Démocratie participative et conflit
Patrick Savidan
Dans certaines sociétés démocratiques, nous connaîtrions un âge de « dissolution du politique ». Dans sa forme politique, cette tendance s’exprimerait selon deux
modalités : la distanciation à l’égard des institutions politiques et l’exacerbation de la
fonction de contrôle et de surveillance du pouvoir politique. Face à une telle montée en
puissance du « citoyen-surveillant », et afin de lutter contre la défiance qu’exprime son
intense activisme, les gouvernants sont naturellement portés à s’investir plus ou moins
résolument dans la mise en place et le fonctionnement de dispositifs participatifs. Il en
résulte une tension au sein même de ces dispositifs, qui tient au fait qu’ils sont le plus
souvent institués pour capter et neutraliser les ressources de la « souveraineté négative »,
alors même qu’ils cherchent à abolir cette distanciation et à recadrer la fonction de surveillance assumée par le citoyen pour le conduire à réintervenir dans le cadre des contraintes inhérentes au rôle de producteur (même très indirect) de la décision collective.
t is sometimes said of democratic societies that they go through a process
of institutionnal depolitization. When this process doesn’t just lead to indifference or cynicism, it takes two forms : an increasing distance between the citizens and the political
institutions and a reinforcement of the critical examination and control of public actions.
This social activism expresses a general feeling of political defiance that political leaders
and parties try to thwart through many ways, one of them being the implementation of
practices of participative democracy. This paper contends that it is a mistake and that
institutionnalised participative democracy cannot make room for the critical oppositional
activity which characterized some of the new forms of social activism and citizenship.
• QUEL STATUT POUR LES DISPOSITIFS
DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE ?
• LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
• CONCLUSION