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Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe

2005/1 (no 44)

  • Pages : 200
  • ISBN : 2749204208
  • DOI : 10.3917/rppg.044.0073
  • Éditeur : ERES


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Le début de la fin

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C’est un samedi matin du mois d’avril, et c’est la première séance d’un week-end de psychodrame analytique de groupe. Le soleil matinal éclaire la salle de groupe quand nous y entrons. J’accueille huit nouveaux participants au nom de notre Association, je me nomme, je présente ma collègue, puis je propose un mode de travail. Les règles énoncées se terminent par le rappel du cadre, l’espace et le temps : longue liste des horaires de séance. « … et nous terminerons dimanche à 17 h 30… » Un participant qui n’avait jusque-là rien dit laisse tomber : « Dur week-end ! » Tout le groupe se met à rire… et moi aussi.

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S’agit-il bien là d’humour ? On y trouve le surgissement inattendu propre au trait d’esprit, la chute qui déclenche le rire et soulage. Ces deux seuls mots condensent de nombreux aspects de la situation. D’abord une certaine appréhension dramatisée de ce qui va se passer, appréhension silencieuse et probablement partagée : huis-clos chez des étrangers, on ne connaît pas les autres, horaires intensifs et stricts, on n’ose pas parler, ils n’ont pas l’air drôles… Le groupe naît avec la brusque mise en mots d’une fantasmatique collective : « Un groupe est enfermé », comme « un enfant est battu ». Le participant parle depuis la place de cet enfant, en son nom et celui de ses semblables-frères. Chacun est venu ici volontairement, souffre sans oser se le dire, et ne peut s’en plaindre ni le reprocher à quelqu’un. Les analystes sont à la fois englobés dans ce « groupe enfermé » et perçus dans le rôle de ceux qui peuvent faire souffrir. L’expression inattendue révèle cette représentation préconsciente, lui donne forme, permet à chacun de s’en saisir. Elle « crée » alors le groupe dans une sorte d’opposition, mais montre aussi l’acceptation de l’épreuve, soulage, console. Le partage de cette « humeur » par le responsable montre que cela ne sera peut-être pas aussi dramatique qu’on le craint, et qu’il ne sera pas impossible d’en rire.

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Ces mots m’avaient fait aussitôt penser à l’histoire de Damiens, qui a tenté d’assassiner Louis XV. Publiquement puni en place de Grève, le bourreau lui détaille le châtiment : il sera flagellé, bastonné, roué, écorché, écartelé, puis finalement brûlé. Et Damiens aurait alors dit : « La journée sera rude. » S’agissait-il d’humour ? Comme pour tout récit, chacun peut lui donner un sens, s’y projeter. On peut réagir au ressort comique voulu par celui qui raconte l’anecdote, nous prend pour complice et tente peut-être de nous faire rire de ce rustre insensible et de son comique involontaire. Mais on peut aussi s’identifier à Damiens, voir comment le recours au langage permet d’échapper un instant à l’horreur, à la plainte ou à la supplique, de garder le plus longtemps possible sa capacité de penser et de dire, de vivre…

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L’humour serait alors bien « la politesse du désespoir ».

Vous avez dit : humour ?

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La première situation clinique montre un commencement de groupe, parle d’une fin, associe sur la peur, la souffrance, la mort. L’humour, au sens où nous l’entendons, est lié ici comme souvent à l’expression d’une autodérision partageable dans une situation anxiogène. Freud (1927) [1]  S. Freud, « L’humour » (1927), nouv. trad. dans L’inquiétante... [1] montrait un exemple comparable. « … Quand, pour s’en tenir à l’exemple le plus trivial, le malfaiteur qui est conduit le lundi à la potence émet ce propos : “Eh bien, la semaine commence bien…”, c’est lui-même qui développe l’humour, le processus humoristique s’opère sur sa personne, et lui apporte manifestement une certaine satisfaction. […] Pour résumer, on peut dire que l’attitude humoristique – quelle que soit sa nature – peut être dirigée vers sa personne propre ou vers des personnes étrangères ; il faut supposer qu’elle apporte à celui qui l’adopte un gain de plaisir ; un gain de plaisir analogue échoit à l’auditeur, qui n’est pas impliqué. »

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Mais déjà en 1905 [2]  S. Freud, Le mot d’esprit dans ses rapports avec l’inconscient... [2] , « l’humour est la moins exigeante des variétés du comique ; son processus s’accomplit à l’intérieur d’une unique personne, la participation d’une autre ne lui apporte rien de nouveau. La jouissance du processus humoristique qui est né en moi, je peux la garder pour moi, sans me sentir poussé à la communiquer ».

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Freud appelait donc humour la capacité de tirer un effet comique d’une situation difficile, incident, défaut, trait pathologique… Cet humour peut être à consommation personnelle, ou bien être partagé et le scénario comporte alors trois personnages : celui qui le produit, celui dont on parle et qui en fait les frais, et le complice invité à en rire. C’est le scénario comique du trait d’esprit, dont un autre fait les frais. Freud s’interrogera aussi sur cette capacité du peuple juif à se moquer de lui-même et tentera d’élargir cette possibilité à notre humanité.

