2002
Déviance et Société
Politiques de sécurité en Belgique : les limites d’une approche de proximité
[*]
Y. Cartuyvels
[**]
Facultés Universitaires Saint-Louis 43, boulevard du Jardin Botanique B-1000 Bruxelles
Ph. Mary
[***]
Centre de recherches criminologiques Université Libre de Bruxelles Avenue F. D. Roosevelt, 50-CP 137 B-1050 Bruxelles
Depuis dix ans, les politiques de sécurité en Belgique se sont déployées sous le sceau de la
proximité. Tant au niveau des pratiques policières que des dispositifs de prévention ou des initiatives judiciaires, le souci d’intervenir plus vite et plus tôt au niveau local est manifeste.
Police de proximité, prévention partenariale, médiation pénale ou procédure de comparution
immédiate traduisent cette volonté de proximité spatiale, temporelle et relationnelle, à laquelle
s’ajoute aujourd’hui, de manière plus nette qu’auparavant, une proximité de contrôle de certaines populations à risques. Mots-clés :
POLICE DE PROXIMITÉ, PRÉVENTION LOCALE, JUSTICE DE PROXIMITÉ, SÉCURITÉ, MAISONS DE JUSTICE.
Over the past ten years public safety policies in Belgium have been deployed under the sign
of proximity. The desire to act on the local level faster and earlier is clearly discerned in police
practices, prevention schemes, and judicial initiatives alike. Community policing, partners in
prevention, criminal mediation, and immediate court appearances all translate this will to be
close to the people spatially, temporally, and relationally. The addition of close control over
specific at-risk populations is now even more manifest than in the past.Keywords :
COMMUNITY POLICING, LOCAL PREVENTION, LOCAL JUSTICE, PUBLIC SAFETY, COMMUNITY JUSTICE CENTRES.
Seit 10 Jahren entwickelt sich die Sicherheitspolitik in Belgien unter der Idee der Gemeindenähe. Sowohl die polizeilichen Praktiken wie auch die Politik der Prävention und die Initiativen der Justiz folgen dem Ziel, möglichst schnell und frühzeitig auf lokaler Ebene zu intervenieren. Bürgernahe Polizei, kommunale Kriminalprävention über partnerschaftliche
Organisationsformen, Verfahren der Mediation oder der justiziellen Verfahrensbeschleunigung
sind Beispiele für den Willen nach einer räumlichen, zeitlichen und sozialen Nähe der Intervention, die aber, deutlicher als früher, auch eine Nähe der Kontrolle bestimmter Risikopopulationen ausdrücken.
En los últimos diez años las políticas de seguridad pública en Bélgica se han desarrollado
bajo el signo de la proximidad. Tanto en las prácticas policiales como en los dispositivos de prevención o en las iniciativas judiciales se manifiesta una preocupación por intervenir a nivel
local con mayor rapidez y con mayor antelación. Policía de proximidad, prevención de la violencia de género al interior de la pareja, mediación penal o procedimiento judicial con comparecencia inmediata traducen esta voluntad de proximidad espacial, temporal y relacional, a la
cual se agrega ahora, de manera más clara que antes, una proximidad dirigida a controlar ciertas poblaciones de riesgo.
Les questions de la police et de la justice sont longtemps restées à l’écart de l’agenda politique en Belgique. Deux événements vont brutalement changer cette conjoncture aux cours des
années 1980 et focaliser l’attention sur la question criminelle et sa gestion par la justice pénale :
la crise de l’appareil policier que mettront en lumière les épisodes sanglants des tueries du Brabant wallon d’une part, la montée d’un discours sur l’insécurité largement associé à l’inefficacité de la réponse pénale contre la petite délinquance d’autre part. Dans ce contexte troublé,
marqué également par la montée de l’extrême droite principalement en Flandres, l’État belge se
lance dès le début des années 1990 dans un vaste programme de réforme des appareils de police
et d’ajustement des politiques policières et pénales. Il s’agit de lutter de manière plus efficace
contre la petite délinquance, source du sentiment d’insécurité, et de réhabiliter les appareils de
police et de justice pour restaurer la confiance des citoyens dans l’État et les institutions.
L’éclatement, en 1996, de l’affaire Dutroux ne fera que renforcer le malaise : malgré les
réformes initiées, les « dysfonctionnements » de la justice pénale soulignés quelques années
plus tôt ne semblent guère avoir disparu. Un élément important surgit néanmoins dans le débat
public : outre l’efficacité des appareils de la justice pénale, c’est aussi la légitimité de l’intervention pénale, dans ses modes d’action comme dans ses priorités d’intervention, qui est mise
en question. Ce questionnement-là, qui met en cause le cérémonial ancien d’un modèle de justice imposée est susceptible d’ouvertures intéressantes. Il semble aujourd’hui malheureusement dépassé dans un contexte où les questions de légitimité ne font plus guère recette, hors les
temps courts de la crise. Aujourd’hui, un gouvernement dit arc-en ciel, fruit d’une coalition
entre libéraux, socialistes et écologistes, est aux affaires depuis juillet 1999. Prenant appui sur
le compromis social-démocrate des années antérieures, il en accentue les orientations sécuritaires et en radicalise les ciblages sur les figures traditionnelles de l’insécurité.
Quelle analyse faire de ces dix années de politiques de sécurité en Belgique ? Sur base des
recherches disponibles, plusieurs fils sont possibles : on pourrait choisir un fil institutionnel, en
étudiant de manière séquentielle les diverses réformes qu’ont subi les principaux appareils de
l’administration de la justice pénale dans ce pays. On pourrait privilégier un fil plus directement politique, en recadrant les transformations qu’ont connues politiques pénales et appareils
de contrôle social dans le contexte des mutations de l’État belge, voire plus largement de l’État
social au cours de la décennie écoulée
[1]. On a choisi ici un autre fil : celui de la
proximité. À
revenir sur l’ensemble des dispositifs de lutte contre la petite délinquance et l’insécurité mis en
place au cours de ces années, on ne peut en effet qu’être frappé par ce souci récurrent de rapprocher les appareils de police et de justice de leurs cibles désignées, dans l’espace comme dans
le temps, mais aussi de développer une proximité relationnelle interne entre les intervenants qui
gravitent dans et autour de la justice pénale. Intervenir plus vite et plus tôt, délocaliser les dispositifs policiers et judiciaires, reprendre le contrôle des acteurs de prévention dans les quartiers dits à risques ou développer des programmes d’action au niveau local sont bien les
leitmotive d’un nouveau mode d’action étatique qui se veut
global et intégré. La proximité spatiale,
temporelle et relationnelle s’érige en nouvelle clé de l’efficacité, qui fait du
local le lieu d’analyse et de réponse des problèmes sociaux, de l’intervention en « temps réel » un nouvel impératif de gestion et du « partenariat » entre acteurs issus de champs différents le principe d’une
action éclairée. Déplaçant les lieux de visibilité de la question sociale (tout est local) et favorisant un regard pénal sur divers problèmes de société (la pénalisation de la vie sociale), l’évolution trahit le développement d’un
État de sécurité (Hebberecht, 1998) d’un
État de contrôle
(Cartuyvels, Mary, 1999) ou d’un
État social-sécuritaire (Cartuyvels, Mary, Réa, 2000) auquel
on peut reprocher de se focaliser de plus en plus sur certains symptômes localisés de l’insécurité au détriment d’une analyse plus large sur ses causes et manifestations multiples.
