Devenir
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
108 pages

p. 67 à 83
doi: en cours

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Volume 13 2001/1

2001 Devenir

Agressivité et grossesse; pour un cheminement nécessaire vers la naissance de la relation mère/bébé

Le fonctionnement psychique chez la femme enceinte à la lumière du Rorschach et du TAT  [*]

Emilie Bellion  [**]
Cet article étudie les mouvements psychiques chez des femmes enceintes, au moyen du Rorschach et du TAT. Les résultats mettent en évidence d’une part, la lutte contre l’émergence de l’agressivité, son retournement sur soi et la maîtrise pulsionnelle; d’autre part, l’intégration progressive de l’image de la perte à propos de la position dépressive. Ils confirment qu’un travail psychique existe bien, protégeant la femme de son agressivité pour le fœtus. Il est donc essentiel d’accompagner les femmes ayant des difficultés à effectuer ce travail, comme le souligne de nombreux travaux, pour leur permettre d’aménager une relation mère/bébé satisfaisante.Mots-clés : agressivité, grossesse, tests projectifs. Using Rorschach and TAT tests, this is a study of psychological changes in women during pregnancy. The results show on one hand, the struggle for self-control against the development of aggressive behaviour; and on the other hand, the progressive acceptance of the depression wich may follow a decline in self-image. This research confirms that psychological processes exist wich protect the woman against developing feelings of aggression toward the fœtus. Hence in order to ensure the development of a satisfactory mother-baby relationship, it is essential to be able to assist women who have difficulties in accepting these psychological processes.Keywords : aggressiveness, pregnancy, projectives tests.
Le XXe siècle a vu changer le statut des femmes. En passant du droit de vote à celui de posséder un compte en banque personnel pour les femmes mariées, ou au droit à l’avortement, il est aujourd’hui évident que le terme d’égalité n’est plus seulement un idéal républicain. Sans tomber dans une revendication féministe, force est de constater que les femmes tiennent des rôles importants dans tous les domaines et que la parité (peu présente par contre chez les psychologues) ne tient pas seulement à une décision politique.
Ainsi avec l’évolution de la pensée et des techniques la femme a davantage la possibilité de «choisir» sa destinée de femme et de mère. Elle peut choisir le moment d’avoir un enfant ou même de mettre un terme à une grossesse non désirée ou à celle à haut risque pour raison fœtale. Pourtant cette possibilité légale de ne pas donner la vie n’est pas assortie d’une disposition psychique à penser la violence inhérente à cette décision de non-grossesse; violence au sens étymologique d’instinct vital développée par J. Bergeret (1994) c’est-à-dire «c’est moi ou lui, l’autre, l’étranger». Il est encore plus difficile de réintroduire ce concept dans le cadre d’une grossesse désirée et se déroulant bien. Pourtant devenir mère impose un travail psychique qui permet à la femme d’aménager ses sentiments ambivalents liés d’une part à son état de grossesse et d’autre part au fœtus qu’elle porte. En neuf mois, cet inconnu va induire et concrétiser le processus de maternalité mis en place tout au long du développement psychoaffectif de la fille.
De nombreux travaux ont souligné depuis longtemps l’ambivalence narcissique et objectale au cours de l’état de grossesse. Cette ambivalence s’exprime soit au travers de manifestations somatiques diverses ou au travers du discours lors d’entretiens psychologiques. Ainsi dès 1949, H. Deutsch (1949) évoque les vomissements incoercibles témoignant des émotions inconscientes liées à l’expulsion orale. Elle comprend les vomissements comme une projection à l’extérieur du mauvais objet contenu dans l’utérus. Inconsciemment la femme cherche à expulser son fœtus tandis que les vomissements lui prouvent de façon répétée que le bébé n’a pas été détruit, ce qui la rassure quant à sa capacité d’être bonne. A partir de ce symptôme d’apparence purement somatique, H. Deutsch met en avant l’ambivalence envers l’état de grossesse. Actuellement l’hypersomnie remplace beaucoup les nausées dans les symptômes d’un début de grossesse. Il a fallu attendre un demi-siècle pour que cette notion d’ambivalence envers l’état de grossesse puisse évoluer vers la notion d’ambivalence envers le fœtus. Récemment, dans un article paru dans Devenir, F. Sirol (1999) a proposé le concept de haine et énoncé les 21 raisons qu’une femme peut avoir de haïr son fœtus. Il insiste sur le bon usage qu’en fait la femme et sur les masques pris par ce sentiment de haine. Sa réflexion, bien qu’observée dans un cadre différent de la population reçue pour ma recherche, s’avère à mon avis généralisable à toutes les femmes enceintes et ce travail ne pouvait que venir enrichir ma propre recherche. Par ailleurs, l’intérêt pour le monde psychique interne pendant la grossesse ne cesse d’augmenter. Des auteurs comme Raphael-Leff (1993) ont longuement interrogé les représentations internes chez les femmes enceintes et fait le lien entre des représentations et le type de maternage donné ensuite au bébé. L’importance accordée à l’élaboration des représentations pendant la grossesse et aux difficultés de certaines femmes pour avoir accès à leurs fantaisies concernant le fœtus témoigne de la reconnaissance actuelle d’un état de grossesse non-idyllique. M. Ammaniti et son équipe (1999) insistent quant à eux sur la vulnérabilité de la future mère engagée dans un remaniement intense de ses fantasmes conscients et inconscients et l’impact de ce travail sur la qualité de l’attachement à l’enfant.
