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2005/1 (Vol. 17)


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La méthode d’observation d’un bébé dans sa famille, inaugurée par Esther Bick il y a une cinquantaine d’années, a connu un succès croissant et des développements et extensions dans de multiples directions. Le but de cet article est de proposer au praticien, soucieux de se former ou de s’informer, quelques lignes directrices et points de repères lui permettant de situer ce courant de pensée dans sa spécificité et son originalité, d’en préciser les origines et champs de référence, ainsi que les axes méthodologiques fondamentaux permettant de distinguer différents niveaux de congruence dans les applications actuelles.

  • J’envisagerai dans un premier temps, à partir d’une brève présentation biographique d’Esther Bick, la filiation de cette méthode avec la psychanalyse et les directions prises par la formation à l’observation de bébé.

  • Je présenterai dans un deuxième temps les étapes essentielles de la méthode, et les principaux points théoriques qu’elle a permis de conceptualiser ou d’approfondir ainsi que les critiques dont elle a fait l’objet.

  • Enfin je proposerai l’ébauche d’une méthode de classification des applications en dégageant quelques critères qui semblent pertinents pour les différencier.

  • On trouvera en référence les possibilités de formation, ainsi que les principales références bibliographiques.

Ce travail va concerner essentiellement le champ de la formation et des applications dans les pays francophones. Un questionnaire international est en cours d’étude et devrait permettre d’étendre cette recherche à tous les pays où s’est développée une pratique de l’observation de bébé.

Esther Bick

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Esther Bick (Estera Lifsa Wander) est née dans une petite ville de Pologne, Przemysl, le 4 juillet 1902, dans une famille modeste juive orthodoxe. Lors du VIe Congrès sur l’observation de bébé organisé à Cracovie en Août 2002, le Dr Andrzej Gardziel, lui-même originaire de cette ville, a pu présenter d’émouvants documents d’archives retrouvés. Elle fait des études de psychologie à Vienne, et obtient son doctorat en 1936 sous la direction de Charlotte Bühler qui l’initie à une observation scientifique et quantifiée (elle se promit « de faire plus tard de l’observation d’une toute autre manière ») (Haag, 2002). Elle quitte l’Autriche en 38 et s’installe en Angleterre. Elle fait une première analyse avec Michael Balint. Elle commence sa formation à la thérapie d’enfant en 46 et devient membre de l’équipe de la Tavistok Clinic. Elle entreprend alors une analyse avec Mélanie Klein dont elle avait suivi l’enseignement à l’Institut de Psychanalyse de la British Psycho-analytical Society à Londres.

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A la demande de John Bowlby, elle prend en 1948 la direction du cursus de psychothérapie d’enfant à la Tavistock Clinic, qu’elle conservera jusqu’en 1960 : dans ce cadre elle propose une observation d’un bébé dans sa famille dans le cursus de formation des thérapeutes d’enfant. Elle devient membre de la British Psycho-analytical Society en 53 et introduira la formation à l’observation de bébé dans le cursus de tous les candidats analystes. A la mort de Mélanie Klein en 1960, elle devient le porte-parole de l’école kleinienne.

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A sa mort le 21 juillet 1983, elle laisse une œuvre théorique de premier plan… et seulement 5 articles ! Son enseignement nous est connu par ses élèves directs qui ont introduit ses idées dans de nombreux pays (Perez-Sanchez, 1986 ; Haag, 2002).

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Le succès de ces idées est manifesté par la tenue régulière depuis 1991 de Congrès internationaux sur l’observation de bébé, dont les actes ont souvent fait l’objet d’une publication (1991, Bruxelles ; 1994 Toulouse ; 1996 Barcelone ; 1998 Lisbonne ; 2000 Rio ; 2002 Cracovie ; 2004 Florence).

Filiations

Dans l’histoire de la psychanalyse

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Lorsqu’on parle d’observation de bébé dans l’approche d’Esther Bick, on se situe clairement dans une filiation psychanalytique. Si on s’autorise des approximations, on peut suivre l’évolution des concepts théoriques en psychanalyse de façon « panoramique » :

  • La « découverte » par S. Freud au début du siècle du rôle de la sexualité infantile dans la genèse des névroses, a permis sa conceptualisation du complexe d’Œdipe, point nodal dans la construction de la personnalité et de ses aménagements névrotico-normaux. Même si le point de vue génétique inclut des âges précoces dans les stades oral et anal, on peut dire que l’apport central concerne ce qui se joue entre 3 et 6 ans.

  • Dans les années quarante, le développement de l’analyse d’enfant (particulièrement stimulé sur le plan théorique par les controverses avec l’école d’Anna Freud) va amener Mélanie Klein à conceptualiser des précurseurs du conflit œdipien, la notion d’un Surmoi précoce… Sa description des positions schizo-paranoïde et dépressive, permet de comprendre les débuts des modes d’organisation de la vie psychique. Le terme de « position » indique un mode pouvant être retrouvé tout au long de la vie, toutefois, la période de développement correspondant à ces processus se situe à partir de l’âge de 3 mois, jusqu’à à peu près 6/8 mois.

  • Esther Bick apporte des éclaircissements et des hypothèses sur les premières constructions de l’appareil psychique : elle propose un éclairage théorique sur la mise en place de moyens de défense et de survie psychique face aux premiers vécus d’angoisse : nous nous situons dès la naissance et même un peu avant.

On peut dire que le développement de la psychanalyse s’est fait en remontant le temps et en reculant les limites pensables du début de la vie psychique.

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Avec les propositions d’Esther Bick, nous nous trouvons confrontés à des hypothèses sur la vie psychique prénatale, qu’il est particulièrement intéressant d’associer à celles formulées par Bion (bien que contemporains, et tous deux analysants de Mélanie Klein, ils semblent n’avoir pas eux-mêmes fait ces liens (Haag, 2002).

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Freud, à partir du travail analytique avec des adultes, incitait ses élèves (dont le père du célèbre Petit Hans), à observer des enfants ; on peut même considérer qu’avec l’observation bien connue du jeu à la bobine de son petit-fils de 18 mois, il fonde l’observation de bébé comme une façon d’apprendre de l’expérience, d’où découleront les hypothèses interprétatives. « Nous parvenons à de telles hypothèses spéculatives en nous efforçant de décrire les faits de l’observation quotidienne dans notre domaine et d’en rendre compte ».

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Mélanie Klein, à partir de sa pratique avec des jeunes enfants, incitait à observer des bébés, avec la même attitude de base : partant du constat que « la vie psychique des très jeunes enfants est encore un mystère pour la plupart des adultes », elle insiste sur la nécessité d’aiguiser « notre faculté d’observation ».

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C’est ce même état d’esprit que nous allons retrouver dans l’approche d’Esther Bick : il va s’agir également de se référer aux données de base de l’observation, de se dégager des a priori, c’est-à-dire d’« apprendre de l’expérience » (on reconnaît ici le titre de l’ouvrage de W. Bion Learning from experience, traduit malencontreusement, selon moi, par « Aux sources de l’expérience », formulation plus poétique, mais faisant perdre la référence essentielle à l’expérience vécue comme fondement de l’apprentissage).

Des formateurs

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Il serait sûrement instructif d’étudier le développement des idées en fonction de ces filiations : établir un arbre généalogique ferait ainsi apparaître des « branches de l’évolution » et permettrait de les référer aux modifications des pratiques et aux infléchissements et développements théoriques. Je vais me contenter plus modestement de présenter quelques jalons permettant de se repérer, essentiellement dans les développements en France.

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Après Esther Bick, Martha Harris a repris de 1960 à 1979 le cours sur l’observation à la Tavistock et l’a largement ouvert et popularisé. Gianna Williams a pris la suite de Martha Harris de 1979 à 2000 et développé de nombreux cours sur le modèle Tavistok sur un plan international. Actuellement il est assuré par Jonathan Bradley. La Tavistock Clinic organise tous les 4 ans des Conférences réservées aux formateurs internationaux. De cette « branche », qu’on pourrait dire « directe institutionnelle », ont essaimé des Cours d’observation sur le « modèle-Tavistock » où la formation à l’observation est intégrée dans un cursus global de formation de thérapeute d’enfant : en France en est issu, en 1990 à Lorient, le cours d’observation de l’« Association pour l’Etude du Développement et de la Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent ». Une antenne de ce cours a été mise en place depuis peu par A. Ciccone et O. Gaveriaux à Lyon.

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A Lyon, Annick Comby avait introduit l’observation de bébé dès 1977, suite à sa double formation auprès d’Esther Bick à la Tavistock et à la Société Britannique. M. Deplagne, Psychiatre-Psychanalyste (S.P.P.) se situe dans cette filiation et assure en privé un séminaire de formation.

