2002
Déviance et Société
Peut-on concilier la solidarité et la justice ?
Le cas de l’insertion en région Wallonne
M. Jacquemain
[*]
125, rue Vaudrée B-4031 Angleur
La politique de traitement de la pauvreté en Belgique mobilise de nombreux niveaux de l’action publique : centres publics d’aide sociale (niveau municipal), gouvernement régional pour la
politique de formation et d’insertion professionnelle, gouvernement fédéral pour la politique de
l’emploi et de l’égalité des chances. Encore ne s’agit-il que des acteurs les plus visibles.
Cette complexité belge doit sans doute moins à la logique de subsidiarité dont parle Michel
Autès qu’à la structure quasi-confédérale de l’État qui fait des régions, dans leurs domaines de
compétence propres, des entités de niveau égal à celui de l’État fédéral, et leur donne donc une
grande latitude pour mener leurs politiques spécifiques. Cette situation institutionnelle s’accompagne (et c’est en partie, d’ailleurs, ce qui l’explique) d’un réel processus de différentiation
des sociétés, sur les plans politique, culturel, économique. En particulier, le taux de chômage
belge cache une réalité fort hétérogène sur le plan régional
[1].
Dans le texte qui suit, on s’intéressera essentiellement à certains aspects de la politique
d’insertion en Wallonnie, qui est du ressort des autorités régionales. Cette politique est au cœur
du dispositif de lutte contre la pauvreté. Et surtout, elle constitue un lieu de focalisation exemplaire des enjeux de fond auxquels est confronté l’État social : le rapport entre public et privé, la
relation entre intégration et travail, le rapport entre justice distributive et reconnaissance, et in
fine, le rapport entre justice et solidarité.
I. Le parcours d’insertion en région wallonne
Le champ de l’insertion est constitué de multiples acteurs. Outre les autorités publiques
elles-mêmes qui le régulent, on y trouve des opérateurs publics (Forem, enseignement de promotion sociale AWIPH), des acteurs privés non marchands (OISP et EFT) et des acteurs privés
marchands (les entreprises de travail intérimaire, par exemple)
[2].
Cette multiplicité d’acteurs entraîne pour les stagiaires
[3] une série de difficultés liées au
manque de régulation de la concurrence. Il n’existe en effet pas de procédure générale de reconnaissance commune des compétences acquises ou d’harmonisation des pratiques. Dans ce
contexte, la concurrence entre les opérateurs pour obtenir des stagiaires (source de subsidiation) entraîne parfois ces derniers dans des parcours incohérents, où les formations se suivent
sans réelle perspective de cumulativité ou de progression.
Du point de vue stratégique, la problématique de l’insertion professionnelle est particulièrement sensible depuis que le Bureau International du Travail s’est prononcé contre les monopoles
publics de placement des travailleurs. Dès lors, les agences de travail intérimaire se positionnent
de plus en plus agressivement sur ce terrain. Lorsqu’on sait l’impact du développement de l’intérim dans nos pays sur la fragilisation du statut salarial (Boltanski, Chiapello, 1999), on mesure
l’importance des enjeux en ce domaine.
En 1997, le Gouvernement wallon décide de mettre sur pied une coordination de l’action
des différents acteurs sous la forme d’un
parcours d’insertion. À l’occasion du lancement de
cette politique, les différents opérateurs de formation sont solennellement invités à signer une
charte du parcours d’insertion, code de bonne conduite qui les engage à se concerter sur toute
une série de sujets et, en particulier, sur la coordination de leurs différentes offres. La gestion
pratique de cette coordination est confiée aux Comités Subrégionaux de l’Emploi et de la Formation (CSEF)
[4]. Ceux-ci sont chargés, dans le cadre du parcours d’insertion, de mettre sur pied
diverses commissions et organes de concertation dont on ne présentera pas le détail ici
[5]. La
sanction de l’adhésion aux parcours d’insertion est simple : celle-ci est exigée par le gouvernement wallon pour l’accès aux programmes du Fonds Social Européen (FSE).
Un des aspects du parcours d’insertion est la mise en avant d’un axe intitulé
participation et
citoyenneté, qui vise à promouvoir des procédures de consultation effective des stagiaires relativement aux différents aspects de leur formation. Cette innovation n’est évidemment pas tombée
du ciel. Elle s’inscrit dans la crise particulière de la représentation politique qui touche la Belgique tout au long des années 1990
[6]. On peut voir cet axe participation et citoyenneté, au delà des
convictions sans doute sincères de ceux qui l’ont promu, comme un effet de l’air du temps : la
parole doit être davantage donnée aux citoyens, et parmi ceux-ci, les usagers des services publics
sont les premiers visés. Cet axe fut clairement présenté comme expérimental et, à l’heure où ces
lignes sont écrites, le devenir du dispositif n’est pas clair. Mais il a permis aux CSEF de disposer
de ressources pour mener des politiques de consultation des stagiaires. L’auteur du présent texte
a été associé, en tant que chercheur, à deux de ces initiatives : d’une part une recherche-action
menée par le CSEF de Liège, visant à mettre sur pied une commission permanente de concertation entre stagiaires et opérateurs; de l’autre une enquête plus classique (qualitative et quantitative) sur les attitudes des chômeurs à l’égard de la formation, sous l’égide du CSEF de Huy-Waremme. Ces deux recherches portaient principalement (mais pas de manière exclusive) sur un
public de chômeurs peu qualifiés. On ne rentrera pas ici dans les détails des résultats, pour lesquels des rapports de recherche existent (Jacquemain, 2000; Jacquemain, De Kerschieter, 1999)
consultables auprès des organismes considérés. Mais on utilisera sélectivement le matériau
recueilli pour appréhender la manière dont le public des chômeurs concernés vit la politique
d’insertion, et, par-là, réagir à quelques questions que pose le texte de Michel Autès.