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L’humour prendra alors, dans le trio, le sens plus restreint que je préfère lui donner, en condensant le scénario : celui qui le produit et celui dont on se moque, c’est le même, et cet humour peut être partagé avec un autre, plus d’un autre, ou pas.

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La différence entre l’intérieur de la personne et l’extérieur – le groupal, le social – sera maintenant plus difficile à établir, pour nous qui travaillons avec le groupe. Déjà chez Freud, dans un temps proche de l’écriture de L’humour, une forme de groupalité interne est apparue avec la seconde topique, modélisation des échanges et conflits entre les instances. Mais la notion d’identification n’a pas été utilisée dans les deux textes de Freud précités, « en particulier cette identification qui autorise à penser la psyché comme le lieu, ou le théâtre sur la scène duquel s’agite une pluralité de personnes psychiques [3]  J.-P. Kamieniak, Freud, enfant de l’humour, thèse soutenue... [3] ». Des notions plus récentes sur le groupe – la transitionnalité, l’appareil psychique groupal, la fonction phorique, l’étayage multiple… – vont enrichir mais aussi rendre plus complexe la représentation des relations psychiques entre personnes distinctes.

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Reprenons la différenciation entre l’humour et le comique, comme Freud a tenté de l’établir. Le producteur du trait d’esprit remarque chez un autre un défaut, une erreur, un trait infantile risible, et l’énonce devant un spectateur complice qui en rit avec lui. Le producteur d’humour, par contre, repère en lui-même ce même trait comique, souvent une contradiction logique dans sa manière de se penser ou de se conduire, se l’énonce à lui-même, le montre ou l’énonce devant un autre qui pourra en rire avec lui, en s’y reconnaissant.

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J’aurais tendance à voir dans le trait d’esprit un fonctionnement défensif par clivage et projection propre à la position kleinienne paranoïde-schizoïde, alors que l’humour nécessite une capacité d’identification, une empathie envers l’autre ou une partie de soi-même propres à la position dépressive. L’espace transitionnel de la séance favorise des aller-retours permanents entre ces deux positions et permet un processus de transformation psychique en situation psychanalytique, aussi bien individuelle que groupale.

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Tel le jeu, dont Winnicott nous disait que c’était une capacité qu’il fallait d’abord restituer au patient s’il en manquait, l’humour est une fonction essentielle et le gage d’une certaine autonomie dans la vie psychique. La groupalité interne s’enrichit alors d’une place pour une instance d’auto-observation lucide et bienveillante. Une métapsychologie rénovée précisera peut-être cette place d’observateur, proche d’un idéal du moi, ou d’un surmoi sans en garder l’aspect cruel bien connu.

Qui le porte, le protège, le partage ?

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L’humour pourra apparaître dans le groupe par l’intervention d’un participant, toujours à double face, à la fois résistance et tentative d’élaboration. On pourra repérer à quel moment cela se produit dans le discours groupal, quelle souffrance cela recouvre et tente d’apaiser, quel affrontement nécessaire tente d’être évité. Est-ce un mode d’intervention habituel de celui qui l’utilise, l’expression de son organisation interne ? Comment la fonction phorique [4]  R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, Paris, Dunod,... [4] de « porte-humour » pourra le servir mais aussi lui faire prendre un rôle dans lequel le groupe aura tendance à l’enfermer par la suite ?

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Avec un peu de chance, on trouvera cette capacité chez l’analyste. Il aura exploré pour lui les limites imposées par la vie, ses différents aléas, les inconvénients d’être né. Il aura expérimenté lui-même dans le transfert une vérité qui se révèlera heureuse par les nouvelles possibilités d’être avec les autres. Cette capacité colorera la relation qu’il entretient avec lui-même, avec le groupe et avec chaque participant, pourra se développer dans le groupe comme culture, mode d’échanges dans le champ collectif.

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Comme pour un patient, l’humour présent dans les interventions de l’analyste montre peut-être « l’existence de prédispositions et de conduites psychiques particulières chez ces personnes spirituelles, et qui en favorisent l’éclosion ». Mais on ne peut pas éluder trop vite chez lui un reste de « la constitution psychonévrotique de l’auteur de bons mots [5]  S. Freud, 1905, op. cit., p. 263 et 261. [5] ». Vous avez comme moi facilement repéré, plus souvent chez les autres, un mode de séduction marquant la crainte d’un contre-transfert négatif, ou à tout le moins l’émergence d’un système défensif inapproprié, et pas toujours en rapport avec les circonstances particulières de la situation.

Une panne d’humour

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Certaines circonstances amènent parfois à manquer cruellement d’humour, alors que, devant le risque de débordement émotionnel, il serait bien utile comme pare-excitation.

