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La Revue des Sciences de Gestion

2006/1 (n°217)



Pages 5 - 9 Article suivant
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La « défaite » du capitalisme rhénan, cher à Michel Albert [1]  Capitalisme contre capitalisme, Michel Albert, Seuil,... [1]  consacre, pour le moment, la victoire des « Texans » [2]  « Non, les « Texans » ne gagneront pas éternellement.... [2] , et oblige à revoir toute notre approche des modalités de gestion des personnels dans le contexte financier d’une compétition acharnée.

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Les OPA inamicales dont le premier à les lancer, en France, fut Antoine Riboud [3]  Né à Lyon le 25 décembre 1918 et décédé le 4 mai 2002,... [3] , font ressurgir chez les plus mondialistes de nos « libéraux » européens, des relents de xénophobie et de racisme, dignes des années 30.

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Déjà dominants dans la pensée économique, ces sectateurs du « laissez-faire intégral » envisageaient que « la croissance était au coin de la rue » [4]  Propos attribué au Président républicain des Etats-Unis,... [4]  lorsque s’alignaient les queues des soupes populaires aux Etats-Unis puis par contrecoup en Europe, à commencer naturellement par les pays qui s’étaient alignés le plus sur le modèle d’Outre-Atlantique comme l’Allemagne. [5]  « Trichet voit la reprise au coin de la rue » Le futur... [5]  On en connaît hélas le dénouement !

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Les « licenciements boursiers », c’est-à-dire ceux dont le corollaire est l’augmentation du cours de l’action de la société par la suppression des emplois, sont redevenus à la mode.

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En réaction, les tenants d’une « autre économie » veulent en interdire la pratique [6]  L’Amendement « Michelin », adopté en octobre 1999 dans... [6] , la combattre par des menaces de taxation et d’impositions supplémentaires ou de reprise des subventions accordées au préalable par les Pouvoirs publics. [7]  Proposition de loi n° 2007 de M. Damien Meslot (UMP)... [7]

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C’est d’ailleurs l’un des paradoxes de ces chantres libéraux que d’émarger comme les courtisans de Versailles au budget de l’Etat et de se montrer chatouilleux sur le principe de la liberté d’entreprendre lorsque l’Etat entend (entendait…) limiter leur arbitraire en réglementant notamment le droit du Travail.

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C’est encore un des paradoxes qui ne les effrait pas que de penser qu’en diminuant les coûts de la main d’œuvre, au nom d’un mondialisme à sens unique, c’est-à-dire en clair en diminuant la masse salariale par la baisse des salaires et les licenciements, on peut durablement développer la croissance économique indispensable aux entreprises.

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Dans les années 30 déjà, ils développaient la même idéologie économique irresponsable, à courte vue et génératrice de violences, d’injustices et de recul économique.

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On ne peut baisser les charges d’un Etat et de ses satellites sociaux, si l’on continue à développer le chômage, la précarité et l’angoisse.

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« La raison d’être de la prospérité », rappelle Bertrand Collomb, p.d.-g. du premier groupe mondial en matériaux de construction qu’est Lafarge, en citant un de ses prédécesseurs, Marcel Demonque, « c’est l’homme : l’homme du dedans de l’entreprise, mais aussi l’homme du dehors, le consommateur des produits de l’entreprise qui ne doit être trompé ni sur la qualité ni sur les prix, les hommes de l’entreprise voisine qui ne doivent pas être menacés dans leur entreprise même par une concurrence déloyale ; l’Etat, pour préserver les citoyens des droits de l’entreprise ; finalement, l’homme tout court, l’homme de la rue est partie prenante à un bien commun, que l’entreprise enrichit par sa prospérité et ses succès légitimes ou appauvrit pas ses échecs et par ses succès illégitimes. » 8

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François Michelin le dit lui-aussi sans ambages : « La mission essentielle de tout responsable est d’augmenter le pouvoir d’achat des clients qui achètent vos produits. Pour pouvoir à salaire égal augmenter le pouvoir d’achat des personnes, ou augmenter les salaires » et de poursuivre et nous ne le contredirons pas, bien au contraire : « le libéralisme économique c’est de donner aux personnes le moyen de devenir ce qu’elles sont en respectant un certain nombre de règles ». [9]  Entretien avec François Michelin : « Le souci des hommes... [9]

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Des économistes très sérieux l’ont démontré, il y a plus de soixante-dix ans, mais ils ne sont plus à la mode.

