2002
Devenir
Courrier des lecteurs
Courrier des lecteurs
Antoinette Corboz-Warnery
Elisabeth Fivaz-Depeursinge
Centre d’Etude de la FamilleLausanne
Réponse au courrier des lecteurs d’Hélène Brunschwig: A propos de l’unité familiale
«Il est probable que c’est à cause des multiples variables impliquées dans l’interaction père-mère-bébé que l’unité familiale n’a pas encore été étudiée comme un tout.»
Hélène Brunschwig réagit avec véhémence à cette phrase citée par Paul Barrows dans son article sur le père dans les psychothérapies parent-enfant, article paru dans Infant Mental Health Journal (1999) et traduit dans Devenir (2000). Paul Barrows tire cette citation d’un article de Corboz-Warnery et coll. (1993): «Systemic Analysis of father-mother-baby interactions, the Lausanne Triadic Play».
Hélène Brunschwig écrit: «Je m’inscris avec force contre cette assertion… il n’est pas vrai de dire que cela n’existait pas avant, au moins sporadiquement, et il n’est pas vrai de dire que l’on n’a jamais considéré la famille comme un tout.»
En tant qu’auteurs de cette phrase, nous tenons à souligner qu’il s’agit d’un malentendu causé par une citation hors contexte.
Comme le souligne Mme Brunschwig, les thérapeutes de familles ont toujours considéré l’unitié familiale comme un tout différent de la somme des individus qui la composent. Ce principe de la théorie systémique s’est révélé utile en clinique et nous nous en sommes inspirées pour élaborer nos travaux sur la triade.
Mais il y a un fossé entre la théorie et son application en recherche et c’est de cela qu’il est question. Des développementalistes comme Stern, Brazelton, Tronick, ont ouvert des pistes en étudiant les interactions dyadiques entre mère et bébé, puis entre père et bébé. D’autres chercheurs comme Gottman ont étudié le couple parental. Convaincus de la nécessité d’étudier aussi le niveau de la triade, des chercheurs comme Belsky et Parke ont analysé les influences entre ces trois dyades. Mais aucun n’avait proposé de méthode pour observer la triade comme un tout, peut-être à cause des difficultés méthodologiques inhérentes à l’observation systématique de trois personnes en face-à-face.
Chercheuses et thérapeutes de famille, nous avons relevé ce défi en élaborant une situation d’observation et d’analyse des interactions à trois, le «Jeu trilogique de Lausanne». Nous avons eu le privilège de discuter nos observations de ces jeux à trois dans le groupe Interfaces, notamment avec Serge Lebovici et Martine Lamour, Daniel Stern, John Byng-Hall et Dieter Bürgin, des collègues qui s’intéressaient à la triade père-mère-bébé d’un point de vue psychodynamique aussi bien que développemental et systémique. Nos recherches sont publiées dans «The Primary Triangle, a Developmental Systems View of Mothers, Fathers, and Infants» (Basic Books, 1999, à paraître en français chez Odile Jacob).
Nous sommes heureuses de constater qu’à ce jour de plus en plus de thérapeutes et de chercheurs s’intéressent à la famille comme élément significatif en tant que tel pour le développement de l’enfant, en complément aux autres approches.