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Nous allons, une collègue et moi, retrouver dans une ville de province un groupe que nous conduisons depuis plus d’un an. À notre arrivée, quelques instants avant le début de la première séance, nous apprenons qu’une participante, jeune femme en bonne santé jusque-là, vient de décéder d’une maladie à évolution très rapide. Son mari, connaissant l’engagement de sa femme dans ce travail de groupe, a tenu à nous en avertir par courrier. Sous le choc, nous nous interrogeons sur la nécessaire transmission de cette nouvelle. Il nous apparaît difficile de la communiquer au groupe dès l’entrée, et nous sommes rapidement d’accord pour attendre que la question de cette absence soit posée avant d’y répondre. La salle de groupe est dans la vieille ville, la fenêtre reste entr’ouverte sur le soir qui tombe. Le groupe est assis, une personne arrivera un peu en retard, le silence s’installe… et se prolonge. Nous le ponctuons de quelques « alors ?… » qui restent sans écho. Les églises du quartier, nombreuses et mal coordonnées, égrènent plusieurs fois chaque quart d’heure. Je nous sens dans l’impasse : annoncer la cause de cette absence semble de plus en plus difficile, je sais qu’ils ne peuvent être déjà au courant, mais je ressens cependant qu’ils le savent. Je crois me rappeler que nous n’en dirons rien ce soir-là, alors que quelques rares échanges se sont instaurés. Je n’ai retrouvé aucune note de cette séance, comme si nous avions été dans l’impossibilité d’en prendre dans l’après-coup. J’ai le souvenir d’une séance interminable, comme si le temps avait été suspendu, éprouvant la double culpabilité d’être le porteur de l’annonce de cette mort, et d’avoir tant tardé à pouvoir la dire.

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« La source secrète de l’humour, ce n’est pas la joie, dit Mark Twain, c’est le chagrin. » Il y a des moments, traumatiques, où cette source se tarit. J’ai depuis souvent repensé à ce moment… Le souvenir en est resté, par-delà les années, comme une image arrêtée, les détails non significatifs plus présents que les autres. À l’occasion de cet article, je tente d’imaginer comment une once d’humour aurait pu consoler, colorer l’annonce dont on ne pouvait faire l’économie. Peut-être avec tristesse et une tendresse un peu bourrue : « Eh bien toi, (le prénom), qu’est-ce que tu nous as fait là ? » Ou bien, retournant le reproche sur nous : « Mais qu’est-ce que ce travail en groupe qui ne peut même pas empêcher les gens de mourir ? » Le groupe ne s’est d’ailleurs pas privé ensuite de nous faire ce reproche. Mais tout cela vient, avec la peine qui en reste, seulement dans l’après-coup. Ce qui subsiste surtout, ce sont le deuil, l’absence, le silence. L’acceptation de vivre cela, présent et sans mots, sans risquer de paraître distant ou cynique, était peut-être la seule réponse possible.

Un dosage suffisamment bon ?

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Entre débordement et panne sèche, le « bon usage » de l’humour serait-il une question de dosage ?

  • totalement absent, il est le signe de l’entretien morbide de la souffrance, du bénéfice de la plainte, ou bien de l’emprise interdictrice d’une pensée associative non-conforme… ;

  • envahissant, signe d’un fonctionnement maniaque partagé et non interprété, il empêche l’émergence des affects et leur élaboration ;

  • son « bon usage », disponible sans être systématique, lui donne la fonction d’un pare-excitation, permettant d’aborder les situations de souffrance sans le risque d’être débordé, sans que l’excès d’émotion devienne traumatisant. Il repose alors sur une illusion nécessaire, l’affirmation de la survie et de la victoire possibles de l’esprit face à l’adversité. Il dévoilera peut-être aussi comment notre construction de la réalité a été dramatisée, comment notre passé a pu être recomposé au bénéfice de la plainte, et permettra alors de rire des peurs infantiles et des inhibitions que nous avons depuis entretenues. Chaque patient pourra alors l’introjecter au cours de son travail analytique, individuel ou groupal. Il pourra en emporter une dose pour la route qui lui reste à parcourir. La capacité à le retrouver dans les situations d’isolement et à le partager dans son rapport aux autres est un gage de santé mentale retrouvée.

Un « porte-humour »

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On connaît bien dans les groupes, surtout en formation, ces participants qui utilisent les jeux de mots sans retenue, interrompant par là le plus souvent l’émergence des affects. Ce mode maniaque a même été longtemps une marque de culture dans certains groupes, séduits alors par les séminaires de l’École freudienne. Si ces raccourcis et jeux de langage, cette « linguisterie », ne manquent pas d’intérêt, c’est au service de la résistance que les « porte-humour » de ce genre s’engagent le plus souvent. Mais il y a des façons plus discrètes.

