2003
Déviance et Société
Usage de drogues et (non-)travail : une recherche en développement
Introduction
Maria Luisa Cesoni
[*]
Université catholique de Louvain Département de droit pénal et de criminologie Collège Thomas Moore 2, Place Montesquieu B-1348 Louvain-la-Neuve
Dan Kaminski
[*]
Université catholique de Louvain Département de droit pénal et de criminologie Collège Thomas Moore 2, Place Montesquieu B-1348 Louvain-la-Neuve
Auto-régulation, hétéro-régulation et champs de qualification sociale
L’usage des psychotropes, de l’alcool et des stupéfiants constitue un champ étendu de
pratiques diversifiées dont beaucoup ne sont pas problématiques et sont auto-régulées.
Cependant, devant les usages problématiques des produits illicites surtout, des dispositifs
d’hétéro-régulation
[1] sont constitués et jettent un voile sur l’ensemble des usages.
Envisager les drogues, licites et illicites
[2], dans le cadre des mécanismes et des dispositifs d’auto- et d’hétéro-régulation permet d’identifier trois champs – celui de l’insertion
professionnelle (du travail et du non-travail
[3] ), celui de la déviance et de la délinquance et
celui de la maladie mentale – dans lesquels les drogues deviennent, d’une part, des instruments individuels de gestion d’un malaise social et/ou psychologique ou d’adaptation à un
contexte, d’autre part des instruments sociaux de gestion et de contrôle (jusqu’à l’occultation) de situations définies comme problématiques.
Peut-on, dès lors, en déduire que les drogues exercent une fonction transversale de
régulation sociale ? Y a-t-il, dans ce cas, des liens ou des passerelles entre les trois champs
évoqués ci-dessus, qui paraissent a priori hétérogènes ?
Deux dynamiques caractérisent ces champs et en révèlent les transversalités. La première relève d’une transversalité théorique : l’insertion professionnelle, la délinquance et
la maladie mentale sont coproduites au croisement des vies concrètes et de systèmes de
qualification et de classement des vies concrètes. La seconde dynamique concerne le rôle
de la consommation des substances psychotropes, alcoolisées ou stupéfiantes, dans l’identité, l’identification et la gestion des populations qui circulent ou stationnent dans ces
champs. En effet, dans chacun de ces domaines, l’usage des drogues peut relever de plusieurs registres et manifester plusieurs fonctions :
- dans un premier registre, l’usage est celui des consommateurs eux-mêmes; la fonction
des drogues y est de favoriser l’auto-régulation d’un malaise psychologique et/ou
social et d’intervenir, plus ou moins fonctionnellement, dans une stratégie d’adaptation
ou d’auto-médication en contexte d’emploi aux conditions difficiles ou de chômage, en
contexte de marginalisation
[4] et/ou en contexte de souffrance psychique; dans un même
registre d’auto-gestion, l’usage peut aussi servir à faciliter ou agrémenter la vie sociale
à la sortie d’un travail parfois contraignant;
- le second registre est celui des prescriptions et des proscriptions des drogues; les
drogues, licites et illicites peuvent en effet favoriser l’hétéro-régulation des conséquences sociales supposées négatives des malaises psychologiques ou sociaux. Relèvent
de ce registre : la prescription médicale des psychotropes pour gérer la souffrance au travail ou contrôler les effets délétères d’une affection psychiatrique, mais aussi la criminalisation des stupéfiants ou, encore, les pratiques de sélection à l’embauche ou de licenciement motivé par une consommation connue de l’employeur. Les drogues peuvent
être instrumentalisées pour justifier le passage d’individus d’un champ de qualification
(insertion professionnelle, délinquance, maladie mentale) à l’autre; cette instrumentalisation peut être qualifiée d’usage socio-politique des drogues, car elle constitue le
spectre des usages qu’en font les systèmes de régulation sociale, pénale et médicale.
Quelques exemples peuvent éclairer nos propos. Certaines catégories de personnes,
qualifiées différemment selon qu’elles travaillent dans des conditions difficiles ou qu’elles
sont absentes du marché du travail, consommatrices de drogues ou dépressives, recourent
à l’usage de psychotropes, d’alcool et/ou de stupéfiants, dans un but d’auto-médication.