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Il est symbolique que le président des Etats-Unis dont le portrait avait été enlevé de la Maison Blanche [10]  Le portrait de C. Coolidge, président de 1924 à 1930,... [10] , lors de la « Grande dépression », à cause de son action – on devrait dire son inaction – face à la crise de 1929, ait repris sa place, grâce à un autre président républicain Ronald Reagan, dont l’un des conseillers, Milton Friedman [11]  Milton Friedmann, Prix Nobel d’économie en 1976 : « Pour... [11]  continue d’inspirer pour le malheur de la croissance européenne, les fonctionnaires et commissaires de Bruxelles, Luxembourg mais aussi Francfort… Toute cette gesticulation idéologique n’est évidemment pas nôtre. Non que la gestion soit comme nous l’avons souligné naguère [12]  40 ans « la gestion : instrument au service de la domination... [12]  et à l’instar de Vincent de Gauléjac [13]  Vincent de Gauléjac, « La société malade de la gestion.... [13] , une science sans idéologie, mais plutôt parce que notre optique première de chercheurs en management est d’abord d’analyser les faits et d’apporter des réponses adaptées dans le cadre d’un contexte économique et social donné.

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C’est donc par deux dossiers thématiques que nous avons choisi d’aborder ce numéro consacré à la gestion des ressources humaines (GRH) :

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Nous avons choisi de conclure provisoirement cette question par une « analyse du statut pluriel de l’acteur », fondée sur l’observation et l’interprétation des rationalités multiples des praticiens du management à partir de leurs récits de vie pour permettre concrètement aux responsables en formation d’acquérir un nouveau savoir managérial.

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Ainsi, dans cette étude des liens entre les hommes et l’investissement immatériel qu’il soit financier ou intellectuel, avons-nous choisi de ne pas traiter les réactions consuméristes qui aux Etats-Unis, dans la lignée de Ralph Nader, peuvent avoir un sens, mais qui en Europe, ne suscitent pas encore l’adhésion des consommateurs-citoyens que nous sommes tous.

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On peut parfois le regretter mais les faits qui font loi pour le gestionnaire comme pour l’historien comme on l’a déjà vu, sont là pour nous le démontrer.

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Pas plus que le Réseau Voltaire dans sa campagne de boycottage des produits du groupe Danone [16]  « jeboycttedanone. com » [16]  n’a réussi à le faire revenir sur son plan de licenciements, pas plus non plus, le géant agroalimentaire n’a réussi à obtenir des tribunaux français la condamnation des « boycotteurs » au nom du « droit des marques ».

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La liberté d’expression reste la plus forte en Europe et le mercantilisme, affiché dans l’action en justice qu’a intentée le p.d.-g. de Danone, évitait soigneusement d’aborder le débat sur le fond, c’est-à-dire de s’interroger sur le bien-fondé des licenciements qualifiés de « spéculatifs ». [17]  Cour d’Appel de Paris, 4e Chambre, Section A, 30 avril 2003 Affaire « jeboycottedanone.... [17]

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La décision de la Cour de cassation du 14 décembre dernier, infirmant une décision de 2002 et donnant tort aux magistrats de la Cour d’Appel de Dijon, a désormais rendu inutiles tous les subterfuges juridiques tels qu’ils avaient été utilisés dans l’affaire précédente par Franck Riboud. L’humanisme en matière de gestion patronale semble ne pas se transmettre !

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La plus haute juridiction française en la matière, a ainsi confirmé aux chefs d’entreprises que le juge si puissant dans les domaines de la liberté des personnes, se doit de ne pas se prononcer en revanche pour tout ce qui concerne les licenciements économiques.

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La Justice (ou plutôt quelques fonctionnaires de ce service, en des circonstances et en un temps donnés) vient largement de renforcer la position de ceux qui pensent que la première des variables d’ajustement des coûts d’une entreprise et bien sûr le meilleur moyen de faire monter le cours des actions, demeure la variable humaine. [18]  Arrêt de la Cour de cassation du 14 décembre 2005.... [18]

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Dans l’introduction à un dossier consacré aux ressources humaines en 1997 [19]  « Justice, juste ciel ! », direction et gestion des... [19]  nous écrivions : « Selon le ministère de la Justice, sur cinquante-cinq mille personnes emprisonnées en France, vingt-neuf mille seraient incarcérées sans jugement, sur la simple demande d’un magistrat instructeur, et cela pour une durée moyenne de cinq à six mois. Curieuse statistique pour le pays qui se proclame celui des Droits de l’Homme. »

