Devenir
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
110 pages

p. 219 à 223
doi: en cours

Veille sur la revue
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Volume 15 2003/2

Vous qui donnez la vie. Un autre regard sur la grossesse, Dr Christophe Massin (Flammarion : Aubier, 2001, 319 pages)

Ce deuxième livre de Christophe Massin psychiatre psychothérapeute est un autre guide de la grossesse. Il s’agit ici de l’histoire de la grossesse, vue psychiquement de l’intérieur, mise en récit, par les mères, et par les pères, et par ceux qui se souviennent de leur enfance, ou ceux qui sont dans la position d’avoir à donner ce qu’ils n’ont pas reçu. C’est donc avec l’expérience d’homme, de père, de psychiatre et de psychothérapeute et avec l’éclairage qu’apporte la confrontation à des cultures différentes, en particulier celles de l’Extrême-Orient, que Christophe Massin décrit à la fois les processus psychologiques usuels survenant lors du projet d’enfants, de la grossesse et de la naissance, et leurs possibles avatars. Le livre comprend trois grandes parties : la première est consacrée aux projets de grossesses et au début de la grossesse. Il y a d’abord la question de savoir ce qu’il reste en mémoire des traces de la vie intra-utérine. Les débats scientifiques sont rendus de façon précise et claire, au plus près des données récentes, mais avec un autre champ donné par l’expérience et par les témoignages. Accueillir la vie en soi ne va pas de soi et assène ce que Christophe Massin appelle la crise initiale de la grossesse, dont il décrit les engagements et les modes de résolution. Ce chapitre se conclut avec la question de savoir comment faire avec le passé et sa résurgence, et dans cette partie l’écoute et l’accueil des expériences passées à la lumière de la grossesse apparaît dans toute son importance. La deuxième partie concerne la grossesse elle-même, les examens prénataux,le handicap, l’accouchement. La troisième partie est consacrée aux relations entre père, mère et enfant, et évoque la césarienne, l’allaitement, les effets de la survenue de l’enfant sur le couple, la survenue possible de la mort périnatale, le rôle du père, et le rôle de la grossesse dans le développement de la femme. Dans ce livre remarquablement écrit, plein de tact, sont retracés sans idéalisation ni drame les états psychologiques de la conception à la naissance et aux premières relations. Le livre s’adresse à des parents futurs et actuels, et aussi à des professionnels de la santé mentale. Il peut aider les premiers à se préparer ou à donner sens à leur expérience, il peut donner aux seconds l’idée de la manière de faire psychothérapeutique et préventive. Ce manuel de la grossesse vécue est rempli d’une présence bienveillante et empathique qui en fait le prix.
Antoine Guedeney

Affect regulation, mentalization, and the development of the self, Peter Fonagy, György Gergely, Elliot Jurist et Mary Target (Other press, New York, 2002, 577 pages)

Ce pavé (577 pages !) va faire du bruit. Comme son titre l’indique, il propose une thèse dans lequel la régulation de l’affect et le processus de la mentalisation jouent un rôle essentiel dans le développement du sens de soi. Il est proposé par une coalition de cliniciens et de chercheurs du développement de l’enfant. L’originalité est que ces conceptions s’appuient sur une expérience clinique avec les patients borderline mais aussi avec les jeunes enfants, et qu’il tente une synthèse entre les données expérimentales et celles qui sont issues des différents champs de la théorie psychanalytique. C’est une théorie constructiviste et développementale des débuts de la vie mentale qui s’en dégage, à l’opposé des thèses structurales, mais aussi d’un point de vue dans lequel tout serait déjà présent à partir du matériel génétique, ce qui se rapproche point de vue de Trevarthen sur l’intersubjectivité primaire. Cet ouvrage défend au contraire l’idée du développement secondaire de l’intersubjectivité. Il s’appuie considérablement sur le concept de l’« affect mirroring », de la régulation en retour de l’affect à l’intérieur des relations précoces comme mode majeur de développement du contrôle de l’affect chez le jeune enfant. Ceci renvoie aux travaux de John Watson avec lequel Gergely a beaucoup travaillé. La notion de contrôle de l’affect que le bébé peut avoir sur les états émotionnels du parent y joue un rôle important. Elle conduit à l’établissement de représentation secondaire des états affectifs, qui fait la base de la régulation de l’affect et du contrôle de l’impulsion.. La thèse est ici que les affect peuvent être manipulés et déchargés de façon interne comme ils peuvent l’être au travers de l’action. Ils peuvent aussi être ressentis comme reconnaissables, et ainsi partageables. il en est issu un modèle du développement des troubles de la personnalité, puisque les expressions affectives de la part du parent qui sont pas en rapport avec l’affect de l’enfant vont miner l’identification convenable des états internes de l’enfant, états qui en retour resteront confus, et ressentis comme non symbolisés et difficiles à réguler. Ce processus se rapproche beaucoup de ce que Daniel Stern a décrit sous le terme de l’harmonisation de l’affect. Un point essentiel est que, dans sa capacité à renvoyer à l’enfant un affect, le parent doit d’une façon ou d’une autre être capable d’indiquer que ce qui est renvoyé à l’enfant ne l’est pas « pour de vrai ». Une réponse exactement symétrique risquerait d’accroître l’état de l’enfant, plutôt que d’aider à sa régulation, conduisant ainsi à un traumatisme plutôt qu’à une contention de l’affect.
L’ouvrage comprend une partie théorique, avec la description du rôle de l’attachement dans le développement de la capacité d’auto-réflexion, une revue assez exhaustive des perspectives sur le développement de l’affect et de sa régulation, et un chapitre qui s’oppose aux modèles biologiques et génétiquement déterminés du développement de la capacité de mentalisation. La seconde partie est développementale, avec une excellente introduction à la théorie du feed-back social et du retro-contrôle affectif chez le bébé, aboutissant à un modèle d’influence psychanalytique pour le développement de la subjectivité. Cette partie se conclut avec un chapitre sur le rapprochement entre la petite enfance et l’adolescence, comme l’avait fait en France Pierre Mâle. La troisième partie est plus clinique et concerne essentiellement la pathologie borderline et les hypothèses sur son développement. Les références sont extrêmement nombreuses, mais n’alourdissent pas le texte. Le livre est à la fois un manuel des théories développementales, cognitives et psychanalytiques récentes sur le développement mental précoce, avec des point de vue qui sont assez nettement exprimés, et parfois en opposition avec la ‘doxa’ psychanalytique, et des illustrations cliniques assez approfondies et convaincantes. C’est un livre qui suscite la pensée, et sans doute aussi la controverse, d’une façon excitante et convaincante. Un livre indispensable à lire et dont on espère une traduction française.
Antoine Guedeney