D’autres individus sont à la fois sans travail (substantiellement désinsérés du champ des
activités professionnelles), usagers de drogues illicites et pris en charge sur le plan médicopsychiatrique au moyen de psychotropes légaux (éventuellement sur base d’un diagnostic
de dépression)
[5]. Pour ces individus, la définition sociale de toxicomane – éventuellement
couplée à la reconnaissance d’une souffrance psychique – primera sur celle de chômeur,
les amenant au mieux vers une offre thérapeutique et au pire vers la contrainte pénale.
D’autres encore, chômeurs de longue durée, devenus dépressifs, sont « requalifiés » dans
les termes d’une souffrance psychique qui les rend inaptes au travail. La prise en charge
psycho-assistancielle permet, dès lors, de les sortir de la catégorie des chômeurs (au sens
étroit du terme) pour les faire entrer dans celle des inadaptés ou assistés. Certaines personnes qualifiées de psychotiques semblent avoir recours aux stupéfiants illicites non seulement pour lutter contre les effets secondaires des neuroleptiques, mais aussi – volontairement ou inconsciemment – pour bénéficier de l’offre thérapeutique et résidentielle plus
ouverte aujourd’hui aux « toxicomanes » qu’aux « fous ». Inversement, le sevrage d’une
dépendance aux stupéfiants illicites ou la stabilisation créée par une substitution à la
méthadone révèlent parfois les indices d’une psychose, diagnostic favorisant la prescription de médicaments psychotropes. Enfin, certains travailleurs recourent à l’alcool, aux
psychotropes et/ou aux stupéfiants pour faire face à des conditions de travail difficiles; ces
usages « nécessaires » peuvent entraîner des effets différents en cas de révélation de la
consommation, tels que l’exclusion individuelle du travailleur ou sa prise en charge dans le
champ professionnel, autant d’effets laissant en souffrance une analyse des conditions
générales de travail.
La prescription de psychotropes licites sert ainsi à contenir des formes de malaise
social liées notamment au nouveau management du travail, à l’exclusion et au chômage,
afin que ces malaises ne se transforment pas en déviances. Au delà des enjeux économiques pour l’industrie pharmaceutique, le passage de la valorisation psycho-pharmaceu-tique de l’hystérie à celle de la dépression (voir Ehrenberg, 1998) permet, entre autres, de
mieux contrôler le problème du chômage. Par ailleurs, l’interdiction de l’usage (des produits illicites) est instrumentalisée par les gestionnaires de l’ordre public, afin d’identifier
les dealers par exemple, ou de contrôler certains quartiers ou, plus largement, des catégories de jeunes potentiellement déviants ou délinquants.
Nous proposons donc d’ouvrir un champ de recherche visant à analyser les fonctions et
les effets des usages des drogues en distinguant deux formes de régulation (auto- et hétérorégulation), trois champs de qualification sociale (insertion professionnelle, déviance et
santé mentale) et deux types d’instrumentation des drogues (les usages classiquement définis – c’est-à-dire les consommations – et les usages socio-politiques). La démarche
consiste à prendre en compte les usages, les prescriptions et les proscriptions de drogues,
non plus seulement comme des pratiques sectorielles plus ou moins cohérentes au regard
du formatage propre de chaque champ, mais aussi et surtout comme passerelles entre les
trois champs de qualification considérés.
Deux questions générales découlent, entre autres, de la construction de cette problématique.
- Quels sont les effets dynamiques des drogues, de leurs usages, de leurs prescriptions et
de leurs interdictions, dans l’identification des personnes et dans la gestion interconnectée du travail, du chômage, de la délinquance et de la santé mentale ?
- Quelles sont les conditions sociales des usages, tant licites qu’illicites, dans lesquelles
ces déplacements régulateurs ne se produisent pas ? Quelles sont les trajectoires « alternatives », dont le caractère auto-régulateur persiste, ou qui maintiennent les individus
dans l’invisibilité sociale ?
Dans le cadre d’un séminaire du groupement de recherche « Psychotropes, politique et
société », repris ensuite sous la bannière du CESAMES
[6], qui s’est tenu à Paris entre 2000
et 2002
[7], nous avons commencé à défricher le terrain à partir de l’un des champs : celui de
l’insertion professionnelle.
Usages de drogues et insertion professionnelle
Pour aborder la large problématique ainsi définie, il nous a paru pertinent de partir des
relations entre usages de drogues et (non-)travail telles qu’examinées dans des recherches
peu connues de la criminologie ou de la sociologie pénale.