Amenée à rencontrer des femmes enceintes en raison de mes fonctions de psychologue de crèche, j’observais que ces futures mères paraissaient le plus souvent annuler leurs sentiments agressifs, ce qui se donnait à voir dans une culpabilité tournée sur divers objets (mari, aîné, parents…). Cette observation clinique répétée m’a fait poser l’hypothèse suivante. Hypothèse: l’agressivité durant l’état de grossesse est fortement refoulée par la femme enceinte par le biais de divers mécanismes défensifs repérables aux tests projectifs.
J’ai soumis cette hypothèse à deux tests projectifs complémentaires qui permettent d’observer les mouvements psychiques à l’œuvre chez un individu. Cet article, à partir des résultats obtenus, propose une réflexion clinique sur le maniement de l’agressivité durant la grossesse.
Par ailleurs, il faut noter la quasi absence de travaux antérieurs «projectivistes» portant sur le fonctionnement psychique durant la grossesse normale. Un article japonais paru dans Japanese Psychological Review (1990) utilisait le Rorschach pour étudier le niveau d’anxiété chez les femmes enceintes. Ce travail (non traduit dans sa totalité) considérait également des prédicteurs psychosomatiques de la dépression périnatale. Une autre recherche du département de psychologie de Yale parue dans Psychoanalytic Psychology (1994) utilisait le Rorschach pour faire un lien entre les représentations fantasmatiques des mère lors d’une première grossesse et le processus d’attachement de l’enfant la première année. L’intérêt pour les tests projectifs dans la clinique du normale semble donc peu développé actuellement et je n’ai pas relevé d’études utilisant conjointement le Rorschach et le TAT pour appréhender le fonctionnement psychique durant la grossesse normale.
Dans le cadre de ce travail, une question éthique se pose. Il s’agit de l’impact des tests proposés sans nécessité clinique à une population. Dans le livre II bis du code de la santé publique, l’alinéa de l’article 209 portant sur les recherches en obstétrique et néonatologie a attiré mon attention.
Art L.209.4 – Les recherches sans bénéfices individuels directs sur les femmes enceintes, les parturientes et les mères qui allaitent ne sont admises que si elles ne présentent aucun risque sérieux prévisible pour leur santé ou celle de leur enfant, si elles sont utiles à la connaissance des phénomènes de la grossesse, de l’accouchement ou de l’allaitement et si elles ne peuvent être réalisées autrement.»
(Journal Officiel de la République Française, 26 juillet 1994)
Cet alinéa pose de nombreuses questions, car s’il est clair qu’une meilleure compréhension de la pathologie du post-partum semble passer entre autre par une modélisation du normal, l’utilisation de tests projectifs pour appréhender le fonctionnement psychique chez la femme enceinte est parfois critiquée par certains professionnels. En effet, les tests sont parfois vécus par le personnel d’une unité de soins comme intrusifs «pour la femme enceinte» et risquant de la «traumatiser». Au-delà des fantasmes sollicités par les tests (appelés parfois technique armée!), un cadre rigoureux lors de la passation des deux tests et une explicitation claire de leur utilisation sont nécessaires. Quelle que soit la population à laquelle sont proposés des tests projectifs l’avant et l’après test sont évidemment fondamentaux. Il s’agit avant tout d’éviter de laisser le sujet en difficulté après la passation. Les projectifs sollicitent le fonctionnement psychique et donnent à voir la dynamique défensive des sujets confrontés à des thématiques fondamentales. L’entretien suscite moins d’angoisse de performance qu’un test fut-il projectif, et il est par ailleurs sous-tendu par une relation sujet/clinicien alors que dans le test projectif, le psychologue est beaucoup plus en retrait de par le simple fait qu’il est souvent silencieux. L’entretien avant les projectifs sera approfondi un peu plus loin dans la méthodologie mais il semble utile de préciser comment se passait la fin de la rencontre. Il ne s’agissait pas comme dans l’entretien, de parler nécessairement de la grossesse. Il s’agissait avant tout de pouvoir aider le sujet à verbaliser son ressenti face aux épreuves projectives afin d’éviter dans la mesure du possible toute charge d’angoisse excessive face aux tests mais de façon sous-jacente face à la question de la séparation puisque la séance consacrée aux tests constituait notre dernière rencontre. Il est d’ailleurs intéressant d’un point de vu clinique de constater que les femmes une fois tout terminé ont fréquemment cherché à me retenir et à relancer la relation.
La question des «bénéfices individuels» directs a également retenu mon attention. Question subtile puisque ces bénéfices selon l’article L.209.4 peuvent êtres variés. Dans le cadre de cette recherche, il semble important de préciser que les entretiens proposés avant la passation des tests projectifs ont eu une dimension thérapeutique dans la mesure où les femmes ont pu exprimer certaines de leurs angoisse face à la grossesse, l’accouchement et au fait de devenir mère. Certaines l’ont clairement verbalisé, d’autres ont manifesté par divers comportements l’importance qu’elles accordaient au fait de participer à une recherche. Par ailleurs les deux entrevues séparées pourtant de trois mois minimum n’ont pas provoqué de désistement chez les femmes.
Enfin, la question de l’après-recherche et de la présentation des résultats aux femmes était un point important à réfléchir. J’ai finalement proposé aux femmes de leur adresser un compte-rendu compréhensible de la recherche car une nouvelle rencontre individuelle systématique posait de nombreux problèmes pratiques que le premier entretien avait mis en évidence. Il était précisé qu’à aucun moment elles n’auraient des informations concernant leur fonctionnement psychique propre mais qu’elles pouvaient me contacter pour davantage de précisions si elles le souhaitaient après lecture du compte-rendu de recherche. Aucune ne l’a fait.
 
