Déviance et Société
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
228 pages

p. 205 à 207
doi: en cours

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Débat

Volume 25 2001/2

Nous remercions l’auteur de l’article La relation entre cures de substitution à la méthadone et prévention de la délinquance : une réponse critique à Niveau et Laureau pour la précision avec laquelle il a dépouillé et analysé nos résultats (Niveau, Laureau, 1999).
 
Sur la forme
 
 
Concernant la forme, nous avons été tout de même surpris par le ton outrancier de l’article. Ceci nous a fait douter de la nature purement méthodologique des commentaires et contraste avec la clémence dont l’auteur fait montre à l’égard de ses propres recherches; ainsi dans le chapitre introduction l’auteur signale en note de bas de page qu’il considère que ses études, pourtant basées selon lui sur des échantillons petits et non représentatifs, fourniraient des résultats valides dans le domaine de la prévention de la délinquance chez les personnes toxicodépendantes.
 
Sur le fond
 
 
L’hypothèse de départ
Dans ce chapitre, l’auteur compare notre méthodologie, dite écologique (Mac Mahon, Pugh, 1970), avec une méthodologie idéale qui serait celle d’une étude prospective exposésnon exposés (il faut noter que l’auteur oublie de signaler que dans une telle étude idéale les participants aux groupes devraient être tirés au sort, condition rarement réalisable pour des raisons éthiques). Ces deux types d’études n’ont pas à être comparées. Une recherche écologique classique, réalisée par Hirsh et al. en 1988, met en évidence l’association, à trente ans d’intervalle, entre vente de cigarettes dans la population de 1920 à 1955 et augmentation de la mortalité par cancers bronchiques de 1950 à 1985. Il est évident que la population a augmenté durant la période de l’étude, que tous les individus ne fument pas et que tous les cancers bronchiques ne sont pas dus au tabac. L’association significative entre l’indice de santé et le facteur n’en est pas moins établie de façon significative.
Par ailleurs, l’auteur pense que l’augmentation du nombre de toxicomanes est un élément de biais de notre étude mais il se contredit quelques lignes plus loin en affirmant que selon l’OFSP, pour la Suisse, le nombre de toxicomanes avait augmenté fortement jusqu’en 1988 et était passé de 25 000 en 1989 et à 30 000 en 1993 et semblait stable depuis lors ! Nos résultats montrent justement que le nombre de toxicomanes à l’héroïne incarcérés est stable avant 1988 et augmente par la suite.
La validité des indicateurs
Évoquant un défaut particulièrement grave à propos du taux de toxicomanes incarcérés, l’auteur explique qu’il s’agit d’un indice de la prévalence des personnes en cure de substitution... Il confond en ceci l’indice et le facteur.
L’auteur avance alors l’argument classique de la survenue de facteurs de confusion intercurrents, à savoir une efficacité accrue des contrôles policiers. L’existence de facteurs de confusion non identifiés est en effet le point faible des études écologiques. Il convient cependant de les étayer avant de les avancer, ce qui n’est pas le cas de la démonstration de M. Aebi.
Finalement l’affirmation selon laquelle la validité des indicateurs retenus par Niveau et Laureau semble assez douteuse relève plus du dénigrement que de la démonstration scientifique.
« L’analyse de Niveau et Laureau à la lumière de l’évolution du nombre de toxicomanes dans la population »
L’auteur soutient que l’on ne peut pas affirmer que l’arrêt des incarcérations pour amendes impayées à partir de juillet 1992 soit à l’origine de la diminution des taux de toxicomanes incarcérés à partir de 1993 car si cet effet existait il aurait dû être immédiat. L’auteur se trompe car il raisonne en termes de mesures administratives. Le travail sur le terrain montre qu’il existe une inertie entre le début d’une pratique et l’effet qu’elle peut avoir lorsqu’elle est pleinement en fonction.
Nous n’avons pas affirmé comme l’auteur l’écrit que il n’y a pas eu de modification sub-stantielle de la distribution entre 1993 et 1996, mais qu’il n’y a pas eu une variation notoire de la politique de traitement par substitution. Le nombre de cures a continué d’augmenter régulièrement dans le canton, ce qui, comme l’affirme justement l’auteur, a eu pour effet une augmentation du pourcentage des toxicomanes au bénéfice d’un traitement de ce type.
L’auteur nous reproche de ne pas avoir calculé le coefficient de corrélation de Bravais-Pear-son. Il semble ignorer que ce coefficient ne peut être calculé que sous certaines conditions, en particulier que la distribution soit gaussienne et que l’échantillon soit grand. Utiliser le coefficient de corrélation des rangs de Spearman était donc ici plus rigoureux (Rumeau-Rouquette et al., 1993).
Nous ne ferons que peu de commentaires sur la dernière partie de ce chapitre où l’auteur tente de démontrer que la toxicomanie a beaucoup augmenté en Suisse de 1983 à 1997, ce qui, comme nous l’avons vu est en contradiction avec les données de l’OFSP citées par l’auteur lui-même. Il se base pour cela sur le nombre de dénonciations et de jugements pour infraction à la LStup ! Chacun sait que ces chiffres concernent non pas les personnes toxicodépendantes aux opiacés mais les trafiquants de stupéfiants, tous produits confondus. Ces indicateurs sont donc grossièrement hors sujet par rapport à la question des cures de maintenance à la méthadone. Sur ces bases, on a la surprise de voir l’auteur conclure : malgré le fait qu’elles ne soient pas significatives ces corrélations impliquent que (...) les cures de substitution semblent avoir un effet bénéfique sur l’évolution de la délinquance liée à la toxicomanie (sic)! Une fois de plus nous nous étonnons de l’extrême bienveillance de l’auteur vis-à-vis de ses résultats.
Conclusion de Aebi
L’auteur répète ses arguments ainsi que ses propres contradictions : critique du bien-fondé de la méthodologie dite écologique, contradiction quant à l’augmentation ou la stabilité du nombre des toxicomanes, rapport supposé avec la délinquance générale, tentative de démonstration de résultats opposés aux nôtres sur la base de données inexactes et d’un indice de corrélation non significatif.
 
Conclusion
 
 
La critique que l’auteur fait de notre étude nous apparaît donc outrancière et mal argumentée. Le défaut de notre publication réside en fait dans un constat simple qui ne nécessite nul développement alambiqué : s’il apparaît que la délinquance liée à la toxicomanie n’a pas été diminuée par la prescription massive de cures de maintenance à la méthadone, il n’est par contre pas possible de prouver que, si ces cures n’avaient pas été prescrites, la délinquance en question n’aurait pas augmenté dans des proportions beaucoup plus considérables que celle qui a été constatée.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  NIVEAU G., LAUREAU M., 1999, Substitution et prévention de la délinquance : l’échec d’une idée simple, Déviance et Société, 23,4,437-445.
·  RUMEAU-ROUQUETTE C., BLONDEL B., KAMINSKI D., BREART G., 1993, Épidémiologie, méthodes et pratique, Paris, Flammarion.
·  HIRSCH A., HILL C., FROSSART M. et al., 1988, Lutter contre le tabagisme, Paris, La Documentation Française.
·  MAC MAHON B., PUGH TF., 1970, Epidemiology. Principles and Methods, Boston, Little, Brown and Compagny.
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