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Parallèlement au développement de l’Infant Observation à la Tavistock, Esther Bick a continué à former des élèves à la Société Britannique de Psychanalyse et en privé.

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Le développement important en France de la méthode est dû à l’enthousiasme et à la volonté d’un petit nombre de pionniers de cette « branche directe privée », formés par Esther Bick, qui apparaissent ainsi en place de 2e génération. A partir de 1977 Geneviève et Michel Haag, Cléopatre Athanassiou et Anick Maufras du Chatelier effectuent chacun une observation de bébé supervisée par Esther Bick. L’enregistrement de ces supervisions, rapporté par Michel Haag, constitue un témoignage direct et très émouvant du style personnel de l’enseignement d’Esther Bick, irremplaçable pour ceux qui n’ont pas eu la chance de la connaître (Haag, 2002).

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Une troisième génération d’élèves, dont certains deviendront formateurs à leur tour, va ainsi émerger de formations la plupart du temps privées, entrecroisées pendant quelques années avec un séminaire animé à Paris par Hélène Dubinsky (analyste senior à la Tavistock). Avec la ténacité d’un engagement militant, Anick Maufras a ainsi supervisé, pendant des années, des observations en province (Brest, Marseille, Caen, Bordeaux, etc.). Michel et Geneviève Haag ont fait de même à Toulouse.

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Actuellement, certaines formations sont organisées en lien avec des institutions facilitant la prise en charge financière :

  • Dans un dispositif de formation : Didier Houzel organise une formation sur deux ans dans le cadre d’un Diplôme Universitaire à Caen. Maguy Monmayrant et Marie-Blanche Lacroix, à Toulouse dans le cadre de l’Association de Formation et de Recherche pour la Santé Mentale Infanto Juvénile.

  • A partir, ou à l’intérieur, de services de pédo-psychiatrie : Françoise Jardin au centre Alfred Binet ; Cléopatre Athanassiou, puis Denise Huon à l’Institut de Puériculture ; Ann Levy et Régine Prat en Intersecteur de Psychiatrie-InfantoJuvénile ; Pierre Delion à Angers puis plus récemment à Lille, Michel Amar à Nantes, Maria Squillante à Brest ; Maguy Monmayrant et Françoise Jardin à Avignon.

Même si nous sommes loin en France d’une formation à l’observation de bébé intégrée dans le cursus officiel des sociétés psychanalytiques, néanmoins un certain nombre de croisements institutionnels peuvent œuvrer dans cette perspective. Une sensibilisation des psychanalystes et thérapeutes en formation à la méthode par leur participation à un séminaire de supervision d’observation de bébé permettra peut-être dans l’avenir à de nombreux collègues d’apprécier la richesse de cette approche.

  • Les séminaires de formation de Jacqueline Tricaud et Marie-Christine Choppy ainsi que celui de Régine Prat sont annoncés dans le programme des activités scientifiques et d’enseignement de l’Institut de Psychanalyse de la Société Psychanalytique de Paris.

  • Un séminaire d’observation de bébé animé par Cléo Athanassiou d’abord, puis par Françoise Jardin a fait partie dès le début du cursus de l’Association pour la Formation à la Psychothérapie Psychanalytique de l’Enfant et de l’Adolescent (AFPPEA).

  • Denise Huon propose une formation depuis peu dans le cadre du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale à Grenoble.

  • Le Groupe d’Etudes et de Recherches Psychanalytiques pour le Développement de l’Enfant et du Nourrisson (GERPEN) organise 2 ou 3 week-ends de travail par an, réservés à des psychanalystes ou thérapeutes en formation, au cours desquels un matériel de thérapie d’enfant ou d’adolescent est présenté à un analyste éminent invité. Jusqu’à sa mort en 1986, Martha Harris était co-invitée avec D. Meltzer, et un matériel d’observation de bébé lui était régulièrement présenté. Actuellement, le Gerpen organise ponctuellement des Week-ends ouverts centrés sur l’observation selon Esther Bick et ses applications.

  • Le Copes propose régulièrement dans le cadre de ses stages de formation une sensibilisation à l’observation de bébé selon Esther Bick.

  • C’est également le cas des Diplômes Universitaires de psychopathologie du nourrisson du Pr Philippe Mazet à la Salpêtrière, ainsi que celui du Pr Marie-Rose Moro à Bobigny, qui intègrent à leur programme des conférences de sensibilisation.

  • L’Université Lumière Lyon 2 (D. Mellier), dans le cadre de la Formation continue de l’Institut de Psychologie, propose une approche de l’observation et de ses applications en crèche.

  • Bernard Golse, propose la participation à un séminaire de supervision dans le cadre des études de médecine pour des étudiants en 2e année (Golse, 2004).

Beaucoup de formations sont organisées de manière privée. Depuis 1995, des formateurs, regroupés en Association Francophone des Formateurs à l’Observation de Bébé selon Esther Bick (AFFOBEB), se réunissent pour 3 journées de travail par an avec les collègues ayant introduit l’observation de bébé en Belgique (Annette Watillon ; Rosella Sandri).

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Le développement de l’enseignement et de la formation à cette méthode se fait ainsi dans un processus de transmission et filiation où l’engagement personnel est très important, reflété par l’engagement dans le temps : en effet, la supervision d’une observation complète se déroulera sur une durée de 2 et 3 ans et il est recommandé aux futurs observateurs d’avoir suivi, au moins partiellement, une observation en tant qu’auditeur avant d’occuper eux-mêmes cette place.

La méthode

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Elle est définie par Esther Bick dans son article de 1963, écrit après une pratique de 15 ans de la méthode. L’ensemble de sa pensée et de sa méthode est posé dans une remarquable cohérence dans cet article comportant des ouvertures que nous explorons encore aujourd’hui.

Quel est son but ?

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Le but premier de cette observation est un but de formation (et non pas un but de recherche scientifique ou une thérapeutique) : « Le véritable but de l’observation d’un bébé tel que j’ai été amenée à le voir en travaillant est avant tout de vraiment apprendre à observer » (Haag, 2002, p. 279).

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L’idée de base d’Esther Bick a été que l’observation directe d’un bébé dans sa famille serait fondamentale pour la formation des psychanalystes : « L’étudiant apprend à regarder et à ressentir avant de se lancer dans des théories » (Bick, 1963).

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…Vous partez avec : « je ne sais pas, je veux voir » et afin de savoir, vous avez à voir chaque petite chose, – se répète-t-elle, ne se répète-t-elle pas… Autrement, ce ne sont que des clichés. Qui sont un très grand danger en psychanalyse, de ne faire que répéter des clichés. »

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« Quand face à l’anxiété d’un patient vous en employez au lieu de simplement admettre « je ne sais pas, nous verrons » et de ne pas garder cela comme un secret, mais d’en faire part au patient : « nous ne le savons pas encore, il faut que nous voyions » comme ça, vous n’accroissez pas la croyance du patient en votre omnipotence, comme un enfant peut le croire de sa mère »

(Haag, 2002).
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A partir de cet objectif premier, l’utilité de cette formation s’est élargie à beaucoup de catégories professionnelles. Le but est d’apprendre à voir, d’observer pour apprendre à agrandir son champ de vision, pour apprendre à ouvrir les yeux.

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Nous avons tous à gagner à cet apprentissage, car on sait bien qu’on a une tendance « naturelle » à ne voir que ce qu’on s’attend à voir, c’est-à-dire à retrouver ce qu’on pense a priori, à ne retenir que ce qu’on connaît déjà… et à effacer de son esprit ce qui est nouveau.

Quel est son objet ?

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Nous n’allons pas observer, comme certaines critiques de l’observation ont pu le laisser entendre, la vie psychique, ou les pulsions à leur origine, voire la construction de l’inconscient : nous allons observer, très finement, dans leur détail, des mouvements du bébé, des mimiques, des manifestations corporelles, des comportements. De même, nous n’allons pas observer des relations, des sentiments, l’amour maternel se donnant à voir dans son essence même : nous allons voir des mimiques, des mouvements, des comportements en direction de l’autre.

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Lorsque, rapportant des phénomènes que nous avons observés, nous décrivons un bébé joyeux, ou triste, ou lorsque nous disons que la relation entre le bébé et sa mère est chaleureuse, confiante… etc., nous ne nous rendons souvent pas compte que nous faisons déjà une interprétation, nous donnons déjà un sens aux données de base de notre observation.