II. Les attentes des personnes : la confiance en soi et le piège de l’échec
Un point de convergence se dégage des deux recherches mentionnées : si la reconquête d’un
emploi est bien un élément central des préoccupations des stagiaires, c’est loin d’être une motivation exclusive. Beaucoup d’entre eux se sont inscrits dans une logique de formation dont la
finalité immédiate n’est pas de retrouver un travail. Les chômeurs
[7] que nous avons rencontrés
ont, pour la plupart, intégré l’idée que l’insertion est bien un
parcours, avec éventuellement différentes étapes. Et, dans cette logique, une idée omniprésente est qu’il faut d’abord regagner la
confiance en soi, comme l’illustre l’extrait d’entretien suivant :
Je trouve qu’en Belgique, on ne donne pas assez souvent une deuxième chance à ceux qui
n’ont pas eu un enseignement convenable avant. On perd confiance en soi. En plus, c’est
très difficile de trouver des ressources en soi pour saisir cette seconde chance. Ce sont des
personnes fragiles, entraînées dans un cercle vicieux. Chacun devrait pouvoir être sûr de
gagner sa vie après une formation pour trouver le courage de se lancer.
Cette question de la confiance en soi fait tout de suite éclater une des contradictions
majeures qui travaillent toute politique d’insertion : d’un côté, l’objectif d’insertion implique
de rendre les personnes employables, c’est-à-dire, aptes à retrouver les rythmes de la production efficace (dans une société, en outre où ces rythmes se font de plus en plus exigeants); mais
par ailleurs, redonner confiance en soi à ceux qui ont été exclus suppose précisément l’adoption
de rythmes d’apprentissage adaptés.
Cet écartèlement entre la nécessité de coller au marché du travail, d’une part et celle de tenir
compte d’un public spécifique, de l’autre, est bien perçu par les stagiaires eux-mêmes comme
l’exprime le dialogue suivant, enregistré lors d’un focus group:
– Moi, je trouve que c’est trop sélectif en fin de compte. On ne laisse pas assez de
chances à ceux qui sont dans une mauvaise passe. Si on a un caractère « faible », on se
retrouve sur le carreau. Il faudrait un coup de pouce pour tous ceux qui abandonnent et
tous ceux qui ne sont pas sélectionnés. Pour qu’ils puissent garder la tête hors de l’eau. Il
ne faut pas les laisser rentrer chez eux, ils vont retomber.
– Mais c’est logique de ne garder que les meilleurs pour que la formation garde son niveau.
– Non, c’est abusif. Le système doit donner sa chance à tout le monde. Là, c’est élitiste.
Ils jouent le même jeu que dans le marché de l’emploi avec ceux qui justement n’arrivent
pas à y entrer. Ils devraient avoir un but plus social (…) Ce n’est pas juste, ceux qui ont un
mental fort, c’est eux qui réussiront l’examen. Mais de toute façon, comme ils sont forts, ils
s’en sortiront toujours. Ce sont toujours les mêmes qui restent sur le carreau.
La nature de la deuxième chance que constitue la politique d’insertion n’est donc pas nécessairement évaluée de la même façon par les pouvoirs publics d’une part et par les bénéficiaires
des différentes mesures, de l’autre. Si la perspective de l’emploi reste bien sûr en toile de fond
générale des motivations des chômeurs en formation, elle n’en constitue un déterminant immédiat et unique que dans une minorité de cas. Il vaudrait mieux parler d’un souhait plus global de
gagner plus de reconnaissance sociale, soit par l’acquisition de compétences nouvelles, soit par
le passage à un statut plus sécurisant ou plus valorisé, soit par l’utilité sociale que l’on peut représenter pour les autres, soit encore tout simplement par la rupture de la solitude qu’implique de
manière générale le chômage.
Cette même ambiguïté apparaît lorsqu’on demande aux personnes d’évaluer les bénéfices
escomptés ou perçus d’une formation en cours. Beaucoup mettent en avant des bénéfices
secondaires très pratiques, qui peuvent inclure les abonnements gratuits aux transports en commun, les séances de relaxation, les compléments de sport ou d’activité récréative. Et surtout, on
trouve une insistance sur les gains en matière relationnelle. Un certain nombre de personnes
interrogées voient ainsi la formation d’abord comme un moyen de réapprendre à sortir de chez
soi, de retrouver le contact avec les autres, et aussi le rythme qu’implique une vie plus sociale.
Lors de la phase quantitative de la même enquête, on a eu l’occasion de comparer un groupe
de stagiaires en formation, un groupe de chômeurs souhaitant entreprendre une formation et un
groupe de chômeurs ne le souhaitant pas. On a pu poser dans les trois groupes une question
relative à la confiance de chacun dans son avenir personnel
[8]. Les différences entre les trois
types de public sont nettement marquées, comme le montre le tableau qui suit.
Tableau I:
Confiance en l’avenir professionnel (en %).
Tableau I: Confiance en l’avenir professionnel (en %).
