to itself.