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« …il est difficile d’« observer », c’est-à-dire de recueillir des faits libres de toute interprétation. Dès lors que ces faits sont traduits en mots, nous remarquons que chacun d’entre eux est chargé d’un sens sous-jacent »

(Bick, 1963).
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L’observation, c’est revenir aux données de base, sans interprétation.

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Avant que la mode ne soit de parler d’interactions, Esther Bick parle de l’observation de toute la famille : « c’est l’observation en vérité d’une famille où un enfant est né, non pas l’observation juste d’un bébé, tout simplement parce que ce n’est pas possible : vous avez toute la famille à observer » (Haag, 2002).

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La situation d’observation du bébé dans les conditions banales de sa vie dans sa famille constitue en soi un aspect extrêmement original de cette méthode et un apport formateur fondamental : à ma connaissance tous les professionnels de santé sont la plupart du temps formés à la connaissance de la pathologie, et à la connaissance de l’enfant en collectivité. Il en résulte un biais et une déformation systématiques de tous les professionnels confondus : l’expérience de l’enfance banale, dans une famille, fait partie de l’expérience privée de chacun… ou non… Ce n’est jamais une référence ou une expérience professionnelle car les stages ont lieu en crèche, pouponnière ou hôpital… Cela ne fait donc jamais l’objet d’un travail, d’une confrontation à l’expérience des autres, d’une réflexion insérée dans une méthodologie… c’est-à-dire d’un enseignement.

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C’est paradoxal, car le champ d’intervention de ces mêmes professionnels sera souvent en lien avec la famille.

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Se référer aux données de base de l’observation en famille va avoir un sens très fort d’ancrage des connaissances à partir de cette référence de la vie de tout enfant dans sa famille.

Une méthode en plusieurs temps

Recherche du bébé

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L’observateur formule sa demande à une ou des personnes de son choix dont l’une pourra être l’intermédiaire, et le mettre en contact avec des futures mamans susceptibles d’accepter l’observation. La demande est formulée de façon très simple pour être aussi près que possible de l’essentiel : l’observateur a besoin pour lui, pour compléter sa formation de voir un bébé se développer dans sa famille, depuis sa naissance jusqu’à environ 2 ans.

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Pourquoi avoir recours à un intermédiaire ?

  • Certaines raisons tiennent à l’intérêt de l’observateur. Cela permet de préciser un certain nombre de critères concernant le choix de la famille : dans le cadre d’une observation de formation, nous allons chercher une famille « aussi simple que possible », pour que l’observateur ne soit pas confronté à des difficultés supplémentaires, une famille banale, où on ne trouve pas, a priori, de pathologie.

  • D’autres raisons sont liées à la famille. Une famille vivant des difficultés particulières sera amenée à une demande importante à l’égard de l’observateur, que celui-ci ne pourra satisfaire dans le cadre de cette méthode. Nous essayons d’éviter une situation où le transfert sur l’observateur serait trop massif, ou une situation ou une intervention thérapeutique serait nécessaire.

Il n’y a pas de critères sociaux, ethniques, ou de composition de la famille. Celle-ci peut ne pas avoir d’enfants, ou être une famille nombreuse, mais Esther Bick recommandait un écart suffisant entre l’enfant précédent et le bébé pour ne pas exacerber la jalousie normale de tout aîné.

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Le recours à un intermédiaire est une protection, sur le plan technique pour l’observateur et pour la famille. Sur le plan éthique, où le respect des personnes est fondateur de l’esprit de la méthode, cela permet à la famille de refuser plus facilement la demande qui lui est faite, dans la mesure où elle est formulée par un intermédiaire qui n’est pas le demandeur.

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Certains formateurs, dont moi-même, insistent particulièrement sur l’accompagnement des recherches de l’observateur par le groupe et le superviseur. Ainsi la rencontre avec les intermédiaires possibles fait déjà l’objet d’un compte-rendu et d’une réunion du groupe de travail. Cela permet à chacun de s’impliquer activement en se « mettant à la place » de l’observateur et à celui-ci d’entamer un travail psychique lui permettant d’occuper cette place singulière d’observateur.

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Le temps d’attente du bébé considéré comme une « gestation psychique » serait ainsi un véritable premier temps de la méthode.

La séance d’observation : voir

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L’observateur rencontre la famille et la future maman dans les derniers temps de la grossesse pour ne pas créer une attente trop importante qui pourrait laisser ensuite un sentiment de vide.

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A partir de la naissance, les séances d’observation auront lieu une fois par semaine, au domicile (parfois, si la maman est d’accord, la première visite peut avoir lieu à la maternité). Elles durent environ une heure, et l’observateur ne prend aucune note pendant la séance (il s’agit d’apprendre à ouvrir les yeux, si on note, on voit ce qu’on écrit et pas le bébé).

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Esther Bick donnait 2 consignes de base pour l’observateur :

  • « Ce qui est fondamental à enseigner, ce qu’est l’observation, c’est de ne sauter à aucune conclusion, mais de venir avec une tabula rasa : vous ne savez pas, voilà tout. Parce que j’en suis venue à la conclusion que sans cette attitude : « je ne sais pas, je verrai d’après les preuves », aucun travail avec personne, quelle que soit sa capacité, n’est vraiment fructueux. Si vous venez avec vos concepts fixés (l’objet interne sein, ou avec quoi que ce soit de tout prêt, alors tout simplement vous ne regardez pas les choses, vous ne les voyez pas. ».

    (Haag, p. 198)
  • « La règle n° 2 pour l’observateur est d’être seulement là en receveur, de se laisser simplement emplir, déverser en soi, ne jamais demander un changement quel qu’il soit, ni quoi que ce soit, ne pas interférer, car si vous changez la situation, vous n’observez plus la situation telle qu’elle est. ».

    (Haag, 2002, p. 201)

Ces règles, tabula rasa, non-interférence, définissent un état d’esprit de la méthode, une philosophie de cette méthode basée sur un respect profond de l’autre, et son corollaire, une extrême modestie personnelle : cela va permettre, quelle que soit sa formation antérieure, de voir ce que l’on ne connaît pas.

Le compte-rendu : se souvenir

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A la suite de la séance, de préférence tout de suite après, l’observateur rédige un compte-rendu de tout ce dont il peut se souvenir, sans faire de tri entre ce qu’il suppose présenter un intérêt ou non, sans chercher à y attribuer un sens a priori.

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L’observateur va ainsi refaire mentalement le film de la séance en notant tous les petits détails du comportement du bébé dans leur succession, les mimiques, les mouvements de main, les changements de position, les échanges avec la maman, ou les autres personnes présentes. Il va également noter tous les éléments de l’environnement, du décor, et leur changement, les paroles des protagonistes, etc.

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Enfin, la séance d’observation, avec son obligation de réserve et la position de retrait par rapport au faire et au dire, est une occasion unique de prendre conscience de la diversité, et souvent de l’intensité des sentiments éprouvés par l’observateur. Les considérer comme une part importante du matériel et les intégrer au compte-rendu permettra ensuite éventuellement de formuler des hypothèses sur l’impact émotionnel de la situation observée sur le fonctionnement psychique de l’observateur.

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Ainsi, dans une séance d’observation j’avais éprouvé une soif torturante, une frustration et un sentiment d’abandon transformés en colère et projetés sur la grand-mère du bébé présente ce jour-là. Plus tard ces sentiments ont pu apparaître en lien avec le sevrage du bébé. A partir de cette expérience, j’ai développé l’idée d’un lien primitif d’échange basique infraverbal entre personnes qui constituerait, en fonctionnant en continu, le premier moteur de la communication (Prat, 1989).

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Dans l’observation selon Esther Bick, l’instrument d’enregistrement spécifique est la subjectivité de l’observateur.

Le séminaire de supervision : élaboration

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Les comptes-rendus sont tous lus par l’observateur dans leur intégralité et discutés par un analyste superviseur qui a lui-même été formé à cette méthode (cela paraît une évidence mais l’expérience prouve qu’il vaut mieux le préciser). Cela constitue une occasion unique pour l’observateur de travailler et de développer sa capacité de continuité dans le processus d’attention : en effet les « trous » d’attention sont immédiatement repérés et interrogés. Cela constitue une grande différence avec les pratiques de résumé ou de « vignettes cliniques », courantes dans nos modes de travail de supervision ou d’exposé clinique. (Il semble que cela soit également une différence entre le type de travail de la Tavistock et les développements qui ont été faits en particulier par les formateurs francophones de l’AFFOBEB).

