La définition des « bons sentiments » en question
Mériam Korichi
Cet article interroge un fait de langage : l’emploi de l’expression de
« bons sentiments » impliquant un sens critique et une attitude de rejet. La généralisation
de cet usage est ici mise en évidence. De Louis Althusser se méfiant de la pensée
« camusienne » à la mise en garde de Pierre Nora contre l’empire des bons sentiments
au détriment de la vertu, les rangs de la critique publique des émotions se sont étoffés.
Quelles sont les motivations d’une telle attitude critique ? Quels en sont les effets ?
Dans la mesure où l’emploi critique de l’expression de « bons sentiments » paraît
manifester une méconnaissance de la nature des phénomènes affectifs, la question soulevée ici en dernière instance consiste à se demander si nous ne sommes pas confrontés
à un cas de déférence langagière sans expertise, situation qui interpelle les compétences
d’analyse logique et de définition conceptuelle de la philosophie.
This paper investigates a French linguistic fact : the usage of the phrase
« good feelings », implying a negative sense and an attitude of rejection. It outlines how
this usage is now common. From Louis Althusser, criticizing Albert Camus’s thought, to
Pierre Nora, pointing out how good feelings threaten authentic virtue, public attacks on
emotions have increased considerably. What are the motivations of such a critical attitude ? What are the effects ?
As the critical usage of the phrase « good feelings » seems to imply a misunderstanding
of what emotions really are, finally the question is whether we are confronted by a case
of linguistic deference without expertise. This case calls for the conceptual and logical
competence of Philosophy.
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• II
• III
• IV
• V
• VI
• VII – RÉFÉRENCES