I. Les prémisses : crise policière et montée du « sentiment d’insécurité »
En Belgique, les années 1980 sont d’abord des années « noires » pour la police. Le pays est
secoué par divers attentats terroristes revendiqués par un groupuscule d’extrême gauche (les
Cellules Communistes Combattantes) et par une vague meurtrière de grand banditisme aux
motivations nébuleuses (les
tueurs du Brabant wallon) qui amèneront l’armée à patrouiller
dans les rues. Avec en toile de fond une violence qui rappelle à certains les beaux jours de la
stratégie de la tension qu’a connu l’Italie au cours des années 1970, survient aussi le drame du
Heysel : lors d’une finale de Coupe d’Europe organisée à Bruxelles en 1985, la violence de supporters anglais fait de nombreuses victimes italiennes devant les caméras du monde entier. Le
21 avril 1988, La Chambre du Parlement fédéral belge décide de créer une commission parlementaire d’enquête chargée d’examiner la manière dont la lutte contre le banditisme et le terrorisme est menée. Installée un mois plus tard, la commission tient ses travaux durant deux ans et
dépose un volumineux rapport en avril 1990
[2]. D’importantes failles dans la lutte contre la criminalité y sont mises en évidence, dont l’une des causes principales réside, selon la commission, dans l’absence d’une politique criminelle intégrée, conduisant à ce que les mesures prises
par les ministères concernés
à la suite de périodes particulièrement troublées ne soient que des
palliatifs à effet passager qui n’ont fait qu’ajourner une crise plus profonde encore de tout
l’appareil policier et judiciaire(Mottard, Haquin, 353-354). Et la commission d’en appeler à la
mise en œuvre d’une véritable politique en matière de police et de sécurité, mais aussi à ce que
la justice devienne une priorité absolue de la politique gouvernementale.
Dans une communication du 5 juin 1990 (dite Plan de la Pentecôte), le gouvernement belge
annonce son intention de réformer en profondeur les deux appareils étatiques les plus visés par
les critiques de la commission parlementaire : la police et la justice. L’objectif est ici déjà clairement affirmé : la réforme de ces appareils discrédités doit rétablir la confiance des citoyens
dans l’appareil d’État. En conformité avec un programme qui concerne pour l’essentiel la
police et qui vise notamment à créer au niveau local une police de première ligne proche des
citoyens, une intense activité de réorganisation touche les institutions policières dans les années
qui suivent. Ses priorités sont notamment la coordination des trois services de police réguliers
(gendarmerie, police judiciaire, police communale), la démilitarisation de la gendarmerie et
l’adoption d’une nouvelle loi sur la fonction de police (Van Outrive, Cartuyvels, Ponsaers,
1991,307-318). Les réformes restent cependant partielles et son peu concluantes : il faudra
encore attendre dix ans pour voir émerger une réforme structurelle fondamentale de la police
belge qui fusionne les trois corps de police réguliers en une seule police unique structurée à
deux niveaux (Derriks, Renault, 1996; Van Outrive, 1997).
Un an plus tard, lors des élections législatives du 24 novembre 1991, les partis d’extrême
droite réalisent une percée en obtenant quelque 8% des suffrages; au centre du discours extrémiste : l’immigration, le chômage et, surtout, l’insécurité et la criminalité. C’est que la Belgique n’échappe pas au développement général en Europe du discours sur l’insécurité, que
symbolise le dépôt, à la fin des années 1970 en France, du rapport Peyrefitte
Réponses à la violence
[3]. Si, à cette époque, l’imaginaire collectif se structurait encore autour des conflits
sociaux, la décennie suivante est marquée par l’irruption dans les esprits du sentiment d’insécurité que génère la
nouvelle question sociale. En Belgique comme ailleurs en Europe, petite
délinquance et toxicomanie, jeunes et étrangers dans les quartiers paupérisés sont désignés
comme les nouvelles figures de l’insécurité, alors que l’augmentation des chiffres de la criminalité enregistrée – qui ne traduit pas nécessairement les fluctuations de la criminalité dite
réelle – et la diminution du taux d’élucidation des crimes et délits par la police alimentent des
peurs, voire leur donnent consistance. Que, pour une très large part, ces dernières soient aussi le
fruit des mutations de l’État social (Rosanvallon, 1995), des bouleversements de la société salariale (Castel, 1995), des avancées de l’individualisme, de l’accroissement de la misère sociale
(Bourdieu, 1993), du reflux des espaces de tolérance ou de l’avancée d’un principe de
réduction des risques, importe peu : l’insécurité, dans ses multiples facettes, est réduite à la peur de la
petite délinquance et la justice pénale transformée en exutoire des défaillances institutionnelles
et des problèmes sociaux.
Dans un contexte de dramatisation entretenu par le discours émotionnel des médias, les
dysfonctionnements de la justice pénale, tant au niveau policier que judiciaire, n’en font que plus
mal. Celles qu’on appelait auparavant les
forces du maintien de l’ordreont singulièrement failli
dans leur lutte contre la criminalité organisée ou le grand banditisme. Celles qu’on appelle
désormais les
forces de sécurité intérieure ne font pas meilleure figure dans leur bataille contre
l’insécurité, érigée en nouveau fléau social et en priorité du contrôle social. Aussi, est-ce sur ce
plan que vont se concentrer les réformes. Pour répondre au vote d’extrême droite, considéré
comme un
appel de l’électeur, le formateur gouvernemental, M. Wathelet, propose un
pari pour
une nouvelle citoyenneté axé sur la ville, la solidarité et la restauration de la confiance des
citoyens dans la politique (Wathelet, 1992). Dans ce cadre, le nouveau gouvernement (socialchrétien et socialiste) définit un
programme d’urgence sur les problèmes de sociétépour répondre
à cinq grands défis sociaux :la sécurité, la justice, l’immigration, l’environnement et la solidarité.
Force sera de reconnaître rapidement que ce furent les trois premiers qui reçurent la priorité du
gouvernement. Pour rencontrer le défi de l’insécurité, le gouvernement s’engage à poursuivre la
réalisation du
Plan de la Pentecôte, mais précise certaines priorités qui pèseront lourdement sur
l’orientation de la politique criminelle : prévention de la petite délinquance, lutte contre la petite
délinquance, lutte contre la drogue, lutte contre la délinquance des mineurs d’âge
[4]. Dès ce
moment, il paraît évident que, notamment sous l’influence des thèses de l’extrême droite, la lutte
contre la
petite délinquanceou la
délinquance urbaine est devenue une des premières priorités de
politique criminelle, voire de politique tout court en tant qu’outil privilégié pour répondre à une
préoccupation majeure du monde politique :restaurer la confiance du citoyen dans l’État.
Prenant appui sur les modèles français mais surtout hollandais (Poulet, Brion, Dupont,
1991), les autorités belges, sous l’égide du ministère de l’Intérieur, vont s’atteler à trois
réformes complémentaires : le renforcement de la police locale et la revalorisation de la police
de quartier qui sera ultérieurement récupérée sous le thème d’une police de proximité aux
contours peu définis; le développement d’une politique de prévention au niveau local symbolisée par les contrats de sécurité; l’aménagement de procédures judiciaires pour assurer le jugement plus rapide et plus efficace des auteurs de petite délinquance et la mise en place de dispositifs localisés pour assurer le suivi coordonné de personnes sous contrôle judiciaire. Le tout
sera qualifié de politique globale et intégrée, au motif qu’en matière de délinquance, l’échec
des politiques de droite (davantage répressives) comme de gauche (davantage préventives)
appelle une intégration des deux approches afin d’assurer une vision globale du problème.
Autour des thèmes du local et de la rapidité, du partenariat et du contrat, du consensus et de l’intégration d’approches complémentaires, le principe d’une nouvelle proximité de la justice
pénale, en rupture avec les modes d’intervention sectoriels et cloisonnés antérieurs, se met
donc en place. Destinée à rapprocher, dans l’espace et dans le temps, l’action policière et judiciaire des sources et des manifestions problématiques érigées en cause de l’insécurité et de la
crise de confiance des citoyens dans les institutions, cette politique vise prioritairement divers
groupes à risques dans les quartiers paupérisés des grandes entités urbaines.
