Pénalité et gestion des risques : vers une justice « actuarielle » en Europe ?
Ph. Mary
Sous le vocable de « nouvelle pénologie», les transformations de la pénalité aux États-Unis
sont analysées comme indicateurs du passage d’une pénologie axée sur la punition ou le traitement d’individus à une pénologie axée sur la surveillance et le contrôle de groupes à risques;
passage qui préfigurerait l’émergence d’un nouveau modèle de justice, la « justice actuarielle». Des tendances similaires s’observent en Europe, mais leur nouveauté est à relativiser
en ce qu’elle tient aussi à des avancées technologiques et à la disparition des finalités sociales
de la pénalité. Ces changements prennent toutefois sens au vu du passage d’un État social à un
État (social-) sécuritaire, où la sécurité devient une fin en soi et la pénalité un instrument de
régulation dans une politique de réduction des risques, principalement à l’égard de populations socialement et économiquement inutiles.Mots-clés :
ADMINISTRATION DE LA JUSTICE, CONTRÔLE SOCIAL, ÉTAT, PÉNOLOGIE, POLITIQUE CRIMINELLE, RISQUE, SÉCURITÉ.
Under the expression the new penology, changes in penalty in the USA are commonly analysed as indicators of the transition from punishment – or individual treatment – central penologies
towards one which is centred on the supervision and control of groups regarded as posing a risk
to others. This transition seems to anticipate the emergence of a new model of justice, actuarial
justice. similar trends are emerging in Europe, but their novelty should be reconsidered against
the background of technological progress and the dying out of the social purposes of punishment. These changes are however part and parcel of this another transition, towards of the Welfare State, the Securitarian State, where security becomes an end in itself and penalty an instrument of regulation within a policy of risk-reduction, mainly with regard to the socially and economically unproductive.Keywords :
ADMINISTRATION OF JUSTICE, SOCIAL CONTROL, STATE, PENOLOGY.
Mit dem Ausdruck new penologywerden im allgemeinen Entwicklungen des Strafens in den
USA analysiert, wonach diese als Übergang von einer an Bestrafung und Behandlung von Individuen ausgerichteten Kriminalpolitik hin zur Überwachung und Kontrolle von Risikogruppen
aufzufassen sei. Dieser Übergang scheint das Entstehen eines neuen Modells der Kriminalpolitik – actuarial justice– vorweg zu nehmen. Es gibt ähnliche Tendenzen in Westeuropa, aber ihre
Neuigkeit muss relativiert werden, insofern sich dieses Modell auf technologischen Fortschritt
und auf das Verschwinden von sozialen Strafzielen bezieht. Diese Veränderungen sind allerdings im Kontext der gesellschaftlichen Entwicklungen vom Sozialstaat zum (Sozial)Sicherheitsstaat zu sehen, in dem Sicherheit zu einem eigenständigen Ziel und Strafe zu einem Instrument der Regulation im Rahmen einer Politik der Risikoverminderung wird, hauptsächlich in
bezug auf Populationen, die sozial und ökonomisch an unnütz angesehen werden.
Agrupadas bajo el vocablo «nueva penología», las transformaciones de la penalidad en los
Estados Unidos son analizadas como indicadores del pasaje de una penología fundada en el
castigo o el tratamiento de los individuos a una penología fundada en la vigilancia y el control
de los grupos de riesgo; pasaje que prefiguraría la aparición de un nuevo modelo de justicia, la
justicia «actuarial». En Europa se observan tendencias similares, pero su novedad debe ser
relativizada puesto que responden también a los avances tecnológicos y a la desaparición de las
finalidades sociales de la penalidad. Sin embargo, estos cambios cobran significado ante la
transición de un Estado social a un Estado (social-) de seguridad en el cual la seguridad deviene
un fin en si mismo y la penalidad un instrumento de regulación en el marco de una política de
reducción de riesgos, principalmente con respecto a las poblaciones social o económicamente
inútiles.
• I. De la punition et du traitement du délinquant au contrôle
des groupes à risques
• II. La gestion des risques de délinquance en Europe
• III. Nouveauté (technologique) et « troisième voie »
• IV. De l’État social à l’État (social-) sécuritaire
• BIBLIOGRAPHIE