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Différentes situations peuvent se présenter : soit une supervision dans un séminaire qui réunit un ou deux observateurs présentant leur matériel et des participants-auditeurs, soit un groupe constitué exclusivement d’observateurs.. Dans tous les cas il s’agit de petits groupes. Nous allons travailler au cœur de l’intime de la relation entre un bébé et sa famille et le groupe doit respecter cette intimité et être lui aussi intime.

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Les groupes peuvent se réunir toutes les semaines, ou toutes les deux semaines, ou tous les mois quand il s’agit de supervision en province par un formateur parisien.

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Les critères de constitution des groupes peuvent être divers : certains groupes sont réservés à des thérapeutes en formation, d’autres à des professionnels de la petite enfance ayant une expérience analytique personnelle, d’autres ne prennent pas le critère de l’analyse en considération pour les auditeurs mais le retiennent pour les observateurs.

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C’est à ce stade que l’observation peut comporter un aspect « psychanalytique », à la fois dans son contenu et dans son mode de travail. En effet, si le contenu manifeste est représenté par les données brutes de l’observation rapportées dans le compte-rendu, le groupe va formuler des hypothèses sur le contenu latent et les mouvements psychiques sous-jacents à ce qui est observé, et repérer des liens entre les différents aspects du matériel. Chaque participant a pour la séance de travail un exemplaire photocopié du compte-rendu, et le travail de pensée se fait par les associations que peut faire chacun entre ce qu’il entend du matériel et les données de sa propre expérience, professionnelle ou privée, (d’où l’intérêt des groupes mixtes, pluridisciplinaires), dans un aller-retour permanent avec le détail du matériel des comptes-rendus. On repère avec beaucoup d’attention tout ce qui concerne la place de l‘observateur, les éléments de son vécu, qu’on dirait dans un cadre psychanalytique « contre-transférentiel, » et les éléments projetés sur lui, qu’on dirait en psychanalyse « transférentiels ».

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Chaque séance fait l’objet d’un compte-rendu qui sera lu en début de la séance suivante. Cela rétablit une continuité dans la lecture du matériel et permet un travail extrêmement rigoureux, où l’occasion d’un 2e temps de pensée peut être prise en compte.

Méthodologie et étapes optionnelles

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Ce passage du « temps de voir au temps de penser » (Prat, 1995), du voir au savoir, est un moment de créativité groupale souvent très intense. Chaque membre du groupe est engagé dans ce processus. Mais il est important de préciser que ce qu’on considère comme formation à l’observation est le fait d’avoir été soi-même un observateur dans cette méthode. La position d’auditeur permet une approche et un trajet personnel, et constitue une sensibilisation, ainsi qu’une préparation recommandée à la position d’observateur.

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Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que la méthode d’observation d’un bébé dans sa famille selon Esther Bick n’existe que dans le respect des trois étapes indispensables et indissociables : séance d’observation, rédaction de compte-rendu et séminaire de supervision.

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Une réelle méthode de travail originale et spécifique peut être ainsi dégagée, qu’on pourrait dire « méthodologie de l’élaboration d’une pensée, d’un sens à partir de ce qui peut être vu ou entendu ». Il s’agit d’apprendre à voir, apprendre à se souvenir, apprendre à construire une pensée.

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Le travail entre formateurs, que nous avons entrepris dans les réunions de l’AFFOBEB ainsi que dans les rencontres internationales lors des Congrès, apparaît, dans cette perspective, un temps très utile dans la constitution et le développement d’une pensée créative. Une réunion de travail sur le mode de séminaire technique est particulièrement féconde pour continuer ce développement des capacités de pensée à partir de l’échange avec d’autres. Cela constitue un garde-fou contre les pièges narcissiques et les effets de pensée sectaire résultant de l’isolement : ainsi le travail en commun sur une présentation de matériel d’observation évite à chacun de s’enfermer dans ses évidences, pour au contraire les confronter à celles des autres formateurs. Nous avons pu mesurer les effets bénéfiques de cette dialectique sur chacun d’entre nous à travers la modification de nos pratiques et l’enrichissement de notre réflexion théorique.

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Il me semble justifié de l’inclure dans la méthodologie comme 4e temps, (ou 5e si on a considéré la recherche de la famille comme le premier temps).

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Il y aurait donc trois étapes obligatoires et deux « optionnelles ».

Apports théoriques

La fonction de la peau

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Esther Bick a formulé des hypothèses sur le tout début de la vie psychique. Le monde sensoriel du bébé ne commence pas à la naissance, mais existe déjà dans la vie utérine. (Ces intuitions des psychanalystes ont été confirmées par les travaux de recherche des vingt dernières années) La naissance alors va être vécue, dans la terminologie de Bion, comme un changement catastrophique c’est-à-dire un bouleversement total et soudain de toutes les données antérieurement vécues, une rupture de la continuité d’exister. (Bion reprend la formulation freudienne de « césure de la naissance », indiquant ainsi que la coupure n’est pas totale).

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Le bébé va vivre cette sensation de perte de contenant à laquelle participe la découverte de la pesanteur, comme une sensation de chute et d’éclatement, ou plus précisément d’écoulement par perte des limites contenantes : il s’agirait là des angoisses les plus primitives.

61

Le bébé va devoir impérativement trouver dans l’environnement un objet contenant optimal « qui apaise ses angoisses de chute et lui permette de rétablir la continuité avec les éléments du vécu anténatal et qui lui permette l’intériorisation d’une peau qui maintiendrait liées ensemble les différentes parties de sa personnalité. »

62

Cet objet contenant optimal sera, nous dit Esther Bick, « le mamelon dans la bouche tout ensemble avec la tenue, le parler et l’odeur familière de la mère… »

63

La fonction contenante a été décrite par Esther Bick comme une fonction de la peau dans son article de 1967. Quelques années plus tard dans un article sur un thème très proche Didier Anzieu va donner un grand développement à ce concept original sous le terme de « moi-peau » (Anzieu, 1974).

Les agrippements

64

Faute de trouver un objet contenant optimal dans la relation avec la mère, le bébé va rechercher frénétiquement « un objet, une lumière, une voix, une odeur ou tout autre objet sensoriel, qui puisse tenir l’attention, et, par là être vécu momentanément au moins comme tenant ces parties de la personnalité ensemble » (Bick, 1967).

65

Elle va décrire comme des agrippements la première organisation défensive mise en place pour lutter contre les angoisses primitives. « C’est combattre pour survivre, et le seul moyen pour survivre à ce premier niveau est de coller, d’adhérer, c’est par là que vous acquerrez une identité. » C’est une « identité adhésive » parce qu’il n’y a pas de second objet, il y a seulement quelque chose à quoi vous vous agrippez, à quoi vous collez… et quand vous ne pouvez pas, vous tombez en morceaux… Un tel bébé doit trouver où coller, il est très dépendant de sa tenue à des choses » (Haag, 2002).

66

L’observation attentive de toutes les modalités d’agrippement va permettre une compréhension des phénomènes défensifs les plus archaïques :

  • Fondant une clinique psychanalytique des troubles fonctionnels du nourrisson (troubles du sommeil, du tonus, problèmes de peau, vomissements, etc.).

  • Permettant d’énormes avancées sur la construction du moi-corps, (tout juste évoquée par Freud) en particulier le repérage des identifications intracorporelles décrites par Geneviève Haag (Haag, 1985), inaugurées par E. Bick lorsqu’elle écrit : « faire s’interpénétrer ses doigts, enfoncer les uns dans l’espace laissé entre les autres serait une sorte de modalité projective qui débouchera sur l’identification » (Bick, 1964).

  • Introduisant un angle de vue déterminant pour comprendre les pathologies de la constitution même du psychisme, en particulier l’autisme, ainsi qu’une compréhension des noyaux autistiques enclavés dans un fonctionnement psychique névrotique et les aspects de la personnalité qui ont gardé un fonctionnement primitif que Rosella Sandri (Sandri, 2001) appelle des « embryons psychiques congelés ».

La fonction contenante

67

J’ai dit plus haut que l’attitude de base est un très grand respect de l’autre : la première précaution est donc de ne pas nuire à la famille ou au bébé. Au fur et à mesure de l’enrichissement des expériences, on s’est aperçu que cela a, bien au contraire, un aspect bénéfique sur les familles (Watillon, 1994).

68

L’attitude de non-interférence permet à l’observateur de jouer un rôle de miroir de la pensée de la mère. En n’interférant pas, il soutient la réflexion de la mère et ne lui substitue pas la sienne. Paradoxalement, c’est le fait de ne pas interférer qui constitue un soutien et un contenant pour le développement de la parentalité et c’est paradoxalement en apprenant à s’abstenir que l’observateur permet la mise en place d’un cadre véritablement contenant.