II. Une « police de proximité » au service du public... ou de la police ?
1. L’importation de l’idéologie du community policing en Belgique
Le
community policing est un modèle de police mis à l’honneur dans les pays anglo-saxons
et notamment à New-York dès la fin des années 1970 où il sera parfois associé ensuite à la politique de
tolérance zéro pour lutter contre la petite délinquance. Son idéologie fait son entrée en
Belgique où les élites policières (notamment la gendarmerie) sont désormais soumises à l’influence des Pays-Bas, traditionnellement plus ouverts aux modèles anglo-saxons (Hebberecht,
1998). Porteuse de l’idée de lutte globale et intégrée contre la criminalité, elle met l’accent sur
la nécessité d’associer le plus étroitement possible la police et les citoyens pour assurer la sécurité dans les villes
[5].
En Belgique, la promotion d’un modèle de police de proximité ou de « police de base »
tombe à pic pour renforcer l’image de la police (Defraene et al., 1997; Smeets, Strebelle,
2000). À l’initiative de la gendarmerie, suivie ensuite par certains corps de police communale
(surtout dans la partie flamande du pays), une approche policière préventive à coloration proactive est envisagée dès la fin des années 1980. Prenant appui sur la population, cherchant la collaboration d’autres acteurs intermédiaires de la société civile (travailleurs sociaux, groupes de
citoyens), la police de proximité joue sur un certain nombre de leviers susceptibles de rapprocher la police de son public. Décentralisation, déspécialisation et décloisonnement des interventions policières, prévention et îlotage, intervention proactive, mais aussi plus tard tolérance
zéro (Lippens, 2000) dans certaines villes, constituent les lignes de force d’une approche qui
repose sur une plus grande proximité spatiale et temporellede l’intervention policière. Parallèlement, l’amélioration de l’accueil du public et la création de bureaux d’aide aux victimes,
l’apparition de nouveaux acteurs de médiationet de concertation, ou encore la mise en place de
campagnes publicitaires destinées à renforcer l’image de la police, tablent aussi sur une proximité relationnelle destinée à redorer la légitimité de la police.
2. Difficultés et résistances au changement…
Ce nouveau concept de
police intégrée à la communauté version belge se heurte toutefois
rapidement à plusieurs difficultés. L’évolution partielle de la fonction policière vers une
soft
police plus ouverte à la population suscite d’abord une certaine méfiance dans le chef des
citoyens et des acteurs de la société civile, comme en témoignera l’affaire des
facteurs délateurs
[6].
Dans le monde des associations notamment, on s’interroge sur les finalités réelles d’un rapprochement de la police et du citoyen qui va de pair avec une extension des activités policières dans
le domaine préventif et social. La proximité est ici synonyme d’extension et nourrit les craintes
d’absorption. Ceci pose d’autant plus question que la police n’abandonne pas pour autant ces
modes d’intervention réactionnels classiques, de nature plus musclée. Au sein de la police
ensuite, le modèle d’une police de proximité n’est pas sans susciter difficultés et résistances.
Dans ce domaine comme dans d’autres, la collaboration entre une gendarmerie toute-puissante,
qui se résigne mal à un rôle de police de
seconde ligne, et la police locale, chargée d’une police
de
première ligne, est problématique. Les besoins d’une
proximité relationnelle interne justifieront ici la création en 1995 de
zones interpolices destinées à mieux articuler, autour d’une
Charte de sécuritéqui reprend les principes du
community policing, les règles de la coopération
policière au niveau local pour maximaliser
la visibilité, l’accessibilité et la disponibilité des services de police (Ponsaers, 1998). De surcroît, la police de proximité se heurte aussi à des résistances culturelles importantes. Souvent cantonnée à quelques services spécifiques et isolés
(agents de quartiers, îlotiers, gendarmes de secteur, services d’accueil), cette fonction axée sur la
prévention et la pacification sociale est largement dévalorisée auprès de policiers qui
ne se sentent pas une âme d’assistant social. Réservée souvent à des fonctionnaires sanctionnés ou en fin
de carrière, elle est largement déconsidérée par les autres services d’intervention et de recherche
(la
vraie police) qui voient surtout dans ces policiers de quartier des relais d’information utiles à
instrumentaliser pour leur propres opérations (Smeets, Strebelle, 2000).
Les difficultés et résistances constatées pervertissent sensiblement un processus de changement initié essentiellement par le haut, hiérarchie pour la gendarmerie et ministère de l’Intérieur pour la police communale. Au point qu’on peut considérer que les nouveaux dispositifs
inspirés du
community policing traduisent en fin de compte moins la mise en place d’une
police de proximité que l’accroissement de la
proximité de la policeet le renforcement d’une
proximité du contrôle policier. À l’heure actuelle, c’est en effet moins un nouveau mode
d’action qui se met en place qu’une intensification de l’action policière traditionnelle sur ses
publics cibles habituels (jeunes délinquants et usagers de drogue notamment) à des fins de
connaissance et de maîtrise
[7]. Ce constat rejoint les enseignements d’autres recherches récentes
qui soulignent la grande autonomie de l’acteur policier et la relative imperméabilité des forces
de sécurité aux injonctions issues du monde politique ou d’une hiérarchie lointaine. Quel que
soit leur niveau d’intervention, les services de police ont leurs contraintes internes et leurs
impératifs propres en termes, par exemple, de recueil d’informations, de maîtrise et de stabilisation de l’espace, d’évitement du travail administratif, de sécurisation personnelle ou de
réduction de leurs propres incertitudes. Ceci les amène à instrumentaliser de nouveaux dispositifs ou de nouvelles orientations de travail à des fins propres, quitte à les détourner très largement de leurs finalités premières (Devresse, 2000; Francis, 2000).
III. Une prévention « globale et intégrée » au service de la sécurité
1. Les « contrats de sécurité » ou une prévention de proximité spatiale, temporelle
et relationnelle
À l’intérêt croissant pour une police de proximité correspond une attention soutenue pour la
mise en place d’une politique globale et intégrée de prévention, ce qui répond aux présupposés
du community policing. La tendance, inaugurée par la création en 1985 d’un Conseil supérieur
et de Commissions provinciales de prévention de la criminalité placés sous l’égide du ministère
de l’Intérieur, prend son véritable essor en 1992. Le volet sécurité du programme d’urgence sur
les problèmes de société concocté par le gouvernement fédéral prévoit notamment la création,
aux côtés de contrats de prévention, de contrats de sécuritéappelés, dans 12, puis 29 communes
à risques du pays, à renouveler considérablement les cadres de la prévention au niveau local.
Pilotés par le ministère de l’Intérieur, les contrats de sécurité seront rapidement érigés en
emblème de la
nouvelle prévention. Organisés autour de deux volets complémentaires de prévention policière et de prévention sociale, ils proposent une approche
globale, multidisciplinaire et intégrée des problèmes au niveau local et encouragent le partenariat entre divers
acteurs locaux de prévention pour
lutter contre l’exclusion sociale, la petite délinquance et le
sentiment d’insécurité
[8]. Version sécuritaire de la politique de la ville menée en France depuis le
début des années 1980, les contrats de sécurité sont d’inspiration néerlandaise. D’orientation
moins sociale, ils traduisent les priorités d’une prévention policière et situationnelle en vigueur
aux Pays-Bas. Ici encore, on trouve à travers l’articulation des deux principaux volets de prévention policière et sociale la quête d’un idéal de proximité qui se décline sur plusieurs tons. À
un objectif de
proximité spatiale qui se manifeste par l’accent mis sur le local et la commune
comme lieu de problématisation, de responsabilisation et d’intervention (Réa, 1995), répondent
les impératifs d’une
proximité temporelle de l’intervention, soumise aux exigences d’une
politique spectacle: s’il s’agit bien souvent d’occuper, voire d’
invisibiliser jeunes et autres
figures de la menace dans certains quartiers spécifiques, il importe aussi de privilégier des
actions visibles et rentables à court terme (Schaut, 2000a). Par ailleurs, l’idéal de « globalisation » et « d’intégration » qui préside à cette nouvelle prévention « multidisciplinaire » indique
la volonté d’instaurer une
proximité relationnelle entre divers acteurs de prévention autrefois
séparés par des secteurs d’intervention soigneusement cloisonnés. L’idéologie du partenariat,
soutenue par une analyse consensuelle des problèmes sociaux, doit en effet favoriser le rapprochement factuel mais aussi idéologique entre policiers et acteurs traditionnels de la prévention sociale.