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Pensant à l’étonnement qui pouvait saisir le « lecteur-gestionnaire » face à cette entrée en matière, nous poursuivions par cette interpellation : « Etonnante introduction, penserez-vous, pour un dossier consacré aux ressources humaines… » avant de lui apporter cette réponse : « En effet, est-on bien sûr que le mépris de l’Homme en économie : chômage, précarité, abaissement des salaires, hiérarchie méprisante… ne prenne pas racine, ou ne trouve sa justification dans la manière d’appliquer les lois.

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Je ne parle pas ici de l’Etat, mais d’une corporation au sens vichyste du terme, celle des juges qui ne tient sa légitimité que de la réussite d’un concours (celui de l’Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux) ou de promotions, où le pouvoir politique n’a plus guère d’influence  ».

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Effectivement, en matière de respect des libertés, du droit du travail et de la dignité des personnes, ce que nous écrivions en 1997 n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire, et la « corporation » sévit de plus belle, en se permettant de contester une fois encore, le seul pouvoir légitime qui existe en démocratie, celui des élus du peuple !

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Les historiens se rappelleront que les magistrats d’Ancien régime en firent de même, en 1788.

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En 1997, nous écrivions : « On critique tant l’énarchie, qu’on oublie que la magistrature et ses acolytes ne sont que d’heureux « élus » d’un concours, et pas autre chose ».

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Il faut avoir le courage, même quand on est un homme politique, de revendiquer haut et fort qu’en démocratie, la seule légitimité est l’élection.

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« La justice qui doit rendre des comptes à la nation, de son fonctionnement, ne peut revendiquer l’absence de tout contrôle de ses décisions.

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Comme se plaît à le rappeler à juste titre Philippe Houillon, [20]  Philippe Houillon est également le rapporteur talentueux... [20]  Président de la Commission des lois de l’Assemblée Nationale, la garantie constitutionnelle d’indépendance du corps judiciaire n’autorise pas ce service public, qui rend ses décisions au nom du peuple français, à se considérer, dans notre démocratie parlementaire, comme un corps étranger» [21]  Jean-René Tancrède : « Corps étranger », Les Annonces... [21]

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Un chef d’entreprise, lui, sait bien que son pouvoir vient de l’élection, lors de l’assemblée générale des actionnaires ou des porteurs de parts et c’est pour cela qu’il se bat pour en prendre ou en conserver le contrôle en particulier, lors des OPA amicales ou non !

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Une commission parlementaire, menée d’ailleurs avec beaucoup de sérieux par un président et un rapporteur de grande qualité, se penche sous les regards de tous, sur l’un des scandales de la justice française, le plus médiatisé du moment : l’affaire dite d’Outreau.

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Seuls certains élus – voire d’anciens ministres – paraissent étonnés de ce qu’ils entendent à cette occasion, mais qui sont si quotidiens, à qui a fréquenté au moins une fois, un juge d’instruction et un commissariat de police !

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Reprenons ce que dit encore, un observateur avisé de cette justice : « Quant au chapitre des rentrées judiciaires, le cortège des discours rituels s’achève […] Après avoir égrenés les uns après les autres au fil des allocutions convenues, les thèmes récurrents semblent s’essouffler alors que monte ce besoin grandissant de réforme d’une institution orpheline d’un véritable organe de réflexion apte à la guider vers la justice du troisième millénaire ». [22]  Jean-René Tancrède : « Justice du troisième millénaire »,... [22]

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Décidément encore, les faits sont têtus. Lorsqu’ils entendent notamment un juge d’instruction et un procureur de la République, ce sont des hommes toujours en exercice, c’est-à-dire non suspendus, qu’ils entendent. Le simple respect dû aux victimes ou l’application du fameux principe de « précaution » pour les justiciables, aurait dû entraîner une mesure de suspension des principaux magistrats mis en cause dans cette « ténébreuse affaire ».

L’outrage des magistrats

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Il faut le faire, nonobstant les protestations corporatistes d’un syndicat « professionnel » ou d’associations variées de magistrats qui sont responsables au premier chef et coupables, et depuis des années, de ces dérives de la justice par leur soutien apporté au dévoiement qu’ils pratiquent, de « l’indépendance » de la justice pour n’être finalement qu’un mauvais plaidoyer en faveur de la carrière professionnelle de ces fonctionnaires omnipotents et irresponsables.