Méthodologie
 
 
La population examinée concerne 17 femmes enceintes multipares ou primipares dont la grossesse se passait bien du point de vue somatique, donc sans risque grave voire vital pour la mère ou son bébé. L’enfant devait être désiré (si ce n’est prévu), la grossesse ne donnant lieu à aucune hésitation quant au fait d’être poursuivie et le couple étant indépendant du point de vue économique (ce qui excluait les grossesses chez de jeunes adultes encore étudiants par exemple) et stable c’est-à-dire avec un projet de vie familiale. N’ont pas été retenues pour cette étude les femmes ayant subi une interruption volontaire de grossesse (IVG), des stimulations ovariennes ou tout autre traitement lié à un souci d’infertilité.
Sur les 17 femmes sollicitées pour participer à cette recherche, 13 femmes ont suivi le protocole jusqu’au bout. Une seule s’est désistée spontanément avant même la première rencontre suite à un épisode échographique traumatique ayant posé la nécessité d’une amniocentèse. Pour les trois autres, il s’est avéré qu’un ou plusieurs critères d’exclusion sont apparus au cours du premier entretien rendant impossible la suite du protocole.
La recherche a été présentée comme portant sur le fonctionnement psychique pendant la grossesse normale et comportant deux entretiens et la passation de deux tests mettant en jeu l’imaginaire. Le premier entretien clinique s’est fait à 21 semaines d’aménorrhée (4 mois révolus). Le second s’est déroulé au début de congé de maternité (35 semaines d’aménorrhée). Il comportait un entretien suivi de la passation du Rorschach puis du TAT. L’utilisation des projectifs allait permettre de saisir des éléments de la dynamique psychique à l’œuvre durant la grossesse. Deux axes semblaient intéressants: le rapport à l’image du corps qui est principalement exploré grâce au Rorschach et la dimension relationnelle étudiée par le TAT. Cette dernière dimension paraissait d’autant plus intéressante à observer car la grossesse est souvent reconnue comme un état de repli narcissique. Ces deux tests sont donc complémentaires.
Les femmes ont eu un discours à dominante labile, marqué par les affects lors de l’entretien. Par contre les tests projectifs ont suscité une plus grande inhibition et une restriction des affects. Des manifestations d’agressivité latentes sont parfois apparues sous forme de critiques du matériel ou dans des perturbations variées du cadre. Plus souvent des tentatives de me retenir après l’entrevue témoignaient de la difficulté à se séparer. Une fois une femme a voulu m’offrir un cadeau qui reflétait son extrême ambivalence et témoignait de son besoin inconscient de me réparer.
Le Rorschach communément appelé «test des taches d’encre» est un test non figuratif. Il renvoie préférentiellement au rapport à l’image de soi mais il permet également d’explorer la dimension relationnelle dans la façon dont le sujet se pense dans le regard de l’autre. La consigne pour la femme enceinte est de dire tout ce qu’elle voit dans chacune des planches. Le psychogramme obtenu permet, en référence à des normes statistiques pré-établies, d’avoir une idée des traits saillants du fonctionnement psychique.
Le TAT quant à lui est un test figuratif qui consiste à présenter des images en noir et blanc représentant des scènes sans ou avec des personnages. Les sujets ont pour consigne de raconter l’histoire que leur évoque l’image. Chaque image correspond à une problématique latente: angoisse de castration, ambivalence dans les relations d’un couple, œdipe… etc. Ce test projectif centré sur l’analyse du discours renvoie préférentiellement aux capacités de la personne à traiter des problématiques centrées sur les représentations de relations.
Le Rorschach comme le TAT ont été présentés de façon classique et analysés suivant la méthode psychanalytique élaborée notamment par C. Chabert (1983) et F. Brelet (1986).
 