L’évasion, comme mode d’adaptation individuelle aux situations anomiques, mode
auquel R. K. Merton (1997,182-184) faisait appartenir les « drogués », constitue une interprétation réductrice des fonctions et/ou des effets de l’usage des drogues. La représentation
de sens commun qui est attachée à la théorie mertonienne sera indirectement mise en question dans les contributions qui suivent. Réflexivement, V. Ruggiero (1999) indique que la
problématisation de la drogue est « évasive », plus que la consommation de drogues elle-même. En effet, les relations des usages de drogues à leurs causes et à leurs effets apparaissent, dans les meilleures recherches, diversifiées et parfois contradictoires. C’est en quelque
sorte la recherche qui s’évade, qui se plonge dans un imaginaire simplificateur, lorsqu’elle
se limite à prétendre, par exemple, que la drogue est cause de désinsertion professionnelle
ou que la désinsertion professionnelle favorise la consommation de drogues. D. Duprez et
M. Kokoreff ont exprimé leur distance théorique à l’égard de cet imaginaire, en constatant
que contrairement à (la) représentation d’un toxicomane sans attaches ni supports, il n’y a
pas de lien « mécanique » ni de rapport causal entre l’inscription dans des activités illicites
– surtout la consommation – et la désinsertion professionnelle et sociale (Duprez, Kokoreff,
1999,143). Les auteurs identifient des idéaux-types, connectant consommation de drogues
et rapport au travail, particulièrement « diversifiés » puisqu’ils vont de la désinsertion professionnelle jusqu’au souci de « tenir le coup » au travail, en passant par la forme d’équilibre
qui consiste à « maîtriser la situation », sans oublier la définition comme travail véritable des
activités requises par la position sur un marché clandestin.
Ces derniers résultats ont cependant été établis sur la base d’un échantillon de personnes judiciarisées, dont deux tiers se trouvaient en prison, et sont relatifs aux seuls
usages de produits illicites. Le double effort de complexification de l’image réductrice du
« toxicomane désinséré et déstructuré » et de déspécification des problématiques sociales
indexées aux consommations illicites mérite d’être poursuivi par l’examen transversal de
résultats de recherches concernant des populations non criminalisées et dont la consommation ne se limite pas aux stupéfiants.
En Amérique du Nord, la recherche portant sur la consommation de psychotropes en
milieu de travail est développée depuis deux décennies déjà. M.-F. Maranda et P. Morissette (2002) l’ont récemment recensée
[8]. Outre les informations provenant d’enquêtes en
population générale, des recherches ponctuelles ont été développées.
Aux États-Unis, quelques grandes enquêtes nationales ont révélé que 13% des employés
à plein temps avaient utilisé des drogues dans les deux mois qui précédaient leur réponse à
l’enquête (NIDA, 1991; SAMHSA, 1993). Au Québec, un employé sur dix aurait un problème de surconsommation de drogues ou d’alcool (CPLT, 1999). Les catégories professionnelles les plus à risque se situent dans des secteurs où le produit est aisément disponible, tels
que la restauration (Kjaerheim et al., 1995,1997), dans les emplois qui imposent un éloignement fréquent du domicile (Fillmore, 1990; Applebaum, 1981), ou encore dans les métiers
durs, lorsque l’alcool représente une récompense et un soulagement (Lennings et al., 1997;
Maranda, 1997). Le fait d’occuper un poste à haute responsabilité représente aussi un facteur
de risque (Howland et al., 1996); d’autres considèrent cependant que les risques les plus élevés sont encourus par les manœuvres et les employés non qualifiés (Parker et al., 1983). En
somme, constatent M.-F. Maranda et P. Morissette (2002,82), de plus en plus de milieux sont
considérés comme étant à risque, ce qui laisse penser qu’aucun milieu de travail ou secteur
d’activité n’est à l’abri. L’impact de cette consommation a été étudié de divers points de vue,
dont celui des rapports familiaux des travailleurs, notamment en ce qui concerne le risque de
violence pour les femmes vivant avec un homme qui boit (Rinfret-Raynor et al., 1996) et les
rapports entre stress au travail ou perte d’emploi, surconsommation d’alcool et violence
conjugale (Jasinski et al., 1997). L’impact de la consommation en termes de perte de productivité a également été analysé (CCLAT, 1999).
Ces recherches présentent toutefois une limite. Malgré la diversité des approches – les
problèmes de consommation sont analysés dans leur interaction avec des facteurs individuels ou sociaux, médicaux, psychologiques, culturels – le contexte du milieu du travail
est rarement pris en compte. Le plus souvent, l’alcoolisme et les toxicomanies seront considérés comme des problèmes personnels sans lien avec les contextes dans lesquels ils s’inscrivent (Maranda, Morissette, 2002,80).