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Dans un groupe de psychodrame de longue durée (dix week-ends intensifs sur deux ans dans le cadre de l’Institut d’analyse de groupe et psychodrame), un participant s’installe d’entrée dans un mode de participation qui lui sera personnel et dont il ne sortira que partiellement. Silencieux, attentif, peu intervenant, il sort souvent de cette position de retrait au cours de la dernière séance, probablement poussé par la proximité de la séparation. Il raconte alors avec talent une situation de son enfance, de son passé récent ou de sa situation actuelle, familiale ou professionnelle. C’est à chaque fois une situation où il s’est montré ou se montre encore « perdant », peu considéré, ne faisant pas ce qu’il faut pour s’en sortir. Cette situation se retrouve à travers le changement des circonstances évoquées. Les autres l’écoutent longuement, avec attention, un peu amusés. En reprenant les notes, je retrouve pourtant peu de signes d’humour dans les contenus évoqués, mais au contraire, une grande souffrance et une sensibilité particulière à toute séparation. La teinte d’humour dont j’avais gardé le souvenir tient dans le léger sourire, sorte d’appel à une complicité et non à la compassion malgré les malheurs et impasses évoqués, et dans la forme : « J’ai tant de mal à évoquer la séparation que c’est toujours moi qui me fait larguer. » Peut-être aussi dans le paradoxe entre cette grande lucidité, cette capacité d’analyse des situations vécues, et une impossibilité de changer. Cet humour léger lui permettait probablement de revisiter ce passé-présent sans sombrer dans le mélodrame. Mais c’était aussi sa façon de chercher une place acceptée dans ce groupe, tout en évoquant le sentiment d’isolement persistant dans toutes ses autres appartenances. Il fascinait tous les autres qui pouvaient y retrouver projectivement les empêtrements répétitifs qu’ils refusaient de reconnaître chez eux, en usant de la fonction comique de celui qui tombe et qui recommence, parce que ça attire l’attention et fait rire. J’aurais pu alors, devant la répétition de récits qui ne laissaient guère de place aux interventions des autres, citer Coluche : « N’essayez pas de m’aider, je n’y arrive déjà pas tout seul », ou seulement remarquer prudemment que « le masochisme est quand même un placement sûr ». J’ai le souvenir de ne pas l’avoir fait pour lui : l’humour le portait, le fil qui le reliait à nous était ténu, il ne fallait pas tirer beaucoup…

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Cette capacité à rire de soi, ou à faire rire de soi, n’est pas toujours le signe d’une santé retrouvée, mais en tout cas d’un travail en cours. Comment d’ailleurs parler de la santé comme d’un objectif à atteindre ? On peut dire d’un travail analytique ce qu’on peut dire de la vie : le but, c’est le chemin. Aller-vers, c’est progressivement acquérir la possibilité d’être-là, présent à soi et devant les autres, en marche, avec les vicissitudes du voyage, ses pannes et même ses retours en arrière. Être capable de rire de soi, c’est avoir intériorisé ce compagnon de voyage, joyeux, léger à porter, économe, et dont on peut attendre qu’il ne vous lâche pas complètement dans les moments difficiles qui reviendront…

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Pour Antonino Ferro, avec Bion, « il n’est plus possible de penser à un ancrage en D, mais à une oscillation continuelle » entre position persécutive et position dépressive. Même à plus long terme, des fonctionnements antérieurs ne seront jamais complètement abandonnés. Il sera probablement nécessaire de revenir parfois à ces refuges régressifs, au moins provisoirement. Pour vérifier qu’une autre façon d’être apporte finalement plus de plaisir, pour s’assurer de cette possibilité de retrait avant de la dépasser, ou encore pour retrouver un peu de cette sève de l’infantile comme potion magique pour l’aventure.

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L’humeur du groupe est aussi soumise aux mêmes oscillations. À ces moments où la position dépressive semble partagée, une forme d’humour accompagne souvent une élaboration et chacun y trouve des sources de transformation. À d’autres moments, la position persécutive mobilise ses défenses spécifiques. Le comique éventuel prendra un autre pour cible, à l’intérieur du groupe, ou favorisera une illusion groupale en trouvant un bouc-émissaire extérieur. Le trait d’esprit sera au mieux le mode utilisé. Quand c’est l’analyste qui est ainsi visé, il pourra patienter, supporter, et se rappeler comme consolation la parole d’un humoriste : « Elle était revenue de bien des choses, ce qui ne l’empêchait pas d’y retourner souvent. »

Humour et interprétation

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Mais l’humour, au-delà d’être un signe, est-il aussi un outil ? Son usage comme facteur de changement par l’analyste est-il souhaitable, possible, et comment ? Je ferai appel ici à quelques expériences personnelles en situation. J’ai sélectionné seulement les plus avouables.

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L’humour dans les interventions interprétatives est à manier avec beacoup de précaution, ce qui est difficile quand on sait qu’il n’est consommable qu’à l’état naissant, issu de la situation ici-maintenant et des affleurements pré-conscients actuels dans le champ transférentiel.