Principaux résultats
 
 
L’analyse de ces deux tests projectifs a permis de mettre en évidence un ensemble de données spécifiques caractéristiques du protocole des femmes enceintes examinées. Ainsi:
1. Le Rorschach révèle:
  • Une inhibition de la pensée avec des protocoles restrictifs au niveau quantitatif.
  • Une rigidité des mécanismes de pensée.
  • Un surinvestissement de la barrière entre dedans et dehors.
  • Un sentiment d’étrangeté par rapport au corps. Le corps peut être associé soit à un sentiment d’inconfort de la posture, soit représenté comme attaqué, détruit.
Les planches rouges (P II et P III)) qui suscitent un évitement des représentions sexuelles ou agressives et la planche VII qui témoigne d’une difficulté à mettre en jeu une relation entre deux femmes sont les planches les plus significatives au niveau de leur traitement.
2. Le TAT quand à lui montre:
  • Un évitement relationnel. La dimension conflictuelle essentiellement agressive des relations est fortement évitée.
  • Un aménagement difficile de la position dépressive avec surtout une difficulté à reconnaître la perte d’objet.
Les planches les plus significatives sont la planche 1. Elle renvoie dans son contenu latent à l’immaturité fonctionnelle; la planche 2. Elle témoigne de ce qu’il en est de l’élaboration de la triangulation et de l’œdipe; la planche 3. Elle évoque la position dépressive; la planche 7 GF qui concerne la relation mère /fille et la 9 GF qui met en jeu une relation conflictuelle entre deux personnages féminins.
 
