2001
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Maladie mentale de la mère et troubles sévères de l’attachement mère-nourrisson
«L’enfant de n’importe qui»
Ramesh «Channi» Kumar †
[*]
44 femmes volontaires, ayant déjà souffert, au moins une fois, de maladie mentale postnatale, ont donné des comptes-rendus détaillés de leur sentiment de manque d’affection vis-à-vis d’un au moins de leurs enfants, manque d’affection pouvant aller jusqu’à la haine, le rejet, la négligence ou l’impulsion soudaine de lui faire mal. 29 de ces femmes avaient plus d’un enfant et il n’existait pas plus de raisons que ces sentiments soient dirigés contre le premier né que contre le second ou les suivants. Ces troubles profonds de l’affection et du comportement maternels, se manifestaient souvent immédiatement ou très peu de temps après la naissance; ils étaient généralement de longue durée et navrants et, à une exception près, concernaient un seul enfant. C’est le terme de «troubles de l’attachement maternel» qui rend le mieux compte de ces caractéristiques. Une maladie mentale postnatale et le souvenir de violentes douleurs au cours de l’accouchement étaient les deux seuls facteurs associés, d’une façon significative, à la survenue de ces troubles et il n’existait aucune preuve nette d’influence de la personnalité maternelle ou d’expériences antérieures.Mots-clés :
trouble de l’attachement maternel, dépression postnatale, douleurs violentes de l’accouchement.
Maternel mental illness and severe disorders of mother-child attachment.
44 self-selected women who had previously suffered from at least one episode of postnatal mental illness gave detailed accounts of absent affection, sometimes hate, rejection, neglect or impulses to harm, in relation to at least one of their children. 29 of the women had had more than one child and first-born infants were not much more likely to be the focus for such feelings than second or subsequent children. Such profound disturbances of maternal affection and behaviour often began immediately or very shortly after the birth, were usually prolonged and distressing and, with one exception, were specific to the one child; such characteristics are best encapsulated by the descriptive term ‘maternal bonding disorder’. postnatal mental illness and recalled severe pain during labour were the only two factors significant y associated with the occurrence of such disorders and there was no direct evidence of any predisposing maternal personality traits or previous experiences.Keywords :
maternal bonding disorder, postnatal depression and postpartum psychosis, severe labour pain.
Bien que les observations relatives à la perte des parents ou à leur non disponibilité, associées à la dépression qu’elles entraînent chez les enfants et les adultes (Bowlby 1969/82, 1973, 1980), aient été la source de la théorie de l’attachement, il est surprenant de constater que, jusqu’à une date récente, peu de recherches ont été consacrées à examiner les liens précis entre, par exemple, une sévère psychopathologie maternelle, ses effets sur le comportement maternel et la sécurité de l’attachement des enfants. L’objectif de cet article est, d’une part, d’attirer l’attention sur les lacunes de nos connaissances relatives à la façon dont des dysfonctionnements graves peuvent s’installer dans les relations des mères avec leurs nouveau-nés et, d’autre part, de préparer le terrain pour des recherches ultérieures relatives aux origines de ces problèmes, à leurs liens avec des maladies mentales postnatales et aux conséquences à long-terme pour la mère, la relation mère-enfant et pour le développement de l’enfant.
1. Psychopathologie maternelle, relation mère et nouveau-né, et attachement du nouveau-né à sa mère
Il arrive que les mères déprimées soient parfois «indisponibles» (Weissman, Paykel et Klerman 1972), ou bien il est possible qu’elles réagissent mal à propos (Field 1992, Murray, Kempton, Woolgar and Hooper 1993, Campbell, Cohn et Myers 1995); l’association entre la dépression maternelle et le comportement évitant et insécure des nouveau-nés a été régulièrement constatée dans la Situation Etrange (voir les revues de la littérature par Murray 1992; Van IJzendoorn et al. 1992). Par opposition aux recherches relatives aux mères déprimées et leurs nourrissons, relativement peu d’études ont été consacrées à évaluer le trouble psychotique des mères et à mesurer le degré de sécurité de l’attachement du nourrisson (voir Hipwell et Kumar 1996). Il est en général frappant de constater le peu d’attention accordée spécifiquement à la maladie mentale de la mère, qu’il s’agisse de son apparition, de sa nature et de son développement. Les dépressions peuvent varier considérablement quant à leur sévérité et à leur durée et l’importance qu’il y a à mesurer et intégrer ces facteurs a été soulignée par Campbell et al (1995) qui ont découvert des détériorations plus importantes dans l’interaction face-à-face chez les mères chroniquement déprimées par rapport aux dyades dont les mères avait eu un unique épisode de dépression. En outre, les mères sévèrement déprimées peuvent être peu réactives, agitées ou psychotiques pendant certaines périodes ou pendant presque tout le temps où elles sont en contact avec leurs bébés et la qualité de leur comportement dépressif peut entraîner différents types de réponse chez ceux-ci. De même, les femmes qui sont classées comme bipolaires doivent avoir eu un comportement maniaque pendant une période suffisamment longue, mais il est également possible qu’elles aient été gravement déprimées pendant de longues périodes au cours des premiers mois de la vie du bébé.
Outre le manque de données cliniques pertinentes, les rapports publiés sur la recherche relative à l’attachement mère-nourrisson donnent peu d’information, sinon aucune, sur les sentiments des mères vis-à-vis de leurs enfants. Cette lacune est regrettable parce que les troubles sévères de l’affection maternelle, dont il est typique qu’ils se produisent très tôt, peuvent varier en même temps que la psychopathologie ou bien ils peuvent évoluer de façon indépendante, continuant peut-être ainsi à exercer une influence sur la qualité de l’interaction même lorsque la maladie de la mère a régressé. L’une des raisons possible de la réticence des chercheurs dans le domaine de l’attachement à se concentrer sur les troubles aigus et sévères de l’affection maternelle tient peut-être à ce que, pour reconnaître la présence de ces troubles, il leur faut admettre en même temps l’existence d’un processus sous-jacent et dans une large mesure inné (cf Bowlby, op. cit.), déclenché par la naissance et se manifestant par un mode caractéristique d’émotions et de comportement chez la nouvelle mère.
L’attachement mère-nouveau-né
Les suggestions originales de Klaus et collègues (Klaus, Jerauld, Kreger, McAlpine, Steffa et Kennell 1972, Klaus et Kennell 1982) à propos de l’attachement de la mère au bébé ont été rejetées; ils avaient suggéré que les mères humaines étaient physiologiquement programmées pour manifester à la naissance des comportements maternels spécifiques et que la force et la qualité de leurs relations avec le bébé étaient fortement influencées par l’importance du contact physique précoce avec le nouveau-né. Il s’ensuivit une série d’études (passées en revue par Herbert, Sluckin et Sluckin 1982; Lamb 1982; Myers 1984; Hinde 1986) qui aboutirent à la conclusion qu’il n’existait aucune période cruciale ou période sensible, après la naissance, au cours de laquelle on pouvait démontrer que l’apparition de comportements et d’émotions maternels particuliers facilitaient les interactions ultérieures mère-bébé, l’affection ou la relation de la mère à l’enfant. Au contraire, les premiers jours et heures étaient considérés comme le début d’un dialogue et le développement d’un attachement réciproque se mettant en place progressivement, sur des modes diversifiés, mais le processus n’était pas irréversible et permettait dans une certaine mesure de revenir en arrière et de le re-négocier. En même temps, les idées initiales de Bowlby relatives aux périodes sensibles (analogues à une empreinte), l’attachement sélectif à un individu (monotropie) et le passage par des séquences de développement (stades) ont été par la suite enrichies et assouplies (voir les revues de Sroufe 1986, Belsky et Cassidy 1994; Rutter 1995). Ainsi le terme d’empreinte est-il tombé en discrédit, car il impliquait la notion de période critique et, dans une certaine mesure, l’apparition de quelques modèles innés de comportement et d’émotions maternels. C’est pourquoi il est difficile maintenant d’insérer, dans le cadre théorique actuel de l’attachement, des phénomènes tels que «la préoccupation maternelle primaire» (Winnicott 1956) ou les études qui suggèrent une base physiologique aux retards de la première manifestation de l’affection maternelle (Robson & Kumar 1980) ou encore des cas peu fréquents de maladie psychiatrique maternelle associés à des troubles très sévères de la relation de la mère avec le nouveau-né (Zilborg 1931, Anderson 1933, Brew et Seidenberg 1950; Tetlow 1955; Ostwald et Reagan 1957; Seager 1960; Brockington et Brierley 1984, Sluckin 1993).