En 1996, les contrats de sécurité se transforment en
contrats de société et de sécurité. Il
s’agissait en principe d’une étape transitoire devant déboucher sur des
contrats de société dans
le cadre d’une
politique de renouveau urbain traduisant une conception moins sécuritaire des
problèmes sociaux
[9]. À l’heure qu’il est, le provisoire est devenu permanent et les « contrats de
sécurité et de société » sont toujours en place. La transformation sémantique opérée traduit surtout la volonté de rationaliser l’offre de prévention qui s’est démultipliée ces dernières années
dans les communes à l’attention des jeunes, des usagers de drogue ou d’autres figures de la
déviance et leurs victimes.
2. Les impacts réels d’une prévention de proximité
Peut-on tirer quelques conclusions sur les effets de ces nouveaux dispositifs qui symbolisent
une prévention de proximité ? Sans prétendre à un bilan
[10], nous pouvons néanmoins souligner ici
quelques points importants, à partir des recherches auxquelles nous avons participé. Premièrement, la quête de proximité spatiale et temporelle des nouveaux dispositifs de prévention tend à
faire du local le lieu des problèmes et de leurs solutions et du
temps réel la nouvelle temporalité
d’une intervention à caractère gestionnaire. Outre qu’il s’agit d’une vision singulièrement réductrice qui fait l’impasse sur diverses variables supra-locales, productrices tant d’insécurité que de
déviances, la territorialisation des politiques de sécurité n’est pas sans effet sur ce qu’elle prétend combattre : elle tend par exemple à accentuer les frontières entre
bons et
mauvais quartiers
et à stigmatiser divers espaces et leurs populations associés à l’insécurité au détriment d’autres
images plus valorisantes (Schaut, 2000a). Elle peut en outre avoir pour effet de fixer des populations précaires,
menaçantescomme
menacées, dont on ne cherche pas à assurer la mobilité mais
au contraire à encourager un certain confinement dans des espaces sous contrôle; ce faisant, la
territorialisation des dispositifs publics contribue à redoubler les effets d’expériences sociales
négatives déjà largement localisées (Schaut, 1998a). Sur le plan institutionnel enfin, la localisation des dispositifs laisse croire à l’émergence d’un nouveau mode de régulation négociée, synonyme de décentralisation et de participation. Or, le changement est en partie factice, l’État fédéral continuant à « imposer » de manière souple des priorités supra-locales. Quant à la variable
temporelle privilégiée par la logique horizontale du regard
global et intégré, elle consacre
l’émergence d’une temporalité de l’urgence et du court terme qui exige des résultats rapides et
visibles (des
coups médiatiques), en lieu et place de la temporalité longue traditionnelle de l’action préventive et sociale. Elle se traduit tant par la flexibilité et la précarité des encadreurs
(Hubert, 2000), censés s’adapter au coup par coup aux changements rapides de conjoncture, que
par une modification du statut des populations cibles qu’il s’agit moins d’éduquer, de normaliser
ou d’intégrer à long terme que de neutraliser
ici et maintenant, à court terme.
Deuxièmement, la proximité relationnelle recherchée par des dispositifs en quête d’une
action partenariale ou globale et intégrée débouche à première vue sur un relatif échec. Craignant d’être
colonisés par un monde policier aux structures professionnelles mieux assises, les
intervenants sociaux des contrats de sécurité n’ont eu de cesse d’afficher leur autonomie à
l’égard de l’intervention policière (générant d’ailleurs une réaction symétrique dans le chef de
policiers qui réalisent, eux aussi, la difficulté de collaborer avec des acteurs issus d’autres
mondes socioprofessionnels) (Hacourt, Lacroix, Tange, 1999; Smeets, Strebelle, 2000). Ils y
sont, dans l’ensemble, relativement bien parvenus, soucieux notamment d’échapper à la critique de
dérive sécuritaire émanant de leurs collègues des secteurs sanitaires et sociaux traditionnels. Avec ces derniers par ailleurs, plutôt que de
proximité et de
partenariat, ce sera longtemps de
méfiance et de
concurrence dont il faudra parler, même si le refus de coopération des
premières années s’atténuera par la suite
[11].
Troisièmement, l’échec d’une approche globale et intégrée, symbole d’une proximité relationnelle, n’est que relatif : il est compensé par l’avancée d’une proximité idéologique de type
gestionnaire et sécuritaire qui, au fil des années, touchera l’ensemble du travail social, au delà
de la frontière des dispositifs. À l’intérieur des contrats de sécurité, la dépendance de travailleurs au statut précaire à l’égard des pouvoirs publics génère un néo-féodalisme local qui
atténue leur autonomie à l’égard des priorités politiques locales. À l’extérieur, réalisme financier oblige, la résistance critique à l’égard de la perspective sécuritaire s’estompe avec le temps
(Cauchie, 2000). En outre, une certaine porosité entre les divers secteurs de la prévention soumet l’ensemble du travail social à l’influence d’une logique de prévention et de réduction des
risques qu’incarnent les contrats de sécurité. Autrement dit, la tendance à l’invisibilisation des
figures de la menace, l’intervention dans l’urgence et à court terme, le recours aux actions
médiatiques, quantifiables et localisées, se généralisent. À cet égard, les principes du consensus
et du partenariat sont venus raviver de manière brutale le malaise identitaire classique des travailleurs sociaux, entre aide et contrôle (Schaut, 2000b), malaise qui s’étend aujourd’hui aux
acteurs du travail sanitaire sollicités de manière croissante par la justice pénale.
Quatrièmement, un malaise d’une autre nature mais tout aussi significatif des évolutions de
la société contemporaine touche divers nouveaux acteurs de la prévention inscrits dans les
contrats de sécurité. Dotés d’un statut précaire, de missions floues et de compétences limitées,
assistants de concertation ou assistants de prévention et de sécurité constituent ce qu’on peut
appeler un néo-prolétariat de contrôle aux fonctions peu valorisantes et sans réelles capacités
d’action (Arimont, Lacroix, 1995; Hendrickx, Smeets, 2000). Instruments de la lutte contre le
chômage, les contrats de sécurité se font ici le relais de l’idéologie de l’État social actif qui prétend activer les allocations sociales en mettant les demandeurs d’emploi au travail. Le maintien
dans la précarité de précaires surveillant d’autres précaires : l’image peut paraître caricaturale,
elle a néanmoins son poids de vérité.
Cinquièmement enfin, l’analyse de la crise de confiance des citoyens dans les institutions
tout comme celle du sentiment d’insécurité qui ont contribué à privilégier l’élaboration d’une
réponse sociosécuritaire et sociopénale sont restées largement lacunaires. Là où des recherches
sur les Marches blanches de citoyens qui ont essaimé en Belgique après l’affaire Dutroux ont
montré la multiplicité des attentes des citoyens à l’égard des institutions (Marquet, Cartuyvels,
2001), d’autres résultats de recherches récents soulignent les multiples dimensions d’un sentiment d’insécurité que l’on ne peut réduire à la peur de la petite délinquance dans les quartiers à
risques, y compris dans les quartiers paupérisés des grandes villes (Schaut, 2000c; Beyens,
Raes, Van den Broeck, 2000). On ne semble, à aucun moment, en avoir tiré les leçons.