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Lorsqu’il porte sur un point observable ou des mots entendus, une attention particulière évitera qu’il puisse être vécu comme moqueur, dévalorisant, rejetant. Cela ne porte pas seulement sur le contenu, mais sur l’état du destinataire. L’humour dans l’interprétation est certes moins persécuteur en groupe qu’en individuel, l’interprétation portant généralement sur la matrice groupale ou la chaîne associative. Mais « on peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui [6]  P. Desproges, dans Les flagrants délires, émission... [6] … », et j’aurais tendance à ajouter « pas n’importe quand » : il y a des situations où la tension émotionnelle est importante à maintenir, sans la « distraire », et d’autres moments où tout écart sur des valeurs ne peut être perçu que comme sacrilège. On peut aussi attendre un moment, lié à l’état mental du groupe, où l’intervention interprétative est possible, et où l’humour peut la faciliter : « La découverte et la formulation de la signification, qui ont lieu normalement quand l’analyste interprète, sont liées à une sensation de certitude et de soulagement, et donc à D. [7]  A. Ferro, La psychanalyse comme œuvre ouverte, Toulouse,... [7] . »

Rire de Soi

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Les moments de transfert négatif, qui unissent parfois le groupe contre l’analyste, doivent être affrontés stoïquement. Notre capacité à supporter le négatif est une condition pour assumer cette place. Quelle place pour l’humour dans ces moments-là ? De manière interne, certes, mais son expression doit alors être retenue, ou très prudente. Sous une pluie durable et contagieuse de reproches, peut-être fondés au départ, mais dont la dimension projective apparaissait plus nettement, j’ai le souvenir d’avoir émis à haute voix un « Oh, que je n’aimerais pas être à ma place » salutaire. Ce « pas de côté » ne se voulait pas un abandon de ma place, mais me remettait dans le même bain, prêt à observer avec eux ce qui Nous arrivait. L’analyste peut ainsi rire de lui et de la situation où il s’est mis. Faisant alors apparaître le jeu dans lequel il est pris, il en facilitera la perception. L’expérience du groupe de psychodrame favorise probablement cet usage. Une attention particulière aux aspects non verbaux, corporels et mimiques, est importante. Mais aussi le moment choisi : trop tôt, ce sera défensif et interdira la décharge nécessaire ; trop tard, ce sera réchauffé, sans effet.

Rire de Nous

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À d’autres moments, l’écart et l’opposition sont moins présents et l’analyste peut avoir la sensation précaire d’être dans le groupe. Un « rire de Nous » devient alors possible et son expression acceptable.

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À la fin d’une séance extrêmement confuse, chaotique, au cours de laquelle aucune chaîne associative n’est apparue, un participant se tourne vers moi en se levant et dit : « On a été vraiment nuls ce matin ! », et je m’entends répondre, hochant exagérément la tête et sur le même ton : « Ça, alors, là oui, vraiment… » On peut repérer là un évitement résistant de ma part, refusant d’être mis en place du maître, d’un juge devant lequel on s’excuse. Je tentais alors de reprendre la place dans le groupe de cette fonction d’auto-observation bienveillante partageable citée plus haut. Ma capacité « naturelle » à prendre cette place dans les interactions de la vie courante me laisse quand même craindre de monopoliser parfois cette fonction de porte-humour dans le groupe…

Comment réussir à échouer

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Des interventions dans l’humour ne sont pas toujours aussi brèves et peuvent utiliser des emprunts littéraires plus importants. La logique de l’absurde, l’humour du non-sens et les aphorismes paradoxaux permettent parfois de sortir d’une logique partagée mais répétitive.

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Une séance de psychodrame bute, par exemple, sur l’impossibilité d’élaborer la situation de jeu proposée : des conditions sont posées pour l’acceptation des rôles, de nombreuses améliorations sont apportées, des précisions demandées sans fin. La séance précédente a donné lieu à un jeu très impliquant et, classiquement, une prudence se fait sentir, niée par une partie du groupe qui s’efforce de proposer un jeu. Plusieurs stratégies sont alors possibles pour le psychodramatiste. L’une consiste à participer à l’élaboration en proposant des choix plus simples. Ce mode de fonctionnement, généralement accepté, favorise une apparente production, mais en renforçant la dépendance. Une autre stratégie consiste à interpréter cette ambivalence, énoncer-dénoncer la résistance, ce qui revient à dire : « On voudrait montrer qu’on y va, mais en fait on n’en a pas du tout envie. » Les deux options placent le psychodramatiste en position parentale, nourricière ou évaluatrice, et j’hésite depuis un certain temps. La fin de la séance approche et je raconte avec beaucoup de sérieux : « Je me souviens d’un dicton zen que j’ai lu dans le magazine féminin Elle, et qui dit : Pourquoi trouver les choses difficiles alors qu’en les compliquant un tout petit peu plus, on peut les rendre facilement impossibles ? » Une seconde de silence, suivie d’un rire partagé par tous, ponctue cette intervention. Les paroles qui suivent vont me taquiner sur mes goûts, me proposer un autre abonnement, me ramener à un peu de sérieux et je les remercie de leurs conseils. Après la pause, un travail associatif non défensif reprendra. Je dois avouer que ce dicton me taquine encore dans des situations semblables, et que je l’ai réutilisé plusieurs fois.