69

D. Houzel a proposé le concept « d’attention inconsciente, sorte de réceptivité passive qui laisse les messages latents de l’analysant se rassembler et s’organiser peu à peu au sein du psychisme de l’analyste », dans un prolongement bionien de la notion d’attention (Houzel, 2002).

70

C’est bien de cette sorte d’attention que fait preuve l’observateur. Il peut ainsi voir et recevoir, sans agir ni réagir, les aspects les plus inconscients à l’œuvre chez le bébé et dans la famille.

Les critiques

71

Si cette méthode a connu un grand succès depuis quelques années, elle a aussi fait l’objet de critiques violentes et été au centre d’un débat d’allure souvent passionnelle dont les enjeux réels ont parfois pu paraître obscurs.

72

Elles sont souvent surprenantes car elles peuvent émaner de directions radicalement opposées. Comme on l’a vu, l’observation de bébé selon Esther Bick se situe dans un contexte historique et une référence théorique et clinique à la psychanalyse ; il est logique qu’elle subisse les mêmes critiques que l’ensemble de la psychanalyse émanant de personnes et courants de pensée ne reconnaissant pas l’existence d’un inconscient sous-tendant les activités psychiques et les comportements. Je laisserai ces critiques de côté.

73

Les critiques émanant de l’intérieur du champ psychanalytique sont plus troublantes (je renvoie à la très complète revue critique des publications sur ce thème effectuée dans sa thèse de doctorat par Philippe Chaussecourte (Chaussecourte, 2003).

74

Elles concernent des points très contrastés que l’on peut rassembler autour de deux axes :

  1. La prétention à l’objectivité est un leurre, pour des raisons tenant d’une part à la méthode, car l’intrusion d’un observateur modifie les données observables, et d’autre part à l’objet de l’observation, car on ne peut observer l’inconscient à l’état brut. Observer le comportement ne permet pas de déduire sa signification (Cramer, 1979). L’observation objective est obligatoirement réductrice par rapport à la complexité des phénomènes psychiques et serait ainsi anti-créative, anti-imagination (Green, 1992).

  2. La critique diamétralement opposée est d’être trop subjective : la situation observée sert de support aux projections personnelles ou aux présupposés théoriques de l’observateur, voire d’exutoire à sa pathologie, résistante aux éventuels traitements, et persistant comme « tache aveugle » (Guignard, 1996). Le bébé devient une « auberge espagnole » et la caution psychanalytique donnée à l’observation risque de dénaturer la psychanalyse (Green, 1992).

Entre trop d’objectivité et trop de subjectivité, où se situe l’observation selon Esther Bick ? On ne peut s’empêcher de penser que ces critiques sont les mêmes que celles dont avait fait l’objet la psychanalyse dans son ensemble d’abord, puis ensuite la psychanalyse d’enfant, et enfin l’abord psychanalytique des pathologies graves telles l’autisme ou les psychoses sévères : s’agit-il d’une identification à l’agresseur qui permettrait à un groupe, ou courant de pensée, de légitimer son existence et de maintenir une cohésion groupale par un mouvement d’exclusion d’un sous-groupe ? Les critiques concernent « l’observation », « les techniques d’observation directe », « les observations expérimentales », « les observations éthologiques », « l’observation des interactions » « l’observation psychanalytique »… Cet amalgame indémêlable, entre des approches qui n’ont en commun que le terme généraliste d’observation, recouvrant des pratiques et des objectifs très différents voire parfois antagonistes, renforce le côté passionnel des débats.

75

Il est difficile d’isoler les aspects qui concerneraient spécifiquement l’observation selon Esther Bick dont on a vu qu’elle s’origine dans une filiation psychanalytique (exception faite pour l’article de Florence Guignard et sa discussion par Annette Watillon (Guignard, 1996 ; Watillon, 1999). Le souci et la nécessité de préciser cette filiation ont ainsi pu se traduire par la dénomination, à mon sens erronée, d’ « observation psychanalytique ». Si nous ne voulons pas nous situer dans un affrontement idéologique stérile, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une référence complète et d’une explicitation de la spécificité de cette méthode : son cadre de pensée mais également le cadre temporel de son déroulement, ainsi que ses objectifs. La lourdeur et la précision me semblent largement préférables au risque d’amalgame et de confusion. Préciser le cadre de référence de l’observation dont il est question (« selon la méthode d’Esther Bick ») est un préalable tout aussi indispensable que distinguer le « transfert » des psychanalystes, du transfert « de fond » des milieux d’affaire.

76

Cela suppose d’entrer dans la méthode de travail elle-même pour comprendre en quoi, de l’intérieur, elle peut être fortement liée à des aspects essentiels de la fonction psychanalytique.

77

On a ainsi pu suivre dans le développement de mon propos, le but essentiel de formation, et non de recherche, qui permet d’apprendre à observer et à revenir aux données de base, sans interprétation. Première base de l’ouverture d’esprit, indispensable à mon sens, qui distingue le psychanalyste du gourou. La tabula rasa et la non-interférence d’Esther Bick sont des aspects de l’attention flottante et de la neutralité bienveillante du psychanalyste, fondés sur une éthique du respect profond de l’individualité (Lechevalier, 1996). Le matériel non sélectif est constitué par tout ce dont l’observateur peut se souvenir, sans faire de tri, sans donner une hiérarchie d’importance (comme on l’a vu, il n’est nullement question d’« observer l’inconscient »). Les éprouvés émotionnels de l’observateur, durant la séance ou liés à la situation d’observation, font partie du matériel et constituent la richesse et également les risques de la méthode. De la même façon, lorsqu’un psychanalyste expose ou rédige un « matériel » de séance, il s’agit de l’entrecroisement :

  • de ses observations, c’est-à-dire ce qu’il a pu entendre, voir et percevoir (parce qu’il avait la capacité psychique à ce moment-là de voir ce qui lui était « donné » à voir) ;

  • et de ce qu’il a pensé et ressenti (qu’il l’ait communiqué au patient sous forme d’interprétation ou utilisé pour sa propre réflexion).

J’ai proposé le terme d’« observation subjective » (Prat, 2002) pour traduire ce croisement fondateur de la dynamique des processus de pensée, ainsi que d’une méthode de travail formulée plus haut comme « méthodologie de l’élaboration d’une pensée, d’un sens à partir de ce qui peut être vu ou entendu ». On retrouve les trois temps de la méthode psychanalytique que l’on peut mettre en rapport avec les trois temps de l’activité de pensée définis par S. Freud comme « attention, mémoire et jugement » (Houzel, 1989).

78

Pour le psychanalyste, elle représente un outil remarquable pour augmenter sa capacité contenante et développer le travail du contre-transfert : l’élaboration, dans le séminaire de supervision, de la résonance émotionnelle de la situation observée permet de dégager des hypothèses sur le sens latent, et met le contre-transfert en position d’outil de travail irremplaçable (Prat, 1989 ; 2004).

Les applications : propositions pour une classification

79

Le champ des applications est en plein développement et nécessite un travail de clarification à la fois des domaines et des niveaux d’application. En effet, l’approche de la pensée d’Esther Bick ainsi que l’expérience personnelle de l’observation de bébé constituent souvent des découvertes bouleversantes sur le plan personnel. Les retours sont extrêmement nombreux et féconds sur la sphère professionnelle de chacun. Peut-on pour autant considérer que ce retour constitue dès lors une application de l’observation selon Bick ? Je ne le pense pas.

80

Il y aurait même, sur un double plan clinique et éthique, des conséquences graves à le prétendre.

  • Sur un plan éthique : il faut être sûr que les principes de base et les axes essentiels sont les mêmes afin de ne pas détourner de son sens une méthode ou utiliser une théorisation comme caution d’une autre théorie ou d’une autre pratique.

  • Sur un plan théorico-clinique : il est essentiel de savoir dans quelle logique on se situe, et quelle est la cohérence interne du modèle auquel on se réfère.

    Inversement, toute façon d’observer ne se situe pas dans le cadre de la méthode d’Esther Bick.

Un travail de clarification et de classification est indispensable pour confronter les diverses expériences, faire des liens, des comparaisons, des associations. Aucune avancée sur le plan de la pensée ne pourrait résulter d’une « babélisation » de champs différents qui se trouveraient confondus, y compris dans les rencontres et confrontations internationales.

81

Je proposerai d’établir une distinction entre les pratiques qui peuvent être considérées comme applications de celles qui semblent s’inspirer de ce modèle et en constituent des extensions.