Buts de la recherche et hypothèses
L’étude ici décrite a tenté de rassembler une série de cas de troubles sévères de l’affection et de la relation maternelles afin de permettre une analyse préliminaire et partiellement descriptive des caractéristiques de ces troubles, de tester les hypothèses relatives aux mécanismes étiologiques possibles et, si les résultats le justifiaient, de réouvrir le débat sur le concept «d’attachement» mère-enfant pour préparer le terrain d’une recherche future plus systématique sur ce sujet. Les trois principales séries d’hypothèses suivantes ont été examinées au cours de l’étude préliminaire:
- Les expériences de leur petite enfance constituent, pour les femmes, un élément majeur du développement de leur personnalité et de la façon dont elles construisent leurs relations en tant qu’adultes: il est donc plus que probable que le trouble quel qu’il soit se manifestera lorsque les femmes auront elles-mêmes des enfants et plus particulièrement dans leurs relations avec leurs premiers nés. Cette assertion est étayée par une littérature abondante provenant, d’une part, de l’observation des bébés au cours de la Situation Etrange (Ainsworth, Blehar, Waters et Wall 1978) et, d’autre part, des interviews d’adultes (Main, Kaplan et Cassidy 1985) qui témoignent de la continuité des acquisitions, à propos des aspects qualitatifs du comportement social et des relations, en fonction de l’âge, (Van IJzendoom, Goldberg, Kroonenberg et Frenkel 1992, Fonagy, Steele, Steele, Higgitt et Target 1994), et au travers des générations (Van IJzendoom, 1992).
- Des études de cas particuliers (citées ci-dessus) suggèrent un lien entre la présence d’une maladie mentale postnatale et les troubles de la relation de la mère avec le nouveau-né, mais beaucoup de mères souffrant de troubles mentaux font preuve, à l’égard de leur enfant, d’une capacité d’affection et d’interaction absolument intacte. Les troubles de l’affection peuvent-ils se manifester en l’absence de maladie psychiatrique et quels autres facteurs peuvent-ils être déterminants, soit séparément soit en présence d’une maladie mentale? Parmi ces facteurs on peut trouver: la séparation temporaire de la mère et de son enfant, une très mauvaise santé ou de graves malformations de l’enfant, une grossesse non désirée, des conflits dans des relations courantes importantes, par exemple avec le père du bébé.
- L’étude des rongeurs, des ongulés (voir Keverne 1996) fournit des preuves évidentes de modèles innés de comportement maternel ayant une base physiologique et qui sont extrêmement sensibles aux perturbations du processus normal de la naissance. Il semble que les mères humaines résistent bien à de telles interférences, mais une étude liée directement aux études sur l’animal (Robson et Kumar 1980) montre que le raccourcissement artificiel du travail chez une série de primipares prises au hasard, un accouchement particulièrement douloureux et une interférence avec les mécanismes des opioïdes endogènes ont été immanquablement suivis de retards inattendus et transitoires de la première manifestation de l’affection maternelle pour le nouveau-né. Des facteurs similaires sont-ils impliqués dans les troubles sévères de l’affection maternelle?
Le bref paragraphe suivant a paru dans le Bulletin de l’Association pour la Maladie Postnatale, organisation nationale bénévole de soutien aux mères souffrant de problèmes psychiatriques postnataux. Le bulletin a été envoyé à environ 800 volontaires dont la plupart avait, à un moment ou à un autre, déjà subi des troubles mentaux postnataux: «A intervalles très espacés, des mères ont signalé qu’elles se sentaient très peu attachées à leur bébé ou même qu’elles le considéraient comme un étranger et que ces sentiments avaient duré plusieurs semaines ou plusieurs mois. Bien que s’occupant, sans exception, parfaitement bien de leur bébé, ces mères se sentaient souvent très coupables de ce manque d’affection que ni elles-mêmes ni les autres n’étaient capables de comprendre ou d’expliquer facilement. Le sentiment de culpabilité persistait souvent, même lorsque les sentiments d’amour étaient à la longue apparus.»
Le paragraphe se terminait par l’invitation aux lectrices du bulletin ayant éprouvé de tels sentiments de prendre contact avec l’auteur. En quelques semaines, 53 lettres, de 2 à 80 pages, furent reçues, décrivant avec des détails parfois navrants le manque d’affection de certaines mères pour au moins l’un de leurs enfants. Dans 4 cas, les mères avaient mal compris la demande ou bien elles écrivaient pour demander un avis ou une information à propos d’autres problèmes. Les 53 femmes reçurent une réponse individuelle avec, le cas échéant, des suggestions pour obtenir un soutien ou une aide spécialisée. Beaucoup d’entre elles avaient déjà reçu un soutien psychiatrique. Les réponses aux 49 femmes dont les lettres semblaient décrire des problèmes significatifs de relation leur demandait à nouveau leur coopération pour compléter un questionnaire dont l’objectif était d’essayer de standardiser la collecte des informations. Ce questionnaire leur fut envoyé environ un mois plus tard et toutes les 49 femmes le complétèrent et le renvoyèrent. L’information demandée concernait des détails personnels, leur statut marital, leur travail ainsi que leur propre compte-rendu de leur parcours médical, chirurgical, obstétrical, gynécologique et psychiatrique. On leur demandait aussi l’anamnèse psychiatrique de leurs parents au premier degré et le détail des traitements et des contacts spécialisés s’il y avait lieu. Les questions se rapportaient aussi à chacune de leurs grossesses, à l’accouchement (y compris le souvenir qu’elles avaient de leurs douleurs), aux conséquences périnatales, à la santé de l’enfant, etc. Suivait, à nouveau, une série de questions à propos de leurs sentiments maternels, envers chacun de leurs enfants, après la naissance, après leur évolution éventuelle avec le temps et actuellement.
L’examen des 49 questionnaires renvoyés révéla que, dans 5 cas, les femmes n’avaient en fait pas eu de problèmes significatifs de relations avec aucun de leurs enfants. Leurs réponses ne figurent donc pas dans les analyses suivantes.
Caractéristiques générales des personnes interrogées (n=44)
L’âge moyen des femmes était de 31,7 ans (DS = 3.5) et de leur partenaires de 37,7 (DS = 6.0). Dans 43 cas, des renseignements étaient donnés sur les occupations des partenaires et 35 % étaient répertoriés dans la catégorie générale ouvriers – travailleurs manuels (Etat civil 1980). 37 femmes (84%) étaient mariées ou cohabitaient de façon permanente avec un compagnon; 29 des femmes avaient eu plus d’un enfant. Dix d’entre elles en avaient eu 3, trois en avaient 4 et une en avait 6. Il y avait donc, en tout, 88 enfants vivants.
Fiabilité de l’évaluation de la sévérité des troubles de l’affection maternelle et de la présence et de la nature de la maladie postnatale
Un système de codage fut déterminé, basé autant que possible sur des critères objectifs, pour compter les réponses au questionnaire et enregistrer l’information contenue dans les lettres. Les critères d’évaluation des caractéristiques de la relation affective de la mère avec son bébé et de la maladie psychiatrique éventuelle en postnatal figurent dans les tableaux 1a et 1b. Il fut relativement facile d’évaluer les récits personnels des mères d’après ces critères et l’annexe 1 contient une sélection des récits des mères ainsi que des degrés de gravité qui leur furent attribués. En outre, deux évaluateurs indépendants notèrent les réponses aux questionnaires de 19 femmes concernant 31 enfants, ainsi que toutes les autres informations fournies dans leurs lettres. La concordance de l’évaluation de la sévérité des troubles de l’affection et de la relation était de 0.78 (Tau-b de Kendell). Si les évaluations étaient réduites à deux catégories, aucun problème ou légers problèmes (0,1) ou troubles de l’affection maternelle modérés, sévères ou très sévères (2,3,4) on observait un seul cas de désaccord entre les évaluateurs. Les évaluations de la santé mentale des femmes après chacune des naissances de leurs enfants montraient aussi un niveau de concordance élevé et si l’on examinait seulement trois catégories, c’est-à-dire, par exemple, la dépression postnatale (légère ou probable) et la psychose, le degré de concordance était de 0.72.
