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Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
80 pages

p. 77 à 78
doi: en cours

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Compte-rendu de film

Volume 14 2002/1

Pas tous les matins... Relations de parents avec leur enfant handicapé. Témoignages. Un film de: Elisabeth Chaillou, Annie Maurel Ollivier, Dominique Raynaud; réalisation: Henri Denicourt (Production IMAJE, Paris)

Troisième d’une trilogie, après «Cicatrice» en 1997, et «La part du rêve» en 1998, «Pas tous les matins» a obtenu, sans véritable surprise, le prix des Entretiens de Bichat. A travers le témoignage de deux parents, la mère d’un garçon polyhandicapé de cinq ans et demi et le père d’une adolescente de 15 ans atteinte d’une trisomie, il a le mérite d’aborder la douloureuse question de l’ambivalence des sentiments à l’égard de l’enfant.
C’est avec force et précision que ces personnes évoquent devant nous aussi bien leur tendresse que leur puissant rejet. Les citations pourraient être très nombreuses.
Tous les deux peuvent parler de ces quarts, ces fractions de seconde, de cette infime durée, pourtant si intenses et si lourds de potentielle culpabilité pendant lesquelles ils s’avouent que la disparition, la mort résoudraient le drame, l’épreuve engendrée paradoxalement par leur désir d’amour et d’enfant.
Chacun à sa façon montre à quel point la relation à leur enfant a nécessité un apprentissage – «la création d’une relation sortie de nulle part», «une relation qu’il faut inventer», «il faut ré-accepter de refaire sa connaissance, pas tous les matins mais…».
Ils dénoncent le regard des autres mais encore plus leurs paroles. Celle révoltante, encore si souvent entendue: «Quand on a des enfants comme ceux-là, on reste chez soi», mais surtout les discours tout aussi inacceptables qui qualifient de chance, de don de Dieu, ce que le handicap, l’enfant, l’épreuve peuvent leur apporter. «Non je n’ai rien appris sur moi, non, ça ne m’a pas fortifié, je me serais bien passé de ça.»
Du traumatisme incommensurable de l’annonce de la trisomie à la maternité quand les parents sont laissés sans écoute et sans présence, à l’arrivée de l’enfant vécue comme le grain de sable dans les rouages auparavant bien huilés des relations sociales amicales, ces personnes abordent avec une poignante authenticité les questions fondamentales. Ils montrent avec justesse les chemins de la tendresse et celles du rejet, chemins parallèles, chemins croisés!
Les pauses musicales d’une sonate de Beethoven nous font suivre les mains du pianiste sur son clavier et l’archet du violoncelliste; elles nous permettent une respiration émotionnelle bien nécessaire et en même temps aussi un réconfortant moment de rêverie et de pensée.
Le moment venu, ce film peut certainement aider d’autres parents. Il peut être un excellent outil de travail, de réflexion et d’élaboration pour la clinique de tous les professionnels de la petite enfance à l’adolescence et peut-être au-delà. Dans tous les cas, le thème abordé interroge aussi les parents des enfants que l’on dit «ordinaires ou normaux». Ce film est à voir, on en parlera certainement longtemps.
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