Application

82

« mettre une chose sur une autre de manière qu’elle la recouvre et y adhère »

(Petit Robert).
83

Dans les domaines qui nous occupent, l’application et le « recouvrement » ne peuvent être que partiels. Je propose de considérer comme application les expériences qui retiennent l’essentiel des critères fondamentaux de la méthode.

84

Ces critères doivent à mon sens se croiser avec la formation de base des praticiens eux-mêmes ; en effet il ne semble possible de penser application qu’à partir du moment où on est soi-même formé à la méthode. Ces renseignements sont rarement fournis par les auteurs, ce qui rend difficile de faire pour le moment un travail solide de classification à partir des sources bibliographiques.

85

Mon intention serait donc plutôt d’ouvrir une voie pour l’avenir.

86

Suivre cette proposition permettrait une classification des expériences sur un continuum, en fonction de leur nombre plus ou moins grand de « points d’application », et les degrés de modification de ces points.

87

Ainsi si nous retenons ceux que j’ai dégagés dans ma présentation de la méthode :

1. But : formation

2. Objet d’observation : bébé et/sa famille

3. Attitude de base : non-interférence

4. Méthodologie : séance/compte-rendu/supervision

5. Lieu : domicile

88

On peut représenter sur un graphique le degré de congruence de chacun des points par rapport au modèle de base en faisant apparaître visuellement : du blanc (absence de congruence, pas d’application sur ce point), au noir (congruence, application complète de ce point), en passant par le gris dont les degrés pourraient être affinés (application partielle).

89

Les points 2, 3, 4 occupent une position centrale sur le graphique et également dans leur importance pour la sauvegarde de l’esprit de la méthode. L’importance de la couverture couleur fait « sauter aux yeux » l’importance de la congruence.

90

Dans cet exemple graphique fictif, seul le but serait différent de la méthode de base.

1 - Les observations participantes à domicile dans un but thérapeutique

91

Le modèle de l’observation de bébé est adapté comme un aspect du dispositif global de soin dans la prise en charge d’enfants autistes, ou à risques autistiques, de situations de maltraitance, de familles à problèmes multiples, d’enfants de parents malades mentaux, etc.

92

Le but est ici thérapeutique ; l’observation va être participante et l’observateur aura « une attitude psychique un peu plus active, une tendance plus soutenue… à verbaliser certains affects » (Houzel, 1995). Les séances ont lieu au domicile, avec un thérapeute formé à l’observation ; les comptes-rendus font l’objet d’un travail en groupe de supervision.

93

Les travaux de Didier Houzel, à Brest puis à Caen, de Pierre Delion à Angers et plus récemment à Lille, de Françoise Jardin à l’Unité de soins à domicile de la Fondation Rothschild… se situent dans cette perspective.

94

Les variantes portent donc sur les points (1) et (3).

2 - Observation en médecine néonatale

95

L’observation d’un bébé en service de médecine néonatale, généralement faite par une infirmière, fera l’objet d’un compte-rendu qui sera discuté dans un petit groupe de travail. On retrouve donc en général la même méthodologie.

96

Le but est thérapeutique : il s’agit de mieux comprendre les besoins du bébé et sa souffrance pour y porter remède. C’est également un soutien de la fonction observante des équipes, qui apprennent ainsi à mieux reconnaître les modes d’expression de ces bébés (Quiniou, 1992 ; Druon, 1996).

97

Les points (1) et (5) divergent du modèle de l’IO. Le bébé peut être observé seul ou avec une partie de sa famille, lors d’une visite ((2) est variable).

3 - Les groupes thérapeutiques

98

Le modèle proposé (Tricaud, 1995) permet une prise en charge conjointe de jeunes enfants sans langage avec leurs parents. L’état d’esprit de base est proche de celui de l’observation Esther Bick mais les différences de cadre sont importantes : les enfants et les parents sont accueillis dans des groupes séparés dans un premier temps, se retrouvant dans un deuxième ; le but est clairement thérapeutique ; le mode d’intervention non-interférent ; les trois temps de la méthode se retrouvent avec des aménagements.

99

Ce type de travail a été repris et développé dans la perspective du traitement de la violence des jeunes enfants (Lacroix et Monmayrant, 1999).

4 - Observation en crèche

100

Les observations en collectivité d’enfant, en crèche, pouponnière, hôpital peuvent être considérées comme des applications partielles de la méthodologie dont buts et cadre sont autres.

  • En crèche la séance d’observation va avoir lieu dans un groupe et non dans la famille. Considérer ce type de situations comme des applications suppose d’examiner chaque critère, car l’utilisation d’un outil d’observation est fréquente en crèche ou jardin d’enfant (en particulier cela fait partie de l’approche initiée par M. Montessori) sans pour autant se référer à l’approche Esther Bick.

  • Françoise Jardin utilise l’observation dans un but de formation de jeunes professionnels, différant peu de la méthode classique sauf sur la question du lieu (5).

  • D’autres observations en crèche auront un but de prévention, de dépistage, de recherche, ou thérapeutique (Athanassiou, 1987 ; Haag, 1994 ; Jardin, 1994 ; Mellier, 2000) ; leur niveau d’application ou d’inspiration sera variablement estimé par rapport au modèle d’Esther Bick en fonction des points divergents.

101

L’expérience de l’unité de soins à domicile de la Fondation de Rothschild intègre à la prise en charge thérapeutique un cadre d’observation de l’enfant dans ses lieux de vie, associée à la rédaction d’un compte-rendu et d’une supervision (Jardin, 1994) Elle pourrait se représenter ainsi :

5 - Application à la recherche

102

Une récente application originale de la méthodologie fait l’objet d’une thèse et peut être signalée ici : l’observation des pratiques enseignantes dans un but de recherche. Il ne s’agit plus de bébé, c’est l’ensemble de la classe qui fait l’objet d’une observation, l’observateur est non-interférent, ses comptes-rendus sont supervisés (Chaussecourte, 2000 ; 2003).

Inspiration

103

Lorsqu’il s’agit d’appliquer l’état d’esprit sous-jacent à l’observation à des champs très divers, il semble plus légitime de parler d’inspiration. L’expérience de plusieurs années de l’observation de bébé a permis de considérer l’observation et l’attention comme outils thérapeutiques à part entière. Ils peuvent être utilisés de façon très fructueuse dans des cadres divers, en particulier en représentant un aspect de fonction de la peau dans la terminologie d’Esther Bick, parallèle au holding de Winnicott.

1 - Les groupes d’accueil

104
  • La réalité de ces groupes peut être très diverse ; maisons vertes, de toutes les couleurs, lieux d’écoute… Beaucoup des animateurs ou accueillants s’inspirent de l’observation de bébé, certains y sont formés, ou sensibilisés. Nous sommes souvent invités, en tant que formateurs, à intervenir dans des journées de réflexion sur ces thèmes.

    Il s’agit d’accueillir tout ce qui vient du groupe dans une attitude de réceptivité correspondant à ce que recommandait Esther Bick… Dans ces cas les enfants et leurs parents eux-mêmes peuvent ne pas être les mêmes à chaque séance, mais sont accueillis dans cette attitude.

  • Le travail en salle d’attente de PMI (Lafforgue, 1994) s’apparente à ce type d’approche, avec une perspective de dépistage et orientation précoce. La non-interférence est partielle, les 3 temps de la méthodologie sont respectés.

2 - Les thérapies parents-bébé

105

Il s’agit aussi de l’état d’esprit sous-jacent à la méthode, croisé cette fois avec une approche analytique interprétative. J’ai proposé un modèle spécifique de ce croisement (Prat, 1998) en analysant le type des interventions thérapeutiques et le modèle auquel elles peuvent être référées. La non-interférence est variable, les trois temps de la méthodologie rarement présents.

106

Les prises en charge thérapeutiques institutionnelles ou dans un dispositif de consultation de bébés et leurs parents se rapprochent souvent de ce type de travail et peuvent être souvent représentées ainsi :

3 - Les élargissements

107

Dans le champ de la clinique des adolescents, « l’apport du travail avec le bébé est essentiel pour s’adosser à l’expérience de l’observation directe » (Petit, 2002).

108

Ainsi l’augmentation de notre compréhension du langage préverbal, l’augmentation ainsi que la modification qualitative de nos capacités d’attention entraînent des retombées parfois lointaines hors du champ de l’observation, par exemple dans la clinique analytique avec des patients adultes.