Nature des troubles de l’affection maternelle
Il semble bien que deux thèmes principaux soient apparus: l’un était l’aliénation, l’indifférence, le détachement, un manque d’amour caractérisé par des déclarations telles que: «ce n’est pas réellement le mien», «ce pourrait être l’enfant de n’importe qui». L’autre thème était le ressentiment, la haine et l’hostilité mais ces sentiments paraissaient se recouvrir partiellement. Co-existaient dans les deux thèmes des désirs cachés et quelquefois non déguisés de faire du mal, de se débarrasser, de «tuer» l’enfant, un désir de mort subite, d’étouffement, de maltraitance. La nature des exemples montrait qu’aucune mère n’avait cédé à ces impulsions, mais certaines disaient en avoir été très près, et quelques-unes (11) dirent avoir négligé leur bébé, du point de vue affectif ou dans leur comportement ou l’avoir confié à d’autres. Neuf des trente femmes présentant des troubles sévères ou très sévères du sentiment affectif vis-à-vis de leur enfant donnèrent la preuve qu’elles avaient ressenti des impulsions à faire du mal. Dix-neuf des 20 femmes décrivant des sentiments ou des comportements étiquetés comme «négligences» ou impulsion à faire du mal, avaient souffert à l’époque d’une maladie non psychotique. Kempe et Kempe (1978) avaient déjà décrit comment le manque d’affection ou l’hostilité envers le nouveau-né étaient l’indice le plus important laissant augurer d’une parentalité malheureuse, pouvant dans certains cas amener à maltraiter l’enfant.
Tableau 1a
Critères d’évaluation des troubles de l’attachement
| GRAVITÉ | 0. | Solide affection, pas de problèmes |
| 1. | Affection prédominante/trouble léger – une légère aversion ou des sentiments neutres se manifestent de temps en temps. Le bébé est soigné régulièrement |
| 2. | Trouble modéré – sentiments surtout négatifs envers le bébé, mais également affection sous-jacente intermittente ou d’une certaine façon continue. Le bébé est soigné régulièrement. |
| 3. | Trouble sévère – pendant plusieurs semaines ne se manifestent qu’aversion, haine, ressentiment, désaffection, sentiment que l’enfant n’est pas le sien ou est mort, envie de le donner. Tous les sentiments positifs sont affaiblis. Les impulsions de lui faire mal peuvent être pré-sentes mais non traduites en actes. Peut essayer de s’occuper de l’en-fant, lorsque ce n’est pas une obligation |
| 4. | Trouble très grave – sentiments proches de 3. Néglige l’enfant, évite soigneusement de s’en occuper, passe le relais. Peut même lui faire mal. |
| | DÉBUT DU POSTPARTUM | DURÉE |
| | 0 – Non applicable | 0 – néant |
| | 1 – 0-1 jour | 1 – < 1 mois |
| | 2 – 2 – 7 jours | 2 – 1-6 mois |
| | 3 – 1-4 semaines | 3-7-12 mois |
| | 4 – 4+ semaines | 4 – 1 + années |
Tableau 1b
Critères d’évaluation des troubles psychiatriques
| NATURE DE LA MALADIE |
| 0. | Bien |
| 1. | Dépression postnatale possible – plusieurs symptômes, sévérité ou durée incertaines – Voir généraliste. |
| 2. | Dépression postnatale probable – symptômes typiques, sévères et persistants, allant jusqu’à des idées de suicide. Voir généraliste. |
| 3. | Autres troubles non psychotiques – le profil du symptôme corres-pond à un trouble phobique, un trouble compulsif obsessionnel. |
| 4. | Psychose du post-partum probable – début aigu des symptômes dont au moins l’un des suivants: hallucinations, fantasmes et manies. |
| TRAITEMENT DE LA MALADIE |
| 0. | Non applicable. |
| 1. | A consulté un professionnel de la santé ou un MG (médecin généraliste) mais pas de traitement. |
| 2. | A consulté un professionnel de la santé ou un MG qui lui a prescrit des médicaments psychotropes. |
| 3. | A consulté un psychiatre à son cabinet ou l’a fait venir à domicile. |
| 4. | Hospitalisée en service psychiatrique. |
Ordre des naissances et fréquence et sévérité des troubles de l’affection maternelle:
La première série d’analyses était limitée aux multipares, c’est-à-dire aux 29 femmes chez lesquelles on observait un contraste entre les sentiments négatifs envers le premier enfant qui n’existaient pas envers l’enfant suivant. Le test de Friedman pour les mesures répétées utilisant des données ordinales ne montra pas de différences entre le premier et le second enfant (n=29, p=0,5) ni dans les cas où il y avait trois enfants (n=10, p=0,6). Pour 7 des 29 multipares, le trouble de l’affection maternelle semble «sauter» le premier enfant et apparaît sous une forme sévère ou très sévère chez un enfant suivant; dans 5 autres cas, le premier enfant ne fut pas non plus concerné, et le trouble apparut pour le deuxième enfant ou le suivant, mais sous une forme légère ou modérée.
Cependant, 15 femmes de l’échantillon n’avaient eu qu’un seul enfant et par définition (critère d’inclusion) avaient toutes eu des troubles de leur affection vis-à-vis de cet enfant; 12 de ces 15 femmes souffraient de troubles modérés ou plus sévères de l’affection envers leur premier et unique enfant, par opposition aux 15 des 29 multipares qui avaient eu la même réaction vis-à-vis de leur premier enfant (Chi-deux = 3.33, p < 0,07). Il est donc possible qu’une première expérience malheureuse ait empêché quelques femmes d’avoir d’autres enfants et les rapports personnels des mères (annexe 1) corroboraient cette suggestion. Il n’y avait cependant pas différence dans la sévérité des troubles de l’affection entre le premier enfant ou les enfants suivants, mais la possibilité n’en reste pas moins que la décision de ne pas avoir d’autre enfant après le premier contredise les analyses décrites ci-dessus, n’indiquant pas de différence chez les multipares dans la manifestation de leur affection et de leurs relations avec leur premier enfant par rapport au deuxième ou aux enfants suivants. Il n’en reste pas moins que, chez les multipares les troubles de leur personnalité et de leur aptitude à former des relations interpersonnelles sécures (modèles internes opérants, MIO) ne constituent pas une cause suffisante pour de tels troubles des relations affectueuses avec leurs bébés parce que l’on s’attendrait alors à ce que presque tous les premiers enfants soient atteints.
Les facteurs associés avec les troubles de l’affection maternelle
Une série de tests fut d’abord effectuée, qui traitait chaque enfant (total n=88) comme un élément indépendant, en supposant que l’ordre de naissance ne jouait pas de rôle dans la fratrie, et qui recherchait les associations avec l’apparition de troubles de l’affection maternelle. Les facteurs dont on pensait qu’ils pouvaient provoquer ces troubles avaient été définis auparavant (voir hypothèses – introduction) et seuls deux facteurs avaient été associés de façon significative avec les troubles sévères et très sévères de l’affection à l’enfant: il s’agissait d’un accouchement extrêmement douloureux (Chi-2=8.20, ddl =1 p< 0.005) et de la présence d’un trouble psychiatrique postnatal (Chi=23.68, ddl=1, p<0.0001 – voir tableau 2). Des tests de Chi-2 plus traditionnels furent également effectués qui permirent des corrélations entre les mères dans le cas où la mère avait plus d’un enfant (Progiciel – Logiciel d’analyse de données SUDAAN, Institut de recherche Triangle, 1993; Pickles, Dunn et Vazquez-Barquero, 1995). Ces tests confirmèrent que les troubles sévères de l’affection maternelle étaient associés à un accouchement très douloureux (Chi-2 = 7 99 ddl: 2, p< 0;03) et à l’apparition d’une certaine forme de maladie mentale postnatale, c’est-à-dire d’une dépression postnatale possible et probable, d’autres troubles et d’une psychose du post-partum (Chi-2 =24;36 ddl2, p <0.01).