Tout à fait ou plutôt confiant Peu ou pas confiant Nombre
Stagiaires en formation 77,5 22,5 N = 283
Chômeurs souhaitant 47,5 52,5 N = 108
suivre une formation
Chômeurs ne souhaitant pas 32,0 68,0 N = 117
suivre une formation
Le sens de la causalité n’est pas clair : est-ce la confiance en soi qui favorise l’entrée en formation ou, à l’inverse, la démarche qui accroît la confiance ? La recherche ne permet pas de
trancher de manière univoque. Le plus probable est sans doute que les deux mécanismes jouent
de manière croisée. Par ailleurs, on ne peut non plus exclure dans ces réponses un effet de rationalisation : on se sent « tenu » d’avoir confiance en l’avenir pour justifier l’investissement en
temps et en énergie qu’a demandé la démarche de formation. Mais, même en tenant compte de
ces réserves, ces chiffres viennent confirmer les perceptions des stagiaires eux-mêmes telles
qu’exprimées dans les entretiens et dans les focus groups: la confiance en soi est une problématique centrale dans la logique de l’insertion.
Symétriquement, une crainte majeure s’exprime chez ceux qui résistent à l’idée d’une
démarche d’insertion : la peur de revivre la situation d’échec déjà connue dans le parcours scolaire. Cette peur s’exprime notamment par des phrases du type pas question de revenir à l’école
primaire, qui reviennent régulièrement dans les interviews. Les chômeurs les moins qualifiés
craignent de voir la seconde chance confirmer le diagnostic d’échec posé par la première. Ici
apparaît ce que l’on pourrait appeler la figure-type du piège de l’insertion: ce qui retient les
chômeurs d’entreprendre une formation, c’est en partie l’absence de cette confiance en soi que
la démarche aide précisément à acquérir.
Dès lors, on voit surgir une demande – que les chercheurs n’attendaient pas au départ – de
délégation de responsabilité : tout se passe comme si les chômeurs les plus éloignés du marché
du travail demandaient au secteur de l’insertion de prendre l’initiative et non pas seulement
d’offrir des services à ceux qui les souhaitent :
On manque d’information sur ce qui existe : si on ne fait pas la démarche d’aller se renseigner,
on reste seul et on perd espoir. Les carrefours formation [9] sont une bonne formule pour ceux qui
ont assez d’énergie pour faire le pas mais ce n’est utile que si on pose les bonnes questions.
J’ai reçu l’aide du Forem, mais ce ne sont pas eux qui sont venus à moi. J’aurais voulu un
coup de pouce quand j’ai perdu mon emploi. J’aurais souhaité que quelqu’un me dise que
je pouvais faire une formation.
Il existe donc dans ce public particulier, une demande sociale de sollicitude(venez nous chercher) qui va au delà de la revendication de justice. Cette rupture avec le registre social dominant
oblige le sociologue à s’interroger sur les fonctions des dispositifs de l’insertion sociale.
III. Les paradoxes de l’insertion
Les limites de l’autonomie
La demande des chômeurs les moins qualifiés s’éloigne effectivement dans une certaine
mesure du couple autonomie/responsabilité supposé central dans la citoyenneté moderne mais
aussi dans la régulation du social qui l’accompagne (Giddens, 1998; Boltanski, Chiapello,
1999; Sennett, 2000). Pourtant, la question posée n’a rien d’absurde : comment s’adresser à
ceux et celles qui n’ont pas (ou ne se reconnaissent pas) les ressources minimales pour entrer
dans cette logique de l’autonomie et de la responsabilité et qui donc, demandent qu’on les
prenne en charge ?
De facto, les travailleurs sociaux de terrain sont fréquemment confrontés à ce type de questions et sont bien contraints de trancher dans la pratique. Est-ce forcément irrespectueux des
personnes ? Sans prétendre proposer une réponse à cette question difficile, on peut au moins
indiquer deux pistes de réflexion.
La première piste est celle suggérée par le sociologue américain Richard Sennett, qui nous
propose de réenvisager d’une manière plus positive la notion de dépendance à l’égard d’autrui :
Dans la vie adulte, une personne comptant sainement sur elle-même est capable de s’en
remettre à d’autres quand l’occasion l’exige et de savoir sur qui il convient de s’appuyer (…).
La honte de la dépendance, ajoute-t-il,
érode la confiance et l’engagement mutuel, et l’absence
de ces liens sociaux menace le fonctionnement de toute entreprise collective (Sennett, 2000,
198,201)
[10]. La démarche est intéressante parce qu’elle définit l’autonomie non comme rejet de
la dépendance mutuelle mais, au contraire, comme son acceptation réfléchie.
Dans la même logique, on peut se référer aux travaux du philosophe Axel Honneth, pour qui
la confiance en soi (entendue, sans doute, dans un sens plus fondamental que dans le présent
texte) est une forme de rapport moral à soi-même qui suppose, au départ, la dépendance à
l’égard d’une autre personne : la confiance en soi, élément basique de la personnalité, se
construit dans la capacité pour l’enfant de se détacher de sa mère sans se sentir menacé. Cela
suppose qu’il puisse compter sur l’amour inconditionnel de celle-ci : En acquérant la certitude
de l’amour de la mère, les jeunes enfants en arrivent à avoir confiance en eux-mêmes, ce qui
leur permet d’être seuls sans anxiété (Honneth, 1995,104).
