Philosophia interpres naturae : L’interprétation de la nature au seuil de l’âge classique
Édouard Mehl
Une thèse dominante et assez peu discutée aujourd’hui veut que l’avènement de la science classique implique une distinction radicale entre « connaissance » et « interprétation ». L’âge classique serait celui où la connaissance, définie par son univocité, et l’interprétation, nécessairement plurielle et inadéquate, diffèrent, tant par leurs méthodes (quant elles en ont une) que par leurs objets. L’article veut mettre en lumière et en question les fondements de cette opposition, en examinant la continuité du thème de l’interpretatio naturae depuis les premiers acteurs de la révolution copernicienne jusqu’à la naissance de l’« herméneutique » dans le cartésianisme hollandais des années 1650.
According to a dominant thesis – rather little discussed today – the birth of classical science implies a radical distinction between « knowledge » and « interpretation ». The classical era would be the one where knowledge, defined by its univocity, and interpretation, necessiraly plural and inadequate, differ in their methods (when they have one) as well as in their objects. The article aims at highlighting and questioning the bases of this opposition by examining the continuity of the theme of the interpretatio naturae since the first actors of the copernician revolution until the birth of « hermeneutics » in the Dutch cartesianism of the 1650s.