Il apparut que les facteurs suivants, soumis aux tests de Chi-2 utilisant tout l’échantillon des enfants (n=88), n’étaient pas corrélés à la présence de troubles de l’affection maternelle: le fait qu’une grossesse particulière ait été d’abord non désirée par l’un ou l’autre des parents (24 mères, 20 pères); le fait que la mère ait envisagé de mettre fin à cette grossesse (n=11); l’apparition de problèmes de santé importants au cours de la grossesse (n=7); le fait que la naissance ait été assistée (césarienne n=19, forceps n = 12); le type d’anesthésie (générale n=7, épidurale n = 12); le poids du bébé, son sexe (57 filles et 37 garçons; ces données sont manquantes pour 4 enfants dans le questionnaire), la déception à propos du sexe de l’enfant (n=14); le placement du bébé dans une unité spéciale de soins intensifs, (USI) pendant plus d’un jour (n=12); un intervalle de plus d’une demie heure avant d’avoir pu tenir l’enfant dans ses bras (n=17); des difficultés à donner le sein (n=42; 18 mères ne donnèrent pas le sein du tout et ne sont pas comptées). Il ne fut pas nécessaire de renouveler les analyses, en utilisant les méthodes les plus traditionnelles.
Les mères avaient elles-mêmes déterminé l’échantillon d’entre elles (n=44) qui avaient eu une forte proportion de maladies psychiatriques postnatales, mais la naissance de tous les enfants (88) ne fut pas à chaque fois suivie de troubles psychiatriques et, comme le montre le tableau 2, aucun des 32 accouchements après lesquels les mères restèrent «bien» du point de vue psychiatrique ne furent suivis de troubles sévères ou très sévères de l’affection maternelle. Cinq des femmes «bien» du point de vue psychiatrique indiquèrent avoir eu quelques troubles de l’affection, légers ou modérés vis-à-vis de leurs bébés. Cependant trois d’entre elles décrivirent aussi des symptômes dysphoriques importants, mais sans avoir à consulter leur médecin généraliste (critère valable, mais arbitraire pour une dépression postnatale possible – voir tableau 1b). Le bébé de la quatrième mère souffrait d’une malformation (luxation) congénitale de la hanche et la cinquième décrivit son bébé comme très difficile et souffrant de coliques.
Les chiffres dans les cellules individuelles étaient peu élevés (voir tableau 2) mais il ne semblait y avoir aucune différence concernant la fréquence ou la sévérité des troubles de l’affection maternelle en tant que reflétant la nature de la maladie de la mère (surtout dépression ou psychose). Il y avait donc une association très significative entre l’apparition des désordres de l’affection maternelle et l’apparition simultanée d’une maladie maternelle psychiatrique postnatale. Il n’y avait aucun cas de troubles sévères ou très sévères de l’affectivité vis-à-vis du bébé en l’absence de maladie postnatale; dans les deux cas de troubles légers / modérés, en l’absence manifeste d’une maladie postnatale signalée, il semblait qu’il y eût de réelles inquiétudes concernant le bébé (malformation congénitale de la hanche et coliques sévères et persistantes) qui pouvaient «expliquer» les sentiments de la mère. En outre, il n’y avait pas d’association entre les troubles de l’affection maternelle et une histoire personnelle de maladie mentale, ni avec une histoire familiale de maladie mais les chiffres étaient très faibles. Chez les deux mères qui avaient eu des troubles sévères du sentiment d’affection après leur premier et leur second enfant, il y avait également eu un épisode de dépression postnatale après chaque enfant. Cependant, tous les cas de maladie postnatale n’avaient pas été suivis de ces problèmes (voir tableau 2).
Tableau 2
Santé mentale de la mère après chaque naissance et présence de troubles de l’attachement sévères à très sévères (catégories 3 & 4) (n = 88 naissances)
| TROUBLES SÉVÈRES DE L’ATTACHEMENT |
| SANTÉ DE LA MÈRE | | NON | OUI |
| 1. Bien | 32 | – |
| 2. Dépression postnatale possible | 1 | 2 |
| 3. Dépression postnatale probable | 20 | 21 |
| 4. Autres (TOC, phobie) | 2 | 1 |
| 5. Psychose | 3 | 6 |
| | 58 | 30 |
| Association entre maladie mentale postnatale et trouble sévère de l’attachement: chi-2 p<0.0001 (DPN = dépression postnatale, TOC= trouble obsessionnel compulsif). Le trouble sévère de l’attachement ne se produit pas en l’absence de maladie mentale – c’est-à-dire dans les 32 cas où les mères étaient «bien». Le trouble de l’attachement ne semble pas être particulièrement associé avec les maladies psychotiques. |
Début et durée des troubles de l’affection maternelle
On s’était attendu à ce que les troubles les plus sévères débutent le plus tôt et durent le plus longtemps. En fait, il n’y avait aucune corrélation entre la sévérité des troubles de l’affection maternelle et le début de leur apparition ou leur durée. Parmi tous les niveaux de sévérité, seules 6 femmes virent se terminer en 6 mois le trouble de leur affection. Chez 22 autres (40%) le trouble dura jusqu’à un an et chez 25 (46%) pendant plus d’un an. Dix-sept des 30 femmes ayant souffert de troubles sévères ou très sévères déclarèrent aussi que le début en avait été immédiat, c’est-à-dire dès le premier jour et chez 6 autres le début se situa entre les 2e et 7e jours après l’accouchement. Environ la moitié des troubles les moins sévères apparurent le premier jour et le reste, pour la plupart, après la première semaine.
Il est impossible dans une étude rétrospective comme celle-ci, d’établir si les troubles de l’affection maternelle précèdent le début de la maladie psychiatrique ou même s’ils peuvent être considérés comme faisant partie de ces maladies, mais le moment du début et la coexistence des deux sortes de troubles suggèrent un lien très étroit. Une façon d’examiner un lien de ce type est de voir si la psychopathologie de la mère présente quelques traits spécifiques. Les contrastes entre les deux principaux groupes de diagnostics, épisodes de dépression postnatale probable (n=41) et psychose après l’accouchement (n=9) ne présentaient aucune différence quant à la durée ou le début de la maladie. Les premières hypothèses liant les troubles sévères de la relation de la mère et de l’enfant à la survenue de psychose ne furent donc pas confirmées. D’ailleurs, les cas les plus sévères, c’est-à-dire négligence et impulsion de faire du mal (n=20), furent, à une exception près, classés comme maladies non psychotiques. Un autre groupe de comparaison touchait le type de prise en charge des femmes souffrant de maladies psychiatriques – hospitalisées à temps plein (psychotiques n=9 et déprimées n=5) ou en hôpital de jours (déprimées n=16). Qu’elles soient hospitalisées à temps plein ou en hôpital de jour, il n’y avait pas plus de raisons que ces femmes aient des troubles plus sévères que celles qui étaient traitées par leur médecin généraliste seul, et il n’était pas du tout prouvé que des soins plus spécialisés entraînaient une guérison plus rapide. En d’autres termes, les traitements appliqués n’influençaient pas la gravité de la désaffection de la mère, ni le retour d’une affection normale pour ses enfants.
Interactions entre le trouble psychiatrique postnatal et les autres variables
Les deux seules variables qui étaient individuellement et significativement associées à l’apparition de troubles de l’affection maternelle étaient la maladie mentale postnatale et le souvenir d’un accouchement très douloureux. Une analyse, ne tenant pas compte de la parité, des 50 naissances suivies d’une probable dépression postnatale ou d’une psychose du post-partum et le souvenir de très vives douleurs démontra que les troubles, sévère et très sévères de la relation, étaient significativement plus probables si les deux facteurs étaient présents que si un seul l’était (Chi-2 = 4.21, ddl=1, p< 0.05).