III. Les proximités de la justice
Les inflexions repérées dans le champ policier et dans les politiques de prévention ont,
conformément au plan gouvernemental de 1992, leur pendant judiciaire. L’approche intégrée
suppose en effet une certaine cohérence et des renvois possibles entre les volets préventif et répressif des politiques de sécurité. Dès lors, l’idéal de proximité temporelle et spatiale, tout comme la
volonté de proximité relationnelle, se rencontre ici aussi avec l’éclosion de nouveaux dispositifs
judiciaires supposés, une fois de plus, offrir une réponse plus adaptée à la délinquance urbaine, lutter contre le sentiment d’impunité et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
1. La proximité temporelle de la justice : médiation pénale et justice rapide
Dans le champ de la justice pénale des adultes, deux initiatives (qui ont leur pendant dans la
justice des mineurs) sont particulièrement représentatives d’un idéal de
proximité temporelle.
Premièrement, une loi sur la « médiation pénale » du 10 février 1994 introduit trois nouveaux
modes d’extinction de l’action publique mis à disposition du parquet. Plutôt que de saisir le tribunal, le ministère public peut proposer à l’auteur de l’infraction d’indemniser la victime ou de
réparer le dommage causé par l’infraction (via une médiation ou non), de suivre un traitement
médical ou une autre thérapie en cas d’assuétude aux drogues ou à l’alcool, d’exécuter un travail d’intérêt général ou de suivre une formation. La médiation pénale – qui n’a ici, à l’exception de la première hypothèse, de médiation que le nom – est souvent présentée comme un
mode alternatif de justice. Incarnation d’un modèle de justice négociée
civilisant le procès
pénal, la médiation chercherait à pacifier les conflits plutôt qu’à les trancher par le glaive, à
rompre avec les impasses de la logique punitive pour restaurer dans leur dignité infracteur et
victime
[12]. À se pencher sur les travaux préparatoires de la loi belge, on s’aperçoit néanmoins
que les objectifs du législateur sont aussi nettement plus prosaïques : accélérer la justice pénale
pénale pour lutter contre le sentiment d’impunité généré par une justice trop lente et systématiser le « rappel de la loi » dans le chef d’un parquet qui recourt trop volontiers au classement sans
suite pour des infractions mineures. Sur le plan des objectifs, la médiation pénale trahit ici une
vieille loi des mutations pénales, déjà vérifiée avec l’introduction des circonstances atténuantes
(1832), de la libération conditionnelle (1888) ou de la probation (1964) (Tulkens, van de Kerchove, 1998,462-463): les nouveaux dispositifs de
soft justice ont souvent moins comme
objectif d’adoucir la justice pénale que de resserrer le filet pénal pour mieux contrôler ceux qui
risqueraient de passer à travers les mailles d’un filet trop rigide. Ainsi, la médiation pénale
avait-elle, pour le législateur, au moins autant pour objectif de se substituer au classement sans
suite qu’à se poser en alternative à la justice pénale traditionnelle (Guillain, 2000). Sur le plan
des pratiques en outre, le constat est pour le moins mitigé : pour autant qu’il puisse mordre sur
le contentieux pénal classique, ce
mode alternatif de justice ne serait pas sans intérêt. Mais
diverses recherches soulignent la sous-utilisation d’une procédure souvent mal connue, cadrant
mal avec la culture traditionnelle des magistrats qui la jugent trop douce, ou appliquée de
manière préférentielle à des jeunes belges, peu ancrés dans la délinquance et auteurs de faits
peu graves (Adam, Toro, 2000; Guillain, Scohier, 2000). Ce double constat permet ici de
rejoindre un spécialiste français de la médiation, J. Faget, lorsqu’il s’interroge sur le caractère
en définitive
non alternatif de la médiation et sur la contribution qu’apporte le dispositif à
l’archipel carcéral qu’évoquait Foucault (Faget, 1999).
Deuxièmement, la justice se cherche une autre voie dans la justice
rapide. Destinée elle
aussi à lutter de manière plus efficace contre la délinquance
urbaine, flagrante, répétitive en
collant au plus près ses manifestations, une loi de juillet 1994 instaure une procédure dite accélérée qui, selon le gouvernement, doit assurer une manifestation immédiate de la réaction pénale
afin de diminuer le sentiment d’impunité (du délinquant comme de la victime)
[13] et introduire le
traitement en temps réel dans le fonctionnement du parquet, celui-ci
suivant le dossier « en
direct » par contacts téléphoniques avec la police, les devoirs d’enquête complémentaires étant
exécutés immédiatement par la police et les décisions étant prises sur-le-champ par les magistrats
[14]. Peu appliquée dans l’ensemble du pays (Beuken, 2000; Raes, 2000), cette procédure
suscita à Bruxelles la création d’une cellule du parquet baptisée
bandes organisées – procédure
accélérée qui précise le public visé :
les groupes de jeunes qui créent un sentiment d’insécurité
dans les quartiers de la capitale (Adam, Toro, 1999,981). Le développement de ce dispositif
s’est accompagné, de la part de ses principaux promoteurs, de différentes initiatives destinées à
démontrer sa nécessité et son utilité ainsi qu’à assurer son efficacité (réunions, descentes sur le
terrain, élaboration de statistiques, rapports, publications, interviews,…). Ces démarches
contribueront à construire non seulement une image dramatisante de la délinquance urbaine qui
permet d’attester de l’importance à lui accorder, mais aussi un
phénomènede bandes à Bruxelles
(Vander Straeten, Van Der Noot, 1995,1997; Van Der Noot, Michel, 1999). Visant le même
type de contentieux, cette procédure, plus musclée, concurrence celle de la médiation pénale
qu’elle contribue à marginaliser encore davantage.
La procédure accélérée annonce les dérives d’une
politique spectacle dont l’actuel ministre
libéral de la Justice, M. Verwilghen, fournira une éclatante démonstration quelques années plus
tard. En 1999, à peine investi de ses nouvelles fonctions, celui-ci se lance dans une véritable
croisade pour imposer une nouvelle procédure de comparution immédiate sous détention, complémentaire et plus rapide que la précédente. L’objectif est, encore et toujours, de lutter plus
efficacement contre la délinquance urbaine, mais aussi de contrer les débordements prévisibles
lors du championnat d’Europe de football, l’
Euro 2000 que la Belgique organise avec les Pays-Bas. Dès son annonce, le projet rencontrera l’opposition généralisée des praticiens de terrain
qui la juge inutile et inapplicable
[15], l’avis sévère des juristes du Conseil d’État
[16] et les critiques
nourries de la doctrine (
Journal des Procès, 2000) qui, pour l’essentiel, ne diffèreront guère de
celles formulées à l’encontre de la procédure accélérée première version : danger d’une justice
qui s’exerce sans distance par rapport aux faits, risque d’une justice à plusieurs vitesses, atteinte
au principe de personnalisation de la peine, risque d’accroissement des détentions préventives
et des courtes peines, nécessité de remédier aux véritables causes du mauvais fonctionnement
de la justice plutôt que de créer de nouvelles procédures qui ont peu de chances d’être appliquées notamment en raison de problèmes de moyens disponibles… Allant jusqu’à menacer de
démissionner, le ministre imposera finalement son projet au Parlement, concédant seulement
qu’une nouvelle loi vienne ensuite en corriger les nombreuses imperfections techniques. Pratiquement inappliquée pendant l’
Euro 2000, la nouvelle procédure de comparution immédiate
ne le sera guère plus par la suite. Mais au fond, comme le soulignera un sénateur socialiste francophone et ancien ministre de la Justice, au moment où le débat sur la loi battait son plein, ce
n’est pas vraiment la question. L’effet d’annonce semble de fait avoir joué un rôle moteur dans
l’adoption d’une procédure sans réelle pertinence pratique, au point que, dans les sondages, la
comparution immédiate apparaisse comme une des meilleures réalisations du gouvernement.
