Revue de métaphysique et de morale
P.U.F.

I.S.B.N.9782130567929
154 pages

p. 3 à 4
doi: 10.3917/rmm.081.0003

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n° 57 2008/1

2008 Revue de Métaphysique et de Morale

Présentation

Carlos Lévy
Il est peu de penseurs de l’Antiquité dont l’image ait autant évolué dans ces dernières décennies que celle de Cicéron. Considéré par la Quellen forschung triomphante de la fin du XIXe siècle et du début du XXe comme un passeur maladroit d’Å“uvres grecques pour la plupart disparues, souffrant de la projection de ses erreurs politiques sur sa pensée philosophique, rendu suspect par une abondance oratoire généralement peu prisée des philosophes, il n’était pris au sérieux que par une poignée de chercheurs, pour la plupart français, qui s’obstinaient, contre vents et marées, à le considérer comme un philosophe. Le renouveau, dans les années 1960, des études sur la pensée hellénistique obligea les spécialistes de celle-ci à étudier attentivement les textes cicéroniens qui contiennent souvent des témoignages précieux sur le stoïcisme, l’épicurisme ou l’Académie. Progressivement, le monde anglo-saxon, le plus rétif à admettre que Cicéron n’était pas un amateur, alors même qu’au XVIIIe siècle un penseur de la taille de David Hume n’hésitait pas à le considérer comme supérieur à Aristote, évolua dans un sens plus favorable, jusqu’à la parution d’un ouvrage collectif, que nous évoquons un peu plus loin, au titre impensable il y a quelques décennies : Cicero the Philosopher. Du coup, les études cicéroniennes ont elles-mêmes évolué. Sans pour autant délaisser les grands problèmes éthiques, elles sont devenues beaucoup plus attentives au problème du langage, à la philosophie de la connaissance, à la doxographie sous toutes ses formes, elles ont acquis une plus grande précision, une plus grande technicité, tout simplement parce que Cicéron a été intégré dans le monde philosophique qui était celui de son époque, à la frontière des naturalismes hellénistiques et du moyen platonisme épris de transcendance. C’est de cette nouvelle physionomie que nous avons voulu donner une idée, quitte à décevoir ceux qui se seraient attendus à ce que nous présentions un Cicéron plus humaniste, plus engagé dans la réflexion sur le politique, questions dont nous ne sous-estimons nullement l’importance, mais à propos desquelles les changements nous paraissent avoir été moins profonds. Nous ouvrons ce numéro spécial par une étude qui porte à la fois sur la situation philosophique de Cicéron et sur sa capacité à créer une langue philosophique nouvelle, à travers l’invention du concept de qualitas, promis à un si bel avenir. A.M. Ioppolo s’intéresse ensuite au Cicéron sceptique qui, dans le Lucullus, nous aide à mieux comprendre des aspects importants de la pensée néoacadémicienne, au sujet de l’opinion notamment. W. Görler souligne tous les aspects, philosophiques mais aussi rhétoriques, du mode de raisonnement ex consequentibus, par lequel Cicéron dégage des solutions probables sur tous les grands problèmes qui lui tiennent à cÅ“ur. L’article de S. Aubert est consacré à l’attitude cicéronienne à l’égard de la parole stoïcienne, à propos de la nature de la dialectique, il met en évidence ce que l’Académicien Cicéron attend lui-même du langage. A. Garcea se situe au point de rencontre de la linguistique, de la grammaire, de la rhétorique et de la philosophie pour étudier les positions de Cicéron et de Varron sur la question de la vérité. Enfin F. Prost nous introduit dans le monde de l’éthique cicéronienne en analysant tous les enjeux philosophiques du Laelius, De amicitia, une Å“uvre parfois considérée, bien à tort, comme mineure.
Nous tenons à remercier A. Bronowski pour sa traduction de l’article d’A.M. Ioppolo et S. Aubert pour l’aide qu’elle nous a apportée tout au long de la préparation de ce numéro.
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