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Une autre intervention, devant le récit de situations répétitives, sorte d’addiction dans de nombreuses prises de risque amoureuses qui se terminaient toujours mal : « Ça ressemble à ce commerçant qui disait perdre de l’argent sur chaque article, mais qu’il se rattraperait sur le nombre. » J’aime bien ce genre de propositions, bien que ce ne soit pas très orthodoxe. On peut s’en saisir ou l’ignorer apparemment, ou en saisir un autre aspect. Il me semble que c’est une interprétation ouverte, offre d’une figuration possible, d’une métaphore qui aide à représenter ce qui est difficile à concevoir autrement, et souvent même à s’avouer. Ce miroir, volontairement un peu flou, ne peut être accepté que s’il est tendu avec bienveillance et complicité.

Une histoire de fou

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Il m’est arrivé d’associer ce qui se passe en séance à des histoires drôles entendues dans mon enfance. Dans une série de jeux où les relations familiales ou conjugales étaient évoquées, l’accent était mis sur l’impossibilité de modifier des relations insatisfaisantes à cause des autres qui résistent à tout changement. Je pense alors au système familial, au double-étayage [8]  R. Kaës, « Trois repères théoriques pour le travail... [8] , et que cet étayage peut procurer du plaisir aussi bien par antagonisme que par complémentarité – on veille alors à entretenir son « meilleur ennemi ». Mais comprendre qu’on est co-artisan de ce dont on se plaint n’est pas chose facile à faire admettre. Je raconte alors une histoire qui faisait beaucoup rire dans mon enfance, qualifiée alors d’histoire de fou : c’est un homme qui souffre d’un trouble mental grave : il se prend pour un os… Cela ne lui permet pas de sortir dans la rue, à cause des chiens. Il est hospitalisé et fait l’objet d’un travail thérapeutique individuel intensif. Au bout de six mois, guéri, il peut rentrer chez lui, mais le médecin qui l’a suivi le voit revenir affolé au bout de trois minutes. « J’ai rencontré un chien », dit le malade guéri dans un souffle. Le médecin lui dit alors : « Mais vous savez maintenant que vous n’êtes pas un os ! » Et le malade lui répond : « Oui, moi je le sais grâce à vous, mais lui, non ! » Comme toutes les métaphores introduites et constitutives de la culture d’un groupe, cette histoire est devenue un support pour penser les difficultés et les craintes de changement. Le groupe y a fait longtemps allusion et elle n’a pas eu besoin d’être racontée deux fois, intégrée dans la culture du groupe.

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Freud, qui collectionnait les histoires grivoises et les Witz, me sert de garant identificatoire dans ces expériences-limites. Il m’avertit aussi des risques : tancé par plusieurs de ses collègues de l’époque, il brûla sa collection en 1906, et l’article L’humour semble vouloir ne plus donner prise à ce reproche. C’est un peu dommage. J’ai oublié le nom de cet humoriste qui disait : « Je suis beaucoup trop sérieux pour être grave. »

Un conte dans l’institution

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Les interventions dans les institutions, séminaires de réflexion ou supervision, permettent un style un peu différent des groupes thérapeutiques. J’ai quelquefois été appelé dans des situations de crise, mais les conflits sont toujours présents, prêts à se réveiller à la moindre menace de changement. La capacité de résister aux situations tendues et une dose d’humour ne sont pas inutiles.

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Lors d’une intervention dans une institution de soins, je suis amené à aider une équipe et son directeur à réfléchir sur leur fonctionnement et je suis invité la première fois lors d’une réunion générale. Le directeur me présente et dit que cette réunion permettra de mettre en place ce travail, mais qu’il a d’abord quelques remarques à faire. Suit une longue liste de points sur l’exactitude, sur le temps pris à se préparer avant d’accueillir les patients, sur les pauses-cafés qui se prolongent, la nécessité de montrer un peu de bonne volonté pour se remplacer lors des absences, sur le chauffage et l’éclairage utilisés sans souci d’économie, etc. Je constate le malaise du directeur devant ce groupe plus grand depuis la fusion de deux établissements et son choix d’une intervention essentiellement faite de reproches.

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Les réactions des partcipants, exprimées sans agresivité apparente, portent sur des justifications : c’est parce que…, on ne peut pas…, on n’est pas assez nombreux, puis suivent des demandes de précision sur les contrats de travail, les fiches de poste, et « qu’on leur dise très précisément et même par écrit ce qu’on attend d’eux ». Le directeur assure alors que toutes ces précisions sont en préparation au service administratif, et clot son intervention en me passant la parole.

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Je rappelle rapidement le projet de travail avec eux, projet qui me conduit à les renconter. Je dis que je vais parler aussi de mes sentiments et que ce que je viens d’entendre m’a rappelé mon adolescence : j’oubliais toujours les choses importantes et ma mère était « fatiguée » de me les rappeler, et que cela ne m’a pas guéri. J’ajoute que j’ai bien entendu les efforts qu’il font tous pour se mettre d’accord sur un contrat de vie parfaitement défini qui éviterait les conflits. Je leur raconte alors un très vieux texte français : La farce du cuvier.