Pour Honneth, la confiance en soi n’est qu’un aspect de la construction de l’identité, qui
suppose aussi respect de soiet estime de soi. Voici comment le traducteur anglais du philosophe
résume cet aspect de sa réflexion (Honneth, 1995, xi): Ces trois façons de se relier pratiquement à soi-même ne peuvent être acquises et maintenues que de manière intersubjective, à travers la reconnaissance garantie par d’autres que l’on reconnaît soi-même. Dans cette conception, l’autonomie est donc fondamentalement comprise comme interdépendance et celle-ci se
développe selon trois modalités : la confiance en soi est fondamentalement la capacité d’exprimer ses besoins et désirs et provient du soutien émotionnel accordé par les proches; le respect
de soi est la capacité de se sentir un agent moralement responsable et se développe à travers la
reconnaissance de l’égalité des droits entre les personnes au sein d’une société donnée; enfin
l’estime de soi est la capacité de se sentir valorisé dans sa singularité et vient de l’égale considération accordée aux valeurs et aux modes de vie au sein d’une société donnée.
On peut facilement montrer que l’exclusion sociale produit des effets destructeurs en
termes de respect de soi et d’estime de soi. Il est plus difficile d’imaginer comment la confiance
en soi au sens de Honneth peut être engagée dans le processus. Pourtant, auquel de ces registres
peut-on rattacher la demande de chômeurs qui disent venez nous chercher, nous n’avons pas
suffisamment confiance en nous pour faire la démarche nous-mêmes? On peut suggérer que
c’est bien une demande de sollicitude qui est en jeu (même si le mot amour utilisé par Honneth
rend cette conception plus difficile à visualiser). En effet, dans cette demande, ce qui est
dénoncé ce n’est ni l’atteinte à l’égalité des droits, ni le mépris d’un mode de vie particulier,
mais bien l’absence de confiance dans ses propres capacités, qui ne semble pas rentrer dans les
deux autres formes de rapport moral à soi-même distinguées par le philosophe.
Certes, on ne peut assimiler la politique sociale à un substitut maternel. Notre société est
issue d’un long processus de séparation de la sphère publique et de la sphère privée, qui nous
incite à voir d’un œil extrêmement méfiant tout ce qui pourrait apparaître comme de l’intrusion
de la première dans la seconde. Pourtant, la question de la sollicitude ne peut manquer d’être
posée si, comme, on peut le penser, l’exclusion est susceptible de menacer des éléments de la
personnalité qui ne peuvent être restaurés qu’à travers elle. Le problème n’est pas alors de
savoir si une politique publique de sollicitude à l’égard des citoyens les plus démunis est légitime, mais quelles sont les limites au delà de laquelle celle-ci se transformerait en ingérence
morale. Tous les chômeurs peu qualifiés ne sont pas, loin de là, en manque de confiance en eux.
Certains ne se sentent pas du tout remis en cause par leur statut. Comment, dès lors, définir à
leur égard une politique de sollicitude qui ne soit pas, de facto, l’imposition d’un ordre moral ?
On est donc bien ici dans le contexte de la politique de reconnaissance, brièvement évoquée
par Michel Autès, même si la sollicitude est un aspect ambigu de la reconnaissance sociale :elle
peut être susceptible de porter atteinte aux autres formes de reconnaissance si elle est mise en
œuvre par un acteur paternaliste.
Dans quelle mesure une telle politique de la sollicitude est pensable dans le cadre d’une
société de modernité radicale est une question difficile parce qu’elle remet en cause beaucoup de
nos conceptions de base, notamment sur la séparation entre sphère publique et sphère privée. On
a seulement tenté d’argumenter que cette question ne peut être purement et simplement ignorée.
Fonction latente et fonction manifeste
Pour en revenir plus concrètement à la politique sociale menée aujourd’hui, il paraît raisonnable d’avancer que l’ensemble des dispositifs d’insertion en Wallonnie (et sans doute partout
en Europe) remplit à la fois une fonction manifeste et une fonction latente : sous couvert d’un
traitement économique, une partie essentielle du champ de l’insertion constitue en fait un traitement social du chômage. Pour une partie des chômeurs très peu qualifiés, le bénéfice effectif
de la formation sera sans doute moins mesuré en termes de taux d’insertion dans l’emploi qu’en
termes de rupture de l’isolement social, voire de structuration du temps ou même encore – si
tant est que des critères soient disponibles – d’amélioration du bien-être psychologique.
Pour les moins qualifiés, la justification officielle de la politique d’insertion repose donc
partiellement sur une fiction dont personne n’est vraiment dupe. Les stagiaires eux-mêmes ont
intégré l’idée que l’insertion est un parcours en étapes, dont la finalité opérationnelle (un
emploi stable) peut être lointaine. Beaucoup d’opérateurs de formation, peuvent, en privé, faire
preuve de la même lucidité : ils savent que dans un marché au sein duquel les exigences des
employeurs ne cessent de s’accroître, les chances des moins qualifiés continuent à diminuer,
quelle que soit la pertinence de la politique d’insertion mise en œuvre.