2. Une quête de proximité spatiale et relationnelle
Par ailleurs, tout comme en matière de politique de prévention et de sécurité où proximité
temporelle et proximité spatiale sont indissociables, plusieurs initiatives judiciaires traduisent
un
idéal de proximité spatiale ou le souci de rapprocher la justice pénale de ces cibles dans
l’espace, en « délocalisant » les interventions et le suivi des décisions de justice dans les quartiers problématiques. Un premier projet de
bureaux de prévention et de médiation destinés à
déconcentrer l’action publique dans divers quartiers difficiles s’étant soldé par un échec, la cellule
bandes organisées – justice accéléréedu parquet de Bruxelles envisagera, en 1997, la création d’
antennes du parquet dans certaines communes de la capitale. Ces antennes devaient
mettre en œuvre une action forte et rapide pour lutter contre la petite délinquance, notamment
celle imputable à des jeunes d’origine étrangère (Beuken, 1997). Deux ans plus tard, ce projet
connaîtra un début de concrétisation dans certaines communes, sans qu’on ait aujourd’hui de
véritable évaluation du travail des « Antennes de Justice ». À cela, il faut ajouter que le suivi des
mesures judiciaires alternatives telles que le travail d’intérêt général ou la médiation pénale,
constitue un autre témoignage d’une recherche de proximité spatiale. Depuis 1994, tant en ce
qui concerne la justice des mineurs que celle des adultes, les communes sont invitées à passer
des conventions avec le ministère de la Justice pour assurer l’
encadrement pédagogique local
des mesures via la structure des contrats de sécurité
[17]. L’ancrage territorial de l’action judiciaire
et para-judiciaire soulève ici des questions identiques à celles que pose la territorialisation des
dispositifs de prévention.
Enfin, la quête d’une
proximité relationnelle s’exprime par la création récente de
maisons
de justice dans chaque arrondissement judiciaire. Partant du constat de l’émergence d’un
nombre important de nouvelles initiatives dites
parajudiciaires (mesures alternatives, médiation pénale, accueil des victimes auprès des parquets, mesures de diversion relatives aux
jeunes,...) et de la coexistence de plusieurs intervenants psychosociaux (service social du
ministère de la Justice, services psychosociaux en prison, services d’aide sociale dépendants
des Communautés, services créés dans le cadre des contrats de sécurité et de société,…), le
ministère de la Justice entend, grâce aux maisons de justice, accroître l’efficacité, l’effectivité,
l’humanisation et l’accessibilité de la justice
[18]. Si ce dernier objectif doit être rencontré par une
restructuration du système d’aide juridique et par la création au sein de la maison de justice
d’un service dit de
première ligne chargé de fournir des renseignements juridiques et de faciliter l’orientation des demandes de résolution de conflits, ce sont actuellement les objectifs d’efficacité et d’effectivité qui paraissent prioritaires dans une structure cherchant d’abord à renforcer la cohérence interne, la supervision et le contrôle du travail
parajudiciaire, ainsi que la
collaboration entre les différents intervenants. Le souci est compréhensible : depuis 1990, ces
travailleurs se sont multipliés de manière rarement égalée, sans concertation ou coordination
entre ministères, fédéraux, régionaux et communautaires, à la base des différents projets. Toutefois, la mise en œuvre d’une telle coordination n’est pas sans soulever diverses questions qui
ressemblent furieusement à celles qu’a soulevé le processus de centralisation du travail de prévention dans le cadre des contrats de sécurité. Nombre d’acteurs
para-judiciaires éprouvent
aujourd’hui, dans le champ médico-psycho-social notamment, la crainte d’être contaminés par
les logiques d’intervention policière et pénale qui sous-tendent ces initiatives de coordination
[19].
Que conclure ici ? Comme en matière de prévention, ces dispositifs ont le souci de promouvoir une plus grande proximité spatiale, temporelle et relationnelle à des fins d’efficacité tant
instrumentale que symbolique. Trois traits marquants sont ici à retenir. En matière de
proximité
spatiale d’abord, la justice semble plus lente à la détente que la police, mais peut-être la délocalisation a-t-elle un coût symbolique plus important pour des magistrats habités par une vision
sacralisée de leur « office » et qui se dissocient difficilement du décorum des palais de justice. La
proximité temporellepar contre ne pose pas ce type de problèmes. Le souci d’accélération judiciaire est manifeste et se traduit par l’importance croissante prise par le parquet au cœur du système judiciaire. Se conjuguent ici plusieurs mouvements dont il ne faut pas sous-estimer l’importance. Tout d’abord, le souci de rapidité va de pair avec un déplacement en amont du centre
de gravité de la justice pénale, des juridictions de fond vers le parquet, et bientôt du parquet vers
l’acteur policier
[20]. Un tel souci rencontre et renforce, ensuite, celui d’accroître la visibilité de
l’intervention judiciaire, en rupture radicale avec les principes de lenteur et de discrétion qui
symbolisent la justice pénale traditionnelle; la justice pénale au présent est une justice dramaturgique qui joue sur la mobilisation des émotions et qui semble plus soucieuse des retombées
médiatiques de façade que de l’impact réel de ces innovations. Enfin, accélération rime également avec simplification et déformalisation du processus judiciaire; la question des garanties
procédurales est singulièrement écornée dans des procédures de justice
rapide appliquées à des
affaires
simples... auxquelles, il est vrai, on ne donne guère le temps de devenir complexes.
Quant à la recherche d’une plus grande
proximité relationnelle entre acteurs, elle porte le
risque de se transformer en une
proximité du contrôle exercé par les uns sur les autres. Des
effets de champ sont ici repérables (et repérés par les intervenants para-judiciaires eux-mêmes),
susceptibles de déboucher tant sur une absorption idéologique des acteurs les plus faibles et les
moins structurés par les plus puissants que sur un contrôle plus serré de leurs actions. Il en va de
même à l’égard des populations
à risques. Combinée aux dispositifs locaux de prévention, une
justice moins formelle et plus rapide permet en effet un quadrillage pénal plus serré et plus
constant de populations dont une partie échappait à l’appareil pénal. À cet égard, le projet du parquet de Bruxelles d’antennes de justice concentre l’essentiel des problèmes posés par les dispositifs de proximité existants, qu’il s’agisse de la médiation pénale, de la procédure accélérée ou
des contrats de sécurité, problèmes qui sont autant d’indicateurs des principales tendances de la
politique criminelle belge depuis 1990 : focalisation sur la petite délinquance à laquelle est
réduite le problème de l’insécurité; extension du contrôle social à la fois par la surpénalisation de
certains comportements et par l’immixtion de la politique de prévention du ministère de l’Intérieur dans un nombre croissant de secteurs sociaux; déplacement de fonctions juridictionnelles
vers le parquet et développement de politiques proactives par la police, renforçant le rôle de plus
en plus central joué par ces institutions dans le traitement des problèmes sociaux; stigmatisation
accrue de quartiers dits
à risques et traitement discriminatoire de leurs habitants; apparition
d’une justice à plusieurs vitesses, dans laquelle des droits tels que la présomption d’innocence ou
le procès équitable, sont à géométrie variable, etc.