Interactions entre autres variables
La cohérence des réponses des femmes aux questions choisies conféra une impression de fiabilité à l‘ensemble de leurs comptes-rendus personnels sur le questionnaire rétrospectif. Ainsi, par exemple, la sévérité des problèmes de santé périnataux du bébé décrite par les mères et codée par l’auteur comme inexistante, peu présente, modérée ou sévère, était fortement corrélée avec le délai entre la naissance et le moment où la mère tenait l’enfant dans ses bras (codé 0-30 min., 31 min.à 3 heures, 3-24 heures, 1+ jours; Spearman r= 0.40, p< 0.001) et avec le nombre de jours passés par l’enfant dans l’Unité de soins intensifs; USI (r=0.66, p< 0,001). Plus longtemps le bébé restait à l’USI, moins les mères avaient de chances de l’allaiter. Il n’y avait cependant pas de preuve d’une quelconque association automatique entre les facteurs obstétricaux et périnataux et le trouble de l’affection maternelle, si ce n’est le lien avec un accouchement douloureux. D’autres analyses d’associations possibles entre l’apparition d’une dépression postnatale et d’une psychose post-partum et un certain nombre de variables choisies étaient également négatives; ces variables comprenaient la classe sociale des parents, la description par les mères de problèmes conjugaux, une grossesse non désirée, des problèmes de santé pendant la grossesse, des interventions obstétricales (césarienne, accouchement aux forceps), un accouchement douloureux, la séparation d’avec le bébé et la déception à propos du sexe de l’enfant.
Dans cet échantillon, les principales caractéristiques des comptes-rendus par les mères des troubles sévères de leurs relations avec leurs nouveau-nés étaient: un début postnatal inattendu et précoce et d’étroites similitudes entre les expériences affectives décrites par les différentes mères. Dans ces expériences on discernait deux grands thèmes se recouvrant partiellement, d’abord l’indifférence et la désaffection à l’égard de leur bébé (un point commun à ces descriptions est que le bébé aurait pu être «l’enfant de n’importe qui»
[1]) et ensuite l’hostilité et le ressentiment envers lui, avec dans les cas extrêmes, la présence de l’impulsion à lui faire du mal ou de comportements et de sentiments négligents et d’évitement. En outre, ces réactions affectives et comportementales était presque toujours spécifiques à un seul enfant. Dans un cas seulement, pour tout l’échantillon, il y eut une généralisation envers un autre membre de la fratrie: une mère traitée par son médecin pour une dépression postnatale raconta comment, alors qu’elle était une adepte convaincue de l’allaitement maternel, «elle décida de ne pas allaiter, ce qui était plutôt étrange». Six semaines après elle rejeta non seulement sa fille mais aussi son fils de deux ans, mais non les deux aînés, une fille de treize ans et un garçon de onze. Elle écrivait: «Si quelqu’un avait pu les emmener (les deux plus jeunes), tout aurait été bien… Je n’ai jamais éprouvé de la haine envers eux, simplement je n’en voulais pas». Finalement, ces troubles de l’affectivité se sont révélés très tenaces et plusieurs femmes décrivirent explicitement leur incapacité «à remettre les pendules à l’heure» et à prendre un nouveau départ; il y eut souvent des troubles durables dans leurs interactions envers leurs bébés. On ne signale cependant, jusqu’à présent, aucune étude des conséquences sur les enfants de troubles de l’affection aussi dévastateurs que ceux dont les mères firent l’expérience à leur égard.
Cherchant à résumer toutes les caractéristiques indiquées ci-dessus des troubles des réactions des mères envers leurs nouveau-nés, il semble indiqué de reprendre le terme «trouble de l’attachement» (voir Margison 1982). Ce faisant, il est nécessaire de distinguer les troubles aigus et précoces de l’affection et du comportement maternels et le processus progressif ultérieur de l’attachement mère-enfant. A part le fait de sa naissance, ni les caractéristiques personnelles du bébé ni même celles liées à sa santé ou à son comportement ne semblent avoir contribué au début des troubles très précoces et sévères de l’affection maternelle. On est donc amené à en déduire qu’un ou des évènements non encore identifiés, survenant à peu près au moment de l’accouchement, provoquent ces dérives catastrophiques et pénibles des réactions normales des mères vis-à-vis de leurs nouveau-nés. Il est étonnant de constater qu’aucun signe précurseur ne se manifeste pendant la grossesse. Il s’ensuit que chez la majorité des mères il existe après l’accouchement un processus normal caractérisé par l’expression de leur affection et de leur attachement au nouveau bébé. Ces émotions s’accompagnent de comportements maternels caractéristiques, qui sont aussi provoqués par des signaux émanant de la présence du nouveau-né (voir par exemple Klaus, Kennell, Plumb et Zuelkhe 1970). Des études d’échantillons de mères et de bébés «normaux» (Newton & Newton 1962; Robson et Moss 1970; Robson et Kumar 1980) révèlent que la plupart des mères éprouvent, tout de suite après la naissance, une vague d’affection pour le nouvel enfant, très rapidement suivie par le sentiment que c’est à elles seules que le bébé «appartient». Cependant, entre 15-40% des nouvelles mères connaissent un délai passager avant que ne se manifeste l’affection maternelle, délai qui ne se prolonge pas au-delà de quelques jours, au plus au-delà de quelques semaines. Robson et Kumar (1980) ont découvert que ces délais n’étaient liés qu’à un seul facteur obstétrical, notamment la perte des eaux provoquée qui raccourcit habituellement le travail d’une ou deux heures, ce qui fait que la tête du fœtus bute contre un col de l’utérus insuffisamment dilaté (Caldeyro-Barcia, Schwarz, Belizan, Martell, Nieto, Sabation et Tenzer, 1974). Il était très probable que l’affection maternelle se manifeste avec retard chez les mères chez qui non seulement la perte des eaux avait été provoquée mais qui disaient aussi avoir beaucoup souffert pendant l’accouchement, ou bien avoir reçu des injections de doses relativement importantes d’un médicament opiacé, par exemple plus de 150 mg de pethidine (Robson et Kumar 1980).
Chez les autres mammifères, par exemple les primates, les ongulés, les rongeurs (voir les revues de la littérature par Kendrick et Keverne 1991a, Insel 1992, Argiolas et Gessa, 1991) la preuve existe que les réponses maternelles au nouveau-né sont physiologiquement «programmées» bien que cela puisse ne pas être le cas comme chez la brebis (Kendrick et Keverne 1991b). Outre qu’elle produit des contractions utérines et provoque la montée du lait, chez les animaux ayant reçu des stéroïdes sexuels appropriés, l’ocytocine administrée intra-cérébralement stimule le comportement maternel chez la brebis (Kendrick, Keverne et Baldwin 1987), probablement en agissant sur la région pré-optique médiane et les régions tégumenteuses ventrales du cerveau (Kendrick, Keverne, Hinton et Goode 1992); des effets semblables peuvent être déduits de tests chez les rongeurs mettant bas (Pedersen, Caldwell, Walker, Ayers et Mason 1994) sur lesquelles fut mesurée la dépendance à l’ocytocine et qui reçurent une perfusion locale d’antagonistes spécifiques. Il existe une littérature abondante et complexe sur la physiologie du comportement maternel impliquant d’autres neuropeptides y compris les opioïdes (Martel, Newson, Rayment, Simpson et Keverne 1993) ainsi que les neurotransmetteurs. Bien que les tentatives d’établir un rapport entre le comportement maternel de la femme et les modifications endocriniennes ne soient pas convaincantes (par exemple Fleming, Anderson et Steiner, 1987), il semble néanmoins plausible que certaines des réactions maternelles et affectives précoces des femmes vis-à-vis du nouveau-né aient en commun, avec les autres mammifères, des caractéristiques, voire même des mécanismes sous-jacents. Le souvenir spontané de douleurs intenses et leurs liens avec les troubles de l’attachement fait écho aux découvertes antérieures qui soulignaient les troubles de la régulation du travail et de l’ocytosynergie, ainsi que les mécanismes des opiacés. (Robson et Kumar 1980); ces découvertes concordent avec les observations effectuées chez les singes, les brebis et les rongeurs cités ci-dessus. Récemment a été signalé le cas intéressant de sentiments et de comportements sexuels intenses déclenchés par l’ocytocine administrée par pulvérisation nasale à une femme traitée préalablement avec un stéroïde à l’action à la fois œstrogénique et progestogénique (Anderson-Hunt et Dennerstein 1994), ce qui laisse entrevoir la possibilité que d’autres formes de comportement en partie inné chez les humains puissent être de même influencés ou obtenus par des neuropeptides comme l’ocytocine (voir Caldwell,1992) dans les conditions appropriées.
