Devenir
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
70 pages

p. 65 à 69
doi: en cours

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Note de lecture

Volume 13 2001/3

Treating Post-Natal Depression. J. Milgrom, P.R. Martin et L.M. Negri, Wiley, 1999

Le but de cette note de lecture est de compléter le résumé de Jeannette Milgrom, en mettant en évidence certains points moins abordés puis de vous faire part de mon avis sur cet ouvrage.
Ce livre s’adresse à tous les professionnels qui travaillent auprès de femmes souffrant de DPN. Même si vous ne pouvez ou ne désirez pas appliquer cette méthode, vous apprendrez sûrement des choses sur la dépression postnatale (DPN) et vous piocherez de bonnes idées qui vous aideront dans votre pratique.
Cet ouvrage contient 265 pages dont environ 200 consacrées à la présentation de la méthode de traitement de la dépression postnatale basée sur l’approche cognitiviste et comportementale. Il est donc conçu comme un guide, un véritable manuel destiné à mettre en pratique le traitement proposé par l’équipe australienne.
Les auteurs présentent, tout d’abord, la DPN, grâce à une revue détaillée de la littérature et font le point sur les connaissances actuelles, les théories, les recherches. Puis ils introduisent, expliquent et schématisent le modèle bio-psycho-social de la DPN. Leur approche psychothérapeutique de la DPN découle de ce modèle.
Arrêtons-nous un instant sur les quatre sources qui ont influencé l’élaboration de ce modèle d’intervention psychothérapeutique. Le premier élément est le modèle bio-psycho-social. Il va s’agir de prendre en compte les facteurs de vulnérabilité, les facteurs déclenchants et les facteurs socio-culturels pour aider la femme à comprendre dans quelle mesure ils ont contribué à la survenue de sa DPN. La thérapie cognitive et comportementale (TCC) agira essentiellement au niveau des facteurs aggravants et de maintien.
Le deuxième élément réside dans le choix d’une intervention psychothérapeutique éprouvée. C’est le cas des TCC dans le traitement de la dépression en général. Les auteurs proposent de pratiquer cette méthode en groupe car le traitement en groupe ainsi que l’accroissement du soutien social ont prouvé leur utilité dans le cas des DPN. De plus, les femmes soulignent l’importance des échanges: pour elles, le fait de parler de leur DPN favorise la réussite de la thérapie. Nous verrons qu’au sein du programme de thérapie trois séances supplémentaires sont prévues pour les couples et trois autres pour les bébés. Les auteurs ont été influencés en cela par les pratiques des thérapies de couples et les données de la psychologie du développement.
Troisième élément d’influence, le programme de Lewinsohn et coll. (1984) «Coping with depression». Ce programme bref de TCC s’adressent à des adultes souffrant de dépression majeure (il est peu utilisé en France, les thérapeutes en TCC pratiquant plutôt celui de Beck). L’adaptation du programme de Lewinsohn auprès de femmes présentant une DPN a fait l’objet d’une thèse de doctorat en psychologie d’un des auteurs (Lisa Negri), qui a mené une étude pilote auprès de trente-sept femmes.
Quatrième élément déterminant: l’expérience clinique des auteurs dans le traitement de trois cents femmes souffrant de DPN. Ces interventions psychothérapeutiques entrent dans le cadre d’une recherche et font l’objet d’évaluations comparatives afin de mesurer leur efficacité.
Les auteurs décrivent ensuite largement le programme de groupe intitulé « Dépasser la DPN ».
Ce programme se déroule en dix séances d’une heure et demie chacune, à raison d’une séance par semaine. Il est composé de trois grandes phases:
  • Les interventions comportementales (séances 1 à 4);
  • Les interventions cognitives (séances 5 à 8);
  • Phase de prévention des rechutes et d’évaluations (séances 9 et 10).
Trois séances supplémentaires sont proposées aux femmes vivant en couple, leur conjoint les accompagne à ces séances. Concrètement, ils reçoivent une invitation avec l’explication du déroulement des séances. Il s’agira essentiellement d’effectuer une information sur la DPN et d’aborder les relations au sein du couple.
De même, trois séances supplémentaires s’adressent aux femmes rencontrant des difficultés avec leur bébé de moins d’un an (programme H.U.G.S. au nom joliment trouvé et engageant puisqu’il signifie «câlins»).
Précisons que ce programme «Dépasser la DPN » peut être mené en séances individuelles; il nécessite alors des aménagements qui font l’objet d’un chapitre. Ce programme se déroule également en trois phases:
  • Une phase d’évaluation approfondie qui dure deux à quatre séances;
  • Une phase où les objectifs concrets de la psychothérapie sont fixés (une à deux séances);
  • Une phase de traitement (le nombre de séances dépendra des objectifs établis);
  • Les séances supplémentaires de couple ou destinées aux bébés (H.U.G.S.) peuvent s’ajouter à ce programme individuel.