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Pendant que ces magistrats toujours en exercice, répondaient aux députés, assistés de leurs avocats (ce qui en l’état, est un quasi paradoxe), une « commission administrative » de l’Education nationale révoquait [23]  Le Monde, article de Catherine Rollot, 21 janvier ... [23] autrement dit, licenciait (rien moins que ça !) par arrêté, et donc sans jugement, le proviseur d’un lycée.

40

Le proviseur ainsi révoqué n’est pas celui d’un lycée où une enseignante a été poignardée par un élève [24]  Le Nouvel Observateur, article de Caroline Brizard,... [24]  mais est celui qui, sous un pseudonyme, affirmait ses choix particuliers, en matière sexuelle.

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Qu’on se rassure, la clémence vient de lui être octroyée. Le Ministre a abrogé la « lettre de cachet » initiale et a décidé de… « suspendre », à titre de précaution, le « pécheur » ! [25]  http://www.fcpe34.org/breve.php3?id_breve = 9961 [25]  sans doute parce qu’il n’est pas magistrat, lui.

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L’ordre a bien repris sa place : mieux vaut incarcérer des innocents, accuser à tort un invalide voire provoquer un suicide… que d’avoir des préférences qui ne sont pas partagées par la majorité.

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On connaît le vieux dicton mussolinien sinon stalinien, s’il n’est finalement pas d’abord, celui des « braves gens » (comme le chantait Georges Brassens) qui, comme pendant la période 1940-1944, savent toujours être les bons citoyens délateurs et qu’on peut résumer ainsi : « mieux vaux des innocents en prison qu’un coupable en liberté ! »

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Les magistrats sont donc cohérents avec eux-mêmes, puisqu’on ne peut considérer comme « légèreté blâmable » une erreur d’appréciation d’un juge d’instruction (de toute manière n’ayant de compte à rendre qu’à ses pairs), « l’erreur du chef d’entreprise dans l’appréciation du risque inhérent à tout choix de gestion » entre désormais dans la même catégorie depuis le 14 décembre 2005.

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Heureusement, la technologie avance, on peut condamner désormais, le « délit de blog » [26]  « Délit de blog » article de Philippe Boisnard, Agora... [26]  !

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Quelle belle leçon nous donne a contrario, François Michelin lorsqu’il déclare, avec raison « le libéralisme, c’est-à-dire le respect éminent de la personne, quelle qu’elle soit, qui est en face de vous. » [27]  Entretien avec François Michelin : op. cit., ibid. [27]

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Nous pouvons décidément reprendre comme une antienne « Est-on bien sûr que le mépris de l’Homme en économie : chômage, précarité, abaissement des salaires, hiérarchie méprisante… ne prenne pas racine, ou ne trouve sa justification dans la manière d’appliquer les lois. »

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Et conclure comme en 1997 : « je demanderai justice de la justice ! »

Notes

Afin que nos lecteurs puissent disposer d’une information complète, nous reproduisons en fac similé, pages 10 et 11, l’éditorial « Justice, Juste ciel ! », cité à de nombreuses reprises dans le présent éditorial (n˚ 164-165, mars-juin 1997). Ce texte est extrait du dernier numéro paru sous le titre de la revue direction et gestion des entreprises, avant qu’elle ne prenne son titre actuel de revue des sciences de gestion, en 1997. Comme pour tous nos textes, nous renvoyons également nos lecteurs au site http://larsg.over-blog.com/

In order for our readers to have all the information readily available, we have reprinted the editorial "Justice, Juste Ciel !" (Justice, Heavens Above !) on pages 10 and 11, quoted on numerous occasions in the present editorial. (N˚ 164-165, March-June 1997). This text is taken from the last issue of the review to be published under the name of direction et gestion des enterprises (leadership and management of businesses), before taking its current name of revue des sciences de gestion (management sciences review) in 1997. As is the case for all our texts, we also refer our readers to the following website : http://larsg.over-blog.com/

Con el fin de que nuestros lectores puedan disponer de una información completa, publicamos un facsímil, páginas 10 y 11, el editorial "¡Justicia, por dios !", mencionado varias veces en el presente editorial. (n˚ 164-165, marzo-junio de 1997). Este texto es extraído del último número publicado con el título de la revista dirección y gestión de las empresas, antes de que tomase su título actual : revista de las ciencias de gestión, en 1997. Al igual que todos nuestros textos, también invitamos a nuestros lectores a que visiten la Web http://larsg.over-blog.com/

[1]

Capitalisme contre capitalisme, Michel Albert, Seuil, 1991.