Discussion
 
 
Pour introduire la discussion et bien que ce travail ne soit pas centré sur le contenu des entretiens, il est intéressant de noter le contraste entre les entretiens cliniques et les résultats des tests projectifs. Dans l’entretien en effet les femmes peuvent spontanément évoquer des sentiments agressifs contre leurs parents ou leurs conjoints. On observe d’ailleurs que l’agressivité concerne les objets externes et jamais le contenu du ventre. Envers le fœtus, l’agressivité ne peut transparaître qu’indirectement sous forme de craintes et d’angoisses concernant l’intégrité de son corps. Par ailleurs les entretiens sont riches quantitativement alors que les projectifs suscitent une certaine restriction du discours. Ce contraste entre entretiens cliniques et résultats des tests projectifs souligne pour une part la réalité de l’existence d’un travail psychique durant la grossesse et pour une autre part le but de ce travail destiné à protéger de ses sentiments agressifs la mère et son fœtus.
A l’opposé, les points de concordance introduisent la notion d’une agressivité inconsciente suscitée par la différence des sexes.
Ces mouvements inconscients relevés à l’analyse des tests projectifs confrontés ou non aux données de l’examen clinique permettent de saisir les mécanismes défensifs que la femme enceinte met en place pour aménager ses sentiments agressifs et rendre sa grossesse psychiquement supportable. Parmi ces mécanismes la lutte pour s’interdire de penser l’agressivité, le retournement sur soi et la maîtrise pulsionnelle paraissent prévalents. Il faut y ajouter le rôle joué par la position dépressive.
1. A la frontière du corps: la lutte pour s’interdire de penser l’agressivité
Les mouvements narcissiques caractérisent l’état de grossesse. De nombreux auteurs ont décrit un repli narcissique que les femmes manifestent souvent par leur étonnement de se sentir désinvestir leurs activités professionnelles auparavant très investies. Une jeune femme, enceinte de quelques mois et ayant des responsabilités professionnelles très importantes, illustre fort bien ce repli: «C’est curieux, depuis que je suis enceinte mon travail ne m’intéresse plus comme avant, je ne pense plus qu’à mon bébé et cela m’ennuie d’être moins professionnelle» me disait-elle.
Apparemment loin d’un sentiment d’ambivalence envers l’état de grossesse, les protocoles de Rorschach témoignent d’un surinvestissement de la barrière peau allant dans le sens de mouvements narcissiques à l’œuvre durant la grossesse. Cette question des enveloppes psychiques et corporelles fort bien décrite par Anzieu (1984) se pose particulièrement pendant l’état de grossesse. Les femmes donnent des réponses renvoyant à une limite dedans /dehors renforcée comme si sa solidité était mise à rude épreuve. Par exemple la réponse à la planche 1 témoigne de ce renforcement: «un escargot avec sa carapace».
La fréquence de ce type de réponse apparaît nettement plus élevée chez nos sujets par rapport aux normes habituelles. Ces réponses qui mettent en avant la barrière entre intérieur/extérieur concernent le rapport au contenant/contenu. Elles seraient un des éléments allant dans le sens d’une agressivité envers le contenu (le fœtus) responsable des déformations corporelles subies comme en témoignent des réponses crues du type «accouchement» ou de type «fœtus». Cette agressivité n’est pas consciente; en revanche elle rend nécessaire la mise en place de mécanismes narcissiques solides face à la pression pulsionnelle interne.
Les mouvements narcissiques repérés prennent également la forme d’un évitement du relationnel. Le Rorschach n’est pas en effet seulement un test renvoyant à l’image du corps. Par son côté symétrique, il renvoie également à la possibilité de mettre en relation des figures humaines ou animales dans des réponses du type: «des rhinocéros, ils jouent ensemble» (Planche II). Chez les femmes enceintes, le plus souvent l’évitement du relationnel est massif dans une tentative de gommer toute problématique conflictuelle. Cette dimension illustre bien le repli narcissique caractéristique de la grossesse mais peut s’entendre du point de vue de l’agressivité également. En effet, la centration sur soi de la femme enceinte suppose qu’elle se centre sur un objet inconnu contenu en elle. La femme est en même temps elle-même et contenant un autre. Cet autre avec lequel elle a des relations intimes tout au long de la grossesse. Le Rorschach témoigne de la difficulté que la femme enceinte a de maintenir psychiquement une dimension relationnelle porteuse par essence de conflit. L’agressivité se donne à voir ici en négatif, par son absence dans le cadre des relations. Elle n’en est que plus symbolique et on comprend qu’elle fasse irruption à l’occasion du diagnostique anténatal, ce qui confirme que le fœtus suscite des affects profondément agressifs impensables consciemment.
2. L’agressivité retournée sur soi: Angoisse et sentiment d’étrangeté
Or cette lutte pour s’interdire de penser l’agressivité envers le contenu pour maintenir une dimension relationnelle acceptable, paraît s’équilibrer aux dépens de deux problématiques renvoyant au vécu corporel. Elles apparaissent avec une étonnante fréquence au Rorschach et témoignent du retournement de l’agressivité sur soi.
  • D’une part le corps est représenté comme attaqué, par exemple à la planche III, «un utérus sanguinolent. C’est d’actualité remarquez!».
  • Ces réponses chargées d’angoisse, voire de fantasmes destructeurs, témoignent d’une angoisse peu élaborée, effractant temporairement les défenses psychiques, mais non associée à une problématique de morcellement.