109

Le lien avec l’observation de bébé concerne dans ces expériences le lien interne du praticien avec son expérience personnelle de la formation et illustre « en quoi l’impact de cette formation joue dans l’attention que nous portons à ce travail. »

En conclusion

110

Nombreux sont les professionnels qui trouvent un bénéfice considérable et un enrichissement de leur pratique à se former à l’observation d’un bébé dans sa famille selon la méthode d’Esther Bick. C’est en premier lieu le cas de tous les professionnels de la petite enfance. Cette approche ouvre également considérablement le champ de la clinique psychanalytique, par la perception de la trame du langage corporel non-verbal en œuvre dans toute communication.

111

Cette méthode connaît un grand nombre d’applications et extensions. Son formidable succès rend nécessaire de proposer quelques jalons historiques ainsi que quelques points de repères pour situer l’approche d’Esther Bick dans son ensemble et éviter que la richesse de cet outil clinique de premier plan ne se perde dans une nébuleuse de pratiques, et une confusion des références et cadres de pensée.

112

Dans cette perspective, à partir d’un repérage des points de base de cette méthode, j’ai proposé une ébauche d’outil de classification des différents niveaux d’application.

113

Je me suis efforcée de donner pour chaque point les références bibliographiques ainsi que les coordonnées utiles au lecteur qui souhaiterait prolonger son intérêt dans une formation.

114

La formulation par Esther Bick de l’intérêt de cette façon d’observer les bébés montre bien qu’elle est, dans son essence, un facteur d’ouverture psychique personnelle et donc porteuse d’une multitude de prolongements (Haag, 2002) :

115

«… Les étudiants apprennent à regarder avec attention et à ressentir avant de se précipiter dans des théories, ils apprennent à tolérer et à apprécier la manière dont les mères s’occupent de leur bébé et trouvent leurs propres solutions. Chemin faisant, les étudiants deviennent lentement capables de se débarrasser de notions plutôt rigides sur la bonne et la mauvaise manière de s’y prendre, ils deviennent plus souples quant aux principes convenus… »

116

(Article reçu en juillet 2004; révisé en septembre 2004)

Remerciements

Je remercie mes collègues formateurs de l’Association Francophone des Formateurs à l’Observation de Bébé selon Esther Bick (AFFOBEB), en particulier Anick Maufras du Chatelier et Didier Houzel pour leur rigoureux travail de relecture.


Références

  • Références générales et ouvrages collectifs

    • 1 –  Congrès de Bruxelles : L’observation du nourrisson et ses applications, Césura, coll. L’enfant, Lyon, 1994.
    • 2 –  Congrès de Toulouse : Les liens d’émerveillement ; l’observation du nourrisson selon E. Bick et ses applications, Erès, Ramonville Saint-Agne, 1995.
    • 3 –  Congrès de Barcelone : L’autonomie des bébés, Césura, coll. L’enfant, Lyon, 1998.
    • 4 –  Congrès de Cracovie : Create bonds, Vol. 1, Wydawnictwo, radamsa, 2004.
    • 5 –  Closely Observed Infants : G. Duckworth & Comme. Ltd, 1989, traduc. D. Alcorn L’observation attentive des bébés ; éd. Du Hublot Larmor-Plage, coll. Tavistok Clinic, 1997.
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    • 7 –  Devenir : « Bébé soigné- bébé observé », 1994 ; 6 (2), Médecine et Hygiène, Genève.
    • 8 –  Spirale : « Le bébé observé », 1998 ; 7, Erès.
    • 9 –  Mille et un bébés : « L’observation du nourrisson et ses applications », 1998 ; 11, Erès, Ramonville Saint-Agne.
    • 10 –  Mille et un bébés : « L’observation directe du bébé selon Esther Bick. Son intérêt dans la pédopsychiatrie d’aujourd’hui », 2004 ; 66, Erès, Ramonville Saint-Agne.
  • Bibliographie des ouvrages ou articles cités

    • 1 –  ANZIEU D. : « La peau : du plaisir à la pensée », in ZAZZO R. (Dir.) : L’attachement, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1974 ; p. 140-155.
    • 2 –  ANZIEU D. : « Les signifiants formels et le moi-peau » ; in ANZIEU D. et coll. : Les enveloppes psychiques, Dunod, Paris, 1987, p. 1-22
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    • 4 –  BICK E. : « Anxieties underlying phobia of sexual intercourse in a woman », British Journal of Psychology, 1953 ; 18 (1) : 2001.
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    • 7 –  BICK E : « The experience of the skin in early object-relations », International Journal of Psychoanalysis, 1968 ; 49 ; in MELTZER D. : Explorations dans le monde de l’autisme, Payot, 1988. Traduc G. & M. Haag ; in WILLIAMS M.H. : Les écrits de Martha Harris et Esther Bick. Trad. J. & J. Pourrinet, éd. du Hublot, Larmor-Plage (Morbihan), 1998.
    • 8 –  BICK E. : « Further considerations on the function of the skin in early object relations, finding from infant observation integrated into child and adult analysis », British Journal of Psychotherapy, 1986, 2 ; « Considérations ultérieures sur la fonction de la peau dans les relations d’objet précoces », in WILLIAMS M.H. : Les écrits de Martha Harris et Esther Bick ; Trad. J. & J. Pourrinet, éd. du Hublot Larmor-Plage (Morbihan), 1998.
    • 9 –  BION W. : Learning from experience, Basic Books, 1962 ; Aux sources de l’expérience, trad. F. Robert, PUF, Paris, 1979.
    • 10 –  CHAUSSECOURTE P., BLANCHARD-LAVILLE C. : « Observations cliniques des pratiques enseignantes », Perspectives psy, 2000 ; 39 (5) : 396-402.
    • 11 –  CHAUSSECOURTE P. : « Observations cliniques en sciences de l’éducation » ; thèse de doctorat 25 Novembre 2003, Université Paris X Nanterre.
    • 12 –  CRAMER B. : « Sur quelques présupposés de l’observation directe », Nouvelle revue de Psychanalyse, 1979 ; 19 : 113-130.
    • 13 –  DRUON C. : A l’écoute du bébé prématuré, Aubier, Paris, 1996.
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    • 15 –  GREEN A. : « L’enfant modèle », Nouvelle revue de Psychanalyse, 1979 ; 19 : 27-47.
    • 16 –  GREEN A. : « A propos de l’observation des bébés » ; interview par P. Geissmann, Journal de Psychanalyse de l’Enfant, 1992 ; 12 : 133-153.
    • 17 –  GOLSE B : « L’observation directe et la formation des étudiants en médecine », in DELION P. (sous la direction de ) : L’observation du bébé selon Esther Bick – Son intérêt dans la pédopsychiatrie aujourd’hui, Erès, Coll. « Mille et un bébés », Ramonville Saint-Agne, 2004 ; p. 279-284.
    • 18 –  GUIGNARD F. : « En observant l’infans… us et abus de la “ méthode Esther Bick ” », in Au vif de l’infantile, Delachaux Niestlé, Lausanne, 1996 ; p.127-134.
    • 19 –  HAAG G. : « La mère et le bébé dans les deux moitiés du corps », Neuropsychiatrie de l’enfance, 1985 ; 33 : p. 107-114.
    • 20 –  HAAG G. : « Nature de quelques identifications dans l’image du corps », Journal de Psychanalyse de l’Enfant, 1991 ; 10 ; p. 143-155.
    • 21 –  HAAG G. : « L’observation à la crèche, méthode de prévention ; réflexions sur les niveaux primitifs d’identification chez le bébé », in SANDRI R. (dir.) : L’observation du nourrisson selon Esther Bick et ses applications, Césura, Meyzieu, 1994 ; pp. 137-153.
    • 22 –  HAAG M. : « La méthode d’Esther Bick pour l’observation régulière et prolongée du tout-petit au sein de sa famille » ; tirage privé, 18 rue Emile Duclaux, 75015 Paris, 2002.
    • 23 –  HOUZEL D. : « Une application thérapeutique de l’observation des nourrisson », in : Les liens d’émerveillement, Erès, Ramonville Saint-Agne, 1995 ; p. 229-246.
    • 24 –  HOUZEL D. : « Le concept d’attention », in : L’aube de la vie psychique, ESF, Paris, 2002 ; p. 161-175.
    • 25 –  LACROIX M.B, MONMAYRANT M. : Enfants terribles, enfants féroces, Erès, Ramonville Saint Agne, 1999.
    • 26 –  JARDIN F. : « Une stratégie de soins précoces du bébé et de la parentalité. Apport de l’observation analytique du bébé en crèche à des fins thérapeutiques », Devenir, 1994 ; 6 (2) : pp. 87-103.
    • 27 –  LAFFORGUE P. : « L’observation des bébé comme expérience de travail de prévention dans la salle d’attente des consultations de PMI », in : l’Observation du nourrisson selon Esther Bick et ses applications, Cesura, Lyon, 1994 ; p. 203-216.
    • 28 –  LECHEVALIER B. : « De l’observation directe à l’attention flottante », Journal de la Psychanalyse de l’Enfant, 1996 ; 19 : p. 69-89.
    • 29 –  MELLIER D. : L’inconscient à la crèche. Dynamique des équipes et accueil des bébés, Erès ; coll. La vie de l’enfant, Ramonville Saint Anne, 2004.
    • 30 –  PEREZ-SANCHEZ M. : L’observation des bébés. Les relations émotionnelles dans la première année de la vie, Ed. Paidos Iberica-Barcelone, Buenos Aires. Copyright 1981-1983, trad. Anik Maufras du Chatelier Paris, Clancier-Guénaud, 1986.
    • 31 –  PETIT D. : « Intérêt de l’observation directe du bébé pour le soin des adolescents », in DELION P. (dir.) : La souffrance psychique du bébé : approches pluridisciplinaires, ESF, Paris, 2002 ; pp. 143-146.
    • 32 –  PRAT R. : « Le dialogue des émotions », Revue Française de Psychanalyse, 1989 ; 5 ; 1235-1369.
    • 33 –  PRAT R. (1998) : « Le temps de voir, le temps de penser », in: l’autonomie des bébés, Césura, 1998, p. 199-223.
    • 34 –  PRAT R. : « On ne voit bien qu’avec le cœur » ; communication Congrès de Cracovie, 2002, à paraître.
    • 35 –  PRAT R. : « Abécédaire de l’empathie chez l’analyste : repérages cliniques dans la séance », Revue Belge de Psychanalyse, 45, 2004.
    • 36 –  QUINIOU PIZZOGLIO Y. : « Bébé en risque continu de traumatisme : réanimation néo-natale », Revue française de psychosomatique, 1992 ; 2 : 97-103.
    • 37 –  SANDRI R. : « Les bébés pas encore nés. A l’écoute des parties embryonnaires de la personnalité », in : Observer un bébé avec attention ? Erès, Ramonville Saint-Agne, 2001 ; p. 39-51.
    • 38 –  TRICAUD J. : « Un groupe thérapeutique parents-jeunes enfants sans langage », in : Les liens d’émerveillement, Erès, Ramonville Saint-Agne, 1995 ; p. 215-229.
    • 39 –  WATILLON-NAVEAU A. : « L’impact de la méthode d’observation sur les mères et leurs bébés », in SANDRI R. (dir.) : L’observation du nourrisson selon Esther Bick et ses applications, Meyzieu, Césura, 1994 ; pp. 25-36.
    • 40 –  WATILLON-NAVEAU A. : « Réaction au chapitre que Florence Guignard consacre à l’infant observation selon Esther Bick dans son livre “ Au vif de l’infantile ” », Lausanne, Delachaux & Niestlé, 1996. Revue Française de Psychanalyse, 1999 ; 63 (4), pp. 1377-1379.
  • Formations