« Le cuvier, nom donné à l’artisan qui fabriquait les cuves et les tonneaux, est amoureux, mais celle qu’il désire épouser lui résiste. Elle exige que tout soit clair avant d’accepter, et demande que soit rédigé un « rolet », rouleau de parchemin, où tout ce qu’il s’engage à faire sera détaillé. Après le mariage, le cuvier se sent esclave, assez malheureux, mais elle ne cède rien : il a signé. Un jour pourtant, elle vient de mauvaise humeur lui rappeler ses devoirs alors qu’il travaille dans son atelier. Malheureusement, elle glisse, tombe dans la cuve et se met à crier : sors-moi de là, sors-moi de là ! Lui, calmement, va chercher le rouleau et commence à lire en détaillant tout ce qu’elle a exigé de lui. Elle crie encore : sors-moi de cette cuve. Mais il lui répond : ce n’est point dans mon rolet, tout en continuant son énumération. Un peu plus tard, elle est toujours dans la cuve, il en profite pour réviser le contrat. »

La chute de l’histoire entraîne des rires et apporte une sorte de soulagement, peut-être par rapport aux craintes de ma position comme allié de la direction. Je rappelle alors plus sérieusement que le travail salarié a deux niveaux. Le premier est, contre un salaire, de proposer sa compétence pour assumer les tâches que demande l’entreprise. L’autre est le souhait d’appartenir à un groupe, avec ses liens affectifs, dont on attend reconnaissance, camaraderie, considération. Cela ne peut être inscrit nulle part et j’ajoute que c’est sur cette deuxième partie qu’on pourra réfléchir ensemble lors de nos rencontres.

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La réunion reprend aussitôt et de nombreuses propositions participatives, inattendues et créatives, apparaissent. La suite montrera que ce n’est pas toujours facile, mais ce premier contact a donné envie de participer activement et créativement aux échanges.

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Moi-même, en y repensant, je me dis que je n’aurais pu écrire mon rôle de ce jour-là sur aucun « rolet ». Contrairement au directeur, je n’ai pas peur des groupes, et mon âge a beaucoup d’avantages. Comme le disait un professeur d’art dramatique : « Pour inproviser, il faut avoir des provisions. »

Humour et séparation

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Les provisions, il faut savoir aussi en recevoir. Se répartissant la fonction de porte-humour lorsque les conditions sont assez bonnes, les membres d’un groupe construisent une culture et mobilisent leur capacité à réguler aussi les processus. Lors d’une fin de travail en groupe de psychodrame, séance où plusieurs personnes avaient évoqué ce pourquoi elles étaient venues, une jeune femme évoque en souriant un souvenir qui lui revient et le raconte : « J’avais 18 ans, je venais de passer mon brevet d’animatrice, et je suis embauchée dans une colonie de vacances. J’étais très inquiète et j’avais préparé avec beaucoup de soin ce que j’allais leur proposer. Les enfants de huit à dix ans ont été très participants et la semaine s’était très bien passée pour moi. Le dernier jour, traditionnellement autour d’un feu après des jeux et des chants, chacun dit ce qu’il pense de la semaine. Quand vient le tour de mon groupe, une petite fille dit : “Pour nous c’était très bien, on a fait plein de choses. Mais avec Christiane, on a tellement joué qu’on n’a même pas eu le temps de s’amuser”… »

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Je vous laisse associer sur ce récit comme représentation du groupe que nous terminions. Il ne m’est alors pas apparu utile d’interpréter. Je l’ai entendue parlant au nom du groupe, résumant l’ambivalence d’une fin forcément inachevée et leur identification à la fois aux enfants et aux « moniteurs » de ce groupe. Cela interrogeait aussi le style et les attentes des analystes, et leur insistance tout au long du groupe à faire « jouer » les situations évoquées. Tout était dit, il suffisait de rire, en écho aux rires du groupe, pour en accuser réception.

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L’humour est donc le fidèle compagnon des peurs, angoisses, souffrances, séparations. Dans le florilège des histoires drôles, le rapport à la mort tient une place importante. C’est probablement ce que nous avons le plus en commun, ce cadeau qui nous est fait en prime à la naissance, et que nous essayons de repousser à plus tard. Il se décline sous toutes les formes dérivées que sont notre rapport au temps, l’attente et la fin de toute chose. Dans un travail de supervision que nous conduisons avec des psychologues confrontés en hôpital à des situations extrêmes, cancérologie, périnatalité, soins palliatifs, l’humour noir est toujours prêt à frapper à la porte. Non pas des blagues de carabin, plutôt utiles à renforcer l’identité des soignants en attribuant la mort comme compagne exclusivement aux patients, mais l’humour, autodérision et aveu de celui qui se croyait immortel et qui se voit mettre en œuvre une série de défenses contre sa propre peur. Je cite W. Allen qui résume cette contradiction : « Je n’ai absolument pas peur de la mort ! Mais quand elle arrivera, j’essaierai de ne pas être là. » Cet humour qui n’exclut pas la compassion nous permet de mettre en scène des situations d’accompagnement des derniers instants.