Les recherches qui débutent en France et dans les pays voisins semblent en revanche
intégrer, du moins partiellement, les facteurs liés aux conditions de travail. Elles ne sont
cependant qu’au tout premier stade de l’exploration du champ. C’est la raison qui nous a
amenés à chercher des éléments d’information complémentaires dans des recherches dont
l’objet premier est parfois périphérique à celui des rapports entre travail et consommation
de psychotropes.
Les contributions de ce numéro spécial visent toutes à éclairer des pans partiels des associations complexes entre activité professionnelle et usage de drogues. La vie professionnelle étudiée se déclinera, dans les contributions qui suivent, en trois modalités : le salariat,
l’économie clandestine et le sport de haut niveau. Comme précisé plus haut, par drogues,
nous entendons indistinctement l’alcool, les stupéfiants (proscrits) et les psychotropes
(prescrits). Trois groupes d’articles se succèdent : le premier est consacré aux contraintes du
travail et à ses relations (théoriques et épidémiologiques) avec les usages de drogues; le
deuxième groupe présente des facettes de l’hétéro-régulation des drogues en milieu professionnel; le dernier groupe est consacré à la présentation de résultats de recherches consacrées à l’auto-régulation de consommations intégrées aux activités professionnelles.
Les contraintes du travail et les usages de drogues
L’article de T. Périlleux offre une entrée en matière consacrée aux nouvelles contraintes
du travail. Il propose des pistes d’interprétation des consommations marquées par le cadre
d’interprétation nouveau qu’impose le constat de la « subjectivation du travail ». L’enquête
épidémiologique de M. Zins répond aux perspectives théoriques de l’article précédent : il
porte sur une cohorte de 2000 volontaires de EDF-GDF et met en lumière les relations
entre la consommation d’alcool d’une part, les contraintes du travail et les départs à la
retraite d’autre part.
Les facettes de l’hétéro-régulation
Les contributions suivantes présentent, respectivement, deux facettes de l’hétérorégulation des drogues en milieu professionnel : les représentations et les pratiques devant la
question de l’aptitude au travail que soulève la consommation de drogues. Représentations: M.-F. Maranda expose les résultats d’une recherche canadienne sur les représentations sociales des gestionnaires de l’embauche à l’égard des usagers de drogues. Pratiques: Ph. Le Moigne analyse (sur base d’enquêtes en population générale et de données
du système sanitaire) la prescription de psychotropes par les médecins et l’interprète
comme une pratique relevant d’une médecine de l’inaptitude au travail.
Les visages multiples de l’auto-régulation
Les deux premières contributions de ce dernier groupe nous placent dans des contextes
quasi-professionnels, en l’occurrence ceux de l’économie clandestine et de l’activité sportive. La dernière traite des usages intégrés dans des contextes de travail plus « classiques ».
Dans les sphères de l’économie clandestine et de l’activité sportive, l’aptitude au travail peut « exiger » la consommation mais en même temps son contrôle : ces sphères ne
sont « marginales » qu’en apparence tant l’économie clandestine structure les quartiers de
la désaffiliation et tant le sport se transforme aujourd’hui en une pratique « sérieuse », en
certains points comparables au travail, même lorsqu’il n’est pas professionnel. En contre-point de l’étude de l’inaptitude au travail régulier, P. Jamoulle, via l’étude ethnologique des
codes sociaux de l’économie clandestine, met en évidence les exigences d’aptitude qui
caractérisent le « business » de la drogue; ces aptitudes peuvent, dans certaines circonstances, s’opposer à la consommation ou, de toute manière, en imposer une gestion contrôlée. S. Aquatias nous entraîne dans les exigences du sport professionnel et de haut niveau
et révèle à la fois la valeur nouvelle que prend le sport dans la gamme des activités sociales
et les significations multiples (confort, résistance, performance, addiction) des consommations qui sont souvent fédérées sous le nom de dopage.
La dernière contribution traite des usages intégrés, soit du cumul plus ou moins réussi
de la consommation et de la vie professionnelle. M.-H. Soulet examine cette problématique, sur base d’un échantillon mixte (population cachée et population en traitement de
substitution), en se demandant comment font les usagers d’héroïne et de cocaïne pour
développer une consommation régulière et une inscription dans la vie professionnelle (voir
également à ce sujet Fontaine, 2002). Il dégage à cet effet quatre « systèmes gestionnaires »
distincts dans lesquels s’inscrit le cumul de la consommation et du travail.