IV. Le plan fédéral de sécurité et de politique pénitentiaire (2000)
1. Le bilan mitigé des années antérieures
Le bilan de cette décennie est, on le voit, mitigé. D’un côté, des résultats de recherches de
plus en plus nombreux convergent fondamentalement quant aux effets des politiques initiées
tout au long des années 1990 : qu’il s’agisse des contrats de sécurité (Defraene et al., 1997), de
la police de proximité (Smeets, Strebelle, 2000), du travail d’intérêt général (Bellis, 1999;
Guillain, Scohier, 2000), de la médiation pénale (Adam, Toro, 1999; Guillain, Scohier, 2000;
Beyens, 2000), de la procédure accélérée, ou encore de la politique en matière de drogue (Deltenre, Lebrun, 2000; Kaminski, Mary, 1999), aucun de ces dispositifs ne semble avoir été en
mesure d’atteindre les objectifs qui leur avaient été assignés, voire même de s’imposer véritablement dans les pratiques des acteurs du système pénal (Van Campenhoudt et al., 2000). De
l’autre cependant, cette nébuleuse de dispositifs n’en produit pas moins un certain nombre d’effets que ce soit sur la définition politique de l’insécurité, sur les priorités de politique criminelle, sur les populations ciblées ou encore sur les professionnels du secteur.
Parler de nébuleuse permet toutefois de souligner que l’échec le plus patent est celui d’une
politique se voulant globale et intégrée car, au delà de leurs similitudes ou de la production d’effets comparables, la plupart de ces dispositifs ont été créés au coup par coup, sans concertation
ou analyse préalable et partant, sans que ne soient donnés les moyens de leur intégration. L’affaire Dutroux et ses suites contribueront à pointer la persistance de problèmes de fonctionnement de la police et de la justice, et c’est sans grande surprise que le gouvernement libéral,
socialiste et écologiste issu des élections de juin 1999 remettra la question parmi ses principales
priorités, à nouveau en lien avec le rétablissement de la confiance des citoyens dans l’État et les
institutions.
2. Le plan fédéral de sécurité : renforcer la proximité de contrôle
Comme ses prédécesseurs, le nouveau gouvernement entend inscrire la sécurité dans une
politique globale et intégrée qui prenne en compte les différentes dimensions du problème :
Une politique de sécurité ne se résume pas seulement à la lutte contre la criminalité. Un
grand nombre de facteurs (chômage, la situation dans les grandes villes, l’insécurité routière,
la propreté du cadre de vie,…) contribuent à alimenter le sentiment d’insécurité dans
le chef de nos concitoyens. La lutte contre l’insécurité passe par l’amélioration de l’efficacité
de la Justice et des services de police. Elle nécessite également une politique de réhabilitation
urbaine, une politique de l’emploi qui doit conduire à l’intégration sociale des personnes
et des populations marginalisées ou exclues. De même, une plus grande accessibilité
de tous à tous les services de l’État et notamment à celui de la Justice sera organisée [21].
Si ce programme n’est en définitive que la poursuite des chantiers de réforme ouverts
depuis au moins un lustre, sa crédibilité paraîtra d’autant plus grande à d’aucuns que le département de la Justice sera confié au libéral flamand M. Verwilghen. Ancien président de la commission parlementaire sur l’affaire
Dutroux, celui-ci a en effet réussi à s’identifier non seulement aux critiques et plaintes de certains parents d’enfants disparus et assassinés, mais aussi à
l’indignation populaire suscitée par les
(dys)fonctionnements de la Justice, voire de l’appareil
d’État dans son ensemble. Il se présente en outre comme un politicien
nouvelle culture, transcendant les clivages traditionnels et désireux de contribuer, avec tous
les hommes de bonne
volonté, à un changement en profondeur de l’appareil policier et judiciaire. C’est donc au nouveau ministre de la Justice que le gouvernement confia la tâche d’élaborer un
Plan fédéral de
sécuritéau motif
qu’il est le détenteur du remède ultime, la peine privative de liberté, mais également parce qu’il peut
par excellence suivre de très près les problèmes sociaux en évolution
[22].
Sans pouvoir entrer ici dans le détail de ce volumineux document, présenté en primeur à la
presse le 10 janvier 2000 et ayant fait l’objet d’importantes controverses au sein même du gouvernement, on soulignera qu’il durcit sensiblement les tendances sécuritaires des politiques
antérieures et, spécialement, la dimension d’une proximité de contrôle. Le ministre de la Justice privilégie ainsi une conception défensive de la prévention, avec pour finalité la gestion des
risques dont sont porteuses certaines populations comme les jeunes et les étrangers : renforcement du contrôle et de la surveillance policière des noyaux durs de jeunes, caméras, liaisons
radio, stewards, poursuites et sanctions rapides, dénonciation, formation d’unités policières
spécialisées en matière de jeunesse, … La prévention sociale est réduite à la portion congrue et
la place importante donnée à diverses formes de prévention situationnelle est de nature à alimenter le système pénal, puisque l’un des objectifs de ce type de prévention est précisément de
mieux détecter les délits et d’accroître l’arrestation de leurs auteurs. De manière générale, la
conception de la répression est d’ailleurs marquée par la volonté d’étendre le champ d’intervention pénale de deux manières au moins. Premièrement, par une plus grande sévérité qui
conduit à l’augmentation du nombre de personnes entrant dans le système pénal et/ou au durcissement des sanctions dont elles font l’objet : les projets relatifs à la tolérance zéro – pudiquement requalifiée rappel à la norme –, couplés à la comparution immédiate dont nous avons
parlé plus haut, en sont la meilleure illustration. Deuxièmement, par l’élargissement des types
de comportements ou de situations susceptibles de faire l’objet d’une telle intervention pénale :
nuisances, comportements indésirables, incivilités,… Enfin, en ce qui concerne le suivi des
condamnés, on notera la tendance, amorcée depuis plusieurs années, au renforcement non de
l’aide, mais du contrôle auquel ils sont soumis avec, en particulier, divers aménagements du
secret professionnel destinés à faciliter la divulgation d’informations par les professionnels du
secteur socio-sanitaire afin de mieux gérer les risques de délinquance.
Par ailleurs, ce plan est teinté de forts accents néo-libéraux que les négociations avec les
partenaires socialistes et écologistes du gouvernement ont atténué sans pour autant les faire
entièrement disparaître. C’est ainsi par exemple que, contrastant singulièrement avec le sort
réservé à la délinquance urbaine, la première version du plan projetait de décriminaliser la criminalité en col blanc et de laisser jouer les mécanismes autorégulateurs existants inhérents à
notre économie de marché ou de recourir à des modèles de droit pénal extrajudiciaire (Plan
fédéral de sécurité et de politique pénitentiaire, 2000,98). C’est ainsi aussi que les carences de
la Justice comme service public amèneront à envisager, d’une part, la privatisation de certaines
tâches (transfèrement des détenus, expertises, …) et, d’autre part, le développement d’une
approche typiquement managériale, notamment par le développement d’un instrument de
mesure et de suivi, le Balanced Scoreboard, censé permettre un contrôle stratégique qui offre
un cadre à la mesure de prestations où l’objectif est de parvenir à un équilibre entre les indicateurs de prestation à court, moyen et long terme et les indicateurs de prestation pris sous différents angles que sont : le client, l’organisation du service public concerné par la sécurité, le
budget et la capacité d’innovation et d’apprentissage de ce service.