  • D’autre part, le corps est associé à une posture inconfortable, bizarre, comme dans la réponse suivante à la planche III: «C’est quelqu’un qui se regarde dans un miroir ou je sais pas. Mais y’ a les jambes, enfin il est dans une posture…euh qui est pas pratique. C’est une femme d’ailleurs parce qu’y’ a les seins».
Dans ce type de réponse, l’angoisse apparaît plus secondarisée mais renvoie à un vécu qui évoque le sentiment d’étrangeté. Ce sentiment d’étrangeté se donne d’ailleurs à entendre également dans la mise en place d’un mécanisme de surinvestissement de la représentation humaine témoignant d’une lutte contre l’angoisse liée à la modification des repères corporels habituels. Le surinvestissement de la représentation humaine apparaît dans un nombre très important de réponses mettant en jeu un être humain.
Ces deux problématiques du corps attaqué et de la posture bizarre peuvent se penser comme l’indice d’un retournement de l’agressivité sur le corps propre. Cette expression plus ou moins massive de l’angoisse corporelle allant de l’effraction au sentiment diffus de malaise peut s’entendre en référence à deux registres ne s’excluant nullement l’un l’autre.
a. Le registre œdipien
La grossesse réactive une profonde culpabilité venant de la réalisation du désir d’avoir un enfant du père. M. Bydlowski (1980) met en avant ce fantasme inconscient dans plusieurs articles ou elle élabore la notion de transparence psychique de la grossesse (1991). La maternité est hantée par le fantasme de transgression de l’inceste. On peut penser que la culpabilité liée à la réalisation du désir d’avoir un enfant du père provoquerait un retournement de l’agressivité sur soi perceptible dans les réponses mettant en jeu le corps. Il est possible que les différents niveaux d’expression de l’angoisse, plus ou moins secondarisée, soient liés au degré de réactivation du fantasme de transgression de l’inceste et certainement à la structure psychique individuelle.
b. Le registre pré-œdipien
Les représentations où le corps apparaît comme attaqué seraient porteuses d’une attaque symbolique contre le fœtus contenu dans le ventre maternel. Ce fœtus susciterait une violence peut-être fondamentale comme l’explique bien J. Bergeret (1994) en se référant à la première partie, souvent oubliée du mythe d’Œdipe. La naissance d’Œdipe fut précédée d’une prédiction faite par le dieu Apollon à Jocaste et Laïos, parents d’Œdipe. Cet oracle prédit que l’enfant à venir serait la cause de leur mort. J. Bergeret écrit: «Le destin de tous les parents du monde implique le sentiment qu’il faut se débarrasser préventivement de leurs enfants, si eux parents veulent survivre» (p. 62).
F. Sirol (1999) a montré que les petits signes inconstants du début de la grossesse tels l’hypersomnie, les préoccupations anxieuses, les pensées négatives, les cauchemars sont effets de la haine de la femme enceinte envers son fœtus. Il souligne que cette haine qu’elle refoule et aménage ou qu’elle élimine participe au processus de maternalité et à celui de la préoccupation maternelle primaire.
Nous pouvons ici faire le lien avec la prévalence des mouvements narcissiques déjà repérés qui prendraient sens comme un renforcement de l’enveloppe, d’une part en lien avec l’agressivité refoulée envers le fœtus et d’autre part en lien avec le sentiment d’étrangeté dû aux modifications corporelles, sentiment contre lequel la femme se protège en renforçant ses limites entre intérieur et extérieur.
3. La maîtrise renforcée de la dimension pulsionnelle
De façon paradoxale, les analyses de protocoles de Rorschach témoignent d’une dimension pulsionnelle très importante qui n’est pas associée à des réponses chargées d’affects ou de représentations riches. Tous les résultats vont dans le sens d’une certaine rigidité de la pensée. Globalement le contraste entre les entretiens proposés et les projectifs était significatif. Les premiers témoignent d’une grande labilité, d’une facilité d’expression tant des affects que des représentations, alors que les projectifs reflètent une baisse importante de la créativité sans qu’on observe une qualité relationnelle moindre entre les femmes et moi-même. S’il est possible que le fait même de passer les projectifs soit responsable de cette baisse de créativité, il semble que la dimension pulsionnelle très forte, associée à un défaut dans l’expression des représentations de relations agressives, témoigne d’un contrôle drastique de tout ce qui a trait à l’expression libidinale agressive. En revanche des représentations sexuelles apparaissent plus facilement.
Du point de vue de la relation transférentielle établie entre les femmes et moi-même, des manifestations de contrôle sont apparues sous la forme de rendez-vous perturbés, de tentatives de me connaître mieux. Ces tentatives s’apparentaient fréquemment à une perte de distance non exempte d’une agressivité inconsciente. Ces mouvements de contrôle étaient beaucoup plus marqués dès qu’il s’agissait de passer les tests, ce qui peut partiellement s’expliquer par le fait que l’angoisse était plus forte, mais pas seulement. La dimension pulsionnelle très marquée et associée à une quasi absence de problématique agressive et conflictuelle refléterait le refoulement de l’agressivité par un contrôle drastique.
4. La position dépressive: repli défensif face à la castration
L’utilisation du TAT a permis une approche complémentaire du fonctionnement psychique des femme enceintes. Le TAT, on s’en souviendra, souligne un certain nombre de mouvements psychiques non repérables au Rorschach parmi lesquels l’abord difficile de la position dépressive et la confrontation à l’angoisse de castration.
a. Difficulté à aborder la position dépressive
