2001
Devenir
Note de la rédaction
Nicole Guédeney
A la mémoire de R. «Channi» Kumar
C’est pour moi un grand plaisir de présenter ce numéro spécial de Devenir sur les Dépressions Postnatales (DPN).
L’idée d’un numéro spécial a germé lors de la dernière Journée scientifique de la Société Marcé intitulée: «La dépression postnatale comme paradigme de la complexité», journée reprise dans un symposium, lors du Jubilé de l’Association Mondiale de Psychiatrie, à Paris en juin 2000.
Après plus de 20 ans de recherches sur la DPN, concept probablement fondateur de la Psychiatrie Périnatale comme discipline à part entière, nous sommes arrivés maintenant à une question cruciale: quelle prise en charge proposer aux mère déprimées?
L’intégration de différents champs théoriques et de différentes perspectives a abouti à la modélisation de la DPN comme phénomène bio- psycho-social. La spécificité des DPN tient probablement plus à son contexte de survenue et à ses conséquences potentielles sur le bien-être de la famille et des êtres qui la constituent qu’à une spécificité syndromique – d’où la réticence encore active des différents systèmes de classification diagnostique à ajouter cette catégorie. C’est la perspective commune des possibles prises en charge thérapeutiques qui réunit les quatre articles de ce numéro spécial
Mickael O’Hara, d’Iowa, a spécialement écrit son article: «Dépression du Postpartum. Les études de l’Iowa» pour les lecteurs de Devenir. Il s’agit pour lui de présenter son cheminement de chercheur sur le sujet, qui l’a amené à la modélisation des DPN selon un modèle diathèse/stress, et de présenter l’application d’une technique spécifique de psychothérapie, la psychothérapie interpersonnelle, aux mères déprimées en postnatal. A noter que Myrna Weissman qui a développé cette technique, a été une des premières à attirer l’attention sur la souffrance spécifique des mères déprimées.
Louis Appleby, de Manchester, présente lui aussi un article spécifiquement écrit pour les lecteurs de Devenir. Il présente la modélisation des facteurs de risque dans les DPN. Il présente ensuite son étude la plus récente sur l’application d’une technique psychothérapeutique, basée sur la thérapie de soutien et les thérapies cognitives, spécifiquement construite pour les mères déprimées en postnatal, et les résultats de la comparaison de différentes propositions thérapeutiques. Ce qui est important, ici, c’est que le «design» de la recherche est directement lié à la réalité clinique; on doit donner aux mères le choix de leur traitement. Les différentes formes de traitement sont-elles d’efficacité équivalente?
Ces deux articles ne comportent pas de données précises sur l’aspect quantitatif et méthodologique des recherches qui sont actuellement en cours de soumission et de publication dans des revues prestigieuses de langue anglaise.
Jeanette Milgrom, de Melbourne, a résumé, elle aussi, spécialement pour les lecteurs de Devenir, son approche thérapeutique spécifique aux dépressions postnatales sous forme d’un programme thérapeutique associant les techniques cognitives, comportementalistes et groupales. Après avoir présenté son modèle bio-psycho-social des DPN, elle développe les caractéristiques de son programme thérapeutique: sa construction et ses objectifs. Elle nous donne quelques éléments d’évaluation de son efficacité. Il s’agit là du résumé de son livre paru l’année dernière et dont Elisabeth Dallay, de Bordeaux, présente une note de lecture détaillée dans ce même numéro.
Enfin je termine ce numéro par une réflexion sur la complexité des propositions thérapeutiques qui peuvent être faites, en France, à une mère déprimée et les éléments d’évaluation destinés aux professionnels non psy, qui peuvent leur permettre de décider quelle mères ils doivent adresser aux professionnels psy, quand et comment.
Ces articles, hétérogènes, témoignent du même engagement des spécialistes de la psychiatrie périnatale auprès des mères déprimées et des liens étroits, dans cette discipline, qui lient recherche et applications cliniques. Ceci m’amène à dédier ce numéro au Professeur Channi Kumar, trop tôt disparu, et que l’aggravation de sa maladie avait empêché de participer à ce symposium. Son ouverture aux hommes et aux théories, sa rigueur de scientifique, son engagement auprès des femmes, son charisme de fondateur ont contribué à donner à la psychiatrie périnatale sa dimension d’intégration.