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Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe

2006/1 (no 46)

  • Pages : 208
  • ISBN : 2-7492-0422-4
  • DOI : 10.3917/rppg.046.0027
  • Éditeur : ERES


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Tu ouvres depuis la fin des années 1960, des perspectives sur le travail de groupe, avec une telle acuité et une telle ampleur que tu es pour moi et pour nous tous un élément de stimulation, de réflexion et de discussion indispensable. La richesse de tes propositions réclame de te lire et de t’écouter attentivement et parfois même de s’y perdre pour mieux te retrouver. C’est l’intérêt de la confrontation avec toi.

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Aujourd’hui encore tu sais situer la place du groupe thérapeutique dans une vision d’ensemble.

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Tu montres comment « avant que la psychanalyse s’en mêle, le groupe sert essentiellement les intérêts du social ». Et comment depuis qu’elle s’en mêle arrivent de nouvelles réponses concernant notamment le dégagement de structures groupales inconscientes qui pourront être traitées « dans le groupe et chez les sujets membres du groupe ». Longue histoire à laquelle tu participes activement. Lente évolution qui nous incite à penser qu’elle n’est pas terminée. J’aime cet esprit d’ouverture.

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Tous les psychanalystes qui tentent l’expérience de la thérapie de groupe en laissant aux participants la liberté de leurs paroles et de leurs réactions réciproques, retrouvent à l’œuvre certains processus inconscients que la psychanalyse individuelle leur a appris à reconnaître et à traiter. Mais si cette situation délibérée de co-excitation pulsionnelle, de co-transfert, de co-pensée mise en place dans un dispositif contenant approprié produit des effets spécifiques évidents, ceux-ci ne sont pas faciles à conceptualiser. Vaste chantier qui nous préoccupe tous et qui fait l’objet même de nos journées : « L’individu et le groupe vu dans une perspective psychanalytique. »

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En ce qui te concerne, tu proposes un modèle d’intelligibilité extrêmement cohérent, le modèle de l’appareil psychique groupal. Il fédère cependant tant de notions psychanalytiques, qu’il n’est pas toujours facile de dégager sa ligne directrice fondamentale.

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Au risque de simplifier à l’extrême ta pensée, je vais tenter de le faire pour te permettre de reprendre ce que ma compréhension aura de réducteur.

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Premier point : je dirai que ton originalité princeps est de prendre un point de vue délibérément structuraliste concernant aussi bien la compréhension du fonctionnement psychique individuel que celui du fonctionnement psychique groupal.

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Sans doute soutenu par une forme de pensée personnelle, particulièrement apte aux visions synthétiques d’ensemble, c’est moins le surgissement d’éléments représentatifs et affectifs intrapsychiques qui retient ton attention, que leur assemblage, leurs mises en lien, leur « nouage », comme tu dis. D’emblée, tu considères les fonctionnements d’ensemble pour chercher à comprendre leur « ordonnancement ». Considérant en particulier les productions inconscientes de l’appareil psychique individuel, tels que les fantasmes, le complexe d’Œdipe et autres complexes, les imagos, etc. tu retiens avant tout que leurs éléments constitutifs sont réunis et ordonnés par une structure de groupe. Structuration spécifique qui rend compte d’un travail psychique élémentaire et fondamental sur des élements multiples et en tension pour les nouer, les ordonner en assemblages groupaux intrapsychiques.

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T’appuyant sur cette vision structuraliste tu avances l’idée que la matière psychique, base de notre vie consciente et inconsciente est en fait un ensemble vivant en état de liaison-nouage-transformation continue. La dynamique structurale du groupement est donc aux origines. Le mot est lâché. Cela t’a conduit à des formules fameuses : « L’inconscient est structuré comme un groupe » ; « La matière psychique est groupale. »

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Considérées d’un point de vue structural, elles ont leur pertinence.

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Deuxième point fort : partant de ces structures groupales intrapsychiques, tu considères qu’elles vont représenter dans le champ thérapeutique du groupe, des organisateurs, des opérateurs psychiques fondamentaux. Ceux-ci vont à leur tour, structurer les liens entre les membres, en vue d’assurer le fonctionnement et le maintien du groupe thérapeutique. Mobilisation des emplacements inconscients de chacun, des agencements des liens entre tous, des nouvelles formations fantasmatiques.

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Troisième point : conséquence clinique. On ne souligne pas toujours suffisamment l’ouverture clinique et le travail psychanalytique spécifique que permet ta conception d’un appareil psychique groupal renvoyant en continuité et en écho le travail des structurations groupales internes et externes.

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T’appuyant sur la règle de libre association, tu cherches à repérer et à dégager à travers les chaînes associatives groupales le triple nouage inconscient des formations internes, des mises en lien et des formations communes. Le psychanalyste pourra ainsi souligner, quand cela se précisera, soit l’organisation d’un fantasme commun en train d’ordonnancer les articulations interindividuelles, soit l’emplacement psychique pris par un individu pour maintenir le fonctionnement d’ensemble, soit les structurations défensives communes du refoulement, du déni, du rejet par rapport à certaines contraintes de groupe indésirables.

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Je te cite : « La situation groupale met en travail les rapports que le sujet entretient avec ses propres objets inconscients, avec les objets inconscients des autres, avec les objets inconscients communs et partagés. »

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L’expérience analytique de groupe sera donc l’expérience de la reprise de ces différents nouages intrapsychiques, interpsychiques, groupaux, permettant à chacun de remonter le trajet qui a abouti à se figer de façon inconsciente dans de tels emplacements fantasmatiques.

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Je suis extrêmement sensible à ce modèle théorique cohérent où le sujet et le groupe sont considérés en articulation structurale inconsciente réciproque et continue. Ses conséquences cliniques et interprétatives sont éclairantes.

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Question. Tu sais que je suis souvent proche de ce point de vue, à la différence que je considère les organisations scéniques inconscientes non comme des configurations originelles mais comme le résultat d’une conflictualité pulsionnelle. Ce qui de mon côté m’a amenée à une proposition conceptuelle concernant deux pulsions complémentaires et antagonistes : la pulsion sexuelle et la pulsion d’interliaison. Là n’est pas le propos de la discussion, mais cela me conduit à une question concernant ta position : comment, dans ton propre champ de vision clinico-théorique, considères-tu la source de la conflictualité nécessaire, me semble-t-il, pour donner vie à toutes les structurations psychiques conscientes et inconscientes qui sont les nôtres ?

Notes

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Ophélia Avron, 10 rue Claude Matrat, 92130 Issy-les-Moulineaux.

Résumé

Français

Essai de compréhension de la vision structuraliste impliquée dans le modèle de l’appareil psychique groupal présenté par René Kaës. Conséquences cliniques et interprétatives. Questionnement.

English

Essay of understanding of the structuralist conceptions engaged in the model of the « appareil psychique groupal » presented by René Kaës. Clinics and interpretative consequences, Questions.

Español

ResumenIntento de comprensión de la visión, estructuralista implicadas en el modelo del aparato psiquico grupal presentado por René Kaës. Consecuencias clínicas e interpretativas. Questionnement.

Pour citer cet article

Avron Ophélia, « Discussion avec René Kaës », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe 1/ 2006 (no 46), p. 27-29
URL : www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2006-1-page-27.htm.
DOI : 10.3917/rppg.046.0027

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