Confrontées à des images renvoyant par leur contenu latent à la perte d’objet et à des affects de tristesse, les femmes ont tendance à mettre en avant des mouvements hypomaniaques ou narcissiques comme si toute confrontation à l’image de la perte en tant que telle était impossible. Le fait que les mouvements dépressifs apparaissent ensuite là où on ne les attend pas, bien que le récit reste adapté à la planche, témoigne de la possibilité de traiter cette question de la perte d’objet et va dans le sens d’un travail psychique actif lors du test. Ce travail serait par analogie comparable à l’évolution psychique de la grossesse. Les mouvements hypomaniaques et narcissiques seraient les indices que la femme enceinte s’organise de façon à intégrer progressivement l’image de la perte.
Par ailleurs les mouvements dépressifs repérés en dehors des planches renvoyant à la position dépressive apparaissent avec des thématiques à coloration œdipienne ou préœdipienne.
b. Difficulté à tolérer la confrontation à la castration
Il apparaît difficile pour la femme enceinte de tolérer sans dépression la confrontation à l’angoisse de castration. Les femmes mettent en avant des récits dans lesquels les affects dépressifs apparaissent soit directement soit sous forme d’équivalents. Il en est ainsi des réponses faîtes à la planche 1 qui représente un petit garçon avec un violon posé devant lui:
  • «On dirait un petit garçon, l’air un petit peu désespéré, qui n’a pas l’air très joyeux en tout cas.»
  • «Le petit garçon, ou bien il attend les autres, ou bien il est très fatigué et il dort.»
Chez certaines femmes, les mouvements dépressifs pouvaient s’exprimer par des discours crus témoignant du débordement des défenses psychiques par l’agressivité envers l’objet du désir symbolisé par le violon.
Cette difficulté à tolérer la confrontation à la castration nous semble liée à la problématique de la différence des sexes et à l’acceptation de cette différence. On retrouve cliniquement cette problématique dans le discours des femmes lors de l’entretien.
A cet égard par exemple, Mme D. enceinte de son second fils se plaint de ne pouvoir donner son patronyme à l’enfant qui selon la loi prendra celui du père. Cette thématique apparue dès notre première rencontre à 4 mois de grossesse était toujours active à 7 mois révolus.
On voit combien ces mouvements dépressifs repérés au TAT confirment le vécu d’impuissance lié à la castration, vécu présent très tôt lors de la grossesse. Ils apparaissent sous des formes variées.
La grossesse vient donc confirmer la fille dans son identité sexuelle suscitant un débordement d’affects variés parmi lesquels l’agressivité et la dépression. Les représentations féminines qui apparaissent aussi bien au Rorschach qu’au TAT sont connotées la plupart du temps négativement. Ces représentations orientent la réflexion vers l’idée d’une agressivité refoulée de la fille envers sa mère qui l’a faite fille en laissant croire à l’illusion de la possession du pénis. Les mouvements de dénégation envers un objet de désir seraient à relier avec la notion d’envie développée par M. Klein (1986). Dénier l’envie pour un objet de désir reviendrait à dénier l’agressivité envers cet objet et par répercussion l’agressivité envers la mère. La femme enceinte confrontée à l’objet de désir manifeste des mouvements dépressifs en relation avec la perception de son identité sexuelle. Ces mouvements semblent venir en lieu et place des affects agressifs.
c. Difficulté à gérer l’agressivité dans la relation mère/fille et tendance à l’idéalisation
La difficulté à évoquer des représentations de relation agressives entre deux personnages féminins apparaît très fréquemment lors du TAT et confirme l’idée d’une agressivité archaïque non verbalisable de la fille envers sa mère.
En effet, la confrontation à des représentations de relations entre femmes suscite des réactions d’évitement du conflit comme si cette agressivité envers l’image maternelle était impensable pour la future mère. En revanche l’agressivité s’exprimait plus ou moins directement dans la relation transférentielle femme /clinicienne (critiques du matériel proposé) ou bien dans des retournements de l’agressivité sur soi (critique de soi) lors de la confrontation à des relations entre personnages féminins. Le passage à l’acte se substitue alors à la possibilité de penser l’agressivité mère/fille. Les femmes enceintes rencontrées peuvent verbaliser une agressivité envers leur mère en la nuançant plus ou moins. Il est remarquable de constater que ce sont les femmes primipares qui ne peuvent manifester d’agressivité dans leur discours. Elles semblent davantage dans une idéalisation de la relation mère/fille. Pour toutes en revanche, les projectifs soulignent une difficulté à gérer l’agressivité dans la relation à l’objet maternel.
Il est possible de penser le refoulement de l’agressivité en lien avec la position féminine d’entre-deux qui caractérise la grossesse. Entre-deux c’est-à-dire ce moment où la femme n’est mère qu’en devenir tout en étant différente de la femme qu’elle était auparavant. Le travail psychique de la grossesse consiste à pouvoir progressivement intégrer l’agressivité ressentie très précocement envers la mère archaïque afin de pouvoir ensuite tolérer les mouvements agressifs du bébé, les digérer en référence à la fonction a de Bion. Le refoulement de l’agressivité et sa transposition symbolique sur le corps propre ou dans la relation transférentielle témoigne de ce travail psychique.
L’efficacité des mouvements psychiques mis en œuvre pour protéger la femme de son agressivité et en protéger son fœtus se retrouve à l’évidence dans le contraste entre les entretiens et les mouvements relevés aux projectifs.
 