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Peut-on rire de tous les instants, même des derniers ? Certains humoristes le tentent, avec leur dernier mot. Sacha Guitry, qui devait l’avoir longuement préparé, aurait dit : « Je m’ennuie déjà. » Pierre Desproges, déjà cité, nous donne une leçon avec sa dernière tournée durant sa longue maladie, disant au passage « plus cancéreux que moi, tumeur ». Il produisait alors une série de chroniques radiophoniques qui se terminaient toujours par : « Étonnant, non ? » Le lendemain de sa mort, et je crois sur sa demande, le journaliste ouvre les informations matinales en annonçant : « Pierre Desproges est mort ce matin, étonnant, non ? »

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Finir une analyse interminable, finir un groupe, finir un article, finir sa vie… Comptant sur ma spontanéité, je n’ai rien préparé pour mes derniers mots. Patience, je ne promets pas aux lecteurs qu’ils les connaîtront bientôt.

Notes

[*]

Jean Forest, analyste de groupe, psychodramatiste, 2 rue Thiers, 13100 Aix-en-Provence. forest-jean@wanadoo.fr.

[1]

S. Freud, « L’humour » (1927), nouv. trad. dans L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985, p. 321.

[2]

S. Freud, Le mot d’esprit dans ses rapports avec l’inconscient (1905), nouv. trad., Paris, Gallimard, 1988, p. 400.

[3]

J.-P. Kamieniak, Freud, enfant de l’humour, thèse soutenue à l’université Paris VII en décembre 1998, p. 83.

[4]

R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, Paris, Dunod, 1993.

[5]

S. Freud, 1905, op. cit., p. 263 et 261.

[6]

P. Desproges, dans Les flagrants délires, émission sur France-Inter, recevant ce jour-là Le Pen.

[7]

A. Ferro, La psychanalyse comme œuvre ouverte, Toulouse, érès, 2000.

[8]

R. Kaës, « Trois repères théoriques pour le travail psychanalytique groupal », dans Perspectives psychiatriques, 1979, II, n° 71, p. 145-157. On pourra lire aussi : S. Kofman, Pourquoi rit-on, Paris, Galilée édit., 1986 ; D. Meltzer, Température et distance comme dimensions techniques de la cure, note à Aix-en-Provence, European Psycho-analytical Fédération, 1976 ; F. Roustang, Comment faire rire un paranoïaque, Paris, Odile Jacob, 1996.

Résumé

Français

À partir de son expérience en groupe et en psychodrame, l’auteur précise sa définition et la fonction possible de l’humour dans le groupe. Selon son opportunité et son dosage, l’humour fera fonction de pare-excitation, proposera des métaphores, permettra des interprétations acceptables, mais il pourra aussi servir la résistance. La capacité de rire de Soi, et de rire d’un Nous, est signe de santé et d’un travail psychique en cours. L’humour est souvent amené par un patient et la fonction de porte-humour est plus ou moins partagée. Son usage par l’analyste, soutenu ici comme possible, nécessite quelques précautions. Quelques situations cliniques, en thérapie, en formation et en institution, en montrent les limites et l’intérêt.

English

Groups, humor and interpretationFrom his experience in group and psychodrama, the author refines his définition and a possible function of humor in analytic group. According to its aptness and his measure, humor helps resistance or act as a process which reduces the excitatment, allows for acceptable interpretations. Capacity to laugh at oneself, and laugh at Ourselves, is a sign of good health and psychic work in progress. Humor is often brought by a patient, and the function of «humor-deliverer» is more or less shared. Its use by the analyst, offered here as possible, needs some precaution. Some clinical cases in therapy, in formation and institution, point out its limits and its interest.

Español

Grupos, humor y interpretaciónA partir de su experiencia en grupo y en psicodrama, el autor especifica, su definicion y la funcion posible del humor en el grupo analitico. Segun su oportunidad y su dosificacion, servira a las resistencias o tendra la funcion de proteccion contra las excitaciones, brindara metaforas, permitira interpretaciones aceptables. La capacidad de reirse de Si, y de reirse de Nosotros, es una muestra de salud y de que un trabajo psicquico se esta realizando. El humor es traido a menudo por un paciente y esta funcion de porta-humor es mas o menos compartida. Su utilizacion por el analista necesita ciertas precauciones. Algunas situaciones clinicas, en terapia, en capacitacion y en institucion muestran los limites y el interés.

Plan de l'article

  1. Le début de la fin
  2. Vous avez dit : humour ?
  3. Qui le porte, le protège, le partage ?
  4. Une panne d’humour
  5. Un dosage suffisamment bon ?
  6. Un « porte-humour »
  7. Humour et interprétation
  8. Rire de Soi
  9. Rire de Nous
  10. Comment réussir à échouer
  11. Une histoire de fou
  12. Un conte dans l’institution
  13. Humour et séparation

Pour citer cet article

Forest Jean, « Groupes, humour et interprétation », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe 1/ 2005 (no 44), p. 73-86
URL : www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2005-1-page-73.htm.
DOI : 10.3917/rppg.044.0073

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