Les auteurs conseillent l’approche individuelle dans certaines situations et illustrent de vignettes cliniques quelques-unes d’entre elles. Ils citent le cas de femmes opposées à tout travail thérapeutique de groupe, celles qui luttent avec des difficultés extrêmes, celles qui présentent un ou plusieurs troubles associés à la DPN et celles qui ont des difficultés d’expression dues à la langue ou à des difficultés personnelles. Des raisons inhérentes à l’organisation des groupes sont également exposées: il faut, par exemple, évidemment que les femmes puissent se rendre de manière régulière à ces groupes et puissent attendre parfois plusieurs semaines le démarrage de nouvelles sessions.
Le côté «Suivez le guide » de l’ouvrage peut agacer certains lecteurs. Pour ma part, j’apprécie l’aspect concret du manuel. C’est avant tout pratique, clair, décrit séance par séance, on sent que cela a été pratiqué et que c’est conçu pour être utilisé, reproductible. La présentation est agréable et là encore ultra pratique. Les auteurs incluent des vignettes cliniques, des schémas, des listes, des textes qui serviront de transparents et qui seront distribués à chaque participant. Les psychothérapeutes s’y retrouvent facilement. Par exemple, les phrases à dire aux patients sont en italique, de même ils disposent de «check-list » pour s’assurer qu’ils n’ont rien oublié à l’issue de chaque session. On retrouve l’utilisation, de rigueur en TCC, du petit cahier à spirale où chaque participant tient à jour son agenda des situations, note ses progrès, ses tâches à faire à domicile, peut coller les documents distribués lors des séances. Tout est cadré, aussi bien pour les thérapeutes que pour les participants qui s’engagent dans un programme, le terme «programme » illustre bien le concept de cette psychothérapie. Le titre même de ce programme «Dépasser la DPN » nous semble judicieux: c’est actif, on sent l’idée de ne plus subir mais d’arriver à prendre du recul, à dominer tout en apprenant à mieux connaître la DPN, cela inclut donc la notion de prévention d’éventuelles rechutes dont il est question dans ce programme.
On comprend les résultats prometteurs obtenus par ce genre de thérapie en groupe. Les choses sont cadrées, les femmes entrent dans ce programme tout en sachant qu’elles auront dix séances. Elles connaissent le contenu des séances, elles savent qu’elles iront sensiblement mieux dans dix semaines et bien sûr elles vont rencontrer et échanger avec des femmes vivant la même situation qu’elles. Les auteurs soulignent d’ailleurs qu’une des difficultés rencontrées est d’arriver à continuer à faire participer les femmes qui se sentent rapidement mieux et ne voient donc plus la nécessité de participer à ces groupes. On peut s’interroger sur les éléments les plus efficaces de ce programme, le contenu du programme lui-même, le fait que tout soit tellement cadré ou l’effet bénéfique du groupe en soit ? Cela nous éclairerait de savoir ce que sont devenu les «drop-out », celles qui n’ont pas adhéré au système ?
Je me pose également la question de la transposition de cette méthode, certes efficace dans le contexte australien: des patientes bordelaises, par exemple, se montreraient elles aussi réceptives lors de ces programmes, ou bien, conviendrait-il de procéder à des adaptations? A voir [1]
Ajoutons qu’on aime la grande place accordée au conjoint et au bébé et la flexibilité dans la possibilité de les joindre l’un et/ou l’autre à la psychothérapie.
Je reste tout de même sceptique sur le vaste programme «câlins » destiné aux bébés; en effet, les objectifs sont ambitieux et loger cela à l’intérieur de trois séances me semble relever du «difficilement réalisable ».
Je conclurai en disant que j’admire avant tout le «jusqu’au boutisme » des auteurs, quelle volonté! Ils débutent par une imposante revue de la littérature (signalons que la bibliographie est très fournie: 15 pages et que l’index est complet), de là ils proposent un modèle théorique explicatif multifactoriel, ils réfléchissent à une méthode psychothérapeutique découlant de ce modèle, pour cela ils analysent ce qui existe déjà et s’avère efficace dans le domaine de la dépression dans la population générale, et ils l’adaptent aux spécificités de la DPN. Ils vont plus loin puisqu’ils effectuent une étude pilote, évaluent les résultats et dernière étape diffusent leur programme en publiant ce manuel. Et si on leur demandait, tant qu’ils y sont, de traduire en français ? Merci Jeannette!
IMGIMGIMGIMFLe modèle bio-psycho-social de la dépression postnataled’après Jeannette Milgrom, Treating Postnatal Depression, ed. Wiley, 1999.
 
NOTES
 
[*]PsychologueRéseau de psychiatrie périnatale, C.H. Charles Perrens, Bordeaux.
[1]Nous avons l’intention d’utiliser ce programme et nous aimerions échanger avec les équipes intéressées.Contacter: eglatigny@ perrens. aquisante. fr
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Psychologue Réseau de psychiatrie périnatale, C.H. Charles ...
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