Cet échantillon n’apporte pas la preuve directe que les mères manifestant des troubles de l’attachement étaient essentiellement celles qui avaient elles-mêmes souffert dans leur petite enfance ou avaient des relations habituellement conflictuelles. Elles semblaient, en général, constituer un groupe socialement très bien adapté et n’avaient manifesté aucun signe prémonitoire avant ou pendant la grossesse. Il est également important de constater que, chez les multipares, une proportion importante de premiers-nés n’étaient pas touchés et que l’ordre de naissance n’avait pas d’effet significatif. Cependant, étant donné que le trouble de l’attachement survient un peu plus fréquemment chez les premiers-nés, et compte tenu du fait que beaucoup de femmes souffrant de troubles de l’attachement avec leur premier-né décident de ne pas prendre le risque d’une autre grossesse, il est important que toute recherche examine systématiquement, à l’avenir, la contribution de la personnalité et des relations importantes, précoces et habituelles par rapport à la manifestation du trouble de l’attachement.
Les questions les plus urgentes et les plus intéressantes sont celles des liens présumés avec la maladie psychiatrique postnatale. Est-il possible que le trouble de l’attachement soit primaire et la maladie mentale secondaire, étant donné qu’il n’existe pas de lien spécifique apparent avec la dépression, la psychose ou un trouble compulsif obsessionnel? Cependant, la plupart des femmes qui tombent malades après la naissance n’éprouvent pas de trouble de l’attachement et, mis à part un accouchement douloureux, il n’existe pas jusqu’à maintenant d’autres indices relatifs aux mécanismes. Il n’y a pas non plus de preuve, dans l’échantillon actuel, que le trouble de l’attachement intervienne en l’absence de maladie mentale postnatale mais cette observation n’aborde pas la question de l’influence de l’effet. Il est indispensable de faire une nouvelle étude sur les femmes qui, bien qu’ayant eu auparavant au moins un épisode maladie postnatale, ne se sont pas choisies elles-mêmes.
Reçu: Avril 2000
Annexe 1
Résumés et rapports personnels des mères quant à leurs sentiments et leur comportement en relation avec leurs nouveau-nés et leurs autres enfants.
Sujet 1
Contexte général
36 ans. Ménage uni et stable. Aucune maladie psychiatrique antérieure ou familiale. Aucune histoire médicale ou gynécologique. Risque d’avortement. Accouchement très douloureux. A tenu immédiatement sa fille dans ses bras. Allaite au sein pendant 6 semaines puis abandonne.
Récit de son attachement vis-à-vis de son (ses) nouveau-né (s) et de ses expériences post-natales
«Mes sentiments de désaffection se manifestèrent pendant l’accouchement. Je me souviens avoir perdu tout intérêt pour le «produit final» et n’avoir rien ressenti du tout quand on me tendit ma fille. On aurait pu me donner une poupée que je ne me serais pas sentie moins affectueuse. Ces sentiments s’intensifièrent les jours suivants et je sombrai rapidement dans une grave dépression et dus avoir recours à un médecin». Elle avait eu une grossesse sans histoire et se demandait si sa réaction était liée à son âge, à son retour de l’étranger en Angleterre, à la «perte» de sa carrière, au peu de temps qui s’était écoulé (un an) entre son mariage et la naissance de son enfant. Y avait-il eu trop de changements dans sa vie en un temps trop court?
Elle n’avait jamais envie de changer, baigner ou habiller sa fille et très souvent ne le faisait pas. «Au lieu de commencer peu à peu à aimer mon bébé, je devins peu à peu de plus en plus distante.» Trois ans plus tard, elle écrivait «Je n’ai toujours aucun souvenir de la naissance… Je me demande sincèrement comment elle est arrivée… Je dois admettre qu’il y a maintenant des moments où je me détache complètement d’elle et elle pourrait être l’enfant de n’importe qui. C’est terrible à admettre, mais c’est la vérité. Si j’avais pu la donner, je l’aurais fait. J’ai essayé de l’étouffer deux fois mais n’ai pu achever cet acte abominable. J’ai souvent envisagé de me suicider pendant ces premières semaines. Il n’y avait simplement aucun avenir…» Au total, la dépression dura presque un an (elle fut sous imipramine pendant cinq mois. «Ma dépression est terminée mais je ressens un profond sentiment de culpabilité en pensant que ma fille, lorsqu’elle était bébé, a été tellement négligée du point de vue affectif.»
«Heureusement nous avons maintenant un fils qui vient d’avoir un an. Je craignais de revivre mon expérience précédente… Mais il m’a permis de redevenir tout à fait moi-même.» Son fils est né par césarienne, en urgence. Elle l’a tenu dans ses bras dès qu’elle a repris conscience et a ressenti immédiatement de l’affection pour lui.
| Premier enfant | | Second enfant | |
| Evaluations | Trouble très sévère | | Affection profonde | 0 |
| de l’attachement | 4 | Début -NA | 0 |
| Début – 0 – 1 jour | 1 | Durée – néant:0 | 0 |
| Durée: 1+ ans | 4 | Bien du point de vue | |
| Dépression postnatale | | psychiatrique | 1 |
| probable | 2 | | |
Sujet 2
Contexte général
Age: 26 ans. Mère de deux enfants de 2 ans et 6 mois au moment où elle écrit. Elle parle de graves problèmes dans son ménage. Aucun antécédent psychiatrique personnel ou familial. Aucun problème médical ou gynécologique. A tenu ses bébés dans les bras respectivement après une demie heure et immédiatement. A nourri son premier enfant pendant 3 semaines, s’est arrêtée parce que cela était très douloureux. N’a pas nourri le second.
Récit de son attachement à ses nouveau-nés et de ses expériences postnatales
«48 heures après l’accouchement, mes “bons sentiments” commencèrent à s’estomper et furent remplacés par “un sentiment d’inanité”. Comment pouvais-je dire “je n’aime pas mon bébé”?» Elle voulait dormir pour échapper à ce cauchemar vivant. «Je pensais sans cesse à des choses terribles, en faisant mes courses, je le laisserai devant la boutique, dans sa poussette, et prierai pour que quelqu’un le vole, mais je savais qu’en même temps on s’attendrait à ce que je signale sa disparition et dise que je souhaitais le retrouver.» Elle ressentait des impulsions effrayante de le prendre dans sa voiture et d’accélérer contre un énorme camion pour mourir. Elle se réveillait habituellement terriblement déprimée, enfermée dans sa détresse. Elle rejetait la responsabilité sur son bébé et souhaitait pouvoir s’en débarrasser d’une façon convenable. Elle voulait «effacer la faute d’avoir un enfant». Elle essayait de se conduire normalement devant les autres et faisait semblant d’éprouver un amour et un intérêt qui tout simplement n’existaient pas. Quand elle était seule, elle pleurait, criait, se cognait contre les murs, se torturant à chaque instant de la journée… J’étais sûre d’être folle… Lorsqu’elle cessa d’allaiter elle se sentit tout à fait inadaptée,« absolument nulle comme mère». Elle devint démesurément fière de sa maison et, au bout de 4 mois, demanda l’aide de sa visiteuse médicale et de son généraliste. On la rassura mais elle continuait à se sentir «morte à l’intérieur». Le moment décisif survint lorsqu’à l’âge de 13 mois, son fils fut hospitalisé d’urgence pour une opération – après cette crise imprévisible les choses commencèrent à s’améliorer lentement.