De leur côté, les autorités européennes, qui soutiennent un nombre considérable d’initiatives de formation, entérinent la division des fonctions à travers la distinction qu’elles font
entre le
stock et le
flux. Le stock désigne les chômeurs de longue durée ou de faible niveau de
qualification, considérés comme très difficilement employables à court terme, et en rupture
claire avec le marché du travail. Le flux désigne par contre les demandeurs d’emploi relativement mobilisables, ceux qui sont supposés pouvoir se réinsérer durablement moyennant un
investissement de formation limité. La politique européenne souhaite imposer un choix clair :
70% des moyens que la commission européenne alloue dans le cadre du FSE devraient être
attribués au traitement du flux, contre 30% aux autres. Or, la structure du chômage en région
wallonne se décline selon des proportions exactement inverses. C’est une reconnaissance
implicite du fait que l’insertion n’est que marginalement pertinente pour ceux que l’on qualifie
de
stock
[11].
Ce qui fait problème, bien sûr, c’est que la fonction latente de la politique d’insertion ne
prend son sens que grâce à sa fonction manifeste : en effet, reconnaître que ces dispositifs ne
conduiront jamais à l’emploi qu’une partie (sans doute réduite) des chômeurs de longue durée
peu qualifiés, c’est leur ôter, dans le contexte idéologique actuel, toute légitimité, alors que ces
dispositifs remplissent un rôle social essentiel. On est ici dans la logique des
états essentiellement secondaires (Elster, 1983): les bénéfices sociaux très réels de la politique d’insertion ne
sont acquis qu’au prix de cette fiction sur leur finalité économique. Dans la fable de La Fontaine à laquelle se réfère Elster
[12] les enfants du laboureur n’ont travaillé le champ de leur père
que parce qu’ils étaient convaincus d’y trouver un trésor. C’est après coup seulement qu’ils se
sont rendus compte qu’ils étaient devenus, grâce à leur travail, des agriculteurs prospères. De la
même façon, sans doute, le processus de récupération de la confiance en soi que permettent les
dispositifs d’insertion ne peut fonctionner, face à ses bénéficiaires comme face à la société tout
entière, que parce qu’il est perçu comme bénéfice secondaire d’un projet de réinsertion professionnelle. Il cesserait presque certainement d’être opérant, dans le contexte idéologique dominant, s’il était revendiqué pour lui-même. Parce que, bon gré mal gré, nous restons dans une
société persuadée qu’il n’y a d’intégration sociale que par le travail.
Mais bien sûr, cette forme d’hypocrisie consensuelle cadre mal avec l’exigence de transparence, critère essentiel de la bonne gouvernance selon le langage aujourd’hui à la mode. Se
pose donc le problème crucial de l’évaluation des politiques d’insertion.
Quel mode d’évaluation ?
On l’a dit, la logique du parcours d’insertion s’inscrit dès le départ dans cette logique de la
transparence. Et il est incontestable que cette logique est, par certains aspects essentiels, au bénéfice des chômeurs eux-mêmes : elle est supposée être garante de la reconnaissance de leurs compétences accumulées; elle doit leur éviter de devenir clients captifs d’un système où les formations successives se suivent sans qu’on voie leur finalité; elle leur garantit aussi une définition
plus claire de leurs droits et une possibilité de regard sur la manière dont ils seront appliqués.
Il reste que cette logique doit conduire inévitablement à un moment d’évaluation. Or, à
moins de faire sauter la fiction dont on vient de parler, cette évaluation se fera inévitablement
avec en perspective l’objectif de mise à l’emploi. On a déjà dit plus haut pourquoi la suppression
de cette fiction pourrait s’avérer socialement très coûteuse : elle risque d’entériner ouvertement
l’existence de toute une catégorie de chômeurs (le fameux stock) auquel on n’offre plus d’espoir de réelle insertion dans l’emploi normal. Elle risque ainsi de saper tout le travail de récupération de soi dont le bénéfice apparaît indiscutable, lorsqu’on interroge les stagiaires.
À cet argument, un certain nombre de praticiens de l’insertion en ajoutent un autre : si l’on
suspend l’objectif final de l’emploi, sur quels critères de resocialisation va porter alors l’évaluation ? Elle risque fort de se déporter vers des normes de conformité morale qui seront inévitablement attentatoires à l’autonomie et à la dignité des personnes. Ne peut-on pas craindre de
voir les organismes de formation amenés à vérifier si leurs stagiaires sont capables de se lever
le matin, de se brosser les dents, de se vêtir d’une manière acceptable, etc. ? En fait, comme le
montre bien Rosanvallon (1995), la moralisation de la politique sociale est déjà très bien
enclenchée aux États-Unis et c’est ce qui le fait défendre l’idée, qu’à tout prendre, la logique de
la contrepartie peut constituer une politique certainement plus respectueuse des gens en ce
qu’elle vise effectivement à une réinclusion dans la société.
Si l’on admet que les dispositifs d’insertion doivent conserver l’emploi comme visée
finale, la question de l’évaluation reste posée. Si l’on se focalise sur le pourcentage de chômeurs ayant effectivement retrouvé un emploi au bout d’une période de formation, le risque
d’effet pervers est grand. D’une part, on incite ainsi les opérateurs à présélectionner parmi les
candidats à la formation, ceux dont l’employabilité paraît déjà la plus assurée. C’est-à-dire à
exclure eux-mêmes les plus fragiles de l’accès à leurs formations. Et d’autre part, on risque fort
de mettre en danger l’existence même de ceux qui refuseront ces pratiques. Dans les deux cas,
on écarte de facto la population la plus fragile.
