Revue de métaphysique et de morale
P.U.F.

I.S.B.N.9782130567943
148 pages

p. 309 à 322
doi: 10.3917/rmm.083.0309

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n° 59 2008/3

Raison et enthousiasme dans l’Enthusiasmus Triumphatus de Henry More

David Leech
Selon une interprétation classique, l’Enthusiasmus Triumphatus de Henry More (1656) propose une médicalisation de l’enthousiasme et une vision réductrice de ce phénomène (le faux enthousiasme) qui entre apparemment en contradiction avec le platonisme de son auteur. Le présent article remet en cause cette tension apparente. Certes More fait, dans un premier temps au moins, de l’occultation de la raison par des causes naturelles la cause du faux enthousiasme. Mais c’est ultimement dans la volonté mauvaise des âmes libres qu’il identifie son origine. Il évite ainsi d’être confronté aux implications gênantes d’une explication de l’enthousiasme par les seules causes naturelles tout en affirmant sa croyance (conforme à sa position de chrétien platoniste) dans le libre arbitre humain et dans la divine providence. À l’opposé de ce faux enthousiasme, le véritable enthousiasme relève d’une appréhension directe de la raison la plus pure, communicable aux êtres humains : il s’agit de l’intellect au sens platonicien (Noûs), que More identifie au Christ, le « Logos éternel ». Henry More’s Enthusiasmus Triumphatus (1656) has been interpreted as offering a “medicalising” and therefore reductionistic account of (false) enthusiasm which stands in apparent tension with his Platonism. The present article argues that contrary to first impressions the “medicalising” part of More’s account is not strictly speaking inconsistent with his Platonic orientation. Although More proximately identifies the occultation of reason by natural causes as the cause of false enthusiasm, his analysis ultimately traces its origin back to the wicked choices of free souls. This enables him to avoid the troublesome implications of an explanation of false enthusiasm only in terms of natural causes for belief in human free will and divine providence to which his Christian Platonism commits him. By contrast, true enthusiasm represents a direct apprehension of the purest reason which is communicable to human beings, namely, the Platonic Intellect (Noûs), identified by More with Christ, the “Eternal Logos”.


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