Puis elle fut à nouveau enceinte et était obsédée par la crainte d’éprouver les mêmes sentiments. Elle s’extasia à la naissance de sa fille dont elle se sentait très proche «c’était comme une sorte de lien invisible» mais au bout de 8 semaines le supplice recommença. «Exactement comme avec mon premier bébé mais en moins grave.» Elle ressentait «par moment de l’irritation, elle avait, par moment, l’impression que son enfant n’était qu’un objet dont il fallait prendre soin mais qui n’avait rien à faire avec elle». Elle était très irritable et pleurait souvent et était sûre que si elle n’avait eu personne pour l’aider elle serait tombé à nouveau sérieusement malade. Elle vit à nouveau sa visiteuse médicale et son généraliste, réorganisa sa vie et prit une nourrice afin de pouvoir travailler. Quelques mois plus tard, elle était capable d’apprécier ses enfants, «pas beaucoup, mais je peux les supporter, être patiente et trouver un certain plaisir avec eux. Ce n’est pas ce que je veux mais les enfants sont mieux ainsi… chaque jour je suis submergée de culpabilité et de chagrin quand je pense à ce qui s’est passé ces deux dernières années… Même maintenant je ne sais pas ce que ressent une mère normale et cela me peinera toujours ». Elle a été très soulagée de découvrir qu’elle ne souffrait pas d’une sorte de folie exceptionnelle.
| Premier enfant | | Second enfant | |
| Evaluations | Très sévère trouble | | Léger trouble de l’attachement | 1 |
| de l’attachement | 4 | Début – 4+semaines | 4 |
| Début – 2-7 jours | 2 | Durée: 1-6 mois | 3 |
| Durée: 1+ années | 4 | Dépression postnatale possible | 1 |
| Dépression postnatale | | | |
| Probable | 2 | | |
Sujet 3
Contexte général
35 ans. Mariage stable. Pas de problème psychiatrique antérieur, personnel ou familial. Pas de problèmes significatifs médicaux ou gynécologiques. Grossesse, accouchement normal. Elle voulait un garçon et fut contrariée d’avoir une fille. Elle tint immédiatement l’enfant dans ses bras et l’allaita pendant 2 mois.
Récit de son attachement à son (ses) nouveau-né(s) et de ses expériences postnatales
«Une heure après sa naissance ma fille fut mise dans la nursery, ce qui me bouleversa… Je me souviens avoir pensé que cela m’aurait permis de me sentir beaucoup plus maternelle si on m’avait laissé ma fille. Je réussis à l’allaiter dès le début et j’ai fait tout ce que je devais pour elle mais, honnêtement, je pensais que cette enfant n’avait rien à voir avec moi. Quand j’ai quitté l’hôpital, les choses sont allées de mal en pis, je ne dormais plus, n’avais plus envie de manger, je me sentais comme une coquille vide et je ne supportais pas de rester seule avec le bébé. J’étais terrifiée à la pensée qu’elle pouvait se réveiller et qu’il faudrait que je m’occupe d’elle… Pendant toute cette période je ne ressentais pour elle ni amour ni attachement. Après environ un an de traitement à l’hôpital de jour, traitement (antidépresseur tricyclique et plus tard MAO
[2]) je me sentis mieux petit à petit et commençais à me rapprocher de ma fille, mais par moment les choses ont été très difficiles entre nous. Ma fille a maintenant près de 5 ans et j’aimerais avoir un autre enfant mais cette idée me terrifie car je n’ai pas l’impression que je pourrais revivre une telle épreuve.»
| Evaluations | Trouble sévère de l’attachement | 3 |
| Début 0-1 jour | 1 |
| Durée 1+ années | 4 |
| Dépression postnatale probable | |
Sujet 4
Contexte familial
28 ans. De temps à autres, quelques problèmes peu importants dans le ménage. Aucun antécédent psychiatrique ni personnel ni familial. Aucun problème médical ou gynécologique. Première grossesse désirée. Bonne santé, accouchement facile, heureuse d’avoir un garçon qu’elle a tenu immédiatement dans ses bras et nourri pendant un an. Seconde grossesse également désirée et sans complications. Accouchement normal. A immédiatement tenu dans ses bras le bébé, qu’elle a allaité pendant une semaine.
Récit de son attachement à ses nouveau-nés et de ses expériences postnatales
«J’ai souffert de dépression postnatale pendant un peu plus d’un an, mais avec quelques rémissions. J’ai essayé deux fois d’arrêter les médicaments» (antidépresseurs prescrits par son généraliste). Admise dans un hôpital psychiatrique huit mois après la naissance… «Le principal cauchemar de cette dépression est la question que je me pose sans cesse. Est-ce que je veux ma petite fille?» Elle avait aussi un petit garçon plus âgé de 4 ans et demi, qu’elle aimait. Sa dépression avait débuté 9 jours après la naissance de sa fille: elle avait commencé a pleurer et s’était écrié qu’elle ne la voulait pas, qu’elle avait commis une erreur et qu’elle allait détruire leur vie de famille heureuse jusque là. Elle ne voulait pas montrer ce bébé qui était hideuse, contrairement à son frère qui avait été un bébé superbe. Elle avait des moments ou des jours heureux, lorsqu’elle ressentait soudain de courtes bouffées d’amour pour l’enfant. Les mauvais jours elle se sentait attachée par elle et se demandait «est-ce que je la veux?». «Par moment, j’avais presque l’impression de m’occuper du bébé de quelqu’un d’autre… Je me demandais pourquoi j’avais une dépression postnatale alors qu’aucune des femmes que je connais n’avait jamais éprouvé ce genre de sentiments.»
Plusieurs mois plus tard elle prenait toujours des antidépresseurs, ses sentiments envers son bébé n’avaient pas beaucoup évolués. «Différents médecins m’ont dit tellement de choses que je n’ai plus du tout confiance en eux».
| Premier enfant | | Second enfant | |
| Evaluation | Profonde affection | 0 | Légers troubles de l’attachement | 2 |
| Début des troubles | 0 | Début – 1-4 semaines | 3 |
| Durée – néant | 0 | Durée – 1 + années | 4 |
| Bien du point de vue | | Dépression post-natale probable | 2 |
| psychiatrique | 0 | | |
Sujet 5
Contexte familial
33 ans. Mariage stable. Aucun antécédent psychiatrique. Sa mère a été hospitalisée plusieurs fois en psychiatrie. Fausse-couche trois ans auparavant. A subi un traitement contre l’infertilité pendant plus de trois ans. Très heureuse d’être enceinte. Transfusion d’interféron pendant sa grossesse. A tenu sa fille dans ses bras une heure après la naissance de celle-ci par césarienne. Contente d’avoir une fille, qu’elle a dû arrêter de nourrir au bout de 4 jours, ce qui l’a contrariée.
Récit de son attachement pour son nouveau-né et de ses expériences postnatales
Elle a été traitée pour infertilité et a eu une grossesse difficile. Le bébé est né par césarienne et a passé 12 heures dans une unité de soins spécialisés. «Lorsque je me suis réveillée je l’ai regardée et j’ai pensé «qu’est-ce que c’est que ça?» C’était comme un rêve. La salle de travail, mon mari et cette petite chose dans le berceau. Je n’ai pas dormi du tout pendant 24 heures puis on a appelé un psychiatre». Elle raconte qu’elle a d’abord éprouvé un peu d’affection, puis elle était assez neutre puis elle en a un peu voulu au bébé. Elle fut admise dans une unité mère-enfant dont elle a dit «je ne me rappelle pas grand chose à propos de l’hôpital mais au bout de 6 mois environ j’étais vraiment très fière de ma fille. Je l’avais enfin, mais je pense que j’étais un peu jalouse d’elle, elle avait tout ce que moi je n’avais pas eu étant enfant, et surtout elle avait un papa.» Au moment où elle écrivait (16 mois après la naissance) elle prenait toujours des antidépresseurs, et parfois des benzodiazépines contre les crises de panique. Elle dit s’être sentie très malheureuse et désespérée pendant son séjour à l’hôpital.
| Evaluation | Attachement prédominant / trouble léger | 1 |
| Début – 0-1 jours | 1 |
| Durée – 1-6 mois | 2 |
| Dépression postnatale probable | 2 |
Sujet 6
Contexte familial
30 ans. Mariage stable. Aucun antécédent psychiatrique personnel ou familial. Aucun problème médical ou gynécologique. Nauséeuse pendant sa grossesse et légère toxémie mais non hospitalisée. Accouchement douloureux. Souhaitait un enfant et a tenu sa fille dans les bras 1 heure après sa naissance. L’a nourrie deux semaines mais a dû s’arrêter, car elle prenait des médicaments, et cela l’a culpabilisée et déçue. Seconde grossesse non planifiée mais désirée et sans complications significatives.
Récit de son attachement envers son (ses) nouveau-né (s).