[2]

« Non, les « Texans » ne gagneront pas éternellement. Aujourd’hui, le phénomène dominant, c’est l’américanisation des grandes entreprises et le gouvernement des actionnaires : toutes les entreprises qui ont besoin de se financer sur les marchés appliquent la loi de l’actionnaire, dans un marché financier qui a connu une progression exceptionnelle. Nous devenons des drogués de la montée boursière, et nous jugeons tout à cette aune, y compris les modèles de société. Mais il y aura des changements, y compris aux Etats-Unis. On ne pourra pas tolérer longtemps la progression des inégalités au rythme qu’elles connaissent aujourd’hui. […] Dans l’idéal, les deux modèles de capitalisme, anglo-saxon et rhénan, feront chacun un pas dans la direction de l’autre. Il nous faut plus de souplesse, il leur faut moins d’inégalités. » Michel Albert : « Les industriels rhénans sont devenus texans », L’Expansion, 3 février 2000.

[3]

Né à Lyon le 25 décembre 1918 et décédé le 4 mai 2002, Antoine Riboud a débuté sa carrière dans la verrerie. Il rejoint l’entreprise Souchon-Neuvesel liée à la famille de sa mère et en devint le président en 1965. La fusion avec Boussois, une autre verrerie, donne naissance à BSN. C’est à partir de cette base industrielle qu’il lance, en janvier 1969, la première OPA-OPE hostile contre le géant Saint-Gobain que balaie alors, avec dédain le vicomte de Voguë son président, soutenu alors par le CNPF. En 1972, la fusion avec Gervais-Danone fait naître la première entreprise d’agroalimentaire de France. Progressivement, l’entreprise se recentre sur l’alimentaire avec des marques comme Panzani, Maille, La Pie qui chante ou les fameux biscuits Lu. Sa réussite réside entre autres dans la conviction que la force d’une entreprise est autant liée à son capital humain qu’à ses résultats financiers. Grand meneur d’hommes, Antoine Riboud savait faire confiance aux gens. Il avait passé la présidence à son fils, Franck, en 1996.

[4]

Propos attribué au Président républicain des Etats-Unis, Herbert Hoover après le « jeudi noir » puis le « mardi noir » 24-29 octobre 1929. Il est vrai qu’il avait été triomphalement élu en 1928 avec cette phrase « historique » : « les Américains sont aujourd’hui plus près de vaincre la pauvreté que n’importe quelle autre nation dans l’histoire »

[5]

« Trichet voit la reprise au coin de la rue » Le futur gouverneur de la Banque centrale européenne a déclaré lundi que « le décollage économique est en cours ». S’exprimant à Bâle au nom des banquiers centraux du G10, Jean-Claude Trichet, actuel gouverneur de la banque de France, a toutefois indiqué que la reprise ne montrerait ses effets qu’en 2004. Le18h. com - n° 1115, 8 septembre 2003. L’Expansion. com. « Bruxelles voit la reprise au coin de la rue » : La zone euro est « sur le pont de renouer avec la croissance longtemps attendue ». C’est en tout cas ce qu’affirme la commission européenne dans son rapport trimestriel sur la conjoncture ; Le18h. com - n° 1131, 30 septembre 2003. L’Expansion. com. Décidément, on peut appeler ça la « voix de son maître ».

[6]