Interruption de grossesse pour pathologie fœtale. Sous la direction de Véronique Mirlesse, préface de Fernand Daffos (Médecine -sciences, Flammarion, 2002, 160 pages)

Édité soigneusement par Véronique Mirlesse, gynécologue- accoucheur, voici ouvrage de référence en française sur l’interruption de grossesse pour pathologie fœtale. Inspirée par l’expérience clinique et de recherche de l’équipe de l’institut de puériculture de Paris, dirigé par Fernand Daffos pour l’obstétrique et par Marcel Voyer pour les pédiatres, ce livre rassemble les contributions du gratin de la périnatalité française. Sous un volume restreint, avec des références récentes, le cadre légal français et européen est présenté, ainsi que les données rétrospectives de dix ans d’expérience de l’IMG à l’Institut de Puériculture de Paris. Le déroulement des expertises pour IMG est retracé par Fernand Daffos et Marcel Voyer à partir de 1126 cas. La deuxième partie concerne le déroulement pratique de l’IMG et sa technique. La troisième partie du livre s’adresse à l’accompagnement et au deuil. La psychologie et la psychopathologie font donc partie intégrante de cet ouvrage. La quatrième partie concerne les suites de l’IMG, avec le conseil génétique est la partie anatomo-pathologique. Une des originalités de l’ouvrage est l’abord des situations particulières, avec le refus de l’IMG. La sixième partie rassemble les réflexions de pédopsychiatres, celles de l’historienne sur cette pratique, et le point de vue des patientes. Au total, le livre de référence indispensable pour les professionnels concernés, mais aussi pour les puéricultrices, pédopsychiatres, psychologues qui se représentent mieux après sa lecture le parcours physique et les enjeux psychiques de l’IMG.
Antoine Guedeney

L’enfant et l’animal. Les émotions qui libèrent intelligence. Hubert Montagnier (Editions Odile Jacob, 2002)

Hubert Montagnier, expert en psychopathologie du développement de l’enfant, décrit dans ce livre les rapports entre les hommes et les animaux, ainsi que les liens phylogénétiques qui existent entre eux. Dans une première partie, « l’histoire d’une rencontre », les scientifiques nous montrent comment, pour survivre, certaines espèces animales non seulement doivent s’adapter physiquement et génétiquement à leur environnement, mais aussi s’adapter à l’humain. Trois types d’attachement se sont alors créés :
  • la relation utilitaire : l’homme apporte soin et protection à l’espèce en échange des compétences de l’animal, telle que la nourriture, la laine, le port de charges lourdes, l’aide aux déplacements humains, etc. ;
  • l’animal de compagnie : certains animaux ont su par leur beauté, leurs compétences, la vitesse, leurs forces, ou autres, susciter le narcissisme de ceux qui les possèdent ;
  • l’animal familier : ces espèces ont su, phylogénétiquement, développer des compétences émotionnelles qui les lient effectivement à l’homme. Celui-ci est considéré comme faisant partie de son environnement familier et familial.
Dans la deuxième partie, Hubert Montagnier, en spécialiste du développement des liens d’attachement du nourrisson, décrit les cinq étapes clés de celui-ci. Il montre comment certains animaux possèdent les mêmes compétences d’attachement au sein de leur espèce que l’homme, mais possèdent aussi la capacité d’utiliser ces compétences dans la relation avec les enfants. Enfin, dans la troisième partie, l’auteur nous propose d’utiliser de manière curative des capacités d’attachement de certains animaux envers les enfants insécures, les enfants timides, ceux qui sont en échec scolaire, les enfants psychotiques autistes ou handicapés mentaux.
Ce livre apporte beaucoup à la compréhension des liens entre l’homme et l’animal, et nous informe sur son évolution cours des siècles. Il insiste sur les capacités de certaines espèces à susciter des relations d’attachement solide et curatif avec les enfants. Toutefois, on regrettera la présentation parfois un peu ardue pour le lecteur. Les phrases sont souvent longues. Les éléments importants, quelquefois soulignés par une écriture en italique, ne permettent que rarement au lecteur de faire la synthèse de la démonstration qui précède. Malgré cette présentation éditoriale, on suit l’importance de la présence d’un animal au sein de la famille, les applications aussi pour les parents et pour la thérapie. On peut ainsi être guidé dans le choix d’un animal pour un enfant. Le lecteur découvre les liens d’attachement, si importants dans le développement de l’enfant, qui peuvent se créer tant avec la figure attachement qu’avec un animal, et peuvent ainsi être substitutifs et curatifs lorsque cette figure est insécure.
Dr Gisèle George
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