Elle a eu une fille désirée et en bonne santé, après un accouchement long et difficile et une grossesse compliquée par des symptômes de toxémie. Ce qui ne l’empêcha pas d’être ravie après la naissance et désireuse de faire admirer son bébé. Une semaine plus tard elle ne dormait plus, pleurait et ne savait plus où elle en était. Le bébé fut placée en pouponnière pendant 2 à 3 jours et avant qu’on ne la lui rende la mère était convaincue qu’elle était morte. «On ne vous met pas dans une salle séparée sans raison… Je continuais à dire que ce n’était pas la mienne, que mon bébé était mort… Les infirmières disaient que j’étais une méchante femme (parce qu’il y a tant de femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants et qu’elle souhaitait que la sienne soit morte)… Je me souviens avoir pensé: “bon, je devrais l’accepter même si ce n’est pas mon bébé”.» Rentrée chez elle, elle n’était toujours pas sûre que ce soit réellement sa fille mais elle fit semblant de le croire jusqu’au 14e jour, où elle demanda à son généraliste d’emmener ce bébé, sa fille étant morte à l’hôpital. Le médecin la calma, la rassura, mais ses craintes continuèrent. Un psychiatre fut appelé et prescrivit des médicaments qu’elle ne prit pas. Elle commença à divaguer, se négligea, fut convaincue que sa maison était sur écoute et commença à avoir des hallucinations. Le 4e mois, elle prenait un antidépresseur, un antipsychotique et un anti-cholinergenique. Elle avait des envies de suicide. Elle entra en hôpital psychiatrique avec sa fille et fut contrainte d’y rester parce que son comportement s’altéra. Son état s’améliora peu à peu et elle commença à être heureuse et à éprouver de l’affection pour sa fille. Elle quitta l’hôpital au bout de 8 mois mais resta sous traitement encore dix mois.
Un mois après elle était à nouveau enceinte et, malgré son appréhension, tout se passa bien. Sa seconde fille était «un ange» et elle put consacrer une grande partie de son temps à l’aînée car elle se sentait plus coupable que jamais à cause de la façon dont elle l’avait élevée. Sept ans après elle continue à se culpabiliser parce que sa fille aînée manque de confiance, a perpétuellement besoin d’être rassurée et est très peu démonstrative. «C’est comme si une cloison de verre nous séparait, je peux la voir mais je ne peux pas communiquer avec elle.»
| Premier enfant | | Second enfant | |
| Evaluations | Trouble sévère de l’attachement | 3 | Solide affection forte | 0 |
| Début | 3 | Début – NA | 0 |
| Durée – 7-12 mois | 3 | Durée – néant | 0 |
| Psychose post-partum | | Bon état psychiatrique | 0 |
| probable | 4 | | |
Sujet 7
Contexte familial
28 ans. Echec du mariage – divorce en cours. Aucun antécédent psychiatrique personnel ou familial. Aucun problème médical ou gynécologique. Première grossesse non désirée, au cours de laquelle elle se porta bien, accouchement normal mais très douloureux. A tenu tout de suite son bébé dans les bras, ravie d’avoir une fille (maintenant âgée de sept ans), qu’elle a allaitée pendant 6 mois. Seconde grossesse souhaitée, accouchement facile; heureuse d’avoir une seconde fille, qui a maintenant 3 ans et qu’elle a tenu immédiatement dans ses bras et a allaitée pendant 6 mois. Troisième grossesse, qu’elle ne désirait pas, à nouveau sans problèmes mais accouchement très douloureux. Pas contrariée d’avoir une troisième fille, qu’elle a tenue tout de suite, mais dont elle a demandé qu’on l’éloigne d’elle immédiatement. L’a nourrie pendant 6 mois.
Récit de son attachement pour son (ses) nouveau-né (s)
«Je suis toujours en traitement pour une dépression postnatale. J’ai quitté l’hôpital psychiatrique il y a environ deux mois.
«A» est mon troisième enfant – issue d’une grossesse que je ne désirais absolument pas – et d’une certaine façon je pense que je me suis moi-même préparée pour une maladie postnatale. Je pense, dans mon for intérieur que ma maladie a commencé à sa naissance. Je ne la voulais pas, alors je l’ai rejetée. Je voulais la punir, mais je devais donner l’impression que je l’aimais et m’occupais bien d’elle. Ma mémoire est encore un très confuse mais je peux me rappeler «d’avoir comploté» de la tuer – elle me semblait être, en même temps que moi, la cause de mon comportement larmoyant et bizarre – être débarrassée d’elle aurait mis fin à mes problèmes conjugaux et séché mes larmes.
J’ai passé le temps nécessaire à l’hôpital, prouvant que je pouvais m’occuper d’elle mais, en moi-même j’éprouvais un intense ressentiment. J’avais perdu mon identité, ce que je ressens encore souvent. Il nous semblait que le temps était suspendu. Elle grandissait mais je ne me rendais pas compte qu’elle changeait. Je ne pouvais dire son âge aux gens – pour moi elle avait toujours environ 8 semaines. Je refusais d’admettre qu’elle soit mon enfant, elle avait grandi – était trop grande pour être à moi. A ce moment-là, je découvris que la seule façon de faire face à ces sentiments intenses était de dire que je l’avais adoptée. C’est une belle enfant – j’ai perdu mon bébé (comme si elle était morte – j’ai du chagrin). L’enfant que j’ai a presque un an. Ce n’est pas un bébé – un petit nourrisson, cet enfant est mort, en un sens. C’est très troublant et extrêmement douloureux et difficile à expliquer. Lorsque les gens me disent qu’elle me ressemble, ma réaction immédiate est de le nier en disant que ce n’est pas mon enfant. Cela me paraît plus gentil pour nous deux. Je me sens terriblement coupable de ces sentiments car en moi-même je sais, je reconnais que c’est mon enfant mais je sais aussi que l’intensité de mon ressentiment et de ma colère de l’avoir eue et la perturbation qu’elle a provoquée renforce ma culpabilité, la rend plus difficile à supporter.
Parce que j’ai été à l’hôpital pendant 10 semaines environ et que les quelques premières semaines à la maison ont été terribles je n’ai pas de photographies de mon enfant. Je ne la connais que comme elle est maintenant. J’ai souvent l’impression que je la «connais» comme ma proche voisine. Je sais quand elle mange, dort, quand elle pleure, rit, sourit mais je ne connais pas cette enfant comme je connais mes autres enfants. C’est une enfant affectueuse, heureuse surtout grâce à mon mari et à mes autres enfants. Ou bien je m’occupe peu d’elle ou bien je compense en la câlinant, en jouant avec elle, en essayant désespérément de la chérir, en cherchant à être récompensée de ce temps passé avec elle, avant de perdre cela aussi. Je suis désolée que cela soit très déroutant mais c’est difficile à expliquer.»
Neuf mois plus tard lorsque sa fille eut 18 mois elle mentionna que ses sentiments s’étaient peu à peu modifiés; elle se sentait maintenant très aimante, et n’avait plus de sentiments agressifs envers la plus jeune. Elle était possessive et pas du tout amère. Elle avait continué à prendre un antidépresseur pendant encore 7 mois après avoir quitté l’hôpital et elle était suivie par son généraliste, une visiteuse de santé et une travailleuse sociale.
| Première et deuxième enfants | Troisième enfant | |
| Evaluations | Affection profonde | 0 | Trouble très sévère de l’attachement | 4 |
| Début NA | 0 | Début – 0-1 jours | 1 |
| Durée – néant | 0 | Durée – 1 an + | 4 |
| Bien du point | | Probable dépression postnatale | |
| de vue psychiatrique | 0 | | |
Nos plus sincères remerciements sont adressés aux mères qui ont participé à cette étude et ont permis que leurs expériences personnelles soient utilisées pour la recherche. Je voudrais aussi remercier Mme Gesine Schmücker de son aide pour l’évaluation de la fiabilité des tests, les docteurs Maureen Marks et Graham Dunn de leurs avis et de leur aide dans l’analyse et l’interprétation des données.
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Professeur de psychiatrie périnatale, Institut de psychiatrie, De Crespigny Park, Londres, SE5 8AFCe travail, destiné à
Devenir, n’a pu paraître du vivant du professeur Kumar.Il a été traduit et est reproduit ici grâce à l’autorisation gracieuse de Madame Marianne Kumar.Traduit de l’anglais par Denise Parise.
[1]
Anybody’s child.
[2]
Inhibiteurs de la Mono-amine Oxydase: classe d’antidépresseurs) NDLR.