    • 1 –  AEDPEA BP.32 ; 56260 Larmor-Plage, Centre d’Etudes Martha Harris, dir. : Odile Gaveriaux, tél : 02 97 65 49 40, fax : 02 97 33 68 39. Adresse e-mail : aedpea@ aol. com.
    • 2 –  AFFOBEB (Association des Formateurs Francophones à l’Observation de Bébé selon Esther Bick). Secrétaire : R. Prat ; CMP 2O, Villa Compoint, 75017 Paris.
    • 3 –  AMAR Michel : Hôpital Mère et Enfant, 7, quai Mancousu, 44093 Nantes.
    • 4 –  Centre Alfred Binet : 76, av. Edison, 75013 Paris.
    • 5 –  Ciccone Albert : 40, rue Berthelot, 38200 Vienne.
    • 6 –  Deplagne Monique : 2, place Bellecour, 69002 Lyon.
    • 7 –  Delion Pierre : Service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, 6, rue du Professeur Laguesse 59037 Lille.
    • 8 –  Houzel Didier : CHRU Clémenceau, av. Georges Clémenceau, 14033 Caen Cedex
    • 9 –  Huon Denise : Institut de Puériculture, 26, bd Brune, 75014 Paris; Méd. Dir. : Linda Morisseau.
    • 10 –  Jardin F ; AFPPEA (Association pour la Formation à la Psychothérapie Psychanalytique de l’Enfant et de l’Adolescent) ; 19, bd St Martin, 75003 Paris ; tél. 0148875752.
    • 11 –  Levy Ann ; CMP, 14, rue Brantome, 75003 Paris ; Méd. Chef : Dr Fortineau.
    • 12 –  Monmayrant Maguy ; Lacroix Marie. Blanche FARE : 12, rue du Béarnais, 31000 Toulouse ; tél. 0561993508.
    • 13 –  Prat Régine : CMP, 20, Villa Compoint, 75017 Paris ; Méd Chef Dr Eche.
    • 14 –  Sandri Rosella : 16, grande-rue aux Bois, 1030 Bruxelles.
    • 15 –  Squillante Maria : Centre Winnicott, 38, rue de la Duchesse Anne, 29200 Brest.
    • 16 –  Watillon Annette : présidente de l’Association A.B.O.B.B : 196, av. de la Forêt, 1000 Bruxelles.
    • 17 –  GERPEN (Groupe d’Etudes et de Recherches Psychanalytiques pour le Developpement de l’Enfant et du Nourrisson) : 38, av. Ardouin, 94420 Le Plessis Trévise ; tél. 0145941630
    • 18 –  COPES : 20, rue de Dantzig, 75015 Paris ; tél. 0153689340.

Notes

[1]

Psychologue-Psychanalyste, Société Psychanalytique de Paris.

28, ch. de la Creuse Voie F-91570 Bièvres.

E-mail : regine. prat@ freesurf. fr

Résumé

Français

L’auteur propose une présentation de la méthode d’observation d’un bébé dans sa famille selon la méthode d’Esther Bick de façon à apporter un certain nombre de points de repères :
  • sur le plan historique en envisageant son positionnement par rapport à l’évolution des idées en psychanalyse d’enfant ;
  • sur le plan présent, en présentant les filiations ainsi que les diverses modalités accessibles de cette formation ;
  • en définissant les points essentiels de la méthode située par rapport à ses objectifs ;
  • en dégageant les apports théoriques essentiels d’Esther Bick ;
  • en présentant une méthode de classification des diverses applications qui peuvent être faites de cette méthode dans les domaines du soin, de la prévention, de la recherche.

Mots-clés

  • méthode d’Esther Bick d’observation de bébé
  • méthodologie
  • applications

English

SummaryThe author presents the method used to observe infants at home as it was developed by Esther Bick and proposes a certain number of reference points :
  • from a historical standpoint where infant observation is seen in relationship to the evolution of ideas in child psychoanalysis ;
  • from the present situation with its filiations as well as the various modes made possible through this training ;
  • by defining the essential points in the method with respect to its objectives ;
  • by stating the essential theoretical contributions made by Esther Bick ;
  • by presenting a method of classifying the different applications of this method in the areas of treatment, prevention and research.

Keywords

  • method of Infant Observation according to Esther Bick
  • methodology
  • applications

Plan de l'article

  1. Esther Bick
  2. Filiations
    1. Dans l’histoire de la psychanalyse
    2. Des formateurs
  3. La méthode
    1. Quel est son but ?
    2. Quel est son objet ?
    3. Une méthode en plusieurs temps
      1. Recherche du bébé
      2. La séance d’observation : voir
      3. Le compte-rendu : se souvenir
      4. Le séminaire de supervision : élaboration
    4. Méthodologie et étapes optionnelles
    5. Apports théoriques
      1. La fonction de la peau
      2. Les agrippements
      3. La fonction contenante
    6. Les critiques
  4. Les applications : propositions pour une classification
    1. Application
      1. 1 - Les observations participantes à domicile dans un but thérapeutique
      2. 2 - Observation en médecine néonatale
      3. 3 - Les groupes thérapeutiques
      4. 4 - Observation en crèche
      5. 5 - Application à la recherche
    2. Inspiration
      1. 1 - Les groupes d’accueil
      2. 2 - Les thérapies parents-bébé
      3. 3 - Les élargissements
  5. En conclusion

Pour citer cet article

Prat Régine, « Panorama de l'observation du bébé selon la méthode Esther Bick dans les pays francophones », Devenir, 1/2005 (Vol. 17), p. 55-82.

URL : http://www.cairn.info/revue-devenir-2005-1-page-55.htm
DOI : 10.3917/dev.051.0055


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