Le statut transcendantal de l’enthousiasme
Pedro Pimenta
L’objectif de cet article est d’examiner la notion kantienne d’enthousiasme d’un point de vue transcendantal. Il existe, dans le Conflit des facultés, un texte
fameux sur l’enthousiasme, où Kant déclare que la Révolution française, événement
illégal aux terribles conséquences, est pourtant l’occasion pour les spectateurs qui le
contemplent de ressentir quelque chose qui touche à l’enthousiasme. La question est
donc de savoir quels sont les droits transcendantaux de ce sentiment contradictoire, qui
semble à la fois violer les préceptes de la raison et renforcer ce qu’il y a de plus noble
dans cette faculté, c’est-à-dire la possibilité d’une détermination de la volonté humaine
selon des fins purement morales. Un relevé de quelques points de la philosophie critique
peut être utile pour déterminer plus précisément la position du sentiment de l’enthousiasme dans le jeu des facultés rationnelles, tel que le conçoit Kant.
The aim of the article is to examine Kant’s notion of enthusiasm from
a transcendental point of view. Kant’s most famous text concerning enthusiasm is that
of the Conflict of the Faculties in which he famously declares that, although an event
that is in itself illegal, and attended with terrible consequences, the French revolution
is the occasion for spectators to feel something that borders on enthusiasm. In order to
explain the nature of this feeling (Gefühl), as conceived by Kant, the article examines
some passages of the Critique of Judgment so as to show the terms in which Kant
conceives this sort of experience as regulated by principles of the faculty of judgement
(Urteilskraft) and distinguishes it from the mere pathological affection of the human will
by objects of experience that deviate it from the imperative of reason (a subject that is
discussed in the Critique of Practical Reason).