Une des manières d’endiguer ces risques est de défendre, comme le fait déjà une partie du
secteur, une évaluation basée non sur le résultat chiffré mais sur l’adéquation des moyens aux
objectifs poursuivis. En s’appuyant sur l’idée d’une obligation de moyens et non de résultats, il
est possible d’assurer une évaluation effective (qui permette, par exemple, d’écarter d’éventuelles formations bidon) susceptible à la fois de garantir le bon usage des fonds publics et le
maintien des acquis de la logique d’insertion. Mais les limites de cette logique d’évaluation
apparaissent tout de suite : comment être sûr que les moyens sont bien adaptés aux fins si l’on
se prive d’un calcul sur les résultats directs que l’utilisation de ces moyens engendre ? Une des
solutions (partielle) devrait consister à prendre en considération des éléments macrosociaux qui
sont à la fois en amont et en aval de l’emploi : l’évolution du taux d’alphabétisation, l’évolution
de la qualité de la vie, du niveau de salubrité des habitations, etc. Une politique de cette nature
demande toutefois une véritable révolution culturelle par rapport à la logique ambiante (notamment portée par l’Union Européenne et l’OCDE) qui fait de la cohésion sociale une condition et
non une finalité du bon fonctionnement de l’économie.
Ces dilemmes vont se poser de manière cruciale dans les mois qui viennent pour l’acteur
public principal : la région wallonne. En effet, sous l’impulsion de la directive 181 du Bureau
International du Travail, qui impose la libéralisation du marché du placement des travailleurs,
les autorités publiques vont être obligées de tenir compte de nouveaux acteurs, dont les principaux seront les agences de travail intérimaire
[13]. Il faudra donc que le service public (wallon) de
l’emploi définisse dans ce nouveau contexte, à la fois un cadre de régulation de l’offre et de la
demande sur le marché du travail, une réponse à la demande de formation en provenance de ce
marché et une réponse à la demande de formation venant des populations qui en sont exclues.
La tentation sera alors grande d’entériner institutionnellement la dissociation entre la fonction
économique et la fonction sociale de la politique d’insertion.
IV. La solidarité est-elle compatible avec la justice ?
Pour resituer les questions qui précèdent dans le cadre plus global tracé par Michel Autès,
sans doute faut-il brièvement évoquer les transformations du capitalisme au cours du dernier
quart de siècle, dans la mesure où les transformations de la politique sociale en dérivent sans
doute assez largement.
Si l’on tente de cerner en un mot l’aspect crucial du capitalisme fordiste, il semble assez raisonnable de parler de capitalisme organisé par opposition au capitalisme désorganisé dont parlent Lash et Urry (1987) pour la période qui suit. Le fordisme, en effet, marquait bien, à beaucoup d’égards, une volonté d’encadrer le processus d’accumulation capitaliste : à travers la
politique contra-cyclique des pouvoirs publics, à travers le développement de la négociation
collective, mais aussi par la collectivisation des risques sociaux (la sécu) et par le cercle vertueux fordiste lui-même, qui liait progression des revenus et croissance de la productivité via la
production et la consommation de masse.
L’idéologie globale de cette époque, l’esprit du capitalisme, dont parlent Boltanski et Chiapello (1999) combinait à la fois la fascination de la consommation de masse, l’idée de progrès
social généralisé et la sécurité via les mécanismes du salariat (en particulier, salaire socialisé,
protection contre le licenciement, et perspectives de carrière). À l’échelle globale, on peut sans
doute lire cette idéologie comme un compromis entre cité civique et cité industrielle (Boltanski,
Thévenot, 1991). Mais à l’échelle des salariés individuels, on peut se demander s’il ne serait
pas plus adéquat de parler d’un relâchement des contraintes de la justice. De fait, le caractère
fortement collectif de ce mode de régulation sociale, réduit les moments d’épreuve, c’est-à-dire
les moments où les rétributions des uns et des autres sont réexaminées à la lumière de leurs
mérites respectifs (mérites évalués, bien sûr, à l’aune du marché): (presque) chacun trouve à
s’employer, et la rémunération croît plus rapidement au bas de l’échelle qu’au sommet, ce qui
atténue la rigueur de la connexion entre contribution et rétribution individuelles; la construction des protections sociales fait le reste. Ce relâchement de la contrainte est particulièrement
frappant si l’on considère le rôle de bouclage du plein emploi rempli par l’État : c’est l’emploi
public qui, in fine, garantit l’équilibre entre offre et demande de travail (Giraud, 1996 : 162-169), ce qui veut dire que le secteur public se gonfle d’autant d’emplois qui sont à la fois parmi
les plus sécurisés, et, en partie, parmi les moins qualifiés.
Cela ne signifie pas, bien sûr que le capitalisme fordiste serait un
monde sans épreuve (Boltanski, Chiapello, 1999)
[14], mais que celles-ci sont conçues dans une logique fondamentalement
collective, en termes d’intérêts de classe ou de catégories professionnelles, beaucoup plus
qu’en termes d’évaluation des personnes. Le prix à payer pour cette ambiguïté ou cette opacité,
c’est bien entendu l’impossibilité d’optimiser l’allocation des ressources : les facteurs de production sont en effet limités dans leur recherche de valorisation.
À l’inverse, à bien des égards, l’idéologie du capitalisme post-fordiste peut se lire comme
une réindividualisation du rapport contribution/rétribution. En témoigne l’ouverture importante de l’éventail des salaires entre les plus qualifiés et les autres, principalement, mais pas
uniquement, dans le modèle anglo-saxon. En témoigne également la généralisation du dégraissage comme mode de gestion des entreprises. La globalisation accroît ce processus dans la
mesure où elle offre aux facteurs de production des espaces inégaux pour se valoriser : le capital et le travail très qualifié peuvent chercher dans le monde entier des opportunités qui ne sont
accessibles au travail non qualifié qu’à un coût humain très élevé (la migration).
