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S'inscrire Alertes e-mail - Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezÉditorial. Les modèles de pensée pour le travail analytique de groupe
AuteurJacqueline Falguière du même auteur
Chaque praticien de la thérapie analytique de groupe a besoin de références à une théorie dans son exercice. Pour certains, le champ de référence à la psychanalyse et la connaissance du fonctionnement mental que Freud nous a léguée, peuvent suffire à une pratique analytique dans le cadre de la situation de groupe. Pour d’autres, la question se pose différemment, et la spécificité du cadre groupal s’impose de telle manière qu’elle rend nécessaire la construction de modèles théoriques qui puissent rendre compte à la fois des processus qui se développent à l’intérieur des petits groupes et d’une nouvelle connaissance du fonctionnement psychique des individus pris dans un réseau de liens à l’autre et aux autres dès les origines. L’écart entre ces deux positions ainsi sommairement énoncé semble de taille ; pourtant dans la pratique elle-même, on peut se demander si les différences sont aussi importantes.
2 Dans ce passage entre pratique et théorisation, il y a lieu de faire plusieurs distinctions. En effet, on peut difficilement assimiler plusieurs champs d’exercice, celui de la thérapie analytique, celui de la formation aux thérapies analytiques de groupe, celui de la recherche expérimentale et de l’enseignement. Ils sont différents dans leurs buts, leurs objets et leurs dispositifs. Si l’on envisage globalement l’activité d’un praticien, selon les caractères dominants de ses activités de thérapie, de formation et d’enseignement, il apparaît clairement que la dominante va imprimer sa marque sur ses choix d’objets d’investigation.
3 Si dans les sciences fondamentales, on ne peut dissocier les variables liées à l’observateur de l’objet de la recherche, dans le champ des thérapies analytiques de groupe, il est encore plus impératif de ne pas dissocier les variables liées à l’analyste, du champ de sa pratique. Ces variables sont multiples et sont vectorisées par la fonction assignée au groupe dans lequel s’exerce sa pratique.
4 Un autre facteur non négligeable dans l’induction à penser est la position du théoricien. Est-ce qu’il théorise dans le cadre d’une pratique qu’il exerce, ou bien est-ce qu’il théorise en observant une pratique exercée par un autre ? Une telle différence existe entre la pratique analytique et la psychanalyse appliquée à l’interprétation d’une œuvre d’art. Dans le premier cas, le psychanalyste met à l’œuvre ses connaissances du fonctionnement psychique pour qu’un processus se crée et se développe dans une visée analytique thérapeutique ; dans l’autre cas, le savoir analytique peut éclairer l’œuvre sous un nouvel angle mais n’imprime aucun changement à l’œuvre interprétée. Les enjeux de la recherche dans les deux cas sont différents. La théorisation ne peut donc pas être dissociée de sa fonction dans le champ de la pratique et c’est une des raisons pour lesquelles on peut aboutir à des différences de compréhension des processus groupaux et de leur impact sur les fonctionnements psychiques. C’est aussi une des raisons pour lesquelles, chaque praticien est amené ou non à créer de nouveaux modèles théoriques propres à soutenir la pensée dans les moments d’élaboration de ses interventions et de ses interprétations.
5 Il faudrait aussi évoquer les différences de dispositifs. À des dispositifs différents répondent des processus différents dans le travail analytique du groupe. Les éléments du cadre, les visées définies (en particulier, analyse ou expérimentation, leurs deux pôles extrêmes), les techniques utilisées, la solitude ou la pluralité des analystes, etc., vont modifier considérablement les processus groupaux et leur traitement. D’autre part, un dispositif est à la fois le fruit des élaborations théoriques de l’analyste et l’expression de ce que l’on pourrait appeler sa tâche aveugle qui contribue à son investissement du dispositif créé. C’est une dialectique permanente qui anime la pensée du praticien dans les infléchissements tant de ses théorisations que de la pratique qui en découle. Ce jeu constant de renvoi de l’un à l’autre désigne l’écart entre « un modèle théorique » qui est en constante évolution, et « un dogme » qui par essence est immuable. Les praticiens des thérapies analytiques de groupe, bien que croyant en l’efficacité de tel ou tel modèle de pensée, sont dans une recherche permanente qui nécessite des remaniements de ces mêmes modèles, quelquefois des mutations, quelquefois des retours.
6 Indépendamment des différentes techniques qui sont représentées dans les articles qui composent ce numéro, le point commun reste celui qui les relie à la psychanalyse. La richesse et la diversité des articles ne peuvent faire oublier cette référence première avec laquelle chaque praticien crée les linéaments de ses motifs théoriques. Le fond commun est bien cet intérêt pour l’émergence et le travail du lien, rappelant cette quête incessante de retrouver les liaisons qui ont été perdues dans le dédale des constructions de l’appareil psychique. Les groupes analytiques sont là pour témoigner de la pathologie du lien et pour tenter d’y apporter quelque réponse. Le travail associatif proposé épouse, dans la situation de groupe, les détours propres à rapprocher les représentations des affects dont elles ont été séparées. Les uns et les autres contribuent à cette œuvre commune dont chacun peut tirer profit. À présent, il reste à laisser le lecteur rêver en lisant ces écrits si différents, et à se laisser porter par le flux des idées vers les situations de groupe analytiques.
POUR CITER CET ARTICLE
Jacqueline Falguière « Éditorial. Les modèles de pensée pour le travail analytique de groupe », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe 2/2005 (no 45), p. 5-7.
URL : www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2005-2-page-5.htm.
DOI : 10.3917/rppg.045.0005.