Conclusion
 
 
C’est la première fois à notre connaissance que dans une recherche concernant la femme enceinte «normale», celle-ci est soumise à l’épreuve des tests projectifs Rorschach et TAT. Le travail psychique à l’œuvre dans l’état de grossesse a ainsi pu être évalué. Il confirme l’émergence de l’agressivité et la nécessité de son contrôle drastique. Cette évaluation qui porte sur 13 femmes enceintes au début du second trimestre de leur grossesse et au début du congé maternité, va dans le sens des travaux cliniques qui font de la grossesse une étape maturative essentielle dans la contrainte de la reconnaissance et de l’intégration de l’identité sexuelle et de la différence des sexes.
Au-delà de l’ambivalence reconnue comme caractérisant la grossesse, il apparaît que le travail psychique de la femme enceinte passe par un véritable aménagement de l’agressivité inconsciente induite par la présence du fœtus. Ce qui touche à l’agressivité envers l’objet est évité, retourné sur soi ou soigneusement contrôlé. Le fœtus n’est pas seulement l’objet venant combler un temps le manque, il est paradoxalement celui qui confirme la femme dans le manque et dans son identité sexuelle. Il est celui qui la contraint à la reconnaissance de la différence des sexes comme l’ont mis en avant par des voies différentes N. Guedeney (1997) et F. Sirol (1997).
Notre travail de recherche, certes sur un petit échantillon, confirme que l’agressivité inconsciente au cours de la grossesse témoigne du travail d’intégration progressive de l’image même de la perte. La notion même de perte condense durant la grossesse des niveaux très différents du développement psychique allant du préœdipien à l’œdipien. Perte comme confirmation incontournable de la castration, perte temporaire de l’image du corps avec son cortège d’angoisses archaïques, perte de l’image idéale d’enfant de ses parents que la future mère place dans le rôle de grands-parents.
L’importance de l’agressivité inconsciente de la femme enceinte permet de comprendre combien il est essentiel pour elle d’être entourée d’un réseau de femme. D. Stern (1995) a développé ce thème avec une grande sensibilité dans son livre «La constellation maternelle primaire». Dans son livre, M. Bydlowski (2000) décrit également fort bien la place de la mère dans la grossesse de la fille. Elle souligne «la maternité n’est réelle qu’à partir de la rencontre de deux femmes. L’une, sûre de sa capacité maternelle, va donner corps à la grossesse de l’autre, encore maintenue ou cachée» (p 158).
Le travail de maternalité intégrant l’agressivité issue de l’image de la perte en raison même de la présence du fœtus trace le chemin nécessaire vers la naissance d’une relation mère/père/bébé. L’adéquation de la relation qu’une mère noue avec son bébé dépend de la qualité du travail psychique durant la grossesse, travail centré sur l’aménagement de l’agressivité. Les difficultés que peuvent avoir les femmes enceintes à contrôler cette agressivité doivent être ce qui justifie le suivi psychologique, le travail en réseau et celui de liaison pour prévenir les avatars du processus de maternalité et ses conséquences dépressives en postnatal.
 
Remerciements
 
Je remercie très chaleureusement le Dr François Sirol pour son intérêt dans cette recherche, ses précieux conseils et sa relecture de l’article, ainsi que le Pr Bernard Golse et le Dr Frédérique Jacquemain pour leur soutien tout au long du DEA dont cet article constitue la suite.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Ammaniti, M, Candelori, C, Pola, M, Tambelli, R. (1999): Maternité et grossesse, PUF, Paris.
·  Anzieu, D. (1985): Le Moi peau, Paris, Dunod.
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·  Benhaïm, M. (1992): La folie des mères, Imago, Paris.
·  Brelet, F. (1986): Le TAT. Fantasme et situation projective, Dunod, Paris.
·  Bydlowski, M. (1991): La transparence psychique de la grossesse. Etudes Freudiennes, No 32, pp. 135-142.
·  Bydlowski, M. (2000): Je rêve un enfant: l’expérience intérieure de la maternité, Editions Odile Jacob, Paris.
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·  Guedeney, N. (1997): «Devenir mère» ou «qu’il existe bien une différence des sexes». Devenir, 2: 21-32.
·  Klein, M. (1986): Les premiers stades du conflit œdipien, La psychanalyse des enfants, PUF, Paris, pp. 137-162.
·  Lebovici, S: Interventions psychothérapeutiques parents-jeunes enfants, pp. 16-27; Médecine et psychothérapie, Masson, Paris.
·  Franck, M.A., Tuber, S., Slade, A., Garrod, E. (1994): Mothers fantasy representations and infant security attachment: A Rorschach study of first pregnancy, Psychoanalytic Psychology, 11 (4), 475-490.
·  Raphael-Leff, J. (1993): Pregnancy. The inside story, London, Sheldon Press.
·  Sirol, F. (1997): Les interventions thérapeutiques en médecine fœtale. In A. Guedeney et S. Lebovici, (Eds): Interventions psychothérapeutiques parents/jeunes enfants, pp. 16-29, Paris, Masson, 1979.
·  Sirol, F (1999): La haine du fœtus. Devenir, 11, 2: 25-34.
·  Stern, D. (1995): La constellation maternelle, Calman-Lévy, Paris.
 
NOTES
 
[*]Cet article reprend un travail de recherche pour le DEA de Psychopathologie Clinique et Psychanalytique effectué en 1998 à l’Université Paris V sous la direction du Pr Bernard Golse et du Dr Frédérique Jacquemain.
[**]Psychologue clinicienne en crèches et PMI (Ville de Paris), chargée d’enseignement à l’Université Paris XIII; 41 boulevard St Jacques 75014 Paris. E.mail: emilie. bellion@ i. france. com
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