Mais la cohésion sociale s’accommode mal du calcul trop univoque et trop précis des
mérites respectifs de chacun. Si la transparence accroît l’efficacité économique, elle peut s’avérer redoutablement destructrice en termes de solidarité
[15]. Comme Pierre Rosanvallon l’a bien
montré c’est précisément l’opacité du social qui avait permis le développement de la société
assurantielle et, dans la foulée, de l’État-providence. À l’inverse, c’est la
déchirure du voile
d’ignorance qui fragilise aujourd’hui les politiques sociales fondées sur la solidarité :
Alors que
l’assurance sous voile d’ignorance a une fonction d’agrégation et de socialisation, c’est au
contraire un mouvement de désolidarisation qui se met en marche quand les informations disponibles sur les individus se multiplient. L’information est l’aliment de la différenciation
(Rosanvallon, 1995,56).
On peut vérifier tous les jours à quel point la progression de la transparence est génératrice
d’effets pervers. La cohésion sociale forte de l’État-providence était certainement due en partie
au rôle de
bouclage du plein emploi qui revenait
in fineà l’État. Pourtant, on a dit autant de mal
que possible, en Belgique en particulier, de cette politique, créatrice de
chômagedéguisé(via la
création d’emplois peu productifs) et l’austérité des années 1980 s’est appuyée en partie sur le
dégraissage du secteur public. De manière générale, le passage à la
nouvelle économie dans
l’ordre marchand et à
l’État social actif dans l’ordre des politiques sociales traduit la montée
d’un principe de justice méritocratique : le couplage global entre contribution individuelle et
rétribution individuelle, qui s’était quelque peu relâché durant la période d’État-providence, se
resserre à nouveau. Ainsi, la chasse à la productivité transforme les chômeurs déguisés de la
période précédente en chômeurs effectifs d’aujourd’hui
[16]. Personne ne prend la défense du chômage déguisé (transparence oblige), mais personne non plus ne pousse la lucidité jusqu’à voir
que la fracture sociale universellement dénoncée est aussi en partie le prix payé pour sa disparition. Anthony Giddens, pourtant très impliqué dans la défense et l’illustration du
Social
investment state, est lui-même très critique à l’égard de toute idée de société exclusivement
méritocratique parce qu’elle créerait
(...) une classe d’intouchables (…) qui, non seulement, se
trouveraient au bas de l’échelle, mais sauraient que cette situation serait due exclusivement à
leur manque de compétence : il est difficile d’imaginer quelque chose de plus décourageant
(Giddens, 1998,102).
En dépit de tous ces arguments, la déchirure du voile d’ignorance s’apparente à un processus irréversible : autant on peut reconnaître que l’opacité du social comportait des bénéfices
secondaires considérables, autant il paraît difficile de la défendre pour elle-même. L’avenir
méritocratique dont parle Giddens n’est pas pour autant inéluctable. Car dans le même temps
où elle devient plus consciente d’elle-même, la société se complexifie, elle devient plurielle.
Elle laisse la place à la coexistence de plusieurs critères de justice. Cette pluralité, que défend
Walzer dans sa logique des sphères de justice (1983) et dont Boltanski et Thévenot (1991) montrent la possibilité empirique à travers leur théorie des cités et des mondes constitue peut-être
aujourd’hui la meilleure voie pour retrouver la compatibilité entre la justice et la solidarité : en
évitant que s’impose un concept unidimensionnel du mérite (celui, par exemple, qui est sanctionné par la compétition marchande), elle permet à des personnes diverses de ne pas être irrémédiablement inégales. Elle permet à celui qui a peu dans une sphère d’avoir beaucoup dans
une autre. Elle permet à celui qui est petit dans un monde, de tenter d’être grand par ailleurs.
Elle constitue, en d’autres termes, un substitut fonctionnel possible du fonctionnement collectif et socialement opaque du capitalisme fordiste.
La pluralité des critères de justice, la pluralité des mondesdans lesquels les acteurs évoluent
contribue sans doute, comme semble le penser Michel Autès, à rendre plus difficile la comparaison des situations et donc l’inventaire des inégalités. Mais dans une société de plus en plus
dominée par la compétition généralisée et par une forme (unidimensionnelle) de méritocratie
individuelle, c’est peut-être cette incomparabilité même qui nous évitera la guerre de tous
contre tous, dans un monde devenu progressivement invivable pour chacun.
·
BOLTANSKI L., CHIAPELLO È., 1999, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, NRF.
·
BOLTANSKI L., THÉVENOT L., 1991, De la justification, Paris, NRF.
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COHEN D., 1999, Nos temps modernes, Paris, Flammarion.
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ELSTER J., 1983, Sour Grapes, London, Cambridge University Press.
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GIDDENS A., 1998, The Third Way, London, Polity Press.
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GIRAUD P.-N., 1996, L’inégalité du monde. Économie politique du monde contemporain, Paris, Gallimard.
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HONNETH A., 1995, The Struggle for Recognition. The Moral Grammar of Social Conflicts, London, Polity Press.
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JACQUEMAIN M., 2000, Rapport d’évaluation de l’axe participation et citoyenneté, à l’attention du CSEF de Liège,
Liège, Université de Liège.