Si la nouveauté de ce plan ne permet pas de déjà faire état de données empiriques relatives à
sa mise en œuvre, son annonce produit cependant déjà un certain nombre d’effets. Sur le plan
pratique, un certain nombre de situations contestables ou, à tout le moins, problématiques y ont
puisé leur légitimité et sont devenues politiquement correctes. Ainsi, par exemple, une firme privée de consultance (Crime Control) a, sans susciter de réactions, offert un cycle de formation
dont certains intitulés sont éloquents : Surveillance par caméras. Comment peuvent-elles être utilement installées ?; Tests drogue. Bientôt sur la route et sur le lieu de travail; Zéro tolerance. Y
a-t-il des solutions aux conflits avec des immigrés ? Dans le même sens, diverses pratiques, dont
précisément la tolérance zéro, menées jusqu’ici avec une certaine discrétion due aux critiques
qu’elles suscitaient ou au caractère douteux de leur légalité, peuvent s’afficher de plus en plus
ouvertement, fortes du soutien officiel que le plan leur apporte. Mais, plus fondamentalement, se
trouve confortée la réduction politique des sources de l’insécurité à la délinquance, urbaine en
particulier, et partant, l’orientation prise par les politiques non seulement criminelles, mais aussi
sociales. Comme nous l’indiquions au terme d’une vaste recherche sur la question, quand la
délinquance est placée au centre des politiques, comme cible prioritaire, il devient de plus en plus
difficile d’accréditer la pertinence d’une intervention qui ne considère l’absence de comportements délinquants que comme bénéfice secondaire, a fortiori lorsque la pérennité de cette intervention dépend de subventions étatiques (Cartuyvels, Mary, Réa, 2000,429). Autrement dit, se
produit un formatage idéologique de l’action sociale autour de la délinquance qui couvre l’absence d’effets tangibles des politiques existantes ou l’abandon de politiques dans d’autres
domaines. Il est à cet égard significatif que le ministre de la Justice, pour justifier sa conception
de la sécurité, entende assumer pleinement certaines mutations de l’État :
Après la Deuxième Guerre mondiale, le développement d’un État-providence était l’objectif premier de la politique. Aujourd’hui, la sécurité est pour beaucoup de gens aussi
importante, voire plus importante que le bien-être et nous évoluons vers une sorte d’Étatsécurité. Pour éviter que cela dégénère finalement en un État policier répressif, nous optons
pour un système de gestion intégrale de la sécurité. Ce système s’inscrit en tant que concept
dans l’État-providence actif [23].
Néo-libéralisme et troisième voie social-démocrate se marient ainsi harmonieusement dans
un projet sécuritaire.
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[*]
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une recherche européenne intitulée
Les nouvelles formes de gestion publique de
la déviance, programme TSER, DGXII, volet
exclusion sociale et intégration sociale en Europe (1999-2001).
[**]
Facultés universitaires Saint-Louis.
[***]
Université Libre de Bruxelles.
[1]
Pour une analyse de ce dernier type, voyez Cartuyvels, Mary, Réa, 2000.
[2]
Enquête parlementaire sur la manière dont la lutte contre le banditisme et le terrorisme est organisée. Rapport fait
au nom de la commission d’enquête par MM. Van Parys et Laurent,
Doc.parl., Chambre, 1989-1990, n° 59/8. Pour
une reproduction de l’essentiel de ce rapport, voyez Mottard, Haquin, 1990.
[3]
Réponses à la violence. Rapport du comité d’études présidé par A. Peyreffite, Paris, La Documentation française,
1977,8 vol.
[4]
Services du Premier ministre,
Déclaration gouvernementale prononcée devant le Parlement, le 9 mars 1992 par le
Premier ministre, Bruxelles, INBEL, 1992,21-22.
[5]
Sur le concept de
community policing, voyez e. a. Skogan, Harnett, 1997; Greene, Mastrofski, 1998.
[6]
En 1997, le ministre de l’Intérieur J. Vande Lanotte proposera de donner aux facteurs un rôle d’informateur qui en
faisaient des relais de première ligne pour la police. Devant le tollé que soulèvera la proposition, le ministre retirera
son projet, soulignant qu’il avait sans doute eu raison trop tôt.
[7]
Voyez Smeets, Strebelle, 2000; Hacourt, Lacroix, Tange, 1999.
[8]
Sur la genèse de cette politique, voyez e. a. Cartuyvels, 1996; Hebberecht, 1997; Mary, 1995; Poulet, 1995.
[9]
Note au Conseil des ministres du 31 juillet 1996,2-3.
[10]
La politique de contrats de sécurité a donné lieu à plusieurs programmes de recherches ces dernières années en Belgique : d’une part, diverses recherches évaluatives commanditées par le ministère de l’Intérieur aux universités
belges, tant flamandes que francophones (pour une synthèse, voyez C. Strebelle, 2000); d’autre part, un programme de recherches socio-économiques prospectives des Services fédéraux des affaires scientifiques, techniques et culturelles (SSTC) (1996-2000) a permis le développement d’importantes recherches interuniversitaires
sur l’impact des dispositifs de politique criminelle mis en place au cours de la décennie.
[11]
Sur cette question, voyez notamment Schaut, 1998b.
[12]
Sur cette
nouvelle intelligence de la peine qu’incarne dans l’idéal la médiation pénale, voyez e. a. Garapon, 1996.
[13]
Projet de loi portant certaines dispositions relatives à l’accélération et à la modernisation de la justice pénale,
Doc.parl., Sénat, 1992-1993,819-1, p. 3.
[14]
Rapport fait au nom de la commission de la Justice par M. Van Belle,
Doc. Parl., Sénat, S.E. 1991-1992, n°209-2,13.
[15]
La comparution immédiate : affirmation d’une justice à deux vitesses ?,
Journal des Procès, 2000,385, (numéro
spécial).
[16]
Documents Parlementaires de la Chambre, 1999-2000, n° 0306/001 – 0307/001.
[17]
L’arrêté royal du 12 août 1994, signé par les ministres de la Justice et de l’Intérieur, prévoit, en son chapitre Ier, le
recrutement contractuel par les communes d’un personnel civil supplémentaire pour l’accompagnement des
diverses « mesures judiciaires alternatives ». Voyez aussi la Circulaire du ministère de la Justice du 7 mars 1995,
modifiée en septembre 1996,
M. B., 29 novembre 1996.
[18]
Une justice à dimension humaine, Note au Conseil des ministres du 17 octobre 1997,5.
[19]
Sur cette question, une recherche-action est actuellement menée à Bruxelles par Y. Cartuyvels et L. Van Campenhoudt (FUSL) dans le cadre du projet DGXII
Gestion publique de la déviance sur le thème
Justice pénale et Santé
mentale : quelles articulations ? (1999-2001).
[20]
Le lancement à titre expérimental dans certains arrondissements judiciaires d’un nouveau dispositif de
Traitement
Policier Autonome est destiné à permettre à la police de boucler l’enquête préliminaire de manière autonome. Une
recherche interuniversitaire, menée sous la direction de P. Ponsaers (RUG) et Y. Cartuyvels (FUSL), se consacre à
l’évaluation de ce nouveau dispositif (SSTC, 2001-2002).
[21]
La voie vers le XXIe siècle. Déclaration gouvernementale prononcée devant le parlement le 14 juillet 1999 par le
Premier ministre Monsieur Guy Verhofstadt et accord de gouvernement, Bruxelles, Service fédéral d’information,
2000,27-28.
[22]
Doc. parl., Chambre, 1999-2000,0198/013,14 (nous soulignons). Nous passons ici sous silence l’importante
réforme des services de police, entamée en 1998, dont la complexité et le nombre considérable de problèmes de
mise en œuvre rendent impossible une présentation synthétique.
[23]
Plan fédéral de sécurité et de politique pénitentiaire, janvier 2000,20. Après négociations au sein du gouvernement,
ce passage est devenu :
Après la Deuxième Guerre mondiale, le développement d’un État-providence était l’objectif
premier de la politique. Aujourd’hui, la sécurité est pour beaucoup de gens aussi importante, voire plus importante
que le bien-être et le risque que nous évoluions vers une sorte d’État-sécurité surgit. Pour éviter cela, nous optons
pour un système de gestion intégrale de la sécurité. Ce système s’inscrit en tant que concept dans l’État social actif
(Plan Fédéral de sécurité et de Politique Pénitentiaire, mai 2000,20).