Un trait est manifestement commun à l’ensemble des contributions : les consommations
n’y sont pas traitées comme des comportements anormaux ou illicites, même si elles peuvent être problématiques pour les usagers ou pour les professionnels de leur prescription ou
de leur proscription. Elles sont étudiées pour leur contribution, souvent complexe et paradoxale, à la « gestion » des contraintes de l’inactivité ou de l’activité professionnelle, sportive ou clandestine, pour leur rôle dans « l’épreuve de soi »
[9] que constitue l’exclusion ou
l’exercice de l’insertion dans les espaces, les temporalités et les réseaux du « travail ».
On trouvera dans les textes qui suivent les éléments qui nous incitent à soutenir l’élargissement du champ des recherches sur les psychotropes du domaine de la déviance aux
domaines de la « normalité ». Ils nous invitent aussi à réfuter la représentation qui veut que
l’absence d’activité productive chez le « toxicomane » soit un signe de sa pathologie, et à
promouvoir une lecture complexe de la consommation de drogues, considérée à la fois
comme moyen d’adaptation sociale et comme l’un des symptômes de la pathologie croissante des conditions de travail.
·
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[*]
Université de Louvain-la-Neuve.
[1]
Le vocabulaire de l’auto-régulation et de l’hétéro-régulation est emprunté à Castel et Coppel (1991).
[2]
Dans la suite de ce texte, par pure convention, nous proposons de nommer « drogues » tous les produits,
qu’ils soient licites (en ce compris l’alcool) ou illicites. Nous réservons le nom de « psychotropes » aux produits licites et celui de « stupéfiants » aux produits illicites.
[3]
Cette formule est préférée pour comprendre toutes les formes réelles de non-insertion sur le marché du travail et pas seulement le chômage institutionnellement reconnu et comptabilisé.
[4]
Une note récente de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Lopez, 2002) fait le point sur
les (rares) connaissances sur les connexions entre consommations de drogues illicites et exclusion sociale en
France. Le lien entre ces consommations et le processus de précarisation a été mis en évidence dans le rapport
de 1998 du Haut comité de la santé publique. Une enquête menée en Île-de-France montre, notamment, que
les dépressions et la consommation d’alcool et de drogues sont particulièrement développées chez les individus bénéficiant du revenu minimum d’insertion (RMI) et encore plus chez les sans-abri (Kovess, Mangin-Lazarus, 1997). Des constats similaires ont été dressés par l’Observatoire du Samu social (1998).
[5]
Peut-on considérer le décrochage scolaire des plus jeunes comme un équivalent du chômage ? Ainsi, ce
mineur de 17 ans, en décrochage scolaire, usager de cannabis, dont le père est hospitalisé pour dépression,
et auquel le médecin de famille prescrit antidépresseurs et neuroleptiques en raison de ses angoisses et de
son incapacité d’affronter la solitude. La conjonction des effets du cannabis et des médicaments prescrits lui
vaudra également une hospitalisation.
[6]
Centre de recherche Psychotropes, santé mentale, société (CNRS – Université René Descartes Paris V).
[7]
Sont intervenus au séminaire des chercheurs québecois, français, belges et suisses : Sylvain Aquatias; Gilbert Demez (Université catholique de Louvain); Astrid Fontaine (association LRSH); Michel Kokoreff
(CESAMES); Pascale Jamoulle (Centre de santé mentale du Centre public d’aide sociale de Charleroi et
Université catholique de Louvain); Philippe Le Moigne (CESAMES); Marc Loriol (CNRS/GAPP-ENS
Cachan); Marie-France Maranda (Université Laval du Québec); Thomas Périlleux (Université catholique
de Louvain); Stéphanie Pryen (CLERSÉ – IFRÉSI, Université de Lille-3); Marc-Henri Soulet (Université
de Fribourg); Marie Zins (INSERM, Unité 88). Toutes les interventions n’ont malheureusement pas pu être
intégrées dans cette publication en raison de contraintes éditoriales.
[8]
Les informations et les références qui suivent sont issues de cette publication.
[9]
L’épreuve peut être contraignante au point de ne pas souffrir ou au contraire d’exiger la consommation de
drogues.