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JACQUEMAIN M., KERSCHIETER DE M., 1999, Évaluation par les stagiaires potentiels et effectifs de leur
démarche de formation, rapport de recherche, Liège, Université de Liège.
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LASH S., URRY J., 1987, The End of Organized Capitalism, Madison, University of Wisconsin Press.
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MEDA D., 1995, Le travail, une valeur en voie de disparition, Paris, Albin Michel.
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MILLER D., WALZER M. (Eds), 1995, Pluralism, Justice and Equality, Oxford, Oxford University Press.
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ROSANVALLON P., 1995, La nouvelle question sociale. Repenser l’État-providence, Paris, Seuil.
·
SENNETT R., 2000, Le travail sans qualité. Les conséquences humaines de la flexibilité, Paris, Albin Michel.
·
WALZER M., 1983, Spheres of Justice, New York, Basic Books.
[*]
Université de Liège.
[1]
Après être restés comparables jusqu’au début des années 1980, les taux de chômage francophone et flamand se
sont sensiblement différenciés. En 1992, ils étaient, selon l’Office national de l’emploi, de 10% pour la région flamande, 22% pour la région wallonne et 8,5% en région bruxelloise. En 2000, selon le ministère de l’Emploi, ils
sont estimés à 16,6% en région wallonne, 16,8% en région bruxelloise et 6,3% en Flandre.
[2]
Le Forem (Formation/Emploi) est l’office public de placement des chômeurs, régionalisé, et donc scindé de office
national de l’emploi (Onem), qui gère le paiement des allocations de chômage et les sanctions en cas de manquement à la législation. L’AWIPH est l’Agence Wallonne pour l’Insertion de la Personne Handicapée. Les sigles
OISP et EFT désignent respectivement les Organismes d’Insertion Socio-Professionnelle et les Entreprises de Formation par le Travail, organismes privés du secteur non marchand.
[3]
Nom générique donné aux chômeurs et/ou minimexés en formation.
[4]
Les CSEF sont des organismes semi-publics, qui associent organisations syndicales et d’employeurs, et dont la mission initiale est de fournir des recommandations aux pouvoirs publics régionaux sur base de l’observation du marché de l’emploi dans leur ressort, correspondant plus ou moins à un arrondissement administratif. Dans le cadre du
parcours d’insertion, les CSEF ont mis sur pied des Commissions Sous-Régionales de Coordination des opérateurs
de formation (CSRC), qui ont joué un grand rôle dans le développement de cet axe
participation et citoyenneté.
[5]
On peut supposer que le souci de rationalisation de l’offre obéit aussi à des considérations budgétaires. Celles-ci
n’ont pas été affichées comme telles mais elles n’en suscitent pas moins des inquiétudes de la part des opérateurs.
[6]
Rappelons pour mémoire : l’assassinat du ministre André Cools en 1991 (toujours pas résolu), les grands procès
liés au financement des partis politiques (Inusop, Agusta, Dassault), les fermetures d’entreprises accompagnées
d’un lourd contentieux social (Forges de Clabecq), l’affaire Dutroux et la marche blanche de 1996.
[7]
Le terme
chômeurs est une simplification : certaines des personnes interrogées n’ont en fait pas droit aux allocations de chômage et dépendent d’un CPAS ou de l’AWIPH.
[8]
Que l’on considèrera ici comme un indicateur de la confiance en soi.
[9]
Les
carrefours formations sont des organismes issus du Forem, qui recensent les offres de formation et accueillent
les demandeurs d’emplois afin de les orienter dans le parcours.
[10]
Il est essentiel de noter que pour Sennett, la valorisation de l’interdépendance ne s’inscrit pas du tout dans une
vision
unitaire ou consensuelle de la communauté politique : au contraire, il insiste, à la suite de Coser, sur l’importance du conflit comme instrument de construction de la sociabilité démocratique.
[11]
On peut se demander, si, à travers cette politique, l’Europe n’entérine pas l’idée d’une
génération sacrifiée, ce qui
serait aux antipodes du discours officiel sur l’égalité des chances.
[12]
Le laboureur et ses enfants.
[13]
C’est dans le contexte de la concurrence entre les firmes de travail intérimaire, qu’il faut comprendre la publicité
extrêmement agressive de la firme Adecco et les polémiques auxquelles cette publicité a donné lieu.
[14]
On pourrait sans doute comparer la notion de
monde sans épreuve présente chez Boltanski et Chiapello, avec l’idée
de la
société d’abondance que Marx concevait comme la base matérielle du communisme.
[15]
Elle est aussi redoutablement destructrice par la pression qu’elle exerce sur les travailleurs : selon la formule de
Daniel Cohen, (…)
la révolution informatique est à l’image de ce que fut le recul de la jachère à l’aube du XVIIIe
siècle (…) C’est le recul de la jachère humaine qui est aujourd’hui recherché (Cohen, 1999,51). Par ailleurs, il
importe d’ajouter que cette forme de
justice méritocratique repose uniquement sur les mérites reconnus par le marché. Il s’agit là de questions fondamentales mais qui sortent du cadre du présent article.
[16]
Cela ne concerne pas que le secteur public, bien entendu : on a souvent dit que les travailleurs de certaines parties
du tertiaire bénéficiaient, en échange de la paix sociale, d’une rente permise par les résultats très positifs de ces secteurs. On commence aujourd’hui à voir l’impact du
dégraissage dans ce domaine aussi.