L’Amendement « Michelin », adopté en octobre 1999 dans le cadre des Lois dites Aubry sur les 35 heures avait été repris par la Loi dite de Modernisation sociale (LMS) Loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 (JO 18.01.2002, p. 1008) après la censure du Conseil constitutionnel (Cons. Constit., déc. n° 2002-455 DC, 12 janv. 2002). Pour modifier les Articles L 31. I et L. 321-9 et 4 -1 du code du travail – I. La loi dite Fillon relative aux « salaires, temps de travail et développement de l’emploi », votée en première lecture par l’Assemblée nationale le 15 octobre 2002, revient techniquement sur un certain nombre de dispositions mises en place sous la législature précédente et ont largement « suspendu » les mesures de limitation du droit de licenciements introduites par la LMS amenant cette réflexion préalable de Marion Paoletti, maître de conférence en sciences politiques (Bordeaux IV) : « Au moment où la droite démantèle la loi « antilicenciement », il n’est pas inutile de se rappeler que le Conseil constitutionnel, majoritairement composé à droite, à propos de l’amendement Michelin, avait interdit d’interdire les licenciements boursiers… comme si la Constitution disait une chose pareille. Les institutions actuelles, conservatrices, pensent à droite » Politis, jeudi 19 décembre 2002. Sur les lois Fillon, on se reportera avantageusement au numéro 232, Les Petites Affiches, 20 novembre 2003.

[7]

Proposition de loi n° 2007 de M. Damien Meslot (UMP) et plusieurs de ses collègues « tendant à rendre obligatoire le remboursement des subventions publiques perçues par les entreprises qui procèdent à des délocalisations », déposée le 21 décembre 2004 et renvoyée à la commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire. Source : http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion2007.asp

[8]

Bertrand Collomb : « la place des hommes dans les principes d’actions de Lafarge », La lettre du Centre d’études des entreprises – n° 54, janvier-février 2006, page 2.

[9]

Entretien avec François Michelin : « Le souci des hommes et la passion de l’entreprise », avec Henri Marque, président du comité éditorial de Valeurs Actuelles et Bruno de Saint-Chamas, vice-président de la division intégration système de Bull, supplément à la lettre CEE n° 27 – septembre octobre 2000, page 9 et 11.

[10]

Le portrait de C. Coolidge, président de 1924 à 1930, fut retiré de la Maison-Blanche en raison de sa responsabilité dans la Grande dépression de 1929. Il fallut attendre la présidence de Ronald Reagan, le restaurateur du néo-libéralisme économique, pour que ce tableau retrouve sa place. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calvin_Coolidge.

[11]

Milton Friedmann, Prix Nobel d’économie en 1976 : « Pour ses résultats en matière d’analyse monétaire et de la consommation et sa démonstration de la complexité des politiques économiques de stabilisation. Né en 1912, il appartient à l’équipe des « Chicago boys » qui a inspiré le programme libéral de Ronald Reagan « reaganomics ».

[12]

40 ans « la gestion : instrument au service de la domination géopolitique » La Revue des Sciences de Gestion, n° 211-212, 2006, page 5.

[13]

Vincent de Gauléjac, « La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social », Seuil, Paris 2005.

[14]

« Evaluation des entreprises et éthique » dossier de La Revue des Sciences de Gestion (La RSG), n° 216, novembre-décembre 2005.

[15]

« Vers le retour de la stratégie » : Question d’actualité, La Revue des Sciences de Gestion (La RSG), n° 207, mai-juin 2004.

[16]

« jeboycttedanone. com »

[17]

Cour d’Appel de Paris, 4e Chambre, Section A, 30 avril 2003 Affaire « jeboycottedanone. com » : M. Olivier M. et Association Le Réseau Voltaire pour la Liberté d’expression c/Société Compagnie Gervais Danone et Société Groupe Danone : « Considérant qu’il s’ensuit que les appelants (réseau Voltaire) avaient, en créant les sites litigieux, inscrit leur action dans le cadre d’un strict exercice de leur liberté d’expression et dans le respect des droits des sociétés intimées dont les produits n’étaient pas dénigrés et que, d’autre part, aucun risque de confusion n’était susceptible de naître dans l’esprit des usagers ; Que le jugement déféré sera, en conséquence, confirmé en ce qu’il a débouté les intimées de leurs demandes relatives à la contrefaçon des marques verbales DANONE et aux dommages et intérêts pour dénigrement et infirmé pour le surplus ».

[18]

Arrêt de la Cour de cassation du 14 décembre 2005. « Licenciement économique et faute de gestion de l’employeur ». Pour plus de détails on pourra aussi se reporter à l’article de Samorya Wilson, « Le juge ne peut sanctionner une erreur de choix de gestion » La Tribune, 10 février 2006, page 31 ; En attendant les analyses de la presse d’information spécialisée.

[19]

« Justice, juste ciel ! », direction et gestion des entreprises, n° 166-165, mars-juin 1997, page 5.

[20]

Philippe Houillon est également le rapporteur talentueux de la Commission d’enquête parlementaire dite « Outreau ».

[21]

Jean-René Tancrède : « Corps étranger », Les Annonces de la Seine, numéro 12, 87°année, lundi 20 février 2006.

[22]

Jean-René Tancrède : « Justice du troisième millénaire », Les Annonces de la Seine, 87e année, jeudi 16 février 2006, numéro 11, page 1.

[23]

Le Monde, article de Catherine Rollot, 21 janvier 2006.

[24]

Le Nouvel Observateur, article de Caroline Brizard, Semaine du jeudi 9 février 2006 — n° 2153 – « Notre époque ».

[25]

http://www.fcpe34.org/breve.php3?id_breve = 9961

[26]

« Délit de blog » article de Philippe Boisnard, Agora vox, mercredi 18 janvier 2006 ; rubrique société.

[27]

Entretien avec François Michelin : op. cit., ibid.

[28]

Molière : l’Avare, scène VII.

Résumé

Français

Reprenant une interpellation célèbre, extraite d’une pièce de Molière, le directeur de la revue, introduit le numéro sur les hommes et l’investissement immatériel, financier ou intellectuel, composé de deux dossiers thématiques consacrés à la gestion de ressources humaines (GRH) :
- L’impact de la Bourse sur les personnels
- L’innovation et l’apprentissage des personnels, travail réalisé en partenariat avec l’ESCEM de Tours Poitiers commençant par un rappel que les conditions d’exercice de la justice, ses décisions, les corporatismes d’Ancien régime des magistrats, s’allient avec le retour de l’application de théories économiques déjà en vigueur dans les années 30 du XXe siècle et aux conséquences que l’on sait.
Aussi, reprenant un éditorial publié en 1997, il en montre toute l’actualité qui peut se résumer par cette interrogation : « Est-on bien sûr que le mépris de l’Homme en économie : chômage, précarité, abaissement des salaires, hiérarchie méprisante... ne prenne pas racine, ou ne trouve sa justification dans la manière d’appliquer les lois ? »

English

« I shall demand justice from the judiciary system ! » Citing a famous challenge, taken from a play by Molière, the director of the review introduces the issue on Man and investment in know-how, and financial or intellectual investment, comprising two dossiers dealing with human resources management (HRM) themes :
- The impact of the Stock Exchange on personnel
- Innovation and training of personnel, work carried out in partnership with the Tours Poitiers ESCEM (Business and Management College), being a reminder that the conditions under which the judiciary system operates, its decisions and the corporatism of the old regime of magistrates goes hand-in-hand with the return of the application of economic theories that were already in effect in the 1930s and whose consequences are already known.
In addition, going back to an editorial published in 1997, he reflects all of its topicality which can be summed up by the following question : « Can we really be sure that Man’s disdain for the economy, that is to say unemployment, lack of job security, reduction in salaries, contemptuous hierarchy... isn’t taking root or finding its justification in the manner in which the law is applied ? »

Español

« ¡Pediré justicia a la justicia ! » Retomando una célebre expresión de una obra de Molière, el director de la revista, introduce el número sobre los hombres y la inversión inmaterial, financiera o intelectual, compuesto por dos dossiers temáticos dedicados a la gestión de recursos humanos (GRH) :
- El impacto de la Bolsa sobre las plantillas
- La innovación y el aprendizaje de las plantillas, trabajo realizado en colaboración con la Escuela ESCEM de Tours Poitiers recordando que las condiciones de ejercicio de la justicia, sus decisiones, los corporativismos del antiguo régimen de los magistrados, se alían con el retorno de la aplicación de teorías económicas ya vigentes en los años 30 del siglo XX y con las consecuencias que todos conocemos.
Por tanto, volviendo a un editorial publicado en el año 1997, éste manifiesta toda la actualidad que puede resumirse en esta cuestión : ¿Estamos seguros que el desprecio del Hombre en la economía : desempleo, precariedad, reducción de los salarios, jerarquía despreciativa... no toma su raíz, o encuentra su justificación en la manera de aplicar las leyes ? »

Plan de l'article

  1. L’outrage des magistrats

Pour citer cet article

Naszályi Philippe, « « Je demanderai justice de la justice ! »  », La Revue des Sciences de Gestion 1/ 2006 (n°217), p. 5-9
URL : www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2006-1-page-5.htm.
DOI : -


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