2001
Déviance et Société
Débat
Substitution et prévention de la délinquance
D. Duprez
Déviance et Société 2, rue des Canonniers F-59800 Lille
La revue Déviance et Société avait publié en 1999 (4,437-445) un article de G. Niveau et
M. Laureau intitulé Substitution et prévention de la délinquance : l’échec d’une idée simple.
La thèse principale des auteurs était que la substitution à la méthadone ne serait utile en
matière de prévention de la délinquance que pour les personnes non encore impliquées dans
une carrière criminelle. La publication de cet article a entraîné une réaction de M. F. Aebi qui
conteste plusieurs points de méthode dans la démonstration des deux auteurs. Selon Aebi, au
lieu de mesurer l’impact des cures de substitution à la méthadone sur la délinquance des toxicomanes traités, la recherche en question a voulu mesurer leur impact sur l’ensemble de la
délinquance liée à la toxicomanie à Genève. Il poursuit sa démonstration en montrant qu’il est
indispensable de prendre en considération, entre autres, le pourcentage de toxicomanes traités
et l’évolution de la toxicomanie dans la population générale. Ce faisant, on découvre que –
contrairement à ce qui est soutenu dans la recherche critiquée – l’augmentation du nombre de
cures de substitution a été accompagnée d’une diminution du nombre de toxicomanes incarcérés. C’est le point de vue défendu par Aebi avec force d’arguments méthodologiques.
Nous avons donné un droit de réponse aux auteurs dont la recherche est critiquée : Niveau a
accepté de jouer le jeu du débat et conteste plusieurs critiques de Aebi. Il nous semble cependant nécessaire de préciser qu’une lecture attentive du texte de Aebi indique que le nombre de
toxicomanes a augmenté jusqu’en 1992-1993 et semble stable depuis lors. Concernant la polémique entre les auteurs, on ne semble pas pouvoir retenir le point de vue de Niveau sur le
nombre des dénonciations et de jugements pour infractions à la législation sur les stupéfiants
qui concerneraient non pas les personnes toxicodépendantes aux opiacés mais les trafiquants
de stupéfiants, tous produits confondus. Par exemple, en 1997 sur 45 093 dénonciations, 36 311
correspondaient à des cas de consommation (OFP 1998).
Certains lecteurs trouveront le débat statistique entre les auteurs ardu, mais à partir du
moment où il y a polémique, il est nécessaire d’entrer dans la discussion des appareillages
méthodologiques. En final, on retiendra à tout le moins que l’article de Niveau et Laureau a
permis d’ouvrir le débat sur la substitution et sur la manière dont les sociétés contemporaines
pensaient résoudre la question des drogues. Trop d’usages détournés des produits de substitution et de mélanges de drogues légales et de produits illicites dans les territoires où sévissait et
sévit encore l’héroïne, nous rappellent que les sociétés que certains appellent post-modernes
n’ont pas résolu les difficultés sociales et économiques de certaines franges désaffiliées de la
population (Duprez, Kokoreff, 2000). Pour d’autres catégories de population, le recours à des
produits psychotropes renvoie peut-être à la difficulté d’être soi dans une société où, comme le
suggère Alain Ehrenberg, la norme n’est plus fondée sur la culpabilité et la discipline, mais sur
la responsabilité et l’initiative.
Dès sa prochaine livraison, la revue Déviance et Société poursuivra le débat avec un article
de P. Peretti-Watel dont le propos est de tester empiriquement différentes théories de la
déviance. Les données d’une enquête réalisée en milieu scolaire par questionnaire autoadministré permettent de distinguer différents profils déviants, qui combinent atteintes aux biens,
atteintes aux personnes et usages de produits psychoactifs.
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DUPREZ D., KOKOREFF M. 2000, Les mondes de la drogue, Paris, Odile Jacob.
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OFP – Office fédéral de la police, Office central stupéfiants, 1998, Statistique suisse des stupéfiants